Mercredi, 08h30, Atrium.

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Mercredi, 09h, Grand Amphi.

Ouverture du 55ème Congrès de la SFP Lyon 2013 - Psychologie et Conscience


Mercredi, 09h30, Grand Amphi.

Conférence : Lionel Naccache : (Psychologie de la) Conscience sans (neuro-) sciences n’est que ruine de l’âme !


Mercredi, 11h, AR51.

Session thématique : Psychologie Clinique et Psychologie interculturelle

Que mesure le rorschach ? analyse en composantes principales du système intégré.

Fontan, Patrick (Laboratoire ipsé (ea4432), université paris ouest nanterre), Andronikof, Anne (Laboratoire ipsé (ea4432), université paris ouest nanterre), Mattlar, Carl-erik (Jyväskylä university), Mormont, Christian (Université de liège).

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Introduction
Les questions portant sur la validité du test de Rorschach en Système Intégré (RSI) restent très controversées. Dans une approche dimensionnelle, certains auteurs ont cherché à déterminer les composantes principales mesurées par le RSI. Cependant, la revue de la littérature indique des différences importantes dans le choix des variables ainsi qu’une confusion entre scores bruts et indices dérivés (Mason, Cohen, & Exner, 1985; Meyer, 1992; Wood, Krishnamurthy, & Archer, 2003). De plus, ces analyses proposent des solutions dans des espaces à 3 ou 4 dimensions selon le critère de Cattel. Cela impliquerait que les la richesse et la complexité des réponses au RSI peuvent se résumer à 3 ou 4 scores, une position qu’aucun auteur ne défend. Une Analyse en Composantes Principales de l’ensemble des scores bruts du RSI semble donc nécessaire. En l’absence de consensus sur ces questions, nous avons opté pour une démarche exploratoire. La détermination du nombre de composantes à extraire constituera un point clé de cette analyse.
Méthodes
Population : Nous avons agrégé les données des échantillons normatifs français, belge et finlandais (N=695).
Revue des données : Nous avons cherché à conserver autant d’observations et de variables brutes que possible. Néanmoins, nous avons regroupé (sur la base de critères de cotation) certaines variables qui présentaient une fréquence trop rare, et certaines observations atypiques ont été exclues.
Nombre de composantes : Si le critère de Cattel semble trop restrictif, le critère de Kaiser risque de surestimer le nombre de composantes à extraire. Nous avons donc opté pour une stratégie guidée par les données : nous avons estimé la valeur propre des composantes principales de 1000 jeux de données générés aléatoirement par permutations. Un Test de Permutation indique que la valeur propre des 13 premières composantes de l’échantillon original diffèrent significativement d’une répartition aléatoire des données (Dray, 2008).
Analyse : Nous avons réalisé une Analyse en Composante Principales, extrait 13 composantes, et réalisé une rotation varimax (orthogonale) afin de préserver l’indépendance des composantes.
Résultats
Les données RSI peuvent se résumer à 13 composantes très cohérentes avec la compréhension générale du test. Il s’agit des composantes Formelle, Kinesthésique, Couleur, Explosive, Masque, Animal, Reflet, Anxiété Somatique, Botanique, Estompage, Originalité, Malaise relationnel et Agressive. Le nombre de réponse ne constitue pas un facteur de confusion. Certaines hypothèses concernant les indices couramment utilisés ne sont pas corroborées par ces résultats ; l’existence d’une capacité globale d’organisation des réponses par exemple (il y a différents moyens d’organiser les planches).
Discussion
Ces résultats sont prometteurs et ouvrent la voie vers l’élaboration de scores pour le RSI qui soient définis de manière fiable sur le plan psychométrique par opposition aux indices empiriques couramment utilisés. Nos résultats constituent un premier pas dans cette direction. En effet, ces données sont issues d’échantillons normatifs, et des études sur des populations cliniques sont nécessaires. De même des études empiriques doivent être menées afin d’apporter des critères de validité externe au modèle que nous proposons.
Bibliographie:
Dray, S. (2008). On the number of principal components: A test of dimensionality based on measurements of similarity between matrices. Computational Statistics & Data Analysis, 52(4), 2228-2237
Mason, B. J., Cohen, J. B., & Exner, J. E., Jr. (1985). Schizophrenic, Depressive, and Nonpatient Personality Organizations Described by Rorschach Factor Structures. Journal of Personality Assessment, 49(3), 295-305
Meyer, G. J. (1992). The Rorschach Factor Structure: A Contemporary Investigation and Historical Review. Journal of Personality Assessment, 59(1), 117-136
Wood, J. M., Krishnamurthy, R., & Archer, R. P. (2003). Three factors of the comprehensive system for the Rorschach and their relationship to Wechsler IQ scores in an adolescent sample. Assessment, 10(3), 259-265

Utilisation de la thérapie emdr en unité de traitement de la douleur chronique

Brennstuhl, Marie-jo (Université de lorraine), Tarquinio, Cyril (Université de lorraine).

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Bien que le troisième plan Douleur national vienne de s’achever, les difficultés persistent dans la prise en charge de cette pathologie particulière qu’est la douleur chronique. A ses quatre composantes fondamentales que sont les composantes cognitives, comportementales, sensitives et émotionnelles, s’ajoute désormais une composante traumatique sous-jacente (Beck & Clapp, 2011 ; Asmundson, Coons, Taylor & Klatz, 2002 ; Sharp & Harvey, 2001).

Face à ce constat, la thérapie EMDR – Eye-Movement Desensitization and Reprocessing - est apparue comme un mode de prise en charge intéressant et pertinent.

Elaborée par Shapiro en 1987 et basée sur les mouvements oculaires, rappelant les mécanismes du sommeil REM – Rapid Eye Movement, l’EMDR a montré son efficacité concernant le traitement des traumatismes psychiques (notamment l'Etat de Stress Post Traumatique).

Divers protocoles ont alors été élaborés pour des pathologies diverses comme les phobies, la dépression, le deuil … mais également la douleur.

A l’heure actuelle, une seule étude clinique utilisant le protocole EMDR spécifique à la douleur a été menée, et montre des résultats plus qu’encourageants (Mazzola, Calcagno, Goicochea, Pueyrredon, Leston & Salvat, 2009).

 

Face à la part importante d’ESPT comorbide à la douleur chronique, nous avons mis au point un protocole de recherche souhaitant évaluer l’efficacité d’une part, de la thérapie EMDR en comparaison à une prise en charge psychologique classique, d’autre part une comparaison d’un protocole EMDR standard (efficace sur l’ESPT) vs un protocole EMDR douleur.

Trois groupes de 15 patients hospitalisés en Unité Douleur ont alors été suivis durant 5 séances soit en suivi psychologique classique, soit en EMDR standard (Shapiro, 2001), soit en EMDR douleur (Grant & Threlfo, 2002).

La sensation douloureuse a été évaluée grâce à l'EVA – Echelle Visuelle Analogique; la partie traumatique et émotionnelle de la douleur par la PCL-S – Posttraumatic disorder CheckList Scale; les cognitions liées à la douleur par la PBPI – Pain Beliefs and Perception Inventory; et la dimension comportementale par le Brief Pain Inventory.

 

Il apparaît alors significativement que la thérapie EMDR dénote une plus grande efficacité sur les paramètres évalués, que la prise en charge classique.

De plus, si le protocole EMDR douleur s’avère significativement efficace, le protocole standard dénote une meilleure efficace, qui se poursuit après les 5 séances (évaluation post hospitalisation à un mois).

 

Cette différence tend à s’appréhender en termes de cause à effet, où la douleur s’apparente à une réaction différée face à des évènements de vie traumatiques. En retraitant ces évènements grâce au protocole EMDR standard, nous obtenons davantage d’efficacité qu’avec un protocole EMDR spécifique à la douleur qui semble s’attacher à la diminution d’un symptôme.

 

Asmundson, G. J., Coons, M. J., Taylor, S., & Klatz, J. (2002). PTSD and the experience of pain: Research and clinical implications of shared vulnerability and mutual maintenance models. Canadian Journal of Psychiatry, 47, 903–907.

Beck, J.G., & Clapp, J. (2011). A different kind of comorbidity : Understanding Posttraumatic stress disorder and chronic pain. Psychological Trauma : Theory, Research, Practice and Policy, 3(2), 101-108.

Grant, M. & Threlfo, C. (2002). EMDR in the treatment of chronic pain. Journal of Clinical Psychology, 58, 1505-1520.

Mazzola, A., Calcagno, M.L., Goicochea, M.T., Pueyrredon, H., Leston, J. & Salvat, F. (2009). EMDR in the treatment of chronic pain. Journal of  EMDR Practice and Research, 3(2), 66-79.

Sharp, T. J., & Harvey, A. G. (2001). Chronic pain and posttraumatic stress disorder: Mutual maintenance? Clinical Psychology Review, 21, 857–877.

Shapiro, F. (2001). Eye movement desensitization and reprocessing : Basic principles, protocols and procedures. (2nd Ed.) New York : Guilford Press.

Shapiro, F. (1989). Efficacy of the eye movement desensitization procedure in the treatment of traumatic memories. Journal of traumatic Stress, 2, 199-223.

Stratégies identitaires et processus d’acculturation en terre algérienne : cas de sujets chinois résidant dans la région de batna en algérie

Boubakour, Samira (Université de batna - algérie), Meziani, Amina (Université de batna - algérie).

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Introduction

La présente étude s’inspire des travaux relatifs au domaine de la psychologie sociale et de l’interculturel, elle fait référence à des concepts tels que l’acculturation (Abou 2002, Berry 1989, Bourhis et al, 1997), les stratégies identitaires (Camilleri 1990, Lipiansky 1990), l’identité sociale et les relations entre groupes (Deschamps et al 1999) et les représentations sociales (Abric 2003, Guimelli et Rouquette 1992, Rouquette et Rateau 1998, Moscovici 1961, Jodelet 1989). L’objectif de notre recherche est de mieux appréhender les stratégies identitaires et acculturatives des Chinois en terre algérienne, et de tenter de déterminer s’il existe une différence d’adaptation, en fonction de la durée d’acculturation, du désir de retour en Chine et du degré de contact avec les autochtones ainsi que de la nature de l’activité exercée en Algérie, et les éléments de la représentation sociale qu’ils se font des autochtones.

La méthodologie

La méthodologie adoptée est principalement qualitative, se composant d’entretiens avec des échelles d’attitude (Likert et Bogardus) et des tests d’associations, effectués avec 10 sujets chinois installés dans la ville de Batna. Nous avons procédé à une analyse de contenu des entretiens avec le repérage des mots clés et cooccurrences avec la constitution d’un index propre à chaque sujet, avec détermination de l’orientation penchant vers les pôles ontologique ou pragmatique, la tendance vers l’ouverture ou le repli et les attitudes visant : l’intégration, la marginalisation, l’assimilation et la séparation. Dans notre analyse, nous avons adopté le modèle des profils acculturatifs et stratégies identitaires développé par Vinsonneau (2005)

Résultats

Les principaux résultats montrent que les sujets se représentent comme étant sérieux et travailleurs par rapport aux autochtones joyeux qui ont une conception différente du temps et du travail.

Les données obtenues suggèrent que le type d’acculturation des Chinois en Algérie ne donne pas lieu à une différenciation trop marquée des modes d’identification ethnique entre les sujets optant pour une immigration provisoire ou permanente. En effet, tous les sujets ont estimé avoir plus de valeurs en commun avec leurs concitoyens qu’avec des groupes se référant à la culture du pays d’accueil.

En termes de stratégies identitaires, selon la typologie de Camilleri (1990), les sujets interrogés, optent plus pour l’évitement des conflits identitaires par la cohérence simple, en valorisant la préoccupation ontologique, c’est-à-dire leur identité ethnique spécifique. Cependant, la cohérence complexe est plus présente chez les sujets qui sont le plus en contact avec les autochtones. Les modalités d’acculturation développées par ces sujets se situent entre deux pôles, le premier favorise le maintien d’une identité ethnique et la revendication d’un vif attachement au système culturel d’origine, le second se rapporte à l’adoption d’attitudes traduisant un lien avec des groupes issus de la société d’accueil.

L’ouverture sur la culture d’accueil s’inscrit dans la dimension pragmatique, car les sujets qui optent pour cette stratégie estiment que l’installation prolongée dans la société d’accueil et le contact direct avec les autochtones leur imposent une meilleure connaissance de la culture d’accueil. L’emploi de la langue arabe est un élément stratégique d’ordre professionnel dans leur négociation identitaire, mais l’importance de la culture d’origine et de la préférence de la sauvegarde des contacts avec les concitoyens installés en Algérie témoigne du désir de préservation de la culture d’origine et de l’évitement de l’assimilation.

Les sujets de cette enquête se présentent comme ayant adopté des stratégies oscillant entre deux mouvements : le premier visant l’intégration dans les rapports sociaux notamment avec l’apprentissage de la langue arabe pour ceux qui désirent s’établir pour une longue durée en Algérie. Le second prônant la préservation des éléments culturels de la société d’origine, avec les systèmes d’alimentation et de croyances pour ceux qui ont durée acculturative limitée. 

Les théories sur l'acculturation à l'épreuve de la transmission familiale

Bennabi bensekhar, Malika (Centre d'histoire des sociétés des sciences et des conflits), El djilali, Malika (Université de picardie jules verne amiens).

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 Les théories sur l’acculturation à l’épreuve de la transmission familiale

 Malika BENNABI BENSEKHAR (1)

Malika EL JILALI (2)

 

Auteurs

 (1)Centre d’Histoire des Sociétés, des Sciences et des conflits, Université de Picardie Jules Verne, Chemin du Thil, 80025, Amiens, France. malikabennabi@hotmail.com


(2)Centre de Recherche en Psychologie : Cognition, psychisme et Organisations Chemin du Thil, 80025, Amiens, France. malikaeljilali@gmail.com


Résumé

Les recherches sur l’acculturation procèdent habituellement par l'analyse des manières de «réagir» aux oppositions générées par la disparité culturelle. Les valeurs sociales liées à la famille, appréhendées sous l’angle des solidarités transgénérationnelles, peuvent nous révéler comment des adultes concilient des représentations antagonistes et négocient leurs appartenances. Nous avons choisi de porter notre intérêt sur l’expression identitaire de 14 adultes de la «seconde génération» aux trajectoires de vie variées dans une configuration d'acculturation des parents qui ont migré dans les années 70. Les outils retenus permettent d’aller au-delà du déclaratif, d’analyser la discursivité de la narration de soi pour atteindre le positionnement effectif par rapport aux valeurs de solidarités transgénérationnelles avec, pour compléter, la présentation de fictions dont la problématique est la solidarité à l'égard des personnes âgées avec des situations ouvertes sur des alternatives multiples. Il s'y ajoute le Répertoire de Positions Personnelles (RPP), une matrice de positions préétablies, construite à partir d’une théorie du self dialogique de Hermans (2010). Nous nous attendions à observer que l'œuvre de l’acculturation est avancé au point que les sujets s'engagent dans des pratiques de solidarités transgénérationnelles nouvelles. Les résultats obtenus révèlent que nos sujets expriment des identités fluides, fluctuantes, conjoncturelles et par ailleurs ouvertes aux dynamiques transnationales. L'hybridité de ces identités repose non pas sur une "fusion" mais sur une capacité d'alternance des normes en fonction des contextes. De plus, les sujets ont conscience que leur acculturation s’inscrit dans des configurations familiales désorganisées tant par la migration que par les modifications culturelles qui affectent les pays d'origine. Autant d’éléments pour discuter de la validité des échelles d’acculturation attitudinales qui ne tiennent pas compte de l'effet des dynamiques transnationales.

 Références bibliographique

 Bhabha, H. (2007). Les lieux de la culture. Une théorie postcoloniale, Paris, Payot.

 Berry, J. (1980). Acculturation as varietis of adaptation, in A. Padilla (Ed.). Acculturation: theory, models and fidings (pp 9-25). Boulder, Westview.

 Camilleri, C. (1990). Identité et gestion de la disparité culturelle, in C. Camilleri (Ed.). Stratégies identitaires, Paris, PUF.

 Hermans, H.J.M.; Hermans-Konopka, A. (2010). Dialogical self theory. Positioning and counter-positioning in a globalizing society, Cambridge University Press.


Mercredi, 11h, AR47.

Session thématique : Psychologie Cognitive

Intégration et motricité : de la multisensorialité à la multimodalité

Camus, Thomas (Laboratoire epsylon, université montpellier iii paul valéry), Brunel, Lionel (Laboratoire epsylon, université montpellier iii paul valéry), Brouillet, Thibaut (Laboratoire epsylon, université montpellier iii paul valéry), Brouillet, Denis (Laboratoire epsylon, université montpellier iii paul valéry).

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Introduction

La perception a été longtemps considérée comme composée de systèmes modulaires contenant différents éléments relativement indépendants les uns des autres (Fodor, 1983). Cependant, la perception d’un environnement multisensoriel ne requiert pas seulement de nombreuses activations des différentes aires sensorielles mais aussi que ces activations soient synchrones et intégrées (King, 2005). Différentes études sur l’intégration multisensorielle ont montré qu’un élément sensoriel peut modifier la perception d’un autre élément sensoriel par le biais de mécanismes d’activation et d’intégration intra et intermodalités (Versace, Labeye, Badard & Rose, 2009). Brunel, Labeye, Lesourd & Versace (2009) ont montré que l’intégration multisensorielle et les mécanismes d’activation font partie intégrante des mécanismes de la mémoire : un élément mnésique peut avoir des effets sur un élément perceptif, cela supposant alors que l’élément en question ait été auparavant intégré en mémoire au sein d’une trace unique.

Le rôle de la motricité dans le processus d’intégration est jusqu’à présent très peu documenté. L’originalité de notre étude est de montrer que l’intégration des composantes sensorielles au sein de la trace mnésique est dépendante de l’activité motrice de l’individu : de multisensorielle, la trace devient ainsi multimodale.

Afin de tester cette hypothèse, nous avons repris la procédure de Brunel et al. (2009, Expérience 1) en y ajoutant une variable portant sur la motricité : fournir ou non une réponse en appuyant sur une touche du clavier. Nous nous attendons à répliquer les résultats princeps de Brunel et al. (2009), à savoir un effet d’amorçage sur les temps de catégorisation de sons cibles d’une amorce visuelle apprise avec du son par rapport à une amorce visuelle apprise sans son. Si la motricité a un rôle, nous devrions observer un effet d’amorçage limité à l’amorce visuelle apprise avec du son et de la motricité.

Matériel et méthode

Le matériel est composé de 3 formes différentes et de 3 sons différents. Les 3 sons utilisés sont : un bruit blanc, un son grave (256Hz) et un son aigu (312Hz).

La phase d’apprentissage est basée sur l’hypothèse que la répétition d’une association forme/bruit-blanc/réponse facilite l’intégration de l’image et du son en mémoire. Chaque essai consiste en la présentation d’une forme (parmi 3 formes différentes) associée avec : soit un bruit blanc et une réponse ; soit un bruit blanc et pas de réponse ; soit sans bruit blanc mais avec une réponse. La présentation du son et de l’image est simultanée. La phase test consiste en une tache de catégorisation d’un son cible (aigu vs. grave) avec amorçage selon la forme. Les participants doivent utiliser pour la catégorisation des sons les mêmes touches de clavier que lors de la phase d'apprentissage.

Résultats

Nous répliquons les résultats de Brunel et al. (2009). De plus et comme nous l’attendions, les participants sont plus rapides pour catégoriser les sons en phase test lorsque la forme en amorce correspond à celle qui associe un bruit blanc avec une réponse en phase d’apprentissage, et ce comparativement aux autres amorces.

Discussion

Ces résultats confortent notre hypothèse selon laquelle l’activité motrice facilite le processus d’intégration. Le fait d’observer un effet d’amorçage uniquement sur les formes associées précédemment à une réponse met l’emphase sur le rôle de la motricité dans l’intégration des composantes sensorielles au sein de la trace mnésique et sur son caractère multimodal.

Bibliographie

Brunel, L., Labeye, E., Lesourd, M., Versace, R. (2009). The sensory nature of episodic memory: sensory priming effects due to memory trace activation. Journal of Experimental Psychology: Learning, Memory, and Cognition, 35, 1081-1088.

Fodor, J. A. (1983). The modularity of mind. Cambridge, MA: MIT Press.

King, A. J. (2005). Multisensory integration: Strategy for synchronization. Current Biology, 11, 322-325.

Versace, R., Labeye, Badard, G., & E. Rose, M. (2009). The contents of long-term memory and the emergence of knowledge. The European Journal of Cognitive psychology, 21(4), 522.

Liage sensoriel par l'action : effet du délai temporel et des contingences sensorimotrices

Corveleyn, Xavier (Ureca, université lille 3, villeneuve d'ascq), Joan, Loper-molier (Université de barcelone), Coello, Yann (Ureca, université lille 3, villeneuve d'ascq).

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Introduction

Les traitements sensoriels (couleur, taille, texture...) d'un objet doivent être intégrés afin de permettre la perception cohérente de cet objet. La littérature dans ce domaine montre que les propriétés des stimuli visuels sont traitées de manière différenciée dans des zones corticales localisées impliquant des temps de traitements spécifiques [1,2]. Des asynchronies temporelles sont ainsi observées lors du traitement de différentes propriétés des objets et des variations de ces propriétés au cours du temps. La nature des mécanismes permettant le liage sensoriel lors de la perception des objets n'est pas connue à ce jour. Toutefois, une idée répondue depuis quelques années est que la motricité volontaire aurait un rôle fondamental dans le liage des informations sensorielles [2,3]. Des résultats antérieurs [4] montrent en effet dans une tâche de jugement d'ordre temporel (JOT) que l'asynchronie temporelle observée dans la perception des changements de position et de couleur d'un stimulus visuel réduit fortement lorsque les changements résultent d'un mouvement volontaire. Cette étude vise à identifier la fenêtre temporelle à l'intérieur de laquelle la réduction de l'asynchronie perceptive se produit en fin de mouvement. Elle vise également à tester si l'apprentissage de nouvelles contingences sensorimotrices peut modifier l'étendue de cette fenêtre temporelle.

Méthode

40 participants ont été placés face à un écran où une cible visuelle était affichée (1cm) à une distance de 24 cm du point de départ (bas de l’écran). Les trajectoires manuelles 3D étaient enregistrées. La cible changeait de couleur (rouge-vert) et de position (déplacement de 1cm vers le haut). Les participants étaient testés dans une condition perceptive (JOT en absence d'action motrice) et une condition motrice (JOT lors d'une action motrice). Dans chaque condition, les participants devaient, après chaque essai, indiquer le changement qu'ils avaient perçu en premier (couleur ou position).

Expérience 1: l'attribut référent (couleur ou position) changeait 250ms, 500ms ou 1000ms après la survenue d'un son (condition perceptive) ou du contact doigt-cible (condition motrice). Le changement de l'attribut test (position ou couleur) se produisait dans un intervalle de ±200ms  autour du premier changement (par pas de 50ms, présentation aléatoire).

Expérience 2: 40% des essais étaient les mêmes que dans l'expérience 1. Pour les 60% des essais restant (situation de nouvelles contingences), les changements de position et de couleur de la cible se produisaient de manière synchrone une seconde après la survenue d'un son (condition perceptive) ou du contact doigt-cible (condition motrice).

Résultats et Discussion

Expérience 1: les résultats montrent une réduction de l'asynchronie perceptive dans la condition motrice quand l'intervalle entre la fin de l'action et les changements sensoriels était de 250 ms. Aucune réduction n'est observée avec un intervalle de 500 ms.

Expérience 2: les résultats montrent une asynchronie temporelle dans la condition perceptive au début et à la fin de la phase d'adaptation au délai de 1 seconde. Cela confirme les résultats précédemment obtenus dans la littérature [2] et montrent l'impossibilité de prédire des événements, dont l'occurrence est aléatoire, à partir d'un événement neutre (son). Une diminution de l’asynchronie est observée à la fin de la phase d'adaptation au délai de 1 seconde dans la condition motrice. Ce résultat montre que même lorsque l'action et les changements environnementaux sont séparés d'une seconde, la liage sensoriel par l'action est rendu possible par l'apprentissage de nouvelles contingences sensorimotrices.

Bibliographie

[1] Nowak, L. G., & Bullier, J. (1997). In Rockland K, Kaas JH, Peters A. New-York, Plenum.

[2] Aymoz, C., & Viviani, P. (2004). Vision Research, 44(13), 1547-1563.

[3] Cravo, A. M. et al. (2009). Experimental Brain Research, 199(1), 95-99.

[4] Corveleyn, X. et al. (2012). Journal of Vision, 12(11).

 

La perception des distances : quand le poids et l'action simulée augmentent la distance

Josa, Romàn (Laboratoire epsylon, montpellier 3 paul valéry), Camus, Thomas (Laboratoire epsylon, montpellier 3 paul valéry), Brouillet, Denis (Laboratoire epsylon, montpellier 3 paul valéry).

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Introduction

Selon les théories de la cognition incarnée, l'environnement, le corps, et les simulations dans les structures sensori-motrices du cerveau sont la base des connaissances et de la cognition humaine (Barsalou 2010). Witt, Proffit et Epstein (2004) ont montré que nos perceptions ne dépendaient pas uniquement des informations géométriques de notre environnement spatial couplées à nos informations visuelles, mais également de nos intentions d’action vis-à-vis de cet environnement. De plus, nos actions – réalisées ou planifiées - nécessiteraient un coût énergétique propre à chaque action spécifique, qui influencerait la perception visuelle.

Witt et Proffitt (2008) ont demandé à des participants d’estimer des distances les séparant de différentes cibles (distances egocentriques). Les résultats montrent que les participants ayant l’intention d’utiliser un outil – situé proche d’eux – pour atteindre les cibles voient les cibles plus proches que ceux qui n’ont aucune intention d’utiliser l’outil. La perception n’est donc pas seulement fonction des propriétés de l’environnement mais également des capacités, réelles ou imaginées, de l’observateur, ce que Witt (2011) nomme Action-Specific Perception Account.

Nous nous demandons alors dans quelles conditions nos perceptions sont influencées par nos simulations motrices ? Dans l’expérience que nous proposons, nous manipulons les distances à évaluer par les participants (distances allocentriques) ainsi que l’objet impliqué dans les estimations des distances. Nous faisons l’hypothèse que les participants percevront une distance allocentrique impliquant un objet lourd plus grande qu’une distance allocentrique impliquant un objet léger. De plus, cette différence sera d’autant plus marquée lorsque l’objet sera situé proche des participants.

Méthode

Les participants évaluent la distance séparant un chariot d’une cible positionnée quelques mètres en avant selon différentes positions (distance allocentrique). Dans une première condition le chariot est Vide. Dans une seconde condition le chariot est Plein (rempli d’encyclopédies). De plus, la position du chariot et la position de la cible (facteurs intra-sujets) varient de manière à ce que le chariot soit Proche des participants (< 2m) ou Eloigné des participants (> 5m). Au moment d’évaluer chaque distance les participants ont l’intention future de pousser le chariot.

Résultats

Lorsque le chariot est situé loin des participants nous n’observons aucun effet de poids du chariot sur les estimations des distances des participants. En revanche, cet effet de poids est observable lorsque le chariot est situé proche des participants. Les participants perçoivent les distances entre le chariot et la cible plus grandes lorsque le chariot est Plein que lorsque le chariot est Vide. De plus, lorsque le chariot se trouve proche des participants, cet effet de poids se fait d’autant plus ressentir que la distance séparant l’objet de la cible est importante.

Discussion

Nos résultats sont en accord avec l’Action-Specific Perception Account (Witt, 2011) selon lequel nos perceptions du monde se font en fonction de nos capacités à interagir avec notre environnement et les objets qui l’entourent. Ici, la distance à l’objet est un facteur déterminant quant à la capacité de projection de notre système. Au-delà d’une certaine distance, les effets liés au coût énergétiques ne se font plus ressentir dans nos perceptions.

Bibliographie.

Barsalou, L.W. (2010). Grounded cognition: Past, present, and future.  Topics in Cognitive Science, 2, 716-724.

Witt, J.K., Proffitt, D.R., & Epstein, W. (2004). Perceiving distance: A role of effort and intent. Perception, 33, 570-590.

Witt, J.K., Proffitt, D.R., & Epstein, W. (2005). Tool use affects perceived distance but only when you intend to use it. Journal of Experimental Psychology: Human Perception and Performance, 31, 880-888.

Witt, J. K. (2011). Action’s effect on perception. Current Directions in Psychological Science, 20, 201–206.

The perception of peripersonal space in right and left brain damage hemiplegic patients

Bartolo, Angela (Ureca, université lille 3, villeneuve d'ascq), Carlier, Mauraine (Ureca, université lille 3, villeneuve d'ascq), Hassaini, Sabrina (Service de neuropsychologie, clinique sainte barbe, fouquières les lens), Martin, Yves (Service de neuropsychologie, centre l'espoir, hellemmes), Coello, Yann (Ureca, université lille 3, villeneuve d'ascq).

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Background

Visually determining the boundary of our peripersonal space requires combining information about the visual location of objects with information about body capabilities [1]. In support of this, recent studies have provided converging evidences that perceiving objects in peripersonal space specifically activates a neural network overlapping with that subtending voluntary action [2]. Furthermore, it was found that modifying either upper-limb length representation directly influences where the boundary of peripersonal space is perceived [3]. Previous studies have also underlined the specific role of the right hemisphere in the planning of voluntary action, and the role of the left hemisphere in motor online adjustments [4]. In the present study, we investigated how peripersonal space is perceived in left or right brain damage patients.

Method

Participants: 16 hemiplegic patients with lesions to the left (LH, 52.87 years) or to the right (RH, 50 years) hemisphere associated with hemiplegia were submitted to neuropsychological and physical assessments and took part in the study. Eight matched healthy individuals represented the control group (HC, 48.8 years).

Procedure: The task consisted in presenting a cup (of different colour and distances) on a table in virtual reality scene (Blender software). Participantsperformed a colour discrimination task (light - dark judgments of cups of 30 different luminous contrasts), and a reachability judgment task (reachable-non reachable judgments of a grey cup presented at a distance of 30 cm to 175 cm by steps of 5 cm). This last task was performed according to the valid and hemiplegic arm. An actual (valid arm only) and imagery (both arms) motor task (5 touching of the fingers with the thumb) were also included. Except for last two tasks, responses were given by pressing a keyboard key.

Data analysis

For the colour and reachability judgment tasks, the stimulus corresponding to the change from one type of response (light, reachable) to the other type (dark, unreachable) was estimated using a logistic regression function based on the maximum likelihood fit procedure (hereafter called transition area). Response time for both types of responses was also analysed, as well as in the response transition area. For the actual and imagery motor tasks, we registered the time spent to perform the task.

Results

Data analysis revealed no difference among the groups in the colour judgement task. This suggests an absence of general perceptual, motor or decisional deficits in the patients’ groups. By contrast, in the reachability judgment task, RH patients showed a reduced size of reachable space for the healthy hand (84.31 cm) compared to LH and HC (116.91 cm and 113.02 cm, F(2, 23)=3.63, p=.04) and for the hemiplegic hand (78.10 cm, 110.78 and 113.02, F(2, 23)=4.37, p=.02). Response time in the actual motor task was longer in RH (18.40 s) than in LH and HC groups (12.87 s and 9.88 s, F(2, 23)= 9.38, p<.01). In the imagery motor task performed with the healthy hand, RH (18.42 s) showed longer response times than LH and HC (13.03 s and 10.59 s, F(2, 23)=10.95, p<.01). When performing with the hemiplegic hand, RH (20.15 s) showed longer response times than LH (15.11 s) which showed longer response time than HC (10.59 s, F(2, 23)=16.86, p<.01).

Discussion

Taken together, results confirm the crucial role of the motor system in the perception of peripersonal space. They also revealed that a lesion of the right hemisphere has a more detrimental effect on the planning of voluntary action and the perception of reachability, suggesting that motor planning processes contribute specifically to the representation of peripersonal space.

References

[1] Coello & Delevoye-Turrell (2007). Consciousness & Cognition, 16, 667-683.

[2] Bartolo, Coello, et al. (submitted).

[3] Bourgeois & Coello (2012). Attention, Perception, & Psychophysics 74(6): 1268-1283.

[4] Schaefer, et al. (2007). Brain, 130, 2146-2158.


Mercredi, 11h, Amphi Fugier.

Session thématique : Psychologie Sociale

Attractivité du visage d’un homme et décision d’une femme de le prendre pour partenaire sexuel.

Aziz, Ind (Laboratoire parisien de psychologie sociale - ea 4386).

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Intro

Pour les évolutionnistes, les jugements d’attractivité des femmes seraient basés sur la recherche d’indices concernant l’état de santé d’un partenaire. La symétrie d’un visage ou sa correspondance à une moyenne indiqueraient une bonne résistance aux parasites. De même les caractéristiques masculines du visage d’un homme (eg. mâchoire large) seraient positivement corrélées à son état de santé. Selon la théorie évolutionniste du choix du partenaire sexuel, la perspective d’une femme influencerait l’importance accordée à l’attractivité d’un homme. A court terme ce serait le critère décisif, alors qu’à long terme le statut social l’emporterait. Or du côté psychosocial, une association entre attractivité et jugements positifs a été établie : le stéréotype du "beau c’est bien".

Il s’agit d’explorer le rôle de la beauté du visage d’un homme dans le choix du partenaire sexuel d’une femme, ensuite de comprendre les facteurs impliqués dans les jugements d’attractivité des visages d’homme. Je m’attends à retrouver l’effet du "beau c’est bien" dans le choix du partenaire sexuel d’une femme à long et à court terme. Je vérifie l’influence de la symétrie, moyenne et genre des visages d’homme sur les jugements d’attractivité des femmes. Et j’explore le rôle conjoint de la symétrie, moyenne et genre sur les jugements d’attractivité.

 

Méthode

24 visages d’homme sont crées à l’aide du logiciel Facegen selon un plan intra sujet, en faisant varier le genre (masculin vs féminin), la symétrie (symétrique vs non symétrique) et la moyenne (moyen vs non moyen) des visages. L’ordre d’apparition des visages est aléatorisé. Les visages sont accompagnés d’un questionnaire demandant des renseignements sur la participante (n=118) et permettant l’évaluation des visages (attractivité, intérêt rencontre, bon mari, bon père de famille).

 

Résultats

Les analyses de variance à mesures répétées ont révélé un effet principal de la symétrie, de la moyenne et du genre des visages sur l’attractivité. Les participantes ont jugé les visages d’homme féminins plus beaux que les visages d’homme masculins ; les visages symétriques plus beaux que les non symétriques ; et les visages moyens plus attractifs que les non moyens. On observe un effet additif du genre et de la symétrie des visages sur l’attractivité. Les visages symétrique et féminin ont été déclarés plus attractifs que les non symétrique et masculin. Enfin, on remarque une interaction de la symétrie, moyenne et du genre sur l’attractivité. Quand le visage est féminin, les visages moyens et symétriques sont estimés plus attractifs que les non moyens et non symétriques. Lorsque le visage présenté est masculin les visages non moyens et non symétriques sont jugés plus attractifs que les moyens et symétriques.

Les régressions révèlent un effet de l’attractivité sur les items bon mari et bon père de famille ainsi que sur l’intérêt à rencontrer l’homme présenté. Plus les visages étaient jugés attractifs plus les femmes y projetaient les qualités d’un bon mari et bon père de famille, et plus elles portaient d’intérêt à rencontrer l’homme.

 

Discussion

Primo, le rôle observé de la symétrie, de la moyenne et du genre sur l’attractivité confortent la littérature. L’interaction de ces trois variables sur l’attractivité est inattendue. L’effet "mâle rare" pourrait l’expliquée. Secondo, notons le rôle positif de la beauté dans la perception d’aptitude à être un bon mari et un bon père de famille et, dans la volonté des femmes à vouloir rencontrer l’homme présenté. Ceci va plus dans le sens du stéréotype du "beau c’est bien" que dans celui des évolutionnistes.

 

Réf

Grammer, K. & Thornhill, R. (1994). Human (Homo sapiens} facial attractiveness and sexual selection: the role of symmetry and averageness.Journal of Comp. Psychol., 108(3), 233-242.

Little, A. C., Cohen, D. L., Jones, B. C., & Belsky, J. (2007). Human preferences for facial masculinity change with relationship type and environmental harshness.Behav. Ecol. Sociobiol, 61,967-973.

Les pratiques écologiques sont-elles impactées par les différences de genre ?

Causse, Elsa (Laboratoire ea4139 psychologie, santé et qualité de vie, université bordeaux segalen), Félonneau, Marie-line (Laboratoire ea4139 psychologie, santé et qualité de vie, université bordeaux segalen).

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Introduction. La littérature montre que les femmes adhèrent plus que les hommes à des valeurs pro-environnementales et s’impliquent plus dans des pratiques de protection environnementale (Becker & Félonneau, 2011 ; Dunlap, Van Liere, Mertig & Jones, 2000). Cependant, cette différence entre les genres dépend du  caractère public ou privé du contexte. En effet, les femmes s’engagent plus dans des comportements pro-environnementaux privés, personnels et en lien avec le foyer (Meneses & Palacio, 2005) alors qu’en public, elles sont moins actives que les hommes dans leur défense de l’environnement (McStay & Dunlap, 1983). A partir de ces constats, l’objectif de cette recherche est de repérer les différences genrées au sein de la sphère familiale,  spécifiquement liées à l’adoption de pratiques de réduction des déchets.

Méthode. 140 participants tout venants (28.6% d’hommes, Mâge = 49.22) ont complété une mesure de préoccupation environnementale liée aux déchets (en 2 dimensions : Nuisances et Dépenses & santé) et une mesure de la perception des impacts liés aux textiles sanitaires jetables (plutôt que lavables, ex : mouchoirs en tissu). Cet exemple précis étant emblématique dans ce domaine. On a eu recours au modèle de la TCP (Ajzen, 1991) pour prédire l’intention d’utiliser des textiles sanitaires lavables (plutôt que jetables) en prenant en compte les attitudes (3 items,   alpha = .84), les normes subjectives (2 items, alpha   = .97) et les obstacles (3 items, alpha   = .71).

Résultats. Concernant la préoccupation environnementale, sur la dimension Nuisances, les femmes ont un score plus élevé que celui des hommes, Mfemmes = 7.47 > Mhommes = 6.73, t(133) = 55.321, p = .056. Sur la dimension Dépenses et santé, il n’y a pas de différence de genre t(133) < 1. Les femmes estiment que les textiles sanitaires jetables sont impactants pour l’environnement, davantage que les hommes, t(118) = -1.89,p = .061, Mfemmes = 54.35 et Mhommes = 46.68. Pour les hommes (r2 = .64), le plus fort prédicteur de l’intention d’utiliser les textiles sanitaires lavables correspond aux normes subjectives, béta = .55, p = .001, devant les attitudes,  béta = .35, p = .032 et les obstacles, béta = -.25, p = .094. Pour les femmes (r2 = .50), le plus fort prédicteur de l’intention correspond aux attitudes, béta = .49, p < .001, devant les normes subjectives,  béta = .25, p= .033 et les obstacles,  béta = -.22, p = .040.

Discussion. Cette étude permet de révéler que les déterminants psychosociaux des comportements environnementaux  diffèrent selon le genre. Ainsi, la TCP montre, de façon inédite, que les pratiques écologiques semblent sous-tendues plutôt par les attitudes chez les femmes et la conformité aux normes chez les hommes. Les hommes seraient-ils plus sensibles à la pression sociale en matière écologique que les femmes ?

Références.

Ajzen, I. (1991). The theory of planned behaviour. Organizational Behaviour and Human Decision Processes, 50(2), 179-211.

Becker, M., & Félonneau, M.-L. (2011). Pourquoi être pro-environnemental ? Une approche socio-normative des liens entre valeurs et pro-environnementalisme. Pratiques Psychologiques, numéro spécial « Psychologie Sociale appliquée à l’Environnement », 17(3),219-236.

Dunlap, R.E., Van Liere, K.D., Mertig, A. G., & Jones, R.E. (2000). Measuring Endorsement of the New Ecological Paradigm: A revised NEP Scale. Journal of Social Issues, 56, 3, 425-442.

Meneses, G.D., & Palacio, A.B. (2005). Recycling behavior: amultidimensional approach. Environment and Behavior,37, 837–60.

McStay, J.,& Dunlap, R. E. (1983). Male-female differences in concern for environmental quality. International Journal of Women’s Studies6, 291-301.

 

Les représentations sociales de la voiture électrique et de l'automobile : "environnement" versus "usage"

Philipps-bertin, Chrystele (Ifsttar), Poupon, Lenaic (Greps-université lyon2), Champelovier, Patricia (Ifsttar), Chaumond, Agnès (Ifsttar).

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Les résultats présentés sont issus d’une recherche qui a pour objectif d’étudier les facteurs individuels et les conditions pour que les individus substituent leur véhicule thermique par un véhicule électrique. Elle s’inscrit dans le champ des recherches sur l’acceptabilité car elle concerne un objet à ce jour peu disponible et peu diffusé, même si il existe depuis plus d’une centaine d’années. Mais si l’on considère sa réapparition et le regain d’intérêt qu’il suscite actuellement, se pose la question du statut de cet objet. Si on le compare à son équivalent actuel, le véhicule thermique, il ne répond pas à la définition de l’innovation qui sous-tend une amélioration des performances de l’utilisateur. En effet, du fait de sa vitesse et de son autonomie limitées, il induit des contraintes inexistantes avec un véhicule thermique. Par contre au niveau collectif, le renouveau du véhicule électrique vient comme une réponse technologique à la question de la réduction des nuisances environnementales dues aux transports. Une des hypothèses de la recherche est que l’adoption d’une nouvelle technologie reposerait à la fois sur la valeur sociale que lui accordent les individus et sur l’évaluation des bénéfices individuels.

L’analyse des attitudes et représentations sont incontournables dans ce cadre. Elles recouvrent l’ensemble des dimensions, qui en l’absence de contraintes externes, conduit l’utilisateur à évaluer favorablement ou non les conséquences de l’adoption d’un comportement ou d’une technologie (TAR de Fishbein & Ajzen, 1975 ; TAM de Davis, 1989 ; TdCP de Taylor et Todd, 1995). Concernant le véhicule électrique, elles s’appliquent à l’objet lui-même, son usage, sa pratique, et à son statut en relation avec la « technologie thermique » existante. Ce travail s’inscrit donc dans le champ de l’étude des représentations sociales, en recherchant les éléments constitutifs de la représentation du véhicule électrique.

Des entretiens semi-directifs ont été réalisés auprès de 69 personnes (36 hommes et 33 femmes), âgées de 20 à 73 ans (âge moyen : 40 ans). Toutes, possèdent un permis de conduire depuis plus d’un an et conduisent pour leurs déplacements habituels un véhicule de type citadin. Pour explorer les représentations sociales nous avons introduit dans l’entretien une tâche d'association verbale à partir du mot inducteur « voiture électrique ». Dans une phase précédente de l’expérimentation, nous avions proposé cette même tache d’association à partir du mot inducteur « automobile ». La liste de mots produite est organisée par le biais de l'analyse prototypique (Verges, 1992) qui permet d’évaluer la saillance des mots à partir de la fréquence et du rang d’apparition. Pour aborder l’appartenance des éléments au système central de la représentation  (Abric, 2003) les sujets devaient classer les évocations de la plus caractéristique à la moins caractéristique. En complément, la connotation positive négative ou neutre devait également être associée à chaque évocation, ce qui a permis de leur attribuer un indice de polarité (Rosa, 2003).

Les résultats des analyses lexicographique et prototypique des évocations, montre l’importance des éléments liés à la fonction de l’objet dans la représentation de l’automobile et à l’inverse l’importance des éléments liés à l’environnement et donc aux normes dans la représentation du véhicule électrique. La représentation du « véhicule électrique » est « écologique » et vient répondre aux attentes en terme de préoccupation environnementale et notamment de réduction de la pollution de l’air. Elle est aussi « économique » en relation avec le coût de plus en plus important de l’énergie. Mais elle reste abstraite et comporte très peu d’éléments fonctionnels du fait de l’absence de pratique mais aussi du très faible niveau de connaissances des individus des caractéristiques du véhicule électrique. A l’inverse la représentation de « l’automobile » a une dimension fonctionnelle : le « déplacement » décrit en termes de « rapidité » et de « liberté ». Ce qui s’oppose au travers de ces représentations est bien l’intérêt commun versus individuel.

Influence normative sur le comportement des automobilistes au feu orange

Palat, Blazej (Ifsttar-lpc), Delhomme, Patricia (Ifsttar-lpc).

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La tâche de conduite nécessite de gérer des interactions actualisées ou potentielles avec tous ceux qui partagent l’espace routier. Pour rendre les comportements des usagers de la route plus prévisibles et ainsi diminuer le risque d’accident, le trafic est régulé par des normes légales qui peuvent cependant être transgressées au point que leur non respect devient une norme implicite. P. ex., s’arrêter au feu orange est obligatoire alors qu’en réalité beaucoup d’automobilistes ne s’y arrêtent pas.

            La probabilité qu’un automobiliste franchisse un feu orange augmenterait lorsque la norme implicite à le franchir est saillante (Sigelman & Sigelman, 1976) comme lorsqu’un automobiliste suit un conducteur qui franchit le feu orange juste devant lui. Cependant, l’automobiliste qui s’arrêterait dans cette situation pourrait regretter sa décision ce d’autant que franchir le feu orange constitue un comportement routinier (Kahneman & Tversky, 1982). Il pourrait alors être motivé à compenser par la suite le temps passé à l’arrêt au feu rouge.

            Il s’est agit ici de tester l’effet de la saillance de la norme à franchir le feu orange sur la décision de s’arrêter vs. franchir ce feu ainsi que sur la façon dont se déroule le redémarrage au feu vert. Nous nous attendions à davantage de franchissements des feux orange dans la condition où les automobilistes suivent un véhicule qui ne s’arrête pas au feu orange par rapport à la condition où il n’y a personne devant eux. Pour ceux qui se sont arrêtés alors qu’il y avait un véhicule qui franchissait le feu orange juste devant eux, nous nous attendions à des redémarrages plus précipités par rapport à ceux qui se sont arrêtés alors qu’il n’y avait personne devant eux.

            Matériel et méthode. L’étude a été menée sur simulateur de conduite auprès de 46 automobilistes, dont 20 femmes. En moyenne, ils ont 21,9 ans, détiennent le permis B depuis 2,7 ans et ont parcouru 23 574 km depuis l’obtention du permis. Le trajet comprenait 6 intersections où les feux tricolores passaient à l’orange lorsque les participants se trouvaient à une distance où ils pouvaient décider de s’arrêter ou d’accélérer pour tenter de franchir le feu orange. Pour 3 intersections, ils suivaient une file de véhicules et lorsqu’ils s’approchaient des feux, le véhicule juste devant eux franchissait le feu orange. Ils traversaient les trois autres intersections en absence d’autres automobilistes devant eux.

            Résultats. Il existe un effet de la saillance de la norme implicite à franchir le feu orange. Sur les 276 traversées d’intersection à feux tricolores, 20 feux ont été franchis à l’orange ou au rouge lorsque les participants suivaient un véhicule qui franchissait le feu orange, contre 10 feux lorsqu’il n’y avait personne devant eux, Wald Chi² = 8,28, p < 0,004. Sur le plan des redémarrages, les participants mettaient moins de temps à regagner la vitesse qu’ils adoptaient avant le passage du feu à l’orange dans la condition où ils se sont arrêtés alors qu’un véhicule devant eux franchissait le feu orange (M = 6,27, σ = 2,01) par rapport à la condition où il n’y avait personne devant eux (M = 7,14, σ = 2,55), F(1,199) = 20,54, p < 0,001.

            Discussion. Les automobilistes seraient davantage disposés à se conformer à la norme implicite à franchir le feu orange lorsqu’elle est rendue saillante par le comportement d’un autre conducteur. Même le comportement de ceux qui ne s’y sont pas conformés serait affecté. Ainsi, ces automobilistes redémarraient plus violemment comme s’ils essayaient de compenser l’occasion ratée d’économiser du temps.

Bibliographie

Kahneman, D., & Tversky, A. (1982). The simulation heuristic. In D. Kahneman, P. Slovic, & A. Tversky (Eds.), Judgment under uncertainty: Heuristics and biases (pp. 201-208). New York: Cambridge University Press.

Sigelman, C. K., & Sigelman, L. (1976). Authority and conformity : violation of a traffic regulation. The Journal of Social Psychology, 100, 35-43.


Mercredi, 11h, AR49.

Symposium : Nouvelles approches en psychologie transculturelle – transmission et migration

SYMPOSIUM ORGANISÉ PAR :

Bossuroy, Muriel (Université paris 5 - hôpital jean verdier).

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Ce symposium vise à présenter des recherches récentes dans le champ de la psychologie transculturelle. Celles-ci étudient des thématiques contemporaines dans nos sociétés plurielles et métissées, où les migrations apportent diverses langues, cultures, représentations et parcours de vie. Ce symposium fera une large part à la question de la transmission en situation transculturelle, dans ses enjeux conscients ou inconscients : celle de la langue du pays d’origine, celle de l’histoire de la famille, celle des représentations ou des traumatismes. Transmissions inconscientes, voulues ou bloquées ; transmissions de la mère au bébé, des parents aux enfants et adolescents, du patient au clinicien ou au chercheur ; transmissions encouragées ou déniées par la société. Ces travaux soulignent la richesse de la méthodologie complémentariste de G. Devereux, prenant en compte tant les éléments culturels que psychiques, dans la clinique comme dans la recherche.

Complexité transculturelle et modernité : le complémentarisme dans la clinique et la recherche

Mansouri, Malika (Unité inserm u669. université de paris descartes - secteur 1 de pédopsychiatrie de seine saint-denis), Moro, Marie-rose (Université de paris descartes-ea 4056, u669; chef de service maison de solenn, hopital cochin).

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Selon une étude sociologique menée au tribunal de Bobigny, les « émeutes » de l'automne 2005 ont été agies par des adolescents « français d'origine étrangère » majoritairement maghrébine, puis subsaharienne (Mucchielli, Delon, 2006). Ces adolescents sont nés de l'histoire française et de ses anciennes colonies, mais les tentatives de compréhension de la colère « émeutière » se sont multipliées sans s'attarder sur cette particularité de leur filiation. C'est la perspective que propose cette recherche en psychologie qui tente de saisir les incidences subjectives des violences de l'histoire coloniale chez les descendants de ceux qui l'ont vécue (Mansouri, 2013). Pour pouvoir mener à bien une étude nécessitant à la fois l'analyse des représentations collectives liées à l'histoire et les dynamiques inconscientes dont celles qui passent de génération en génération, nous avons opté pour une démarche complémentariste (Moro, 1994 ; Devereux, 1972), associant les principes de la psychanalyse et de l'histoire, dans un rapport de proximité avec les études postcoloniales (Smouts, 2007). Cette recherche complémentariste a permis, au cas par cas, d'approcher d'un peu plus près ce qui de « l'autre scène » découverte par Freud peut donner sens aux révoltes sociales de nos banlieues, en tant qu'elles sont le symptôme très spécifique d'un dysfonctionnement du lien social. Mots clefs : émeutes, adolescents, complémentarisme, psychanalyse, histoire, colonialisme. Bibliographie Devereux G. Ethnopsychanalyse complémentariste. Paris : Flammarion ; 1972. Mansouri M. Révoltes postcoloniales au Cœur de l'Hexagone. Voix d'adolescents. Paris : Puf ; 2013. Moro M.R., Parents en exil. Psychopathologie et migration. Paris : Puf ; 1994. Mucchielli L. Delon A. Les mineurs émeutiers jugés à Bobigny (93). In Justice des mineurs – Emeutes urbaines. Paris : Revue Claris n°1 ; 29 octobre 2006. Smouts MC. La situation postcoloniale. Les postcolonial studies dans le débat français. Paris : Presses de Sciences Po ; 2007.

La transmission du trauma mère-bébé dans un contexte transculturel

Feldman, Marion (Université paris descartes - laboratoire lpcp ea 4056), Dozzio, Elisabetta (L’université paris 13), Drain, Elise (Hôpital avicenne; hopital jean verdier), Moro, Marie-rose (Université de paris descartes-ea 4056, u669; chef de service maison de solenn, hopital cochin).

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Résumé

Cette communication fait part des premiers résultats d’une recherche sur les modalités de transmission du trauma mère-bébé, dans un contexte transculturel. Cette recherche actuelle consiste en l’observation des mécanismes de transmission du trauma entre la mère et son bébé à travers l’observation de leurs interactions. L’objectif de cette recherche consiste en une meilleure prise en charge des dyades mère-bébé mais aussi des soignants les prenant en charge.

Le matériau clinique est issu d’entretiens mère-bébés qui sont réalisés dans différents lieux : maternité, unité d’hospitalisation mère-bébé, crèche préventive. Ils sont filmés, enregistrés et retranscrits.

Il s’agit de traiter la question d’un traumatisme psychique de la mère survenu avant la naissance du bébé, de sa transmission au bébé et des conséquences que cela pourrait porter dans la relation mère-enfant et donc sur le développement de l’enfant. Une proposition pour accéder au processus de la transmission du trauma au bébé, se base sur les modalités contre-transférentielles du clinicien ainsi que sur la dynamique triadique : mère-bébé-clinicien. Le clinicien pris dans l’intersubjectivité, s’engage également dans le partage du traumatisme. Le contre-transfert du thérapeute permet d’accéder au vécu du bébé dans l’interaction avec sa mère, lorsque celle-ci a vécu un événement traumatique. L’identification du “scénario émergent” (Lachal 2006) dans le contre-transfert est notamment un indicateur du vécu du bébé.

Mots clés : trauma – dyade mère-bébé – transculturel - transmission – contre-transfert

Bibliographie

Lachal C., 2006, Le partage du traumatisme, Grenoble, la pensée sauvage.

Moro M.R., Asensi H., Feldman M., 2013, Le devenir du trauma infantile, Grenoble, la pensée sauvage, à paraître.

La transmission de la langue maternelle en situation migratoire

Bossuroy, Muriel (Université paris descartes - lpcp ea 4056 et u669; hôpital jean verdier), Racotomalala, Laura (Utrpp, université de paris 13. rased villiers sur marne), Rezzoug, Dalila (Service de psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent de l’hôpital avicenne université paris 13), Moro, Marie-rose (Université de paris descartes-ea 4056, u669; chef de service maison de solenn, hopital cochin).

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Résumé

Transmettre sa langue après une migration n’est pas seulement un acte linguistique mais également un processus de transmission culturelle et identitaire qui aura un impact sur la construction de la personnalité et des affiliations de l’enfant. L’équipe pluridisciplinaire du Centre du Langage du Service de psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent de l’hôpital Avicenne a développé une recherche incluant la construction de deux outils d'évaluation (actuellement en cours de validation): un test d’évaluation des compétences langagières en langue maternelle pour les enfants, l’ELAL d’Avicenne (Wallon et al, 2008), ainsi qu’un guide d'entretien pour les parents, explorant des problématiques migratoires telles que les affiliations culturelles au pays d’origine et au pays d’accueil, les relations familiales, les processus de transmission et l’inscription trans-générationnelle, l'histoire migratoire ainsi que de la réalité du bain langagier des enfants.  Le croisement des résultats aux deux évaluations devrait mettre en évidence les facteurs en jeu, au sein de la famille, dans la transmission et l’acquisition de la langue maternelle. En effet, si de nombreux enfants de migrants apprennent très vite la langue française dès l’entrée à l’école, d’autres sont en difficulté pour réaliser le passage d’une langue à l’autre et présentent des troubles complexes du langage . Cette recherche a donc pour but de mieux comprendre, mieux prévenir et mieux prendre en charge ces situations (Bossuroy et Simon, 2010).

Mots-clés: Langue, transmission, migration, transculturel, bilinguisme

Bibliographie

Bossuroy, M., Simon, A. « La recherche ELAL d’Avicenne, à la rencontre des langues dans les écoles », La revue de santé scolaire et universitaire, 2010, n°4, pp.20-24

Wallon E, Rezzoug D, Bennabi-Bensekhar M, Moro MR, Evaluation langagière en langue maternelle pour les enfants allophones et les primo-arrivants. Un nouvel instrument : l’ELAL d’Avicenne, Psychiatrie de l’enfant L1, 2, 2008 : 597-622.

Contre-transfert du chercheur et transmission du trauma : à propos d’une recherche auprès des enfants des rues de casablanca (maroc)

Bernichi, Asmaa (Utrpp, université de paris 13, sorbonne paris cité), Mouchenik, Yoram (Utrpp, université paris 13).

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Résumé

Cette communication tente de rendre compte de l’importance du contre-transfert du chercheur, un outil précieux dans la compréhension de ce qui se (re) joue pour les enfants/adolescents vivant dans les rues de Casablanca ainsi que pour le chercheur. En effet, la rencontre avec ces enfants de la rue et la mise en récit de leur trajectoires, nous confrontent à une transmission des éléments traumatiques.

Enfin, nous aborderons la question de la toxicomanie de ces enfants et adolescents dans la rue, une problématique qui s’ajoute à l’errance tout en les y maintenant. Cette consommation des toxiques propre à la rue leur permet de rendre ces traumas non élaborés « plus supportables ».

Notre propos s’appuie sur un travail de recherche portant sur les problématiques des enfants de la rue de Casablanca s’inscrivant dans une approche transculturelle où divers champs des sciences humaines sont convoqués afin de rendre intelligible la complexité clinique de ces enfants et adolescents dans l’espace urbain marocain. Ce travail s’inscrit en ce sens dans la mouvance actuelle de la clinique contemporaine qui consiste à un « aller vers » le terrain et invite le clinicien-chercheur à interroger ce qu’il a lui-même éprouvé et à ce qui l’a « affecté ».

Nos données cliniques sont issues de récits de trajectoires de vie recueillis auprès d’enfants et d’adolescents vivant dans les rues de Casablanca. A ces entretiens de recherche, nous avons attaché notre contre-transfert, en lien avec la rencontre de l’autre dans sa singularité, avec sa souffrance psychique, les traumatismes vécus et son état de déchéance.

Mots clés : enfants de la rue – contre-transfert du chercheur – traumatisme – toxicomanie

Bibliographie

Ben Slama, F. (1986). Le contre-transfert dans la recherche. De la notion au paradigme. Bulletin de Psychologie, 39 (377), pp. 791-796.

Devereux, G. (1967). De l'angoisse à la méthode dans les sciences du comportement. Paris : Flammarion.

Laplantine, F. (2002). Pour une ethnopsychiatrie critique. Vie sociale et traitements (73), pp. 29-33.


Mercredi, 11h, AR46.

Symposium : La conduite automobile: que d'émotions !

SYMPOSIUM ORGANISÉ PAR :

Navarro, Jordan (Université lumière lyon 2).

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L’objectif de ce symposium est de traiter des liens existants entre les émotions et la situation de conduite automobile. L’exercice de la manipulation des émotions est rendu délicat de part les multiples facteurs susceptibles d’influencer l’état émotionnel dans lequel se trouvent les conducteurs.

Après un exposé introductif traitant de l’impact des émotions sur différents comportements y compris de conduite par O. Koenig, les autres travaux exposés ont cherché à modifier l’état émotionnel de conducteurs à l’aide de musique ou de stimuli stressants. Différents types de mesures de l’état émotionnel, toutes recueillies en situation de conduite automobile simulée, seront discutées :

Les mesures physiologiques et en particulier la variation du diamètre pupillaire seront abordées par M. Pedrotti et coll.

Une mesure cognitive sera présentée par C. Jallais et coll. au travers de la mesure de la cécité au changement.

Les mesures des comportements de conduite, notamment le temps inter-véhiculaire seront présentées par J. Navarro et coll.

Mesure automatique du stress du conducteur par analyse du diamètre pupillaire

Pedrotti, Marco (Université paris 6).

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M. Pedrotti1,2, A. Tedesco3, T. Baccino2,4

1Université Paris 6 - Pierre et Marie Curie, 4 Place Jussieu, 75005, Paris,

2CHArt/LUTIN (EA 4004), Cité des Sciences et de l’ Industrie de la Villette, 30 Avenue Corentin Cariou, 75930, Paris

3Scientific Brain Training, 66 Boulevard Niels Bohr, BP 52132, F - 69603, Villeurbanne, France

4Université Paris VIII - Vincennes St.Denis, 2 rue de la Liberté, 93200, Saint-Denis, France

 uaccoo@gmail.com

 Les nouvelles technologies de formation et en particulier le e-learning et les simulateurs peuvent générer chez certains apprenants un stress négatif affectant l’efficacité de la formation et le bien-être. Nous proposons une méthode de mesure du stress basée sur l’analyse de l’ activité pupillaire1,2. Pour commencer, le diamètre pupillaire est mesuré sur chaque participant au repos. Puis, les signaux de diamètre enregistrés pendant les tâches expérimentales sont normalisés selon le diamètre moyen calculé au repos. Ensuite, une approximation du signal est extraite avec la Discrete Wavelet Transform. Enfin, l’approximation du signal est utilisée comme input pour un classifieur basé sur réseaux de neurones. Nous avons testé cette méthode dans le cadre d’ une expérience de conduite simulée. Les participants ont passé trois séances de conduite: dans la première séance, ils ont conduit sans stresseurs. Dans la deuxième, des sons les alertaient en cas d’ erreurs. Dans la troisième, deux expérimentateurs les observaient tout en évaluant leur performance. Notre classifieur est en mesure de déterminer avec une précision de 73.3% de quelle séance est issu un signal pupillaire inconnu.         

 

Beatty, J. (1982). Task-Evoked Pupillary Responses, Processing Load, and the Structure of

            Processing Resources. Psychological Bulletin, 91, 276-292.

Granholm, E., Steinhauer, S.R. (2004). Pupillometric measures of cognitive and emotional

            processes. International Journal of Psychophysiology, 52, 1-6.

Cécité aux changements : effets de la colère et de la tristesse

Jallais, Christophe (Université de lyon, f-69622, lyon - ifsttar, lescot, f-69675, bron, france).

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C. Jallais1, D. Letisserand1, C. Gabaude1, M. Regan2

1Université de Lyon, F-69622, Lyon - IFSTTAR, LESCOT, F-69675, Bron, France

IFSTTAR – Cité des Mobilités - 25 avenue François Mitterrand 69675 Bron

2Transport and Road Safety (TARS) Research, School of Aviation, University of New South Wales, Sydney, Australia

 

christophe.jallais@ifsttar.fr

Tel: +33 4 72 14 24 44

 

La cécité au changement est l'incapacité à détecter lors d'une saccade les changements concernant un objet situé dans une scène. Lorsque l'attention se concentre en un endroit, des modifications apportées à un autre peuvent ne pas être remarquées, du fait d’une représentation non détaillée de la scène. Le niveau d'intérêt (central ou marginal) du changement a été manipulé ici avec une version modifiée du paradigme «  flicker » afin de tester l'impact des émotions (neutre, colère et tristesse). 60 participants devaient détecter un changement opéré (concernant un véhicule, un piéton, l’infrastructure) sur une photographie d’intersection. Deux images pour chaque cible ont été utilisées (originale et modifiée). La présence de pensées non pertinentes à la conduite automobile lors de la tristesse diminue les ressources attentionnelles. La colère peut ralentir le traitement de l'information visuelle, i.e. détection plus lente des dangers marginaux. Ces deux états peuvent donc donner lieu à de l’inattention. Les analyses ont montré une meilleure allocation des ressources attentionnelles en fonction de l’émotion et des objets sur lesquels les changements sont opérés uniquement lorsque l’intérêt est central. Avec des durées de fixation et un nombre de saccades identiques, le groupe colère était plus rapide à détecter les changements que les autres. Leurs détections des changements opérés sur les véhicules étaient plus rapides que les autres groupes. Il semblerait qu’une priorité de traitement des usagers de la route (potentiels initiateurs de la colère) soit mise en place en colère pouvant conduire à une prise de risque associée à cette focalisation attentionnelle.

 

Influence du tempo de la musique sur les performances de conduite automobile simulée.

Navarro, Jordan (Université lumière lyon 2, laboratoire d’étude des mécanismes cognitifs, 5 avenue pierre mendès fran), Perdrix, Manon (Université lumière lyon 2, laboratoire d’étude des mécanismes cognitifs, 5 avenue pierre mendès fran), Seccia, Geoffrey (Université lumière lyon 2, laboratoire d’étude des mécanismes cognitifs, 5 avenue pierre mendès fran), Reynaud, Emanuelle (Université lumière lyon 2, laboratoire d’étude des mécanismes cognitifs, 5 avenue pierre mendès fran).

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La musique écoutée au volant peut avoir un impact sur les performances de conduite. Par exemple son volume influe sur la vigilance du conducteur (e.g. Dalton & Behm, 2007). Le tempo de la musique peut également avoir une influence. Brodsky (2002) montre une augmentation de la vitesse du véhicule et du nombre d’infractions au code de la route avec le tempo de la musique. D’autres chercheurs soulignent que la valence émotionnelle de la musique peut détériorer les performances de conduite (Pêcher, Lemercier & Cellier, 2009). Toutefois les effets de la musique ne sont pas unanimement admis et certaines études indiquent une absence de modification des comportements de conduite en sa présence (Ünal, Steg et Epstude, 2012).

Cette étude avait pour objectif de déterminer si la variation du tempo de la musique perturbe le contrôle du véhicule. Pour ce faire quatre conditions expérimentales ont été déployées lors d’une tâche de suivi de véhicule en conduite automobile simulée. Les participants devaient conduire sans musique, avec une musique de leur choix, avec cette musique dont le tempo avait été modifié (+10% ou -10%).

Le temps inter-véhiculaire (time to contact) et sa variabilité ont été recueillis pour quantifier le comportement de conduite. La fréquence cardiaque et l’état émotionnel subjectif des participants nous ont permis d’évaluer l’effet de la musique sur l’état interne des participants. 

Références 

Brodsky, W. (2002). The effects of music tempo on simulated driving performance and vehicular control. Transportation Research Part F, 4, 219-241.

Dalton, B.H., & Behm, D.G. (2007). Effects of noise and music on human and task performance: A systematic review. Occupational Ergonomics, 7, 143-152.

Pêcher, L., Lemercier, C., & Cellier, J.M. (2009). Emotions drive attention : Effects on driver’s behavior. Safety Science, 47, 1254-1259.

Ünal, A.B., Steg, L., & Epstude., K. (2012). The influence of music on mental effort and driving performance. Accident Analysis and Prevention, 48, 271-278.

Comment les émotions influencent-elles nos comportements?

Koenig, Olivier (Université de lyon 2).

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Cet exposé aura pour objectif d'introduire les effets de différentes émotions sur plusieurs de nos comportements. Après une rapide présentation des différentes émotions et de leurs principaux effets, l'exposé s'orientera plus spécifiquement vers l'effet des émotions sur les comportements de conduite.


Mercredi, 13h45, AR49.

Session thématique : Psychologie Cognitive

Des jugements affectifs sensibles à la dynamique motrice

Brouillet, Thibaut (Epsylon), Millau, Audrey (Epsylon), Camus, Thomas (Epsylon), Brouillet, Denis (Epsylon).

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Dans tout magasin nous sommes constamment entrain de juger quel produit nous préférons. Si les qualités objectives des produits jouent un rôle prédominant dans l’élaboration du jugement, n’y a-t-il pas des composantes plus subjectives prises en compte? Par exemple, est-ce qu’un produit qui est dur à attraper ou éloigné de l’observateur sera jugé avec la même objectivité que celui qui est proche ? L’objectif de notre travail est de mettre en évidence le rôle des dynamiques motrices dans l’élaboration des jugements affectifs.

De nombreux travaux (Cacioppo, Bernston & Priester, 1993) ont mis en évidence que les jugements affectifs peuvent être influencés par des mouvements susceptibles d’activer les systèmes motivationnels de l’approche et de l’évitement : la flexion (vers soi) et l’extension (hors soi) du bras par exemple. Dans ce type d’expériences, l’élaboration du jugement est influencée par les conséquences que peuvent avoir ces réponses sur la distance qui sépare le sujet du stimulus émotionnel : la flexion rapproche, l’extension éloigne.

De façon complémentaire, d’autres travaux montrent que les jugements affectifs peuvent être sensibles à des composantes motrices plus subjectives (Canon et al., 2010 ; Brouillet et al., 2011). Par exemple, l’équipe de Hayes et col. (2008) a mis en évidence que la fluence du mouvement, c'est-à-dire sa facilité d’exécution, a une influence causale sur les jugements affectifs. Par exemple, un participant évalue plus positivement un stimulus cible lorsqu’il a préalablement réalisé un mouvement rapide et/ou facile (déplacer un objet) que lorsqu’il a réalisé un mouvement plus lent et/ou plus difficile.

Expériences

Les travaux présentés ci-dessus portent un intérêt conjoint à l’influence des dynamiques motrices sur le jugement affectif. Reste à déterminer l’effet conjoint de l’orientation de la réponse (vers soi/hors soi) et de la fluence de l’action : effet d’interaction ou d’additivité ? L’expérience suivante combine ces deux composantes motrices.

Les participants (S=24) doivent statuer le plus rapidement possible sur le caractère plaisant ou non de stimuli à valence émotionnelle (34 positifs et 34 négatifs ; 34 fréquents et 34 non-fréquents ; 34 concrets et 34 abstraits) en exécutant soit un mouvement ample (30cm) soit un mouvement de plus faible amplitude (10cm). De plus, pour répondre les participants doivent effectuer une action orientée vers soi ou hors de soi. Le dispositif de réponse se compose de trois boutons dont celui du centre est le point de départ pour chaque essai expérimental. L’amplitude de la réponse et l’orientation du mouvement sont manipulés en intra-sujet.

Résultats

Nous observons que des mouvements de faible amplitude facilitent les temps de jugement de mots positifs alors que les mouvements de forte amplitude facilitent les temps de jugement de mots négatifs. Nous observons également que les mouvements vers soi facilitent les temps de jugement de mots positifs alors que les mouvements hors soi facilitent les temps de jugement de mots négatifs. Pour finir, les résultats montrent un effet additif des deux composantes motrices (amplitude et orientation) sur les jugements affectifs.

Conclusion

Ces résultats confortent l’idée que l’élaboration des jugements affectifs est sensible aux dynamiques motrices. Ainsi, pour reprendre notre exemple du supermarché, il est fort probable que nous ne jugions pas de la même façon un produit proche de nous qu’un produit éloigné selon que nous allons vers lui ou que nous nous en éloignons.

 

Brouillet, T., Ferrier, L.P., Grosselin, A., & Brouillet, D. (2011). Action Compatibility Effects are Hedonically Marked and have Incidental Consequences on Affective Judgment. Emotion, 11(5), 1202-1205.

Cacioppo, J. T., Priester, J. R.,&Berntson, G. G. (1993). Rudimentary determinants of attitudes: Arm flexion and extension have differential effects on attitudes. Journal of Personality and Social Psychology, 65, 5–17.

Hayes, A. E., Paul, M. A., Beuger, B., & Tipper, S. P. (2008). Self produced and observed actions influence emotion: The roles of action fluency and eye gaze. Psychological Research, 72, 461472.

Effet de compatibilité valence/latéralité: droitiers et gauchers à égalité

Milhau, Audrey (Laboratoire epsylon, université montpellier 3), Brouillet, Thibaut (Laboratoire epsylon, université montpellier 3), Heurley, Loïc (Laboratoire epsylon, université montpellier 3), Brunel, Lionel (Laboratoire epsylon, université montpellier 3), Brouillet, Denis (Laboratoire epsylon, université montpellier 3).

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Introduction. D’après Casasanto et la Body-Specificity Hypothesis (2009), nos interactions avec l’environnement conditionnent notre façon de concevoir ce dernier. Par exemple, les associations entre valence et latéralité seraient basées sur la façon dont l’agent interagit avec l’environnement. Ainsi, la valence positive est associée à l’espace latéral dans lequel les interactions sont les plus aisées (les plus fluentes), donc au côté dominant. A l’inverse, le négatif est associé au côté où l’on est le moins adroit, c’est à dire au côté non-dominant. Casasanto (2009) demandait à des droitiers et des gauchers de disposer deux objets désignés comme bons ou mauvais dans deux boîtes situées à droite et à gauche. Les droitiers placèrent le positif à droite et le négatif à gauche, et les gauchers firent l’inverse. Toutefois, ces associations ne semblent pas figées. Casasanto & Chrysikou (2011) ont montré qu’un droitier qui agit comme un gaucher pendant une courte période manifeste ensuite les associations valence/latéralité d’habitude observées chez les gauchers (positif à gauche et négatif à droite).

Il semble donc que le facteur central expliquant les phénomènes de compatibilité entre émotion et latéralité soit la facilité des participants à agir (fluence motrice). L’objectif de notre expérience est de directement tester cette hypothèse. Pour cela, les participants évaluent des mots à l’aide de leur bras (dominant ou non) en effectuant un geste du même côté du bras ou du côté opposé. Une réponse du côté congruent du bras de réponse est plus facile (fluent) par rapport au geste du côté opposé (non fluent ; Fisk & Goodale, 1985), les mots positifs devraient être jugés plus vite avec un geste fluent, et les mots négatifs avec un geste non-fluent.

Méthode. Les participants évaluent des mots connotés positivement et négativement (e.g., musique ou cafard) en utilisant une seule main (dominante vs non-dominante) pour répondre sur deux boutons localisés à gauche et droite. Pour la moitié des participants, la touche ‘positif’ est à droite et la touche ‘négatif’ est à gauche, pour l’autre moitié les touches sont inversées. Nous constituons 4 groupes de 20 droitiers, et 4 groupes de 12 gauchers (128 participants au total): 1) main dominante/positif à droite ; 2) main dominante/positif à gauche ; 3) main non-dominante/positif à droite ; 4) main non-dominante/positif à gauche.

Résultats. Quelle que soit leur dominance manuelle (droitiers ou gauchers), les participants utilisant leur main droite ont répondu plus vite sur les mots positifs à droite qu’à gauche, et ceux utilisant leur main gauche ont répondu plus vite pour les mots positifs à gauche qu’à droite. En d’autres termes, lorsque l’action est fluente, les temps de réponse sont plus courts. Par contre, cet effet de la compatibilité n’apparaît pas pour les temps d’évaluation des mots négatifs.

Discussion. Cette expérience soutient l’idée que les associations valence/latéralité ne sont pas figées mais se construisent lors de l’interaction de l’individu avec son environnement. Plus précisément, le facteur clé serait la facilité à agir dans un contexte donné. La présence d’effets uniquement sur les mots positifs pourrait se justifier par le caractère positif de la fluence motrice, compatible avec la valence de ces items (Winkielman & Cacioppo, 2001).

Références.

Casasanto, D. (2009). Embodiment of Abstract Concepts: Good and Bad in Right- and Left-Handers. Journal of Experimental Psychology: General, 138(3), 351-367.

Casasanto, D., & Chrysikou, E.G. (2011). When Left is 'Right': Motor fluency shapes abstract concepts. Psychological Science, 22(4), 419-422.

Fisk, J. D., Goodale, M. A. (1985). The organization of eye and limb movements during unrestricted reaching to targets in ipsilateral and contralateral space. Experimental Brain Research, 60, 159-178.

Winkielman, P., & Cacioppo, T. (2001). Mind at ease puts a smile on the face: Psychophysiological evidence that processing facilitation increases positive affect. Journal of Personality and Social Psychology, 81, 989-1000. 

Rien ne sert de compter, il faut partir outillé : surestimation des bénéfices associés à l’utilisation d’outils.

Vallet, Guillame t. (Laboratoire emc, université lyon 2), Morgado, Nicolas (Laboratoire de psychologie et neurocognition (umr 5105 cnrs), université de grenoble), Morel, Camille (Laboratoire emc, université lyon 2), Grand, Alexandrine (Laboratoire emc, université lyon 2), Palluel-germain, Richard (Laboratoire de psychologie et neurocognition (umr 5105 cnrs), université de grenoble), Osiurak, François (Laboratoire emc, université lyon 2).

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Introduction. Une des spécificités de l’être humain est sa propension à utiliser fréquemment des outils (Osiurak, Jarry, & Le Gall, 2010). Par ailleurs, nous préférons utiliser un outil pour ranger des objets même lorsque son utilisation est plus coûteuse qu’utiliser la main (Osiurak, Morgado, Vallet, Drot, Palluel-Germain, sous presse). Cette surestimation des bénéfices de l’outil pourrait provenir d’une perception différente des quantités d’objets à ranger. Si c’est le cas, face à deux quantités d’objets à débarrasser, il devrait être plus difficile d’estimer quelle quantité est la plus faible si ces objets doivent être débarrassés avec un outil plutôt qu’avec la main.

Méthode. Dans deux expériences, des étudiants (Exp. 1 et 2 : n = 20) devaient se mettre à la place d’un croupier de casino. Les participants devaient choisir parmi deux tables de jeu présentées sur un l’écran celle contenant le moins de jetons en s’imaginant devoir les débarrasser soit avec leur main (un jeton à la fois), soit avec un petit râteau (un jeton à la fois, outil 1), ou soit avec un gros râteau (deux jetons à la fois, outil 2). La table étalon comportait toujours le même nombre de jetons (Exp. 1 : 32 ; Exp. 2 : 28) alors que la table test en comportait une quantité variable (Exp. 1 : 26 à 38 jetons  ; Exp 2 : 22 à 34 jetons).

Résultats. Les pentes des courbes psychométriques représentant la proportion de choix de la table étalon comme étant celle comportant le moins de jetons pour les différentes conditions expérimentales (main, outil 1, outil 2) ont été utilisées comme indice de précision de la tâche de comparaison de quantité. Le point d’égalité subjective (PES) de la condition main et outil a été utilisé comme indice de perception des participants. Dans les deux expériences, les résultats indiquent que la pente de la courbe pour les deux outils pris ensemble est significativement moins élevée que celle de la courbe pour la main. Dans la condition outil, les participants choisissaient dans 20 % des cas la table avec 32 jetons plutôt que celle contenant le moins de jetons (Exp. 1 : 26 jetons ; Exp. 2 : 22 jetons), contre 4 % des cas dans la condition main. Ainsi, les participants faisaient moins d’erreurs lorsqu’ils devaient indiquer la table comportant le moins de jetons lorsqu’ils s’imaginaient devoir débarrasser les tables à la main plutôt qu’avec un outil. Par ailleurs, une différence significative est observée pour le PES dans les trois expériences, un plus nombre de jetons doivent être présent sur la table en condition main par rapport à la condition outilpour percevoir le nombre standard (33 versus 31 jetons respectivement pour en percevoir 32).

Discussion. Les résultats indiquent qu’anticiper l’utilisation d’un outil semble modifier notre perception des quantités d’objets à manipuler. Il est possible que l’anticipation de l’utilisation de l’outil engendre une perception réduite de l’effort nécessaire pour réaliser la tâche biaisant en retour la perception des quantités. L’absence de différence entre les outils 1 et 2 pourrait quant à elle suggérer que la surestimation des bénéfices de l’outil est indépendante de son efficacité relative. Il demeure à explorer le choix d’un outil et sa pertinence dans ces effets.

Références

Osiurak, F., Jarry, C., & Le Gall, D. (2010). Grasping the affordances. Understanding the reasoning: Toward a dialectical theory of human tool use. Psychological Review, 117, 517-540.

Osiurak, F., Morgado, N., Vallet, G.T., Drot, M. Palluel-Germain, R. (sous presse). Getting a tool gives wings: Overestimation of tool-based benefits in an imagery task and a decision task. Psychological Research.

Etude d'amorçage visuomoteur sur la saisie d'objet : initiation et mouvement.

Roche, Kevin (Laboratoire emc, université lyon 2), Verheij, Rebekka (Faculty of human movement sciences, amsterdam, the netherland), Voudouris, Dimitris (Faculty of human movement sciences, amsterdam, the netherland), Chainay, Hanna (Laboratoire emc, université lyon 2), Brenner, Eli (Faculty of human movement sciences, amsterdam, the netherland), Smeets, Jeroen (Faculty of human movement sciences, amsterdam, the netherland).

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La saisie d’un objet est sous-tendue par une voie spécifique pour l’action (voie dorsale) qui opère seule et en temps réel la transformation visuomotrice (Milner et Goodale, 1992) Ainsi, aucun amorçage visuomoteur n’est possible si l’objet est visible lors de sa saisie. Toutefois, des effets d’amorçage visuomoteur ont été observés sur le temps d’initiation (TI) et sur la pince distale (Hesse et al., 2008) lorsque l’orientation entre l’amorce et la cible était congruente. Pour étudier l’hypothèse d’une mémoire pour l’action, nous avons utilisé le paradigme d’amorçage visuomoteur en manipulant l’orientation d’objets (Exp 1, 2, 3). L’expérience 3 étudie aussi l’effet de présentation partielle (partie saisissable vs. fonctionnelle) ou entière en amorce de l’objet à saisir. Nous avons prédit des effets d’amorçage sur le TI et sur la pince distale (PD). L’orientation congruente entre l’amorce et la cible devait faciliter la saisie de la cible, contrairement à l’orientation non congruente.

Méthodologie générale: Stimuli: Expériences 1 et 2  quatre objets à manches et Expérience 3 un objet, ont été utilisés.

Procédure: Le sujet portait des lunettes Translucides PLATO, permettant de contrôler le temps de présentation des stimuli. Deux caméras Optotrak enregistraient le geste. Un essai débutait par un ‘bip’, suivit d’une amorce visible 500 ms, Après un intervalle de 1500 ms les lunettes s’ouvraient indiquant qu’il faut saisir l’objet. Deux conditions d’amorçage (Amorce) ont été proposées : congruente (même orientation pour l’amorce et la cible); non congruente (orientation opposée). La cible était orientée à 2 angles différents: Exp1 : 0° et 50° ; Exp2 et 3 : 20° et 70° par rapport à l’axe sagittal du sujet.

Sujets: 8 sujets dans chaque expérience, tous droitiers et étudiants à l’Université Libre d’Amsterdam.

Expérience 1.  Une ANOVA avec les facteurs Amorce et Orientation n’a montré aucun effet d’amorçage sur les TI. La même analyse effectuée sur PD a montré une interaction significative entre les 2 facteurs (p<.05). Un effet d’amorçage était visible uniquement pour une orientation à 50° (p<.05). Afin de déterminer si ce résultat vient du choix de l’orientation, nous avons répliqué l’expérience avec 2 orientations différentes (20° et 70°).

Expérience 2. Une ANOVA avec les facteurs Amorce et Orientation  a montré un effet d’amorçage sur les TI (p<.05). Voir une orientation congruente au préalable réduit le TI par rapport à voir une autre orientation. Une interaction significative entre les 2 facteurs (p<.05) a été observé sur PD. Un effet d’amorçage a été observé uniquement pour une orientation à 70° (p<.05).

Expérience 3 Une ANOVA avec les facteurs Amorce, Type d’amorce et Orientation a montré une interaction significative entre les facteurs Amorce et Type d’amorce (p<.05). Des TI plus courts ont été observés dans la condition congruente comparée à incongruente et ceci uniquement pour l’objet entier en amorce. Aucune différence significative n’a été observée sur la PD.

Discussion: Nos résultats confortent l’idée que l’amorçage visuomoteur est possible et montre l’existence d’une courte mémoire pour l’action. Ils suggèrent que les traitements dans la voie dorsale, impliqués dans la saisie n’opèrent pas exclusivement en temps réel. Les effets d’amorçage sur les PD uniquement sur les orientations de la cible à 50° et 70° semblent indiquer que plus il a des changements entre amorce et la cible, plus les processus en temps réel sont importants, ce qui rends la planification du mouvement en avance moins pertinente. Par ailleurs, l’amorce et la cible doivent être identiques pour trouver un effet de congruence d’orientation. Nos résultats sont compatibles avec la proposition que voir en amorce un objet identique à la cible évoque des actions potentielles et qu’elles sont retenues en mémoire un court instant.

Hesse, C., de Grave, D.D.J., Franz, V.F., Brenner, E., & Smeets, J.B.J. (2008). Planning movements well in advance. Cognitive Neuropsychology, 25, 985-995.

Goodale, M. A., & Milner, A. D. (1992). Separate visual pathways for perception and action. Trends in Neurosciences, 15, 20-25.

Étude des amorçages visuomoteurs : de la sélection du but d’action au contrôle de l’atteinte

Coutté, Alexandre (Lapcos, nice), Coello, Yann (Ureca, lille), Olivier, Gérard (Lirces, nice).

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Introduction

Le paradigme d’amorçage visuomoteur montre classiquement que la présentation d’un stimulus visuel potentialise automatiquement une réponse manuelle. Cette dernière interfère avec tout geste manuel devant être réellement exécuté (cf. Tucker et Ellis, 2004). Cet effet de compatibilité peut notamment être lié à (cf. Buetti et Kerzel, 2009 ; Olivier, 2006) : (a) la latéralité relative de la main de réponse (et/ou du but d’action) par rapport à la position du stimulus (i. e. effet Simon) ; (b) l’amplitude de l’atteinte de la réponse manuelle par rapport à la distance au stimulus.

Si la sélection de l’effecteur et du but spatial sont connus pour intervenir tôt dans la planification du geste, le contrôle moteur de l’amplitude d’un geste d’atteinte intervient généralement plus tardivement (Glover, 2004). Le but de cette étude est d’étudier conjointement les influences respectives des effets de compatibilités relatifs au but et à l’amplitude du geste au fil de la réalisation d’une tâche d’amorçage visuomoteur.

Méthode

Les 20 participants sont droitiers. Le dispositif de réponse, entre le sujet et l’écran, est composé de 6 boutons disposés symétriquement par rapport à l’axe sagittal: de chaque côté, un bouton de départ est sous la main ipsilatérale, un taquet saisissable est proche de lui (à 11cm) tandis qu’un second en est plus éloigné (à 28cm). Sur l’écran, un pion d’échec (soit noir, soit blanc) est latéralisé (soit à droite, soit à gauche) à un emplacement soit proche, soit éloigné.

Au début de chaque essai, le sujet doit maintenir enfoncé un bouton de départ prédéfini (droit ou gauche) avec la main ipsilatérale. Suite à la fixation d’une croix centrale en bas de l’écran, un pion apparait (sa position en largeur et en profondeur est manipulée). En fonction de la couleur de ce pion, le sujet doit répondre en relâchant le bouton de départ pour actionner un taquet (proche ou éloigné). La localisation du pion n’est pas pertinente pour sélectionner la réponse. Le temps d’initiation (TI entre l’apparition du pion et le relâchement du bouton) et le temps d’exécution (TE entre le relâchement du bouton et l’actionnement du taquet) sont enregistrés.

Résultats et Discussion

Des ANOVA à mesures répétées ont été menées sur les TE et les TI (le test HSD de Tuckey a été utilisé pour les comparaisons post-hoc). Deux facteurs y ont été manipulés : (a) la compatibilité latérale entre la main de réponse et la position du pion ; (b) la compatibilité de profondeur entre la position du taquet et celle du pion.

Au niveau des TI, la compatibilité latérale a un effet significatif, F (1, 19) = 18.26, p <.001, tandis que la compatibilité de profondeur a un effet tendanciel, F (1, 19) = 3.45, p <.079 : dans les deux cas, les TIs sont plus court en cas de compatibilité qu’en cas d’incompatibilité. L’absence d’interaction significative suggère qu’ à ce stade, en amont de l’initiation de la réponse manuelle, les effets de compatibilité latérale et de profondeur sont cumulables.

Au niveau des TEs, pendant l’exécution motrice, la compatibilité latérale interagit avec la compatibilité de profondeur, F (1, 19) = 6.5, p <.025 : les TM sont plus longs exclusivement en cas de double incompatibilité par rapport à toutes les autres conditions (p <.01).

Ces résultats sont discutés autour de 2 questions : (a) « ces effets de compatibilité, reflètent ils l’influence du stimulus sur la réponse, ou au contraire l’influence de la réponse sur le stimulus ? » ; (b) « dans quelle mesure les modèles du contrôle moteur permettent t’ils de rendre compte de la dynamique temporelle des différents effets de compatibilité et de leurs interactions ? ».


Mercredi, 13h45, AR51.

Session thématique : Psychologie du Travail

La satisfaction environnementale dans le cadre organisationnel

Moffat, Eva (Université paris ouest nanterre la défense), Rioux, Liliane (Université paris ouest nanterre la défense).

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La satisfaction environnementale est devenue un concept central en psychologie environnementale. Définie comme un processus affectif qui engendre l'expression d'un niveau de satisfaction pour un lieu ou pour une composante de ce lieu, elle peut se décliner en fonction du type d'environnement auquel elle s'applique (Bonaiuto, Fornara et Bonnes, 2006). Curieusement, la satisfaction évaluant les divers espaces organisationnels reste guère étudiée en France, probablement parce qu’il existe très peu d'outils d'évaluation globale. En effet, les outils recensés dans la littérature scientifique sont validés auprès de populations ou d’espaces spécifiques : par exemple, les employés de bureau travaillant dans une organisation gouvernementale ou bien les bureaux paysagés. Ce travail a pour objectif de : (a) évaluer la satisfaction environnementale dans le cadre organisationnel d’employés de bureau, (b) évaluer l’impact des variables sociodémographiques (âge, sexe), socio-organisationnelles (activité professionnelle, ancienneté dans le poste, dans l’entreprise, statut professionnel…) et psycho- environnementales (attachement au lieu de travail, ambiance de travail perçue) sur la satisfaction environnementale dans le cadre organisationnel. Nous nous attendons que les variables psycho-environnementales aient un impact plus fort que les autres variables sur la satisfaction environnementale appliquée au contexte organisationnel. 

Méthode : 

Notre population est composée de 143 employés de bureau travaillant dans différents secteurs professionnels (banque, santé, agroalimentaire, industrie, commerce) ont été sollicités via les réseaux sociaux professionnels et par mailing pour répondre à : 

(a) Le questionnaire de satisfaction environnementale appliquée au contexte organisationnel de Moffat (soumis). Cet outil comporte quatre sous-échelles : la satisfaction envers le poste de travail, l’espace de bureau, l’espace de travail et l’environnement extérieur 

(b) l’échelle d’attachement au lieu de travail (Rioux, 2006). Cette échelle unidimensionnelle a été utilisée dans différents contextes organisationnels 

(c) l’échelle d’ambiance au travail (Bahi-Fleury, 2011). Cette échelle prend en compte deux dimensions de la satisfaction envers les espaces de travail, à savoir la dimension de contrôle/privacité et celle de confort/fonctionnalités. 

Ces trois outils présentent des caractéristiques psychométriques tout à fait satisfaisantes.  

Résultats : 

Les résultats mettent en avant un niveau de satisfaction relativement modéré (M= 2,82 ; ET= 1,32) mais différencié selon les espaces. Ainsi les moyennes sont d’autant plus faibles que l’espace est éloigné du cœur du travail de l’employé (M poste = 0,84 ; M bureau = 0,83 ; M organisation = 0,66 ; M environnement extérieur = 0,29) (p<.05).  

Les analyses de régression incrémentielles ascendantes montrent que contrôle/privacité et confort/fonctionnalités, les deux dimensions de l’échelle d’ambiance au travail, constituent des prédicteurs significatifs de chacune des échelles composant le questionnaire de satisfaction environnementale dans le cadre organisationnel. L’attachement au lieu de travail n’est un prédicteur significatif que de la satisfaction envers le bureau. Notons qu’aucune des variables socio-démographiques et socio-organisationnelles n’est un prédicteur d’une de ces échelles. 

Références :

Bahi-Fleury, G., Marcouyeux, M., (2011). Évaluer la satisfaction envers l'espace de travail : développement d'une échelle et 1ère validation, Revue de Psychologie du travail et des organisations, 17 

Bonaiuto, M., Fornara, F., & Bonnes, M., (2006). Perceived residential environmental quality middle- and low- extension italian cities. Revue européenne de la Psychologie appliquée 56, 23-24 

Rioux, L. (2006). Construction d'une échelle d'attachement au lieu de travail. Une démarche exploratoire. Revue Canadienne des Sciences du Comportement, 38, 325-336

Antécédents des intentions et justifications des salariés envers les violations de règles de sécurité

Auzoult, Laurent (Université de franche comté), Lheureux, Florent (Université de franche comté).

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Introduction

Les violations de règles de sécurité, qui sont des comportements intentionnels (Reason & al., 1990), s’expliquent par les caractéristiques des salariés (statut, sexe), le contexte de travail, le fonctionnement organisationnel (Mason, 1997) voire l’environnement socio-économique (Reason & al., 1993 ; Alper & Karsh, 2009). Les études dans ce domaines prennent rarement en compte la subjectivité des salariés et notamment les raisons (Lawton, 1998) et les croyances qu'ils avancent pour justifier d'éventuelles violations.

Lindsay, Ridsdale, Mulney (2004) suggèrent de s’appuyer sur les intentions comportementales pour évaluer les violations, celles-ci pouvant être expliquées à partir de l’attitude, de la norme subjective et du contrôle comportemental. Dans l'étude que nous présentons, nous prenons en compte ces éléments liés  aux intentions ainsi que certaines variables médiatrices comme la force de l’attitude (Petty & Krosnick, 1995) et l’homogénéité des proches (Visser & Mirabile, 2004), qui décrit l'homogénéité des opinions et comportements des proches du salarié vis-à-vis des violations. Nous avons également pris en compte le contexte et interrogé les salariés sur les raisons, qu’eux-mêmes ou de manière générale les salariés, ont de violer ou non les règles de sécurité (Billig, 1996).

Matériel et méthode

Cent un salariés ont participé à cette étude. Les sujets répondaient au questionnaire à l’aide d’échelles en 7 points. On mesurait les construits suivants : L’intention comportementale et ses déterminants (contrôle comportemental, norme subjective, homogénéité). On mesurait l’attitude sur sa dimension instrumentale, affective et globale, ainsi que la force de l’attitude (certitude, intensité, importance du thème, ambivalence, extrémité).

On demandait aux sujets d’indiquer les raisons qui, selon eux versus généralement, permettaient d’expliquer pourquoi on violait versus on ne violait pas les règles de sécurité. Une analyse thématique a permis de distinguer 19 raisons expliquant les violations et 14 raisons expliquant le respect des règles de sécurité.

Enfin, on interrogeait les sujets sur leurs contextes de travail (risques, climat de sécurité, formation, habilitation, accident et présence dans l'entreprise d'un responsable sécurité).

Résultats

Les résultats font apparaître une opposition entre les salariés qui expriment l’intention de violer les règles de sécurité et ceux qui exprimentl’intention de les respecter. Ces deux types de populations se différencient du point de vue de l’exposition au risque, du climat de l’entreprise, du secteur et du statut professionnel, du sexe ou du niveau d’étude. Ces deux populations s’opposent sur de nombreuses dimensions antécédentes de l’intention.

La présence d’un responsable sécurité au sein de l’entreprise (β=.20) et l'attitude (β=.57) déterminent l’intention comportementale liées aux violations. On retrouve l’effet escompté de l’homogénéité mais pas celui de la force de l’attitude, ce qui peut être dû à la nature du comportement étudié. L’examen des raisons invoquées pour expliquer les violations suggère que les violations s’actualisent lorsqu’elles ne sont pas assimilées à une erreur et que les contraintes de travail, les motifs liés à la déviance ou la menace pour soi sont saillants.

Discussion

Ces résultats suggèrent d’analyser les violations du point de vue de la subjectivité des salariés ou de la pensée sociale, et confirment l’intérêt d’intégrer les attitudes dans les modèles explicatifs des violations.

 

Désynchronisation des rythmes psychologiques et physiologiques des sapeurs-pompiers : un facteur d’adaptation et de prévention ?

Riedel, Marc (E.a. 2114, psychologie des âges de la vie, université de tours, france), Clarisse, René (E.a. 2114, psychologie des âges de la vie, université de tours, france), Reinberg, Alain (Unité de chronobiologie. fondation a. de rothschild. 25 rue manin. 75940 paris 19, france), Le floc'h, Nadine (E.a. 2114, psychologie des âges de la vie, université de tours, france), Brousse, Eric (Service départemental d’incendie et de secours de saône et loire, france. sance. 71000. france), Mauvieux, Benoit (Inserm u1075, université de caen, france), Marlot, Michel (Service départemental d’incendie et de secours de saône et loire, france. sance. 71000. france), Berrez, Stéphane (Service départemental d’incendie et de secours de saône et loire, france. sance. 71000. france), Touitou, Yvan (Unité de chronobiologie. fondation a. de rothschild. 25 rue manin. 75940 paris 19, france), Smolensky, Michael (Dept. biomedical engineering, cockrell school of engineering, the university of texas at austin, te), Mechkouri, Mohamed (Unité de chronobiologie. fondation a. de rothschild. 25 rue manin. 75940 paris 19, france).

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Introduction

Les sapeurs-pompiers (SP) sont exposés dans le cadre de leur travail à des interruptions de sommeil irrégulières, mais montrent pourtant une excellente tolérance clinique à ces contraintes. Nous nous sommes donc intéressés à la synchronisation et la désynchronisation circadienne de 30 SP au travers l’exploration de 16 rythmes connus et étudiés dans la littérature (Ticher 1995)

Méthode

3 groupes de SP ont été étudiés (A=12 SP de garde en Centre de Secours, B=9 SP de garde au Centre de Traitement de l’Alerte, C=9 SP en régime exclusivement diurne) d’âge moyen, de BMI, d’expérience, et de chronotypes comparables.

16 variables ont été mesurées :

  1. Rythmes physiologiques: activité/repos, veille/sommeil, température corporelle, force musculaire mains D et G, pression artérielle systolique, diastolique et fréquence cardiaque
  2. Rythmes psychologiques: somnolence, fatigue, disponibilité au départ en intervention, tolérance à l’agressivité, coordination œil-main (vitesse et erreurs), attention (vitesse et erreurs).

Les données ont été recueillies en continu (4 à 6 mesures/24h) sur 2 sessions de 7j, hiver et été, puis soumises à une analyse spectrale. Le taux de désynchronisation (TD: nbre de rythmes avec T=24h / nbre total de variable mesurées x 100) a été calculé pour chaque individu, pour chaque groupe et pour chaque saison. Les différences interindividuelles du TD ont été explorées entre les groupes et entre les saisons (χ2, tests de corrélation, ANOVA).

Résultats

Il a été constaté l’existence d’un gradient de robustesse des oscillateurs circadiens, indexé sur le TD, et indépendant du groupe et de la saison.

2/3 des SP avaient un rythme de 24h de la somnolence et de la fatigue, alors qu’1/3 seulement présentaient des rythmes de 24h de la coordination œil-main et de l’attention (erreurs et vitesse). Le rythme de la force musculaire des mains semblait également instable : 1/2 SP avaient un rythme de 24h pour la main D, 1/10 pour la main G.

Dans chaque groupe, une distribution normale a été observée été comme hiver dans le nombre de SP ayant des rythmes de T=24h allant de 5/16 (forte désynchronisation) à 16/16 (aucune désynchronisation).

Discussion

Deux études portant sur la même population (Brousse et al. 2011, Riedel et al. 2011) ont démontré qu’il existait un rythme des accidents en intervention (AI) des SP et de la réponse aux appels de détresse (RA) avec des pics nocturnes (Cosinor p <.01) et une amplitude variant du simple au double entre le pic (2h) et le creux (14h). Les deux rythmes étaient hautement corrélés (r =.85, p <.01).

Alors que la littérature fait l’hypothèse d’un impact important des rythmes de la performance psychologique et de la force musculaire dans celui des accidents, chez la plupart des SP ces rythmes viennent à manquer alors que ceux des AI et du RA persistent. Au regard de nos résultats, nous pensons donc que cette hypothèse à été surestimée aux dépens de l’impact des rythmes ou fonctions psycho/physiologiques liés à la fatigue et à la somnolence.

Hors somnolence et fatigue, les rythmes psychologiques des SP sont classés parmi les oscillateurs faibles. La stabilité intra-individuelle de ce résultat supporte l’hypothèse d’une origine héritée, ce qui, au regard de l’imprévisibilité de leur sollicitation nocturne, pose également la question d’un éventuel « rôle tampon » de la désynchronisation sur le rythme des AI.

Bibliographie

Brousse, E., Forget, C., Riedel, M., Marlot; M., Mechkouri, M., Smolensky, MH., Touitou, Y., & Reinberg, A. (2011). 24 hour Rhythm in Lag Time of Firemen when Responding to Calls for Medical Help. Chronobiol.Int., 28, 275-281

Riedel M, Berrez S, Pelisse D, Brousse E, Forget C, Marlot M, Smolensky M, Touitou Y, Reinberg A. (2011). 24-hour pattern of work-related injury risk of French firemen: Nocturnal peak time. Chronobiol. Int. 28: 697-705.

Ticher A, Ashkenazi, IE, Reinberg A. (1995). Preservation of the functional advantage of human time structure. FASEB J.  9: 269-272.

Conscience …et prise de références dans le jugement de recrutabilité

Soubrier, Charlène (Université de toulouse, laboratoire clle-ltc, umr 5263 du cnrs.), Pelissou, Amandine (Cufr champollion, albi), Le floch, Valérie (Université de toulouse, laboratoire clle-ltc, umr 5263 du cnrs.), Py, Jacques (Université de toulouse, laboratoire clle-ltc, umr 5263 du cnrs.), Brunel, Maïté (Université de toulouse, laboratoire clle-ltc, umr 5263 du cnrs.).

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Introduction

Actuellement, la méthode de recrutement la plus utilisée en France est le Trio classique, composée d'un Curriculum Vitae, d'un entretien et d'une prise de référence (Levy-Leboyer, 2011). Si l'utilisation du CV et de l'entretien reste légitime de part une assez bonne validité prédictive (respectivement .35 et .51), la prise de référence (obtenue auprès de l'ancien employeur), couramment utilisée pour des postes nécessitant de bonnes qualifications, est pourtant peu valide scientifiquement (.26) (Schmidt & Hunter, 1998). Les résultats d'études antérieures ont montré  que lorsque la prise de référence du candidat était mitigée, elle avait un effet rédhibitoire sur le recrutement du candidat qui avait pourtant un CV et un entretien en adéquation avec le poste (Le Floch, Brunel, Py & Frugnac, 2011). Afin de mieux comprendre l'effet et le poids de cette prise de référence, et compte tenu des nouvelles formes qu'elles peuvent prendre (consultation de la page facebook et/ou d'un ancien collègue), le choix de la ou les  consulter a été laissé aux recruteurs. Nous supposions que la majorité des professionnels consulteraient une prise de référence et qu'elle aurait un effet délétère sur l'embauche dans le cas où elle est mitigée.

Méthode

Trente professionnels du recrutement (22 femmes et 8 hommes, Mâge=41,93, Etâge=9,96) ayant 10 ans d'expériences en moyenne, issus d'agence d'intérim (N=17) et de cabinets privés (N=13) devaient évaluer trois dossiers de candidatures (composés d'un CVs et d'un entretien) pour un poste de technicien en électronique et informatique. Les  trois types de prises de références étaient consultables sur demande. Chaque candidature complète comportait deux éléments positifs (ex: un bon CV et un bon entretien) et un élément mitigé (ex: une prise de référence mitigée).

Résultats

Dix-huit recruteurs ont consulté au moins une prise de référence (qu'ils travaillent en agence d'interim ou en cabinets). La prise de référence auprès de l'ancien employeur est la plus convoitée (58, 5% pour l'ancien employeur, 22% pour l'ancien collègue et 19,5% pour Facebook). Elle est jugée plus pertinente (Mancien employeur=7,2, ET=2,4) que les autres prises de référence [Mancien collègue=3,4, ET=2,2 (t(28)=-7,7, p=.000) et Mfacebook=1,6, ET=2,3 (t(28)=-10,4,p=.000)]. Elle est considérée comme plus informative (Mancien employeur=7,3, ET=2,4) que les autres prises de référence [Mancien collègue=4,6, ET=2,9 (t(28)=-4,7,p=.000) et Mfacebook=2,4, ET=2,9, (t(28)=-6,4, p=.000)].

Les résultats montrent que lorsque les recruteurs ont consulté les prises de référence, le candidat possédant un entretien mitigé, un bon Cv et une bonne prise de référence est jugé plus recrutable que les deux autres candidats (p=.017). En revanche, lorsque les recruteurs n'ont pas consulté les prises de référence, les notes de recrutabilité des trois dossiers ne diffèrent pas entre elles.

 

Discussion

Le fait de rendre libre la consultation de la prise de référence a montré que lorsqu'elle n'est pas consultée, les recruteurs ne discriminent pas les candidats entre eux. Seule la prise de référence permettrait de le faire. La discussion porte sur les perspectives permettant d'améliorer la capacité de discrimination des professionnels autrement que par la consultation de la prise de référence (peu prédictive).

 

Références bibliographiques

Le Floch, V., Brunel, M. & Py, J., Frugnac, B. (2011, septembre) Avez-vous bonne réputation ? Impact de cette variable dans une procédure de recrutement. In symposium organisé par P. Desrumaux et M. Brunel. 53ème congrès de la Société Française de psychologie, Metz.

Lévy-Leboyer, C. (2003, 2007, 2011). Évaluation du personnel : objectifs et méthodes,  Éditions d'organisation, les références, Paris. Réédition 2011

Schmidt F.L., & Hunter, J.E. (1998). The validity and utility of selection methods in personnel psychology: Practical and theoretical implications of 85 years of research findings. Psychological Bulletin, 124, 262-274.

Enjeux et perspectives d’une approche psychologique du bénévolat comme un travail

Dansac, Christophe (Équipe organisations non orientées vers le profit et gouvernance, glrpmip / iut toulouse 2 figeac).

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Si en France sociologues et économistes se sont emparés de la question du bénévolat, les travaux de psychologie qui s’intéressent à cette activité que pratiquent 16 millions de français restent à notre connaissance largement en retrait. Pourtant, l’engagement de ces bénévoles dans le secteur associatif joue un rôle essentiel pour nombre de services cruciaux et génère 10% de l’emploi privé. La revue de question s’attachera à décrire quelques problématiques qui traversent ce domaine d’activité ainsi que les enjeux scientifiques de leur étude.

Le bénévolat est un comportement prosocial planifié, répété dans la durée, et qui intervient dans un contexte organisationnel. Si certains pointent l’importance des caractéristiques dispositionnelles, au premier rang desquelles l’altruisme, dans la détermination du comportement (ex. Craig-Lees, Harris, & Lau, 2008), nombre de travaux adoptent plutôt une approche en termes de motivation. Le courant de recherche le plus alimenté dérive de l’approche fonctionnaliste proposée par Clary et Snyder (1999). Plus récemment des travaux interrogent la motivation bénévole selon la théorie de l’autodétermination. Ces travaux interrogent la relation entre les motivations, la satisfaction des attentes et l’investissement dans les organisations, pointant les différences qui existent entre les travailleurs bénévoles et salariés, mais sans analyse systématique de celles-ci. Or, le bénévolat peut faire l’objet d’un attachement à l’organisation (Boezeman & Ellemers, 2007) rapprochant les bénévoles des salariés. Et de fait, l’activité bénévole porte aussi des enjeux identitaires qui influencent la fidélité et le temps que les bénévoles consacrent à l’organisation. L’apport des bénévoles, l’accent qu’ils mettent sur l’entraide, la loyauté, l’esprit d’équipe sont régulièrement pointés, néanmoins il n’existe pas pour l’heure d’approche de ces comportements en termes de citoyenneté organisationnelle (ex. Rioux & Penner, 2001).

Dans le monde associatif, la hiérarchisation touche les bénévoles comme les salariés. Cette hiérarchisation, et la forte technicité qui est parfois l’apanage de certaines associations entraîne des rapports de pouvoir complexes entre bénévoles ou avec les salariés (parfois des volontaires) à ce jour peu explorés. Ce terrain de recherche est d’autant plus intéressant que malgré les valeurs de désintéressement, d’égalité et de démocratie revendiquées, hommes et cadres accèdent plus souvent aux responsabilités, ce qui fait des associations un terrain fécond d’étude des processus de la domination.

Enfin le bénévolat peut être considéré sous l’angle des carrières, permettant le maintien d’une activité pour de jeunes retraités, l’accès à une expérience pour des jeunes, l’accomplissement personnel en marge d’un travail peu gratifiant pour des salariés… Une approche économique de la question du bénévolat permet d’ailleurs de rétablir le continuum existant entre le travail au sein des associations qui est rémunéré et celui qui ne l’est pas.

La conclusion de cette revue de question récapitulera comment les questions de recherche qui émergent grâce à l’approche psychosociale du bénévolat s’inscrivent dans les différents niveaux d’explication proposés par Doise (1982).

Boezeman, E. J., & Ellemers, N. (2007). Volunteering for charity: Pride, respect, and the commitment of volunteers. Journal of Applied Psychology, 92(3), 771‑785.

Clary, E. G., & Snyder, M. (1999). The Motivations to Volunteer: Theoretical and Practical Considerations. Current Directions in Psychological Science, 8(5), 156‑159.

Craig-Lees, M., Harris, J., & Lau, W. (2008). The Role of Dispositional, Organizational and Situational Variables in Volunteering. Journal of Nonprofit & Public Sector Marketing, 19(2), 1 ‑ 24.

Doise, W. (1982). L’explication en psychologie sociale. Paris: Presses universitaires de France.

Rioux, S. M., & Penner, L. A. (2001). The causes of organizational citizenship behavior: A motivational analysis. Journal of Applied Psychology, 86(6), 1306‑1314.

Rôle de la disponibilité des ressources dans la perception d’un environnement de travail ?

Cascino, Nadine (Laboratoire cognition, langues, langage, ergonomie - université toulouse 2), Mélan, Claudine (Laboratoire cognition, langues, langage, ergonomie - université toulouse 2), Galy, Edith (Centre recherche psychologie connaissance, langage et emotion, université de pro).

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Un des principaux modèles évaluant les liens entre l’environnement de travail perçu et l’état de santé des salariés souligne le rôle des facteurs de demandes (psychologiques et physiques) du travail, de contrôle perçu et de soutien social professionnel ; le contrôle et le soutien social étant, par ailleurs, définis comme des ressources disponibles au travail (Theorell & Karasek, 1996). D’autres auteurs évaluent quant à eux l’impact des interférences réciproques entre la vie au travail et la vie hors travail sur la santé (Greenhauss & Beutell, 1985). Ces modèles font référence à des concepts théoriques différents, explorés grâce à des outils spécifiques, permettant d’évaluer les perceptions de l’environnement de travail de manière globale et rétrospective. Pourtant, d’autres approches, en particulier l’observation de l’activité de travail ou l’enregistrement d’indicateurs subjectifs et psychophysiologiques, laissent à penser que ces perceptions pourraient aussi varier entre les postes travaillés et en fonction du moment du poste considéré (Cazabat et al., 2008 ; Cariou et al., 2008). Dans une double perspective, théorique et méthodologique, nous avons développé un questionnaire permettant d’évaluer les perceptions relatives aux demandes, au contrôle, au soutien social mais aussi la disponibilité de ressources techniques et techniques et humaines et les interférences entre vie au travail et vie hors travail (Cascino et al., soumis). Ce questionnaire a été complété trois fois lors de chacun des postes occupés, par des personnels hospitaliers (25 aides-soignantes et 41 infirmières ; 354 observations) et par des contrôleurs aériens (9 contrôleurs ; 27 observations). Les résultats obtenus auprès du personnel hospitalier révèlent des variations complexes de la perception de l’environnement de travail, non seulement en fonction du poste travaillé et du moment du poste, mais également en fonction du statut spécifique des personnels. Chez les contrôleurs aériens, travaillant tous en poste de jour et ayant le même statut, apparaissent des liens significatifs entre les demandes et le contrôle professionnel comme chez les personnels hospitaliers. De manière intéressante, dans les deux populations étudiées, la disponibilité des ressources techniques et humaines est significativement liée aux dimensions de demandes, de contrôle et de soutien social perçus. En résumé, le recours à un outil d’évaluation pluridimensionnel, apportant une appréciation nuancée dans le temps d’un environnement de travail, a révélé que l’évaluation de celui-ci est 1/ un phénomène dynamique, 2/ qui dépend à la fois de l’organisation du travail et de facteurs indépendants de celle-ci, et 3/ qui est spécifique aux environnements de travail étudiés. 4/ Plus particulièrement, la disponibilité des ressources au travail serait un élément déterminant dans l’évaluation des environnements de travail. Ces résultats ouvrent des perspectives appliquées, notamment en termes de réorganisation ponctuelle de certaines tâches dans un environnement de travail donné.

Cariou, M., Galy, E., Mélan, C. (2008). Differential 24-h variations of alertness and subjective tension in process controllers: investigation of a relationship with body temperature and heart rate. Chronobiol Int, 25, 597-609.

Cascino, N., Galy, E., Mélan, C. (submitted).  Perception of job characteristics across the shift and according to the shift worked. European Revue of applied Psychology.

Cazabat, S., Barthe, B., Cascino, N. (2008). Charge de travail et stress professionnel : deux facettes d’une même réalité ? Etude exploratoire dans un service de gérontologie. PISTES, 10, http://ww.pistes.uquam.ca.

Greenhauss, J.H. et Beutell, N.J. (1985). Sources of conflict between work and family roles. Acad Manage Rev, 10, 76-88.

Theorell, T., Karasek R. (1996). Current issues relating to psychosocial job strain and cardiovascular disease research. J Occup Health Psychol, 1, 9-26.

 


Mercredi, 13h45, Salle des Colloques.

Session thématique : Psychologie du Développement/Éducation

Approche longitudinale des performances et fluctuations journalières de l’attention d’élèves entre 5 et 8 ans

Alcorta, Martine (Universite bordeaux segalen), Ponce, Corinne (Universite bordeaux segalen), Saada, Yael (Universite bordeaux segalen).

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Alcorta Martine (université Bordeaux Segalen), Ponce Corinne (Université bordeaux segalen) et Saada Yaël (université Bordeaux Segalen).

Cette étude s’inscrit dans le cadre des travaux menés dans le domaine de la chronopsychologie scolaire avec une méthode longitudinale. Beaucoup d’études (Delvolvé et Jeunier, 1999; Leconte-Lambert, 1994; Testu, 2000) ont montré un profil d’évolution journalier de l’attention appelé « classique » avec une attention basse en début de journée, qui augmente au cours de la matinée puis chute en début d’après-midi et remonte en fin d’après-midi. L’évolution journalière des fluctuations s’inverse entre la maternelle et le cycle primaire (Testu, 2000; Janvier et Testu, 2005). Notre objectif est de préciser l’évolution des performances attentionnelles des élèves entre 5 et 8 ans et l’impact sur les fluctuations journalières. Nous nous sommes focalisées sur la transition entre l’école maternelle et le primaire. Cette recherche postule que la dynamique évolutive des performances peut nous aider à comprendre la dynamique des fluctuations journalières. Pour cela, 59 élèves de grande section d’école maternelle dont 24 élèves en zone d’éducation prioritaire ont été suivis sur trois ans. On a utilisé une tâche de discrimination visuelle de signes, mise au point par l’équipe de Leconte-Lambert et la passation a lieu le jeudi au début et à la fin de la matinée ainsi qu’au début et fin d’après-midi. La tâche dure 5 minutes. Ces élèves étaient dans un aménagement hebdomadaire à quatre jours de classe. Nous avons retenu comme indicateur d’attention, le nombre de signes correctement traités par les élèves (480 maximum par élève). Les résultats montrent une homogénéisation des performances au bout des trois ans avec un saut attentionnel important entre la maternelle et le primaire. Ce saut attentionnel concerne essentiellement les débuts de matinée et d’après-midi et il est surtout imputable aux élèves présentant des performances attentionnelles basses en maternelle. Les facteurs zone de scolarisation et âge agissent essentiellement en maternelle, comme un plafond de verre, qui limite l’accès dans le groupe de « Forte Attention », des plus jeunes, nés au dernier trimestre de l’année et des élèves scolarisés en zone prioritaire. Cette recherche contribue au débat sur la réforme des rythmes scolaires notamment en préconisant un aménagement des rythmes journaliers différent pour l’enfant de moins de 6 ans et pour l’enfant de plus de six ans.

Janvier, B. & Testu, F. (2005). Développement des fluctuations journalières de l’attention chez des élèves de 4 à 11 ans, Enfance, 2, 155-170.

Delvolvé, N. & Jeunier, B. (1999). Effet de la durée du week-end sur l’état cognitif de l’élève en classe au cours du lundi, Revue Française de Pédagogie, 126, 111-117.

Leconte-Lambert, C. (1994). Fonctionnement attentionnel et chronopsychologie, quelques données actuelles chez l’enfant de maternelle et primaire, Enfance, 4, 408-414.

Testu, F. (2000). Chronopsychologie et rythmes scolaires, Paris : Masson, (réédition).

L’étude de la collaboration entre enseignants ordinaires et spécialisés dans un contexte d’intégration scolaire : résultats préliminaires et développement d’un projet de recherche.

Valls, Marjorie (Uer développement de l'enfant à l'adulte, hep lausanne), Bonvin, Patrick (Uer développement de l'enfant à l'adulte, hep lausanne).

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En Suisse, depuis 2008, un accord intercantonal fixe le cadre de la pédagogie spécialisée, promouvant l’intégration scolaire d’enfants ayant des besoins particuliers. Dans ce contexte, de nouvelles formes de prestations d’enseignement spécialisé sont mises en place, impliquant la collaboration entre enseignants ordinaires et spécialisés.

Les termes intégration/inclusion sont souvent utilisés de façon interchangeable. L’intégration est une condition préalable à l’inclusion consistant à placer physiquement un enfant ayant des besoins particuliers dans une classe ordinaire. L’inclusion implique une modification de l’environnement scolaire (Avramidis & Norwich, 2002), de la façon d’enseigner (Slee, 2011) et un intérêt particulier porté aux besoins spécifiques des élèves (Stainback, Stainback, & Jackson, 1992). Le co-enseignement permet donc de répondre aux exigences de l’inclusion (Murawski & Lochner, 2011). Il implique une relation de partenariat entre les enseignants qui interviennent ensemble auprès d’un groupe hétérogène d’élèves (Benoit & Angelucci, 2011 ; Mastropieri & Scruggs, 2006).

En septembre 2012, le projet intitulé La collaboration entre enseignants réguliers et spécialisés dans les dispositifs de soutien à l'intégration scolaire a reçu un financement du Fonds National Suisse pour la recherche scientifique (FNS). Dans un contexte de variabilité des pratiques de co-enseignement et des populations concernées, l’objectif général de ce projet est de décrire les modalités de collaboration entre les enseignants et leurs effets sur les performances scolaires et l’intégration sociale de tous les élèves.

En premier lieu, il s’agira de présenter les différents concepts ainsi que les apports empiriques issus des recherches préliminaires (recherche-action au sein d’établissements scolaires inclusifs) disponibles en matière de co-enseignement dans le contexte Suisse romand. Dans un deuxième temps, le projet et sa méthodologie seront présentés : un recueil de données quantitatives visera à obtenir des informations sur la collaboration elle-même, à décrire les caractéristiques des enseignants et des enfants intégrés, ainsi que le vécu de chacun (y compris des camarades de classe). Il s’agira de comparer les formes de pratiques observées, et d’explorer leurs influences sur les élèves et les enseignants.

Cette étude permettra d’observer les facteurs facilitant la réussite des mesures intégratives ou au contraire lui faisant obstacle, d’identifier les besoins des enseignants afin d’optimiser les prestations de soutien à l’intégration. Le projet dans son ensemble participera à la compréhension des liens théoriques entre certains concepts, et à un enrichissement méthodologique pour la recherche sur l’inclusion.

Références

Avramidis, E., & Norwich, B. (2002). Teachers’ attitudes towards integration/inclusion: A review of the literature. European Journal of Special Needs Education, 17, 129-147.

Benoit, V., & Angelucci, V. (2011). Réflexion autour du concept de coenseignement en contexte inclusif. Education et Francophonie, XXXIX, 105-121.

Mastropieri, M. A., & Scruggs, T. E. (2006). The inclusive classroom: Strategies for effective instruction (3rd ed). Upper Saddle River, NJ: Prentice-Hall.

Murawski, W. W., & Lochner, W W. (2011). Observing co-teaching: What to ask for, look for, and listen for. Intervention in School and Clinic, 46, 174-183.

Slee, R. (2011). Irregular school: Exclusion, schooling and inclusive education. London: Routledge.

Stainback, S., Stainback, W., & Jackson, H. J. (1992). Toward inclusive classrooms. In S. Stainback & W. Stainback (Eds.), Curriculum considerations in inclusive classrooms: Facilitating learning for all students. Baltimore: Paul H. Brookes.

Approche typologique des niveaux et des variations de l'attention évaluées et auto-évaluées de l'adulte en formation.

Le floc'h, Nadine (Université de tours ea 2114 psychologie des âges de la vie), Clarisse, René (Université de tours ea 2114 psychologie des âges de la vie), Faget-martin, Emily (Université de tours ea 2114 psychologie des âges de la vie).

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Introduction

Les variations journalières des processus cognitifs en situation d’apprentissage ont fait l’objet de nombreux travaux chez l’enfant scolarisé. Ainsi, pour l’attention, les performances progressent du début jusqu’en fin de matinée, diminuent durant la pause méridienne et s’élèvent au cours de l’après-midi. Ce profil, nommé « profil classique » (Testu, 1982) est majoritairement présent chez les enfants de 6 à 11 ans. Au-delà des différences de niveau d’attention constatées selon l’âge, la diversité des profils relevée entre 4 et 7 ans contraste avec l’homogénéité observée chez les 9-10 ans (Clarisse, Le Floc’h, & Testu, 2010). Si les rythmicités cognitives de l’adulte en milieu de travail ont souvent été investies en revanche, peu de travaux sont repérables dans la littérature chez l’adulte en situation de formation.

Le but poursuivi ici était d’étudier selon une perspective différentielle les niveaux et les variations de l’attention mesurée et de les comparer aux résultats déjà obtenus chez les enfants scolarisés. Les relations entre mesures objectives et subjectives ont-elles mêmes été investies en comparant performances attentionnelles, scores de vigilance et de fatigue auto estimés selon l’âge et le genre.

 

Matériel et méthode

Participants : 135 adultes en formation

-  39 étudiants en ostéopathie 1ère année (24 femmes et 15 hommes ; Age : 21; 7 ± 4 ; 3)

-  51 étudiants en ostéopathie 3ème année (39 femmes et 12 hommes ; Age : 22;10 ± 2 ; 6)

-  45 stagiaires cadres de santé (36 femmes et 9 hommes  Age : 38;11 ± 5 ; 7)

Déroulement : Quatre passations (8h45, 12h15, 14h00 et 16h45) en situation collective sur une même journée de la semaine

Epreuves : Tests de barrage et Echelles Visuelles Analogiques (EVA) de vigilance et de fatigue.

Traitement des données : ANOVA, clusters et corrélations.

 

Résultats

Le niveau moyen de l’attention des 3 groupes est comparable. Aucune différence de genre n’est observée. Le profil journalier indique une élévation des performances du début de la matinée jusqu’en fin d’après-midi sans creux post prandial. Une interaction « groupes x moment de passation » traduit une baisse attentionnelle en fin de journée pour le seul groupe 1. L’analyse en cluster au sein de chaque groupe conduit à une typologie principalement contrastée par le niveau d’attention sans différenciation de profil. L’attention mesurée n’est corrélée ni avec la fatigue ni avec la vigilance perçue. Une corrélation négative est présente entre les deux mesures analogiques. L’attention mesurée ainsi que la perception de la fatigue sont  corrélées négativement avec l’âge.

 

Discussion

Selon ces résultats, le profil classique journalier établi chez l’enfant constituerait une étape dans le développement de l’attention de l’enfant à l’adulte. Le creux post prandial observé dans la littérature semble disparaître avec l’avancée en âge pour ce type de tâche. L’approche typologique confirme l’homogénéité des profils qui, contrairement aux résultats obtenus chez les jeunes enfants, ne se différencient que par le niveau de performances, excepté pour les étudiants de 1ère année dont la baisse d’efficience en fin de journée interroge l’adaptation au dispositif de formation. En accord avec la littérature, les performances attentionnelles diminuent avec l’avancée en âge. Les écarts observés entre mesures objectives et subjectives suggèrent l’existence de ressources métacognitives tampon entre auto-estimation et réalisation effective pour réguler et maintenir les performances attentionnelles.

 

Clarisse, R., Le Floc’h, N., & Testu, F., (2010). Approche différentielle des rythmicités journalières de l’attention de l’enfant de 4 à 11 ans. In A. de Ribaupierre, P. Ghisletta, T. Lecerf & J-L. Roulin (Eds.), Identité et spécificités de la  psychologie différentielle (pp.277-282). Rennes : PUR.

Testu, F. (1982). Les variations journalières et hebdomadaires de l’activité intellectuelle de l’élève. Paris : Editions du CNRS. 

 

L’attention et la mémoire sémantique chez l’enfant de 8 à 10 ans : perspective chronopsychologique

Clarisse, René (Université de tours ea 2114 psychologie des âges de la vie), Le floc'h, Nadine (Université de tours ea 2114 psychologie des âges de la vie), Rebelo, Marjorie (Université de tours).

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Introduction

L’étude des niveaux et des variations des processus cognitifs contribue depuis plus de 30 ans à la recherche fondamentale autant qu’appliquée en identifiant les moments de meilleures ou de moindres performances au cours de la journée (Testu, 2008). Concernant la mémoire, selon certains auteurs, l’optimisation des performances mnésiques par l’organisation sémantique, identifiée par Bousfield dès 1953, n’interviendrait chez l’enfant qu’à partir de 10-11 ans (Lieury, 1997).

L’objectif poursuivi ici était d’étudier dans une perspective développementale, l’efficience de cette catégorisation et de ses variations journalières ainsi que les liens entretenus avec l’attention sélective mesurée aux mêmes moments.

Matériel et méthode

Matériel

-  Attention : Epreuve de barrage de nombres

-  Mémoire sémantique : Liste de 24 mots (organisée versus non organisée)

Participants

145 enfants de 8 à 10 ans :

  - 54 élèves de CE2 (26 filles et 28 garçons ; Age : 8 ,6 ± 0,21)

  - 45 élèves de CM1 (17 filles et 28 garçons ; Age : 9 ,7 ± 0, 33)

  - 46 élèves de CM2 (23 filles et 23 garçons ; Age : 10, 7 ± 0, 38)

Déroulement

L’épreuve de barrage, suivie de l’apprentissage de mots avec rappel ont été administrés collectivement à quatre moments (9h00, 11h30, 13h30, 16h00) à raison d’une seule passation par semaine sur quatre jeudis consécutifs. Deux groupes randomisés sont constitués pour chaque niveau de scolarisation (apprentissage de mots catégorisés versus non catégorisés). Tests statistiques : ANOVA et corrélations au seuil .05.

Résultats

Le niveau moyen de l’attention progresse du CE2 au CM2. Les performances varient au cours de la journée avec une forte augmentation au cours de la matinée, un creux post prandial suivi d’une absence de reprise l’après-midi. L’interaction « moment de passation » x « niveau de scolarisation »  indique des profils différenciés.

Les performances mnésiques progressent avec l’avancée en âge que l’apprentissage soit catégorisé ou non. Le rappel de mots est plus élevé en apprentissage catégorisé. Quel que  soit le mode d’apprentissage, le recours à la catégorisation au rappel différencie les niveaux de scolarisation, au bénéfice des enfants les plus âgés et le ratio mots catégorisés/mots restitués s’élève avec l’âge des enfants. Enfin lorsque l’apprentissage est présenté sous la forme de catégorie de mots, le nombre de mots restitués en catégories sémantiques est lui-même plus élevé. Les effets principaux du moment de passation pour les scores mnésiques apparaissent le plus souvent  non significatifs mais l’analyse des interactions différencie les résultats selon le niveau de scolarisation de l’enfant et selon le mode d’apprentissage (catégorisé versus non catégorisé). Le ratio mots catégorisés/ mots restitués ne présente aucune variation au cours de la journée quel que soit le niveau de scolarisation. Enfin, les performances attentionnelles et mnésiques sont corrélées positivement.

 Discussion

D’un point de vue développemental, les résultats obtenus pour l’attention comme pour la mémoire s’inscrivent de manière cohérente avec les conclusions de la littérature. Pour prolonger les conclusions de Lieury (1997), selon nos résultats, si le recours à la catégorisation sémantique en situation de rappel augmente bien fortement chez les CM2, il reste cependant non négligeable dès le CE2 et source d’amélioration des performances. Les rythmicités des processus cognitifs diffèrent entre elles mais pour l’attention comme pour la mémoire, elles apparaissent dépendantes de l’âge de l’enfant et des conditions d’apprentissage. Enfin le lien entre l’attention et la mémoire interpelle sans doute les méthodes et l’organisation des apprentissages.

 

Références bibliographiques

Bousfield, W.A (1953). The occurrents of clustering in the recall of randomly arranged associates. Journal of General Psychology, 49, 229-240.

Lieury, A. (1997). Mémoire et réussite scolaire. Paris : Dunod.

Testu, F. (2008). Rythmes de vie et rythmes scolaires. Paris : Masson.


Mercredi, 13h45, Amphi Fugier.

Session thématique : Psychologie Clinique

Retrait des jeunes ou hikikomori, clinique comparative france / japon

Vellut, Natacha (Cnrs / cermes3).

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L’auteur remercie l’expert pour ces avis et encouragements.

Introduction

Le Hikikomori, que nous pouvons traduire par retrait social extrême ou prolongé, est un phénomène nommé et étudié au Japon depuis les années 1990 où il est considéré comme un problème de santé publique. Des articles scientifiques l’identifient depuis le milieu des années 2000 dans d’autres pays. En France, la psychiatre Marie-Jeanne Guedj-Bourdiau a récemment identifié 21 cas de hikikomori dans le cadre de sa pratique à l’hôpital psychiatrique de Sainte-Anne à Paris.

Problématique

Le phénomène de retrait à domicile est l’objet de plusieurs débats. S’agit-il d’un phénomène exclusivement japonais, soit d’un culture-bound syndrom ? S’agit-il d’un phénomène émergent qui tendrait à se développer dans les sociétés modernes occidentales? Il pourrait alors s’agir d’un nouveau trouble du passage adolescent qui s’inscrirait en opposition à des troubles plus manifestes comme les conduites à risques, les addictions ou les passages à l’acte. Certains cliniciens envisagent le Hikikomori comme pouvant être sous-tendu par des pathologies  psychiatriques existantes, tandis que d’autres proposent une nouvelle classification diagnostique à inclure dans le DSM V. Un psychiatre japonais K. Suzuki propose de distinguer Hikikomori primaire, pour lequel la situation de retrait n’est pas la conséquence d’une pathologie psychiatrique existante, et Hikikomori secondaire. En termes psychopathologiques, différentes causes explicatives du retrait peuvent être avancées comme un défaut d’attachement parental, des brimades par les pairs, le caractère timide du retirant.

Exposé du matériel clinique

4  cas cliniques français et 6 cas cliniques japonais sont analysés, comparés et discutés, au regard de la littérature internationale.

Interprétation

Ces cas français et japonais présentent des ressemblances. Tous sont de jeunes hommes, issus de familles de classe moyenne, considérés comme de bons élèves et semblant adhérer aux idéaux parentaux et sociétaux. Tous entrent dans une chronicisation du retrait à domicile qui peut se poursuivre pendant plusieurs années. La conscience du temps et de l’espace est altérée. Le rythme nycthéméral peut être inversé. La description du phénomène évoque un processus addictif dont l’objet serait l’expérience du retrait en tant que telle. Des consommations de toxiques ne sont mentionnés que du côté français. Le mode d’entrée dans le retrait semble relié à un événement concret, comme l'échec amoureux, pour les cas français, à un évitement pour les cas japonais. Le retrait s’accompagne d’une hostilité forte aux parents et en particulier à la mère dans les cas japonais. Des pathologies, comme la phobie sociale, des troubles paniques, un syndrome d’Asperger, peuvent être associées au phénomène. Cependant, ces diagnostics sont posés simultanément ou secondairement et  n’expliquent pas l’intensité et la durée du retrait. Surtout ils ne dispensent pas d’une prise en charge spécifique du retrait qui en tant que tel s’oppose ou complexifie le traitement de co-morbidités.

Discussion et conclusion

Ce retrait social prolongé d’adolescents ou jeunes adultes peut être analysé comme une nouvelle expression du malaise adolescent, de la difficulté à devenir adulte dans nos sociétés contemporaines. Il convoque la nécessité d’étudier sa prévalence ainsi que ses causes et de réfléchir à des prises en charge adaptées.   

Bibliographie succincte

Furuhashi T. et al : Etat des lieux, points communs et différences entre les jeunes adultes retirants sociaux en France et au Japon (hikikomori). L'évolution psychiatrique 2013

Guedj-Bourdiau MJ. Claustration à  domicile de l'adolescent. Hikikomori. Annales Médico-psychologiques 2011; 169(10): 668-73

Kato TA et al : Does the “hikikomori” syndrome of social withdrawal exist outside japan? A preliminary international investigation. Social Psychiatry and Psychiatric Epidemiology 2011

Saitō, Tamaki. Social Withdrawal: Adolescence without End. Minneapolis, University of Minnesota Press, 2012.

Suzuki, Kunifumi. A propos du phénomène de hikikomori. (Rencontre avec). Abstract Psychiatrie, 2009, 41, pp.4-5

Body art et modification corporelle : du paraître à l’être

Rochaix, Delphine (Université pierre mendès france), Blatier, Catherine (Université pierre mendès france), Bonnet, Agnès (Aix marseille université).

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Le Body Art (BA) est un mouvement artistique aux références culturelles et sociales qui place le corps au devant de la scène. Il apparait comme un matériau permettant diverses expérimentations. Le BA renvoie à des dimensions artistiques (incluant la réalisation de performances) et esthétiques (axées sur la modification corporelle). Notre recherche se centre sur la modification corporelle (MC), ou bodmod, et sur le discours des sujets bodmoders. La MC correspond à une «altération délibérée (semi) permanente du corps incluant des procédures telles que le tatouage et le piercing» (Featherstone, 1999).

 

L’objectif de notre recherche a été d’analyser le discours produit sur la MC. Nous nous sommes intéressé à la façon dont le bodmoder exprime certaines des représentations qu’il peut avoir de l’acte de MC (concernant ses pratiques, la façon dont il les perçoit et s’y implique) à travers l’utilisation de verbes spécifiques.

 

Méthodologie

Nous avons procédé à une analyse sémantique (logiciel Tropes-Zoom VF7) en nous intéressant à la fréquence d’utilisation des verbes relevés dans les productions discursives de 16 sujets adultes (23 ans+/-5,73; sexe ratio H/F: 2/14).

L’intérêt que nous portons à cette catégorie grammaticale repose sur les renseignements fournis par les verbes quant à l’implication du sujet dans son discours. Ils servent à structurer ce qui est dit, à décrire une action, un état, et à présenter des faits.

 

Résultats 

La répartition s’établie autour de verbes statifs (exprimant un état, comme c’est le cas dans l’extrait de discours suivant: «c’est quelque chose qui m’appartient »); factifs (évoquant une action: « ça me plaisait de me dire que j’allais faire cette modification »); déclaratifs («j’y réfléchirai un peu parce que j’ai eu cette expérience de la douleur») et performatifs (renvoyant à l’acte introduit par le langage: « je veux pas que mes tatouages dégueulent»).

La comparaison de la fréquence d’utilisation des verbes révèle l’emploi majoritaire de verbes statifs et factifs. Les verbes statifs sont davantage utilisés que les verbes factifs (40% contre 36,27%, sans que cette distinction ne soit significative, p=.148). En revanche, ces deux catégories sont significativement présentes en proportion supérieure (p<.001) aux verbes déclaratifs (23,02%) et performatifs (0,71%).

Les verbes statifs et factifs concernent des significations opposées, renvoyant respectivement à des états et actions. Ce résultat semble venir marquer une opposition entre la continuité des représentations et états du corps, tel qu’il est investi au quotidien, et la ponctualité de ces représentations et états au moment de la MC. Nous pouvons transposer cette dichotomie discursive à l’acte de MC. Ainsi, elle rendrait compte de l’investissement que le bodmoder fait de son corps, qui se situerait entre la perception d’un corps quotidien (lié à des représentations stables) et celle d’un corps artistique (mobilisé par l’action).

 

Discussion

Nous pouvons relever l’utilisation majoritaire de verbes statifs comme témoignant d’un état, d’une manière d’être, mis en lien avec la MC. Selon Andrieu (2008), les transformations du corps permettraient la construction d’un «soi corporel». De plus, Borel (1992) évoque une incorporation de la parure associée à un changement de comportement du bodmoder. La MC permettrait une «transformation du corporel au psychique» (Smadja, 2011). Le sujet passerait ainsi du registre de l’avoir, tel qu’il est évoqué dans le discours par les verbes factifs (associé à la marque ou l’accessoire porté sur la peau) au registre de l’être, tel qu’il est souligné par les verbes statifs (venant soutenir le sentiment d’exister et, par extension, celui d’identité).

 

 

Bibliographie 

Andrieu, B. (2008). Mon corps est remarquable! Du body art à la chirurgie esthétique. Informations sociales, 145, 82-89.

Borel, F. (1992). Le vêtement incarné. Paris : Calmann-Lévy.

Featherstone, M. (1999). Body modification: An introduction. Body & Society, 5, 1-13.

Smadja, C. (2011). «Le travail de psychisation du corps». Revue française de psychosomatique 1 (39), 147-161.

Le rap, un langage à la marge ?

Régol, Anna (Laboratoire lpcls, ea 3278, amu), Bonnet, Agnès (Laboratoire lpcls, ea 3278, amu).

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L'objet de notre recherche clinique porte sur les processus psychiques inconscients opérant dans le rap, envisagé comme un langage. Une approche transversale à partir de certaines notions fondamentales en linguistique : le fait social de la langue (De Saussure, 1936), en philosophie du langage : la voix comme présence (Derrida, 1937) et la théorie des jeux de langage (Wittgenstein, 1967), situe le rap comme un langage.

L'hypothèse générale est que le rap, ainsi défini, constitue un langage à la marge du langage académique. La problématique s’attache à mettre en lumière l'action des processus psychiques inconscients pour le sujet à l'individuel et au collectif. Les mécanismes de défense, les processus d'identification, de représentation interviennent dans l’organisation psychique du sujet dans son rapport singulier à l’autre, à l’objet et dans son rapport au collectif (Freud, 1915, 1921).

La méthodologie qualitative repose, d’une part sur l’analyse sémantique du discours à l’aide du logiciel Tropes et, d’autre part sur une lecture psychopathologique. Les données se constituent d’un journal de bord tenu à partir de l’observation et d’entretiens cliniques et d’un corpus de textes de rap. La population se compose d’un groupe de six jeunes patients âgés de dix-huit à vingt-six ans. Un atelier-rap leur est proposé dans le cadre des activités du « Groupe Jeunes » du C.A.T.T.P (CH. E.T, Marseille 13). Les résultats attendus sont que le rap, soutient un mode de socialisation, de reconnaissance à un autre par l'appartenance à un groupe, à une communauté de langage.

Références bibliographiques

Freud S., (1915), Métapsychologie, Éditions Gallimard, Folio-Essais, 1968

Freud S.,(1921), Site internet :

http://classiques.uqac.ca/classiques/freud_sigmund/essais_de_psychanalyse/Essai_2_psy_collective/psycho_collective.html

Béthune C., «Pour une esthétique du Rap», Collection 50 Questions Klinsksieck, 2004

De Saussure F., (1936), Cours de Linguistique Générale, Editions Payot, 2005

Derrida J., (1967), La Voix et le phénomène, Editions PUF

Wittgenstein L., (1965), Cahier Bleu et Cahier Brun, Editions Gallimard,

Étude des facteurs influençant l'accession des sdf à un dispositif de réinsertion sociale

Langlard, Gaétan (Laboratoire psy-nca (ea 4700)), Bouteyre, Evelyne (Laboratoire lpcls (ea 3278)), Rezrazi, Amine (Laboratoire psy-nca (ea 4700)).

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Introduction

En France, le phénomène Sans Domicile Fixe (SDF) se pose comme une problématique sociétale majeure. Afin d’endiguer ce phénomène, les gouvernements ont mis en place un large dispositif d’aide sociale constitué de deux principales actions idéalement successives : (1) l’hébergement d’urgence avec le développement d’asiles de nuit et (2) la réinsertion sociale avec la mise en place de Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale (CHRS). Les limites de ces actions se font voir. Certains SDF refusent l’hébergement d’urgence et d’autres ne parviennent à accéder au dispositif de réinsertion. Face cette réalité, certains auteurs dénoncent les carences de ces dispositifs (Dambuyant-Waegny, 2004 ; Martin, 2011 ; Soulié, 1997); d’autres soulèvent ces questions sous un angle psychopathologique (Combaluzier et Pedinielli, 2003 ; Langlard et Bouteyre, sous presse).

L’objectif de notre étude est d’identifier le poids de certains facteurs dans les difficultés de réinsertion sociale des SDF.

Méthodologie

Un groupe de 10 sujets SDF accueillis en CHRS est comparé à un groupe de 16 sujets SDF non-accueillis en CHRS.

Un entretien semi-directif mené auprès de chaque sujet permet d’investiguer la responsabilité subjective qu’ils ont de leur situation SDF, leurs relations amicales/familiales, leur tentative de réinsertion, leur vision de l’avenir. La  passation de l’échelle HAD (A.S Zigmond et R.P. Snaith, 1983) éclaire leurs niveaux de dépression et d’anxiété.

Résultats

Des différences significatives émanent de la comparaison de ces deux groupes de sujets :

- les sujets accueillis en CHRS présentent un niveau moyen de dépression et d’anxiété (6,4 et 8,5) plus faibles que ceux des non-accueillis en CHRS (9,4 et 13,3) ;

- les sujets accueillis en CHRS sont proportionnellement plus nombreux à se sentir pleinement responsable de leur situation SDF (60% contre 12,5%), à entretenir des relations amicales et familiales (60% contre 12,5%), à entreprendre des démarches pour s’extraire de leur situation (90% contre 31,3%), et se projeter dans un avenir (70% contre 18,8%).

Discussion

Les difficultés d’accession à un CHRS sont liées à des niveaux dépressif et anxieux élevés. Ces niveaux d’anxiété-dépression traduisent une souffrance psychique et un état de détresse plus accentués chez les sujets non-accueillis par un CHRS et sont à relier aux conditions de vie de ces deux groupes.

Les sujets inscrits en CHRS disposent d’un cadre sécurisant et d’un accompagnement soutenu sur du long terme. La responsabilité personnelle qu’ils portent sur leur situation leur offre un sentiment de maîtrise de leur vie et favorise leur entrée dans une dynamique de réinsertion. A l’inverse, les sujets non-accueillis par un CHRS sont livrés à la rue au quotidien. Contraints à la survie, ces sujets ne peuvent maintenir des relations amicales et familiales, sont dans l’incapacité de se projeter dans l’avenir et d’entreprendre les démarches nécessaires à leur réinsertion.

Conclusion

Cette étude permet de poser l’anxiété et la dépression comme deux variables significatives de l’accession des personnes SDF à un CHRS. Ces résultats éclairent les difficultés de réinsertion sociale et offrent des pistes de réflexion nécessaires à l’amélioration de la prise en charge de ces populations SDF.

Références

Combaluzier, S., Pedinielli, J.-L. (2003). Etude de l’influence des troubles mentaux sur les difficultés de réinsertion sociale. Annales médico-psychologiques, 161, 1, 31-37.

Dambuyant-Waegny, G. (2004). Sans toit ni loi : les exclus. Ethnologie française, 34, 499-508.

Langlard, G., Bouteyre, E. (Sous presse). Etude comparative de dix sujets SDF fréquentant un Centre d’Hébergement d’Urgence et de dix sujets SDF vivant uniquement dans la rue : acceptation et refus de l’hébergement d’urgence. Annales médico-psychologiques.

Martin, J.-P. (2011). La rue des précaires. Toulouse : Erès.

Soulié, C. (1997). Le classement des sans-abri. Actes de la recherche en sciences sociales, 118, 69-80.

Sensibilité aux récompenses/punitions et impulsivité dans la pratique vidéo-ludique addictive, en fonction du format de jeu vidéo, chez les adolescents

Gaetan, Sophie (Aix-marseille université, ism), Bonnet, Agnès (Aix-marseille université, lpcls), Therme, Pierre (Aix-marseille université, ism).

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La pratique vidéo-ludique peut parfois devenir addictive, notamment lorsqu'il s'agit de jeux vidéo en ligne (Valleur, 2009). La littérature considère les "caractéristiques addictogènes" spécifiques à de ce type de jeu (Gaon & Stora, 2008). De manière plus générale, le système de récompenses immédiates est une caractéristique inhérente à tout jeu vidéo, considérée comme un des facteurs explicatifs de la mise en place d'un processus addictif (Valeur, 2009). Par ailleurs, la sensibilité́ aux punitions/récompenses et l’impulsivité sont des traits de personnalité considérés comme des signes de l'adaptation du sujet à son environnement (Inserm, 2005; Torrubia, et al. 2001). En effet ce système motivationnel, en lien avec l’impulsivité, déterminerait les comportements du sujet mais aussi les conséquences ou jugements liés à ces comportements. Or, les réponses impulsives sont fréquentes à l'adolescence (Constant, 2000) et se retrouvent dans les conduites addictives (Sarramon et al. 1999 ; Turner, et al. 2008). L’environnement virtuel du jeu vidéo serait alors un moyen d’expression et d’adaptation pour certains adolescents. L'objectif de cette étude est de questionner la pratique vidéo-ludique addictive, dans une approche compréhensive, en lien avec la sensibilité aux récompenses, aux punitions et l’impulsivité.

Nous avons rencontré, au sein de leurs établissements scolaires, 159 adolescents (10 à 18 ans). La méthodologie quantitative nous a permis d'évaluer la pratique vidéo-ludique (GAS, Lemmens et al. 2009), la sensibilité aux récompenses et punitions (SPSRQ, Torrubia et al. 2001), l’impulsivité fonctionnelle et dysfonctionnelle (FIDI, Dickman et al. 1990). Les sujets ont leur format de jeu vidéo privilégié (en ligne/hors ligne).

Les résultats soulignent l'existence d'une conduite addictive ayant pour objet les jeux vidéo en ligne (n=11) et hors ligne (n=9). La conduite addictive est positivement liée à la sensibilité aux punitions (r=.227, p<.05) et négativement liée à l'impulsivité fonctionnelle (r=-.176, p<.05). Les adolescents considérés comme addictés aux jeux vidéo hors ligne sont plus sensibles aux punitions que les adolescents non addictés (p<.05). Ils sont également plus sensibles aux punitions qu'aux récompenses. L’impulsivité des adolescents considérés comme addictés aux jeux vidéo hors ligne est plus dysfonctionnelle que fonctionnelle.

La sensibilité aux punitions et l’impulsivité dysfonctionnelle sont ici mises en avant. Classiquement, la sensibilité aux récompenses est en lien avec l’impulsivité (Torrubia, 2001), laquelle est généralement associée aux conduites addictive (Sarramon et al. 1999 ; Turner et al. 2008). Ces résultats suggèrent que le système de récompenses immédiates inhérent aux jeux vidéo ne suffit pas à rendre compte d’une pratique addictive (Valleur, 2009). Nous pouvons penser que la pratique vidéo-ludique serait un moyen d'adaptation au monde, ici l'environnement virtuel. Sensible aux punitions et ayant des comportements impulsifs inappropriés, l’adolescent s’immergerait dans l’environnement virtuel, lui apparaissant comme plus compréhensible. Pour finir, des éléments semblent émerger quant à une spécification du processus addictif selon le format de jeu vidéo.

Constant, J. (2000). Comportement (troubles du). In D. Houzel, M. Emmanuelli, & F. Moggio, Dictionnaire de psychopathologie de l'enfant et de l'adolescent (pp. 136-138). Paris: Presses Universitaires de France.

Gaon, T., & Stora, M. (2008). Soigner des jeux vidéo/Soigner par les jeux vidéo. Quaderni, 67, 33-42.

Inserm. (2005). Trouble des conduites chez l'enfant et l'adolescent. Paris: Editions Inserm.

Torrubia, R., Avila, C., Molto, J., & Caseras, X. (2001). The Sensitivity to Punishment and Sensitivity to Reward Questionnaire (SPSRQ) as a measure of Gray's anxiety and impulsivity dimensions. Personality and Individual Differences, 31, 837-862.

Turner N., Jain U, Spence W., Zangeneh M. (2008). Pathways to pathological gambling: component analysis of variables related to pathological gambling. International Gambling Studies, 8 (3), 281-298.  

Valleur, M. (2009). La cyberaddiction existe-t-elle? Psychotropes, 15(1), 9-19.


Mercredi, 13h45, AR46.

Symposium : Pratiques de jeux: jeux de hasard et d'argent, jeux vidéo, Internet & bourse - quels liens?

SYMPOSIUM ORGANISÉ PAR :

Bouju, Gaëlle (Ifac - chu de nantes).

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L’objet de ce symposium est de présenter les différentes pratiques de jeu au sens large, incluant les jeux vidéo, les jeux de hasard et d'argent et les pratiques apparentées comme le jeu en bourse ou l'utilisation excessive d'Internet.

L'objectif est de discuter les liens et les divergences entre ces différentes pratiques, notamment en termes de psychopathologie et de pratiques.

Nous présenterons les résultats de 4 études, chacune centrée sur l’une de ces pratiques :

- une recherche sur les jeux de hasard et d'argent et les liens avec le trouble de déficit de l’attention et hyperactivité

- une recherche sur l’usage des jeux vidéo du collège au lycée

- une synthèse de plusieurs recherches sur le spectre des cyberaddictions (exemples empiriques liés à l'utilisation excessive des MMORPGs, du téléphone portable ou des jeux de hasard et d'argent en ligne)

une revue de littérature permettant de résumer l’état des recherches sur l’addiction à la bourse, étayée de quelques cas cliniques

Addiction à la bourse : définition du concept, différences et similarités avec le jeu pathologique

Caillon, Julie (Ifac - chu de nantes), Bouju, Gaëlle (Ifac - chu de nantes), Venisse, Jean-luc (Ifac - chu de nantes), Grall-bronnec, Marie (Ifac - chu de nantes).

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Contexte: Sur les 18 types de jeux de hasard et d’argent les plus populaires, le jeu en bourse se placerait au 16ème rang (1). Les personnes les plus aisées, les plus jeunes et les plus éduquées seraient les plus attirées par cette nouvelle forme de jeu (2). Le récent crash boursier a mis en évidence les dangers de la négociation sur le marché boursier et les risques de perte financière. Parallèlement à cela, quelques personnes ont pris pour la 1ère fois rendez-vous dans notre service en raison de la perte de contrôle de leur pratique du jeu en bourse.

Objectif: Résumer l’état des recherches sur l’addiction à la bourse et les implications en termes de recherche, de prise en charge et de prévention.

Méthode: Revue de la littérature à partir des mots-clés "addiction, trading, stock market, stock exchange" sur trois bases de données scientifiques (PsycINFO, Pubmed, Francis) et étude des cas cliniques issus de notre pratique.

Résultats: La littérature sur le sujet est très faible. L'étude de nos cas cliniques révèle des similitudes importantes avec le jeu pathologique en termes de diagnostic, de parcours et de comorbidités. Aucune étude ne propose de stratégie spécifique de prise en charge et de prévention pour cette problématique.

Conclusion: Au regard de la littérature internationale, plusieurs observations et recommandations peuvent être faites : 1) mener des études sur le sujet, 2) développer et valider des outils diagnostiques adaptés, 3) développer des stratégies de prise en charge et de prévention propres aux joueurs en bourse, 4) étudier plus spécifiquement les comorbidités liées à cette problématique.

Références:

(1) Turner N.E, Wiebe J, Falkowski-Ham A, Kelly J & Skinner W. Public awareness of responsible gambling and gambling behaviours in Ontario. International Gambling Studies, 2005;5(1): 95-112.

(2) Wardle H, Sproston K, Orford J, Erens B, Griffiths M, Constantine R, et al. British Gambling prevalence survey 2007: National Centre for Social Research. London: The Stationery Office; 2007.

Usage des jeux vidéo du collège au lycée : caractéristiques des jeux et profils des joueurs.

CoËffec, Adélaïde (Université de paris ouest nanterre la défense et service d’addictologie de l’hôpital rené muret), Romo, Lucia (Université de paris ouest nanterre la défense, cmme et centre de psychiatrie et neurosciences inserm), Kern, Laurence (Cersm ea 2931, université paris ouest nanterre la défense), Plantey, Sophie (Ea 4430, université de paris ouest nanterre la défense), Cheze, Nathalie (Laboratoire modal’x, université paris ouest nanterre la défense), Kotbagi, Gayatri (Ea 4430, université de paris ouest nanterre la défense).

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Notre recherche a pour objectif de caractériser le profil de jeu des jeunes joueurs de jeux vidéo. Pour cela, nous avons fait passer des questionnaires auprès de 1276 jeunes dont 558 garçons et 714 filles (4 personnes n’ont pas donné leur sexe) collégiens et lycéens, âgés de 11 à 18 ans. Le questionnaire comportait des items sur les jeux vidéo et les réseaux sociaux, ainsi que des mesures : de la symptomatologie anxieuse (HAD) et dépressive (HAD, CES-D), de la satisfaction de vie (échelle de Diener), de l’estime de soi (échelle de Rosenberg), de l’impulsivité (échelle de Whiteside et Lynam) et de l’émotivité (variable de tempérament mesurée par l’EAS). Les premiers résultats de cette étude montrent que 92,4% des jeunes (sur les 1248 ayant répondu) ont joué aux jeux vidéo au cours de l’année écoulée. Les situations les plus fréquentes de jeu sont : jouer seul (64,2%), avec des amis (57,2%) ou avec des membres de la famille, autres que les parents (43,7%). La plupart des jeunes déclarent jouer chez eux (94,3%) ou chez des amis (42,2%) et 5% déclarent jouer quand ils sont au sein de l’établissement scolaire. 18,5% des jeunes pensent que leur vie serait plus triste ou monotone sans les jeux vidéo et parmi eux, la moitié présente plus de trois critères (sur 7) de dépendance aux jeux vidéo et 36,4% se qualifient eux mêmes d’« accro ». Dans la suite de nos analyses nous aborderons plus en détails les liens entre les dimensions psychologiques, et les jeux vidéo et les réseaux sociaux utilisés par 85,2% des jeunes.

Références

Billieux J. & coll. (2011). Psychological Predictors of Problematic Involvement in Massively Multiplayer Online Role-Playing Games: Illustration in a Sample of Male Cybercafé Players. Psychopathology, 44: 165–171

King D.L. & coll. (2009). Understanding and assisting excessive players of video games : A community psychology perspective. The Australian Community Psychologist, 21(1): 62-74

Conduites de jeu associées au trouble déficit de l’attention/hyperactivité dans un échantillon de joueurs

Fatseas, Mélina (Laboratoire de psychiatrie / sanpsy cnrs usr 3413, université victor segalen, bordeaux), Alexandre, Jean-marc (Laboratoire de psychiatrie / sanpsy cnrs usr 3413, université victor segalen, bordeaux), Bouju, Gaëlle (Institut fédératif des addictions comportementales, chu de nantes et ea4275, université de nantes), Legauffre, Cindy (Service de psychiatrie et addictologie, hôpital louis mourier (ap-hp), colombes), Valleur, Marc (Centre médical marmottan), Magalon, David (Département de psychiatrie adulte, chu sainte marguerite, marseille), Chereau-boudet, Isabelle (Département de psychiatrie, chu de clermont-ferrand), Gorsane, Mohamed-ali (Département de psychiatrie et d'addictologie, chu paul brousse, villejuif), Auriacombe, Marc (Laboratoire de psychiatrie / sanpsy cnrs usr 3413, université victor segalen, bordeaux), Hardouin, Jean-benoit (Ea4275 sphere, université de nantes), Venisse, Jean-luc (Institut fédératif des addictions comportementales, chu de nantes et ea4275, université de nantes), Grall-bronnec, Marie (Institut fédératif des addictions comportementales, chu de nantes et ea4275, université de nantes).

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Les liens entre le Trouble Déficit de l’Attention/Hyperactivité (TDA/H) et les addictions aux substances ont fait l’objet de nombreuses études montrant une forte prévalence de ce trouble parmi les sujets dépendants ainsi qu’une plus grande sévérité du comportement addictif. Néanmoins, peu d’études ont porté sur les relations entre TDA/H et les addictions sans substances comme le jeu pathologique. L’objectif de cette étude multicentrique était d’examiner les caractéristiques des conduites de jeu associées au repérage de TDA/H dans un échantillon de 599 joueurs recrutés en centres de soin et dans les lieux de jeux. Les sujets étaient interviewés à l’aide de questionnaires standardisés explorant les symptomes de TDA/H dans l’enfance et à l’age adulte, les caractéristiques du jeu (habitudes, critères DSM-IV de Jeu Pathologique, sévérité, distorsions cognitives) et la psychopathologie associée. La prévalence du TDA/H dans l’échantillon était estimée à 20,7 %  (n= 124). L’existence d’un TDA/H était associée à un risque plus élevé de développer un jeu pathologique et de présenter des problèmes de jeu sévères (p<0,0001). Les résultats montrent un niveau plus élevé de distorsions cognitives chez les sujets atteints de TDA/H (p<0,05). Cette étude souligne la prévalence élevée du TDA/H chez les joueurs mais également l’association avec des marqueurs de sévérité des conduites de jeu. Un meilleur repérage du TDA/H dans cette population devrait permettre d’améliorer les actions de prévention et les réponses thérapeutiques du jeu pathologique.

Grall-Bronnec M, Wainstein, L., Augy,J., Bouju,G., Feuillet, F., Venisse, JL.,Sebille-Rivain, V.. Attention deficit hyperactivity disorder among pathological and at-risk gamblers seeking treatment: a hidden disorder. Eur Addict Res. 2011, 17 (5): 231-240.

Grall-Bronnec M, Wainstein, L., Feuillet, F., Bouju,G., Rocher, B., Venisse, JL.,Sebille-Rivain, V..et al.. Clinical profiles as a function of level and type of impulsivity in a sample group of at-risk and pathological gamblers seeking treatment. J Gambl Stud. 2012, 28(2) : 239-52.

L'hétérogénéité des troubles liés à internet

Billieux, Joël (Laboratory for experimental psychopathology, université catholique de louvain-la-neuve, belgique).

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Au cours des dernières années, Internet est devenu un média essentiel dans des domaines tels que la communication sociale, la recherche universitaire et les divertissements. En dépit de ses conséquences positives reconnues, un nombre croissant d'études ont révélé que l'utilisation d’Internet peut, dans certains cas, devenir problématique1.

L'utilisation problématique d'Internet, ou « cyberaddiction », est généralement considérée comme une incapacité à contrôler l'utilisation d'Internet, qui peut impliquer des problèmes psychologiques, sociaux et/ou professionnels dans la vie d'une personne. L’utilisation dysfonctionnelle d'Internet a été associée à une variété d’activités telles que le cybersexe, les jeux de hasard et d’argent en ligne, les jeux vidéo en ligne ou l’utilisation de réseaux sociaux, soulignant ainsi que ce comportement problématique peut prendre des formes très différentes et ne doit pas être considéré comme un concept homogène2.

Dans cet exposé, je passerai en revue quelques-uns des principaux facteurs de risque des cyberaddictions. Des illustrations empiriques seront présentées concernant l'utilisation excessive des jeux vidéo en univers persistant et l'utilisation problématique du téléphone portable. En effet, la dernière génération de téléphones mobiles permet aux gens de s'engager dans un large éventail d'activités en ligne, sans être limité à leur domicile ou leur bureau. Pour finir, je conclurai sur l’hétérogénéité des parcours qui peuvent mener à des cyberaddictions apparemment similaires (au niveau de la symptomatologie), ce qui confirmerait la nécessité de développer des traitements adaptés à chaque individu plutôt que des traitements standardisés.

References

1 Widyanto, L., & Griffiths, M. (2006). "Internet addiction": A critical review. International Journal of Mental Health and Addiction, 4, 31-51.

2 Billieux, J. (2012). Problematic mobile phone use: a literature review and a pathways model. Current Psychiatry Reviews, 8, 299-307.


Mercredi, 13h45, AR47.

Symposium : Développement des habiletés de compréhension : Du jeune enfant à l’enfant lecteur

SYMPOSIUM ORGANISÉ PAR :

Gueraud, Sabine (Université paris 8, laboratoire paragraphe), Royer, Carine (Université de cergy pontoise, laboratoire paragraphe).

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La maîtrise de la langue orale et écrite constitue un des principaux enjeux de la scolarisation dans notre société. Actuellement, l’Observatoire National de la Lecture (ONL) rapporte, en accord avec les textes officiels (programmes d’Education Nationale, BO n°3,19 juin 2008), qu’apprendre à lire, c’est apprendre à comprendre le message véhiculé par l’auteur. Le présent symposium vise à travers les quatre interventions  à mieux comprendre les processus cognitifs impliqués dans la compréhension en lecture chez l’enfant, dans une perspective à la fois développementale et d’explication aux difficultés de compréhension. Les recherches développées dans chacune des interventions questionneront les dimensions essentielles au développement de cette habileté, la manière dont elles peuvent ou doivent être évaluées et dont elles peuvent être entrainées.

Le développement des habiletés de compréhension chez l'enfant : le matériel multimédia comme support d’apprentissage

Blanc, Nathalie (Université montpellier 3).

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La compréhension de textes est une activité qui fait l’objet de nombreuses recherches chez l’enfant et dont l’ambition est de mieux connaître son développement. Ces recherches ont pour avantage d’alimenter les connaissances dont on dispose sur les différentes capacités humaines qui sous-tendent cette compétence. Partant du constat que les difficultés de compréhension en situation de lecture concernent nombre d’enfants à l’entrée au collège, la question d’un apprentissage plus précoce de la capacité à comprendre un récit est soulevée depuis plusieurs années. L’utilisation d’un support audiovisuel tel que le dessin animé offre des perspectives intéressantes pour familiariser l’enfant à la production d’inférences. Une étude menée chez l’enfant scolarisé en maternelle (MS ; GS) permettra de discuter des bénéfices à utiliser du matériel multimédia pour apprendre à produire des inférences et ainsi mieux comprendre une histoire. Précisément, nous verrons que la capacité à produire des inférences ciblées sur les émotions des personnages gagne à être sollicitée dès l’âge de 5 ans à partir de la présentation de récits télévisés (dessins animés). Plus important encore, nous verrons que cette sollicitation répétée sur trois semaines seulement permet d’observer une amélioration des compétences de compréhension. Les bénéfices retirés en matière de compréhension seront analysés au regard des perspectives pédagogiques qu’ils offrent, et des limites qu’il conviendra de contourner.

Apports de l’étude on-line de la production d’inférences chez l’enfant

Gueraud, Sabine (Université paris 8, laboratoire paragraphe), Royer, Carine (Université de cergy pontoise, laboratoire paragraphe), Sonnier, Frederic (Université paris 8, laboratoire paragraphe).

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La production d’inférences constitue une habileté déterminante dans le développement des capacités de compréhension (Cain, Oakhill, & Bryant, 2004 ; Oakhill, Cain & Bryant, 2003). Cependant, les études sur la production d’inférences chez l’enfant ont majoritairement recours à des méthodes qualifiées de « off-line » ne testant pas directement mais dans l’après-coup l’activation des inférences au cours de la lecture (Cain & Oakhill, 1999 ; Lynch & van den Broek, 2007). La recherche développée vise alors la mise en place de méthodologies nouvelles palliant certaines des limites de ces méthodologiques. Seront présentées trois études, conduites auprès d’enfants de 10 ans normaux-compreneurs, dont l’apport repose sur l’utilisation de deux méthodes de mesure on-line adaptées de celles utilisées auprès d’adultes : une mesure de l’activation de concepts au cours de la lecture via une tâche de décision lexicale et une mesure de temps de lecture dans le cadre du paradigme des incohérences (Guéraud et al., 2008 ; Harmon-Vukic et al., 2009). L’ensemble des résultats indique la production spontanée d’inférences prédictives au cours de la lecture par des enfants normaux-compreneurs de 10 ans. Il démontre également la pertinence des deux méthodes utilisées dans l’étude de la production d’inférences chez l’enfant. Les apports de cette recherche seront discutés dans une perspective développementale et dans le cadre de l’évaluation de la compréhension en situation de lecture.

Evaluer la comprehension en lecture au cycle 3

Bianco, Maryse (Université p. mendès france, laboratoire des sciences de l’éducation), Nardy, Aurelie (Université p. mendès france, laboratoire des sciences de l’éducation), Joet, Gwenaelle (Université p. mendès france, laboratoire des sciences de l’éducation), Lima, Laurent (Université p. mendès france, laboratoire des sciences de l’éducation), Remond, Martine (Université p. mendès france, laboratoire des sciences de l’éducation), Cole, Pascale (Laboratoire de psychologie cognitive (umr 7290, cnrs)), Megherbi, Hakima (Université paris 13, ea 4403).

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La plupart des tests de la compréhension en lecture sont conçus à partir d’une conception unitaire et fournissent l’estimation d’une performance générale alors qu’il y de multiples manières d’être ou de se révéler faible compreneur quelques années après de début de la scolarité. La compréhension en lecture est en effet une activité complexe qui se structure autour de trois dimensions essentielles, susceptibles d’être à l’origine des difficultés des enfants faibles compreneurs : une lecture peu fluide, un faible développement du  langage oral  et une faible capacité à utiliser un répertoire de stratégies cognitives pour comprendre. 

Nous présenterons une recherche destinée à analyser les relations qu’entretiennent ces dimensions et leur poids respectifs dans le développement de la compréhension en lecture au cycle 3 de l’école primaire. Les données sont issues de l’évaluation de  314 enfants (116 CE2, 102 CM1 et 87 CM2) et ont été analysées à l’aide d’équations structurales. Les résultats montrent que les 3 dimensions citées plus haut structurent les performances de compréhension en lecture dès le CE2. Nos résultats montrent cependant que leurs poids dans l’explication des performances évoluent avec l’âge et qu’au CM2, l’influence de certaines habiletés de base (identification des mots, MT et capacités logiques verbales et non verbales) est entièrement médiatisée par la construction des habiletés de lecture fluide en contexte et des capacités d’inférences. Ces résultats, compatibles avec de nombreux travaux antérieurs (Cain & Oakhill 2011, Eason et al. 2012 ; Kintsch, 1998 ; Snowling & Hulme, 2012) confirment que les sources des difficultés de compréhension en lecture peuvent être multiples et ouvrent la voie d’un diagnostic plus précis.

Compréhension de la métaphore chez des enfants bons et faibles compreneurs

Megherbi, Hakima (Université paris 13 - sorbonne paris cité, ea 4403 utrpp), Seigneuric, Alix (Université paris 13, ea 4403université paris 13 - sorbonne paris cité, ea 4403 utrpp), Bianco, Maryse (Université p. mendès france, laboratoire des sciences de l’éducation), Cole, Pascale (Laboratoire de psychologie cognitive (umr 7290, cnrs)), Bueno, Steve (Université paris 13 - sorbonne paris cité, ea 4403 utrpp).

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Comprendre une métaphore exige de construire et de résoudre la mise en correspondance de deux classes sémantiques initialement séparées. Dans la métaphore nominale, deux éléments, la topique et le véhicule, sont comparés et rassemblés dans la même classe sur la base d’un attribut commun (les danseuses/les papillons). Des recherches ont été réalisées pour tenter d’identifier l’âge d’acquisition de la compréhension et de la production de la métaphore et de caractériser les mécanismes sous-jacents à son interprétation (Cacciari & Padovani, in press ; Gardner et al. 1978 ; Gibbs, 1991 ; Levorato & Cacciari, 1992). La recherche menée chez 228 enfants âgés de 8 à 11 ans a pour objectif d’étudier les liens entre compréhension de la métaphore et compréhension de l’écrit. Dans l’interprétation de la métaphore nominale, des auteurs supposent que la difficulté réside moins dans le traitement du langage figuré que dans le traitement co-référentiel (Gibbs, 1990 ; Onishi & Murphy, 1993), procédé similaire à celui impliqué dans le traitement des anaphores nominales et pronominales. Or, la littérature a montré que les enfants faibles compreneurs présentent des difficultés dans le traitement des marques anaphoriques insérées dans des énoncés de type littéral (Megherbi & Ehrlich, 2005), mais également dans le traitement figuré des expressions idiomatiques (Cain, Oakhill & Lemmon, 2005). Nous contrastons des bons et faibles compreneurs sur la base de scores en compréhension de textes écrits et étudions leurs performances sur des épreuves de métaphores et d’anaphores, ainsi que leur sensibilité à des facteurs faisant varier la complexité des traitements comme la proximité sémantique entre la topique et le véhicule pour la métaphore. Les premières analyses montrent que les deux opérations sont très corrélées sur l’ensemble de l’échantillon, mais des différences émergent lorsque l’on considère les deux groupes d’enfants. Les résultats sont discutés dans le cadre de modèles d’acquisition.


Mercredi, 15h30, Atrium.

Session poster 1

Une démarche de prévention des risques psychosociaux : le cas d'une collectivité territoriale.

Furstoss, Emilie (Ch rouffach), Bouchakour, Abdelnour (Université besancon).

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Introduction

Les lois de décentralisation, la crise économique et les réformes n’ont pas échappé à la Fonction publique entrainant des mutations organisationnelles. Suite à un constat alarmant au sein du service de direction d’une collectivité territoriale nous sommes intéressés aux facteurs psychosociaux et organisationnels en lien avec la santé mentale des agents. Nous avons voulu spécifier les facteurs de risque psychosociaux en lien avec la santé mentale dans la fonction territoriale encore peu étudiées. L’objectif était de dégager un modèle afin d’adapter une démarche de prévention primaire.

Matériel et méthode

Un pré-diagnostic a été fait en analysant les différents indicateurs RH et en réalisant vingt six entretiens semi-directifs à l’aide d’une grille d’entretien. Nous avons ensuite réalisé une analyse de l’activité en procédant à des observations afin d’avoir des données sur le travail réel.

L’analyse des données qualitatives a permis de poser un premier diagnostic et de spécifier un outil d’évaluation quantitative. Soixante agents ont répondu au questionnaire d’identification des risques psychosociaux de Vézina (2008). Basé sur le questionnaire de Karasek (1979) et sur le modèle «effort-récompense » (Siegrist, 1996), il permet d’évaluer les facteurs psychosociaux, le présentéisme et la détresse psychologique.

Résultats

Les résultats de l’analyse qualitative montrent que la charge de travail et la pression de la hiérarchie s’intensifient. Les agents doivent faire face à des exigences qualitatives de plus en plus élevées avec moins de ressources. Les médecins du travail évoquent une augmentation de consommation d’anxiolytiques et de somnifères.

28% des participants affirment venir au travail alors que leur état de santé nécessiterait un repos. Les résultats de la santé mentale indiquent que 50 % des participants ont des niveaux élevés et 25 % très élevés de détresse psychologique. On remarque, que les personnes qui pratiquent le présentéisme ont des niveaux de détresse psychologique plus élevés que celles qui ne le pratiquent pas (t= 2, 415 ; ddl = 41 ; p <.05).

La détresse psychologique est corrélée négativement et de manière significative avec le soutien social (r = -.539 ; p < .001), le contrôle du statut (r = -.562 ; p < .001) et les récompenses (r = -.486 ; p < .001). Ainsi, plus un agent aura un faible soutien social, un manque de récompense et une incertitude quant à son avenir professionnel, et plus le risque détresse psychologique sera important.

Enfin, les régressions linéaires par méthode pas à pas ont permis de dégager un modèle le plus parcimonieux expliquant la détresse psychologique. Ce sont le contrôle du statut  (β= -.354) et le soutien social  (β= -.398) qui expliquent 38,6 % de la part de variance explicative de la détresse psychologique (R² ajusté= .386 ; p< .001).

Conclusion

Si notre modèle se rapproche de près du modèle de Siegrist (1996) nous nous attendions pas à de tels résultats. En effet, le contrôle du statut qui renvoie à l’insécurité dans l’emploi, aux faibles perspectives d’évolution, a un effet principal sur la santé des agents. Or, la sureté de l’emploi des agents de la Fonction Publique, qui jusqu’à présent était l’une des grandes distinctions entre le public et le privé, semble s’atténuer et laisser place à l’insécurité. Ces résultats ont permis ainsi de proposer une action de type primaire en ouvrant une réflexion  sur le présentéisme, le sentiment d’insécurité des agents et de proposer des pistes d’actions favorisant  le soutien social.  

 Références bibliographiques

Siegrist, J. (1996). Adverse health effects of high-effort/ low-reward conditions. Journal of Occupationnal Health Psychology, 1, 27-41.

Karasek, R.A. (1979). Job demands, job decision latitude and mental strain: implication for job redesign. Administrative Science Quarterly, 24, 285-308

Vezina, M. (2008). Grille d’identification des risques psychosociaux au travail. Québec, Institut national de santé publique du Québec : 30p.

Agir avec autrui : influence du contexte social sur les actions contraintes et non contraintes

Quesque, François (Université lille nord de france, f-59000 lille;udl3, ureca, f-59653 villeneuve d'ascq cedex, france), Lewkowicz, Daniel (Université lille nord de france, f-59000 lille;udl3, ureca, f-59653 villeneuve d'ascq cedex, france), Delevoye-turell, Yvonne (Université lille nord de france, f-59000 lille;udl3, ureca, f-59653 villeneuve d'ascq cedex, france), Coello, Yann (Université lille nord de france, f-59000 lille;udl3, ureca, f-59653 villeneuve d'ascq cedex, france).

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Introduction

De récents travaux indiquent que le contexte social affecte la cinématique de mouvements d’atteinte dirigés vers des objets (Becchio, Sartori & Castiello, 2010). Becchio, Sartori, Bulgheroni & Castiello (2008) ont observé un effet de l’intention sociale sur la cinématique en comparant des mouvements effectués dans un contexte social (passer un objet à une autre personne) ou non (placer un objet dans un réceptacle). De plus, la simple présence d’un congénère actif semble pouvoir entrainer des modifications dans la cinématique des mouvements (Sartori, Becchio, Bulgheroni & Castiello, 2009). Cependant, il n’est pas clair si le contexte social influence uniquement les actions volontaires ayant une signification (attraper, manipuler, donner à autrui) ou s’il module tous types d’actions, même si elles ne sont pas pertinentes dans la situation sociale. Dans cette étude, nous avons investigué l’effet du contexte social d’un mouvement d’atteinte vers un objet, réalisé le plus vite possible dans le cadre d’un jeu (action principale), et du mouvement de mise en place de l’objet, non contraint et non pertinent pour la tâche (action préparatoire).

Matériel et Méthode

Participants : 21 adultes, droitiers.

Procédure : Les participants étaient assis face à une table où 3 cibles référaient aux positions initiale, centrale et terminale et devaient attraper un petit cylindre afin de le déplacer d’une position à une autre. Un essai comportait une série de 3 mouvementsrégulés par des sons: La Mise en Place(son 1)consistait à attraper l’objet en position initiale et à le placer en position centrale. Le Contre la montre (son 2) consistait à attraper l’objet en position centrale et à le placer en position terminale, le plus vite possible afin de gagner des points. Le Repositionnement (son 3) consistait à attraper l’objet en position terminale et à le placer en position initiale.

Conditions expérimentales :

Non visible. Le participant réalisait tous les mouvements sans voir l'expérimentateur.

Loin. Le participant réalisait tous les mouvements face à l'expérimentateur, assis à 1 m de la table.

Proche-Passif. Le participant réalisait tous les mouvements face à l’expérimentateur, assis à table.

Proche-Actif. L'expérimentateur, assis à table, réalisait tous les mouvements Contre la montre.

Interaction. Le participant (70%) et l’expérimentateur (30%), assis face à face, réalisaient les mouvements Contre la montre selon que le son 2 émis était aigu ou grave.

Résultats

Des analyses par contrastes nous ont permis de mettre en évidence différents effets due à l’introduction d’un congénère. La cinématique des mouvements Contre la montre est influencée par le fait d’agir dans l’espace atteignable d’autrui, ainsi que par l’incertitude sociale (ambigüité sur la personne qui doit déplacer l’objet).

De plus, la cinématique des mouvements de Mise en place est elle aussi sensible à l’incertitude sociale bien qu’elle ne porte pas sur ces mouvements mais sur les suivants. Enfin, puisque les mouvements à produire étaient strictement les mêmes, nos données mettent en évidence un effet de l’intention sociale guidant les actions (placer l’objet pour soi ou pour autrui) sur leur cinématique.

Discussion

Nos résultats montrent que la réalisation d’un mouvement préparatoire peut être influencée précocement par des variables sociales et pourrait ainsi représenter un signal hautement informatif dans le cadre de situations d’interaction sociale.

Références

Becchio, C., Sartori, L., & Castiello, U. (2010). Towards you: the social side of actions. Current Directions in Psychological Science, 19, 183-188.

Becchio, C., Sartori, L., Bulgheroni, M., & Castiello, U. (2008). The case of Dr. Jekyll and Mr. Hyde: A kinematic study on social intention. Consciousness and cognition, 17, 557-564.

Sartori, L., Becchio, C., Bulgheroni, M., & Castiello, U. (2009). Modulation of the action control system by social intention: unexpected social requests override preplanned action. Journal of Experimental Psychology: Human Perception and Performance, 35, 1490–1500.

Conscience emotionnelle, alexithymie et empathie. implications pour le fonctionnement émotionnel.

Marmond, Mathilde (Aix-marseille université, laboratoire de psychopathologie clinique langage et subjectivité, ea 3278), Bréjard, Vincent (Aix-marseille université, laboratoire de psychopathologie clinique langage et subjectivité, ea 3278), Bonnet, Agnès (Aix-marseille université, laboratoire de psychopathologie clinique langage et subjectivité, ea 3278).

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La conscience émotionnelle et son rôle dans le fonctionnement émotionnel de l’individu, sont encore peu étudiés dans la littérature scientifique. Elle renvoie à une perspective développementale et soutient l’existence de cinq niveaux différents de conscience de ses états émotionnels (Lane et al., 1987) permettant de décrire l’appréhension, la compréhension et la communication de son ressenti interne par l’individu. Le niveau de conscience émotionnelle le plus élevé renvoie à la capacité de l’individu à ressentir et décrire des émotions complexes et différenciées chez lui-même, mais également chez autrui (Bréjard, Bonnet et Pedinielli, 2005).La capacité des individus à décrire des émotions pour eux-mêmes et pour autrui, nous a amené à nous interroger sur les liens qui peuvent exister entre la conscience émotionnelle, l’alexithymie et l’empathie. L’alexithymie met l’individu face à des difficultés cognitives, qui ne lui  permettent pas d’identifier et d’utiliser ses émotions dans ses interactions avec l’environnement (Corcos, 2003).L’empathie repose sur la capcité de l'individu à partager et même à éprouver les sentiments de l'autre. Aussi, ces trois dimensions du fonctionnement émotionnel apparaissent être en relation.  

L’objectif principal de cette recherche est de préciser les liens entre la conscience émotionnelle, l’alexithymie et l’empathie, dimensions majeures du fonctionnement émotionnel. Nous faisons l’hypothèse générale que la conscience émotionnelle joue un rôle majeur dans le fonctionnement émotionnel des individus à travers notamment les relations qu’elle entretient avec les deux autres variables ici étudiées. Les hypothèses opératoires sont les suivantes : 1) Plus le niveau de conscience émotionnelle est élevé moins les scores d'alexithymie sont élevés;2) Plus le niveau de conscience émotionnelle est élevé plus les capacités d'empathie sont importantes. Après augmentation de l’échantillon, cette étude préliminaire vise la validation de la LEAS. Cette validation se fera dans le but d’utiliser la LEAS, dans une recherche ultérieure concernant les troubles de l’humeur.

La méthodologie est quantitative. Elle s’appuie sur la passation de plusieurs questionnaires d’auto-évaluation et sur le traitement statistique des données recueillies. La population étudiée (n= 23) est une population non clinique adulte. Les sujets qui présentent une symptomatologie dépressive trop importante sont exclus de la recherche. Les questionnaires d’auto-évaluation visent à explorer :1) le niveau de conscience émotionnelle avec la « Level Emotional Awareness Scale » (Lane & Schwartz, 1990). La LEAS, mesure le niveau de conscience émotionnelle en référence à l’individu, ainsi que la conscience émotionnelle en référence à autrui ; 2)l’empathie avec « the Basic Empathy Scale » (Jolliffe et Farringon, 2006). Cette échelle permet d’obtenir un score global d’empathie et deux sous-scores : un score d’empathie cognitive et un score d’empathie affective. L’index de Davis, permet quant à lui une mesure dispositionnelle de l’empathie. 3) l’alexithymie est évaluée à travers la « Toronto Alexithymia Scale » (Bagby et al.,1996). Elle permet d’obtenir un score global d’alexithymie, et trois sous scores : La difficulté à identifier ses émotions, la difficulté à différencier ses émotions et la pensée orientée vers l’extérieur.Le traitement statistique des données comprendra des analyses univariées (analyses de corrélations entre les variables et des comparaisons de moyennes pour échantillons indépendants (ANOVA) avec le logiciel SPSS 16.0).

Les résultats montrent une corrélation négative entre le score total d’empathie et le score total de niveau de conscience émotionnelle. 

Bréjard, V., Bonnet, A., Pedinielli, J.-L. (2005). Développement cognitivo-émotionnel, régulation des émotions et comportements à risques: une étude exploratoire chez l’adolescent. Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence, 53, 395-400.

Lane, RD., Schwartz, GE. Level of emotional awareness: a cognitive-developmental theory and its application to psychopathology. Am J Psychiatry 1987; 144(2): 133-43.

 

Dynamique et fonctionnement émotionnel chez les sujets alcoolo-dépendants abstinents.

Marmond, Mathilde (Aix-marseille université, laboratoire de psychopathologie clinique langage et subjectivité, ea 3278), Bréjard, Vincent (Aix-marseille université, laboratoire de psychopathologie clinique langage et subjectivité, ea 3278), Bonnet, Agnès (Aix-marseille université, laboratoire de psychopathologie clinique langage et subjectivité, ea 3278).

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La revue de littérature souligne l’existence d’une dynamique et d’un fonctionnement émotionnel particulier, chez les sujets présentant une dépendance à une substance psychoactive, notamment à l’alcool (Bonnet et al., 2011). Cependant, peu d’études se sont intéressées au fonctionnement émotionnel des sujets abstinents.

L’objectif de cette recherche était de mettre en évidence les particularités du fonctionnement émotionnel des patients alcoolo-dépendants abstinents. Nous avons étudié pour ce faire, l’intensité émotionnelle, l’alexithymie, le niveau de conscience émotionnelle et la régulation émotionnelle.

Notre hypothèse générale était que les sujets alcoolo-dépendants abstinents témoignaient d’un faible niveau de conscience émotionnelle et d’une régulation émotionnelle moins opérante que les sujets ne présentant pas de dépendance à l’alcool. Nous avons formulé quatre hypothèses opératoires : 1/ les sujets alcoolo-dépendants abstinents sont plus sensibles à l'intensité émotionnelle que les sujets non dépendants à l’alcool ; 2/ ils ont un score d'alexithymie plus élevé que les sujets non dépendants ; 3/ ils présentent un niveau de conscience émotionnelle inférieur aux sujets non dépendants ; 4/ la régulation émotionnelle est moins opérante chez les patients alcoolo-dépendants abstinents. Les hypothèses ont été posées à partir de recherches portant sur la dépendance aux substances psychoactives. 

La méthodologie est quantitative. Elle s’appuie sur la passation d’outils d’hétéro/auto évaluation. La population est composée d'un groupe clinique de sujets alcoolo-dépendants abstinents (n=8)constitué de patients en hospitalisation de jour suite à un sevrage alcoolique. Et un groupe témoin de sujets non dépendants(n=8). Le  MINI (Mini International Neuropsychiatric Interview) et le CAGE-alcool (Cut off, Annoyed, Guilty, Eye-opener) permettent de vérifier la constitution des groupes. Le fonctionnement émotionnel est évalué avec la mesure de l’Intensité Emotionnelle (AIM, Larsen, 1984), l’échelle d’Alexithymie de Toronto (TAS-20, Bagby et al., 1996) l’échelle de niveau de Conscience Emotionnelle (LEAS, Lane et Schwartz, 1990), , et le questionnaire de Régulation Emotionnelle (ERQ, Gross et John, 2003). Le traitement statistique a compris des  analyses descriptives, et des comparaisons de moyennes (ANOVA) avec le logiciel SPSS 16.0.

Le résultat principal concerne les scores de conscience émotionnelle significativement plus bas chez les sujets alcoolo-dépendants abstinents que chez les sujets témoins. Ceci signifie que les sujets alcoolo-dépendants abstinents, présentent une conscience émotionnelle qui est moins efficiente que chez les sujets qui ne présente pas de dépendance. On observe aussi une différence significative entre les deux groupes au niveau de la difficulté à identifier les émotions et la pensée opératoire. Les sujets du groupe témoin ont plus de difficultés à identifier leurs émotions que les sujets alcoolo-dépendants, et ils ont aussi une pensée à contenu plus pragmatique que les sujets alcoolo-dépendants abstinents. Ces résultats concernant l’alexithymie, peuvent être considérés comme contradictoires avec ceux retrouvé dans la littérature (Pinard et al., 1996).Mais si on s’intéresse aux résultats de De Timary (2006), on peut voir que l’arrêt de la consommation de substance engendre une diminution du niveau d’alexithymie. 

Ces résultats, peuvent nous amener à conclure que la conscience émotionnelle et l’alexithymie, sont deux variables qui peuvent permettre de différencier le fonctionnement émotionnel des sujets alcoolo-dépendant, comparativement aux sujets non-dépendants. Ces deux variables, sont donc à prendre en considération dans la prise en charge des patients. 

Bonnet, A., Bejaoui, M., Bréjard, V., & Pedinielli, J. L. (2011). Dépendance physiologique et fonctionnement émotionnel chez les jeunes adultes : Affectivité, intensité émotionnelle et alexithymie dans la consommation de substances psychoactives. Annales Médico-Psychologiques, 169(2), 92-97.

Induction et annotation d’expressions faciales spontanées et dynamiques : la base de données dynemo

Dupre, Damien (Lip-pc2s, univ. grenoble alpes), Tcherkassof, Anna (Lip-pc2s, univ. grenoble alpes), Meillon, Brigitte (Lig, univ. grenoble alpes), Mandran, Nadine (Lig, univ. grenoble alpes), Adam, Jean-michel (Lig, univ. grenoble alpes), Dubois, Michel (Lip-pc2s, univ. grenoble alpes), GuÉrin-duguÉ, Anne (Gipsa-lab, univ. grenoble alpes), Benoit, Anne-marie (Pacte, univ. grenoble alpes), Caplier, Alice (Gipsa-lab, univ. grenoble alpes).

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Les chercheurs concernés par l’analyse des interactions humaines portent un intérêt accru à la question de l’expression faciale des émotions (EFE). Depuis quelques années, d’importants efforts ont été réalisés pour améliorer la qualité des bases de données qui sont le support des recherches actuelle sur la reconnaissance et l’interprétation des émotions.

Le projet DynEmo vise à répondre aux besoins de la communauté scientifique en matière de données émotionnelles. En effet l’analyse des EFE nécessite le recours à des bases de données expressives de qualité dépassant les limites des photographies noir et blanc d’acteurs.

 

L’élaboration de DynEmo repose sur la prise en considération conjointe des différents critères assurant sa qualité. Au-delà de la taille significative de la base de données, les données sont des comportements faciaux naturels : les personnes dont la vidéo montre le visage ont été filmées à leur insu alors qu’elles réalisaient une tâche d’induction émotionnelle. De plus, les données sont doublement caractérisées en termes d’information émotionnelle. Ainsi, au niveau endogène, chaque vidéo est associée à l’état affectif ressenti par la personne filmée. Au niveau exogène, les personnes filmées ont été montrées à des observateurs qui ont indiqué, tout au long de la vidéo, l’émotion qu’ils percevaient sur le visage de la personne. Ces jugements ont été agrégés pour former des time-lines qui permettent de segmenter aisément la vidéo pour la sélection d’extraits pertinents pour l’analyse de comportements émotionnels non verbaux.

 

Au niveau endogène, les données indiquent que les personnes filmées sont bien émotionnellement affectées : 85.2% d’entre elles ont rapporté avoir ressenti modérément ou fortement au moins une émotion lors de l’induction émotionnelle.

Au niveau exogène, 91 vidéos ont été jugées par des observateurs qui ont identifié l’émotion exprimée par la personne filmée (les vidéos restantes sont en cours de jugement). L’identification émotionnelle est évaluée en calculant, pour chaque vidéo, le dixième de seconde recueillant l’agrément inter-juge maximal pour un label d’émotion donné.

 

La base de données DynEmo distingue explicitement les aspects production versus perception du comportement facial. C’est pourquoi elle est particulièrement appropriée pour les chercheurs s’intéressant à la problématique de la transmission de l’information faciale non verbale et de son interprétation par autrui. En termes de production du comportement facial, DynEmo fournit des mimiques naturelles dont l’analyse révèle des patterns faciaux souvent différents de ceux produits par des EFE prototypiques. En termes de perception DynEmo fournit des EFE naturelles dont l’émotion à reconnaître est celle rapportée par la personne qui exprime l’état affectif en question. Enfin, les time-lines permettent l’étude synchronisée des activités de production et de perception du comportement facial, grâce à l’analyse simultanée des changements faciaux et des jugements des observateurs.

 

DynEmo est une base de données disponible gratuitement, destinée à la communauté scientifique, rassemblant un corpus d’EFE dynamiques et authentiques (https://dynemo.liglab.fr). Elle comporte 358 vidéos de visages de personnes tout venant (182 femmes et 176 hommes, âgés de 25 à 65 ans), filmées dans des conditions naturelles bien que standardisées. Une interface permet à l’utilisateur de visualiser simultanément la vidéo d’une émotion et la progression de son time-line, les résultats des questionnaires sont également accessibles.

 

La base de données DynEmo représente un outil fiable et valide pour tout chercheur utilisant des expressions faciales. Mais plus encore, la génération et la reconnaissance d’expressions faciales écologiques, c’est-à-dire à la fois spontanées et dynamiques, posent la question du statut idiosyncrasique des émotions contrairement à la prototypicité que laisse suggérer d’autres bases de données bien plus largement utilisés.

Intertact : l’interaction tactile pour jeunes déficients visuels

Vallée, Aurélie (Université de rouen, laboratoire psy.nca (ea 4700), equipe fiacre), Letailleur, Marie-caroline (Université de rouen, laboratoire psy.nca (ea 4700), equipe fiacre), Rovira, Katia (Université de rouen, laboratoire psy.nca (ea 4700), equipe fiacre).

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Introduction

Intertact est un dispositif qui permet la conception d’espaces numériques dédiés à l’interaction tactile (coordination des actions perceptives ; exploration mutuelle d’objets numériques) tout en proposant des fonctionnalités pratiques, pédagogiques et ludiques (Deschamps et al. 2008 ; 2011). Lors d’une première recherche, centrée sur la question de l’attention partagée au sein des processus de l’interaction, nous avons observé qu’une interaction entre adolescents déficients visuels était possible mais sans émergence d’un sens commun (Vallée et al. 2012). Dans la continuité de cette étude et de façon à élaborer des environnements tactiles partagés pertinents, nous avons créé un nouvel espace d’interaction enrichi (scénarisation de la tâche et feedback sur les actions des sujets). Il s’agit ici de comparer les résultats obtenus lors du premier protocole « pauvre » aux résultats obtenus avec ce second protocole « enrichi ». Nous faisons l’hypothèse que l’enrichissement du protocole permettra aux adolescents déficients visuels en interaction de collaborer pour atteindre un but commun.

Matériel et méthode

20 adolescents déficients visuels de 13 à 19 ans (m = 15 ans 6 mois) ont passé l’expérience en binôme (âge et statut visuel voisins) ; 4 binômes pour le protocole « pauvre » ; 6 binômes pour le protocole « enrichi ». Les adolescents sont face à deux ordinateurs reliés entre eux et connectés à un espace numérique commun. Chacun à un boitier de stimulateurs tactiles. Deux conditions, définies par la levée des picots du stimulateur, sont proposées :

  • « Haut/bas » les picots donnent une stimulation différente en fonction de ce qui est perçu (objets vs l’autre sujet).
  • « Parallélisme » les picots donnent une stimulation identique mais avec parallélisme.

L’expérimentatrice conte une histoire afin de définir un scénario (environnement fantastique, personnage de chaque participant,  but de la quête). Il y a 5 essais de familiarisation et 8 essais expérimentaux par condition. A chaque essai, les sujets ont 1 minute pour collaborer, trouver l’objet commun et cliquer dessus. A la fin de chaque essai, les sujets obtiennent un feed-back sur leur réponse. A la fin de l’expérience, les participants sont questionnés sur leur expérience vécue.

Résultats

 Avec le protocole enrichi, nous observons 66% de clics sur l’objet commun contre seulement 32% avec le protocole pauvre. Cette différence est significative [t(18) = 3.56 ; p = 0.002]. De plus, la condition « parallélisme » est mieux réussie que la condition « haut-bas » (78% de clics corrects contre 54% [t(11) = 5.06 ; p = 0.0004]. Les entretiens montrent que les adolescents ont vécu différemment la situation en fonction des protocoles. Avec le protocole « pauvre », ils soulignent la difficulté du dispositif et avoir concentré leur activité à essayer d’interagir. Avec le protocole « enrichi », ils disent comprendre la tâche, se concentrer sur la réussite de celle-ci et adapter leur stratégie selon les feed-back à la fin de chaque essai. Parallèlement, nous avons pu observer que les participants établissent rapidement une dynamique interactive (guideur/suiveur) ce qui leur permet de trouver l’objet commun.

Conclusion

Les adolescents déficients visuels parviennent à collaborer et atteindre le but commun lorsque la tâche est contextualisée et qu’ils ont accès aux mouvements fins de l’autre (parallélisme). La mise en place de la scénarisation et des feed-back permet une meilleure compréhension de la tâche et le parallélisme, permet la mise en place d’une dynamique interactive et l’émergence d’un sens commun.

 

Interdépendance fonctionnelle entre la théorie de l’esprit et les capacités exécutives chez l’enfant d’âge préscolaire.

Tiberghien, Clémentine (Université paris descartes, sorbonne paris cité.), Calderon, Johanna (Umr 663 inserm, université paris descartes, sorbonne paris cité, groupe de neuropsychologie de dével), Grellier, Marine (Université paris descartes, sorbonne paris cité.), Angeard, Nathalie (Umr 663 inserm, université paris descartes, sorbonne paris cité, groupe de neuropsychologie de dével).

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Un grand nombre d’études souligne l’existence d’une interdépendance entre la  théorie de l’esprit et les fonctions exécutives au cours de la période préscolaire (Carlson et al., 2001, 2005, Hughes, 1998a). Plus précisément, les recherches tendent à montrer le rôle critique joué par les fonctions exécutives (e.g., contrôle inhibiteur et mémoire de travail en particulier) dans l’expression et la consolidation des capacités de l’enfant à attribuer des états mentaux (désirs, croyances) et à prédire le comportement d’autrui (Carlson & Moses, 2001). La tâche de fausses croyances (FC) de type « transfert inattendu » (Wimmer et Perner, 1983) est particulièrement complexe pour les enfants de 3-4 ans car elle implique une importante charge exécutive. Ainsi,  selon Birch et Bloom (2004), le jeune enfant se trouverait face à un conflit cognitif entre ses propres connaissances de la réalité (« the curse of knowledge » (qu’il va devoir inhiber) et les connaissances du personnage. L’échec à cette tâche ne serait pas synonyme de déficit conceptuel (Gopnick & Welleman, 1994, Perner, 1991 in Carlson & Moses, 2001) mais relèverait plutôt d’un déficit exécutif lié à une immaturité du cortex préfrontal. La présente étude a pour objectif d’évaluer le poids graduel des différentes composantes exécutives dans la réussite à une tâche de FC chez l’enfant entre 3 et 5 ans.

 

Soixante enfants de langue française, ont été divisés en groupe d’âge (3, 4 et 5 ans) et ont chacun passé une batterie de tests évaluant l’inhibition cognitive (Day/Night, Stroop Animal) et motrice (Hand Game, Hearts and Flowers), la mémoire de travail verbale (Digit Span Verbal du WISC-IV-R) et visuelle (Digit Span Visuel de la BEM-144) et la flexibilité mentale (DCCS et Hearts and Flowers) et le langage (NEPSY). De plus, ils ont passé la tâche standard de FC de type « transfert inattendu » ainsi que trois versions de celle-ci graduellement allégées d’un point de vue exécutif : la condition « ignorance » (dans laquelle l’enfant n’a pas connaissance du lieu final où se trouve l’objet) la condition « absence » (dans laquelle l’enfant assiste à la disparition de l’objet du lieu final), et la condition « double présence » (dans laquelle l’objet se retrouve dans deux lieux finaux différents).

Les résultats mettent en avant une progression significative entre 3, 4 et 5 ans au niveau des épreuves exécutives et de la réussite aux différentes tâches de théorie de l’esprit. On observe également des patterns développementaux distincts selon les versions modifiées de la tâche de fausse croyance et les charges exécutives associées.

 

La discussion portera sur la compréhension du rôle et de l’impact de la charge exécutive (nulle, modérée ou forte) dans la réussite aux différentes versions de la tâche de FC en lien avec la maturation des régions préfrontales au cours de la période préscolaire (Espinet, Anderson & Zelazo, 2012)

 

 

Références bibliographiques

Birch, S., Bloom, P. (2004). Understanding children’s and adult’s limitation in mental state reasoning. Trends in Cognitive Sciences, 8, 255-260

Carlson, S., Moses, L. (2001). Individual Differences in Inhibitory Control and Children's Theory of Mind. Child Development, 72, 1032-1053.

Carlson, S. (2005). Developmentally Sensitive Measures of Executive Function in Preschool Children. Developmental Neuropsychology, 28(2), 595-616.

Espinet, S. D., Anderson, J. E., Zelazo, P. D. (2012). (in press). Reflection training improves executive function on preschool-age children: Behavioral and neural effects. Developmental Cognitive Neursoscience.

Hughes, C. (1998a). Executive function in preschoolers: Links with theory of mind and verbal ability. British Journal of Developmental Psychology, 16, 233–253.

Wimmer, H., & Perner, J. (1983). Beliefs about beliefs: Representing and constraining function of wrong beliefs in young children's understanding of deception. Cognition, 13, 103-128.

Sentir les mots : influence d'une odeur sur la mémorisation.

Riou, Benoit (Laboratoire emc, université lumière lyon 2 / formation universitaire à distance suisse), Chochard, Carole (Formation universitaire à distance suisse), Schumacher, Kathleen (Formation universitaire à distance suisse), Molinari, Gaëlle (Formation universitaire à distance suisse).

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Il est reconnu que la congruence entre le contexte d'encodage et de récupération améliore les performances en mémoire (e.g ., Godden & Baddeley, 1975). Cette amélioration peut-être considérée comme l'ajout d'une dimension épisodique congruente entre les contextes d'encodage et de récupération, facilitant ainsi le rappel ou la reconnaissance. La similarité entre le contexte à la récupération avec la dimension épisodique de la connaissance en mémoire va faciliter sa récupération.

Les théories de la cognition incarnée proposent que quel que soit le type de connaissances (épisodiques ou conceptuelles) celles-ci émergeraient de l'activation de traces sensorimotrices épisodiques en mémoire (simulation) car elles contiennent l'ensemble des caractéristiques des expériences passées (Versace et al. 2009). Si les mots réactivent les caractéristiques sensorimotrices (e.g., Wu et Barsalou, 2009), quel peut-être l'impact de la congruence entre le contexte d'encodage et la caractéristique sensorielle du mot sur sa mémorisation ?

Dans cette étude, des mots faisant référence à la modalité olfactive ont été employés. Une liste constituée de 15 mots liés à l'odeur de café (p.ex., percolateur, torréfaction, arabica, etc.) et de 15 mots d'animaux (p.ex., bison, python, panda) a été présentée aux participants (N = 42). La fréquence d'occurrence dans la langue des mots de chaque catégorie a été appariée. La moitié des participants apprenait la liste en présence d'une odeur de café, l'autre moitié sans odeur de café. Tous les participants devaient rappeler le plus de mots possible, dans une pièce sans odeur .

Le nombre de mots rappelés de la catégorie « café » devrait être plus important que le nombre de mots de la catégorie « animaux » si l'encodage est réalisé en présence d'une odeur de café plutôt que sans odeur.

Les résultats montrent une interaction significative entre l'odeur de café (présente ou absente) et la catégorie des mots (café ou animaux) (F(1,40) = 13.83, p < .05). Le nombre de mots rappelés de la catégorie café (M = 7.19 ; SD = 2.60) est plus important que celui de la catégorie animaux (M = 5.43 ; SD = 2.18) lorsque l'encodage a été réalisé avec odeur de café, F(1,40) = 6.06, p < .05. Le nombre de mots rappelés de la catégorie animaux (M = 7.71 ; SD = 2.26) est plus important que celui de la catégorie café (M = 5.71; SD = 2.74) lorsque l'encodage a été réalisé sans odeur de café, F(1,40) = 6.06, p < .05.

Cette étude confirme que la connaissance conceptuelle émerge de la réactivation de traces sensorimotrices en mémoire (Versace, et al. 2009). La catégorie « café » a été mieux rappelée en présence, lors de l'encodage, d'une odeur de café que sans odeur. La récupération s'effectuant dans un contexte sans odeur, ce résultat ne peut donc pas s'expliquer par un effet de contexte à la récupération. Il semblerait que le niveau d'activation des traces en mémoire puisse être modulé par les dimensions perceptives de la situation à l'encodage. L les dimensions sensorielles réactivées en mémoire et perçues pourraient alors partager une nature similaire puisqu'elles peuvent interagir communément (Riou et al. 2011). L’émergence de la connaissance semble alors dépendante de la situation en cours.

 

Godden, D. R. & Baddeley, A. D. (1975). Context dependent memory in two natural environments: On land and underwater. British Journal of Psychology, 66(3), 325-331.

Riou, B., Lesourd, M., Brunel, L., & Versace, R. (2011). Visual memory and visual perception: when memory improves visual search. Memory & Cognition, 39 , 1094–1102.

Versace, R., Labeye, E., Badard, G., & Rose, M. (2009). The contents of long-term memory and the emergence of knowledge. European Journal of Cognitive Psychology, 21 , 522–560.

Wu, L.-L., & Barsalou, L. W. (2009). Perceptual simulation in conceptual combination: evidence from property generation. Acta Psychologica, 132 , 173–189. 

Odeurs, mémoires et reproduction sérielle : pour une réplication des travaux princeps de bartlett (1932)

Cerisier, Blandine (Greps).

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Les travaux de Bartlett (1932) témoignent de l’intérêt précoce qu’ont eu les psychologues de saisir la manière dont les éléments culturels issus d’un groupe étaient empruntés, modifiés et adaptés par un autre groupe. Ce processus a expérimentalement été illustré au travers de la reproduction sérielle. Elle consiste à présenter un matériau (texte ou dessin) repris, décrit et transmis consécutivement par un ensemble de participants, les uns aux autres. L’auteur observa que les sujets modifient certains éléments, par souci de rationalisation et de familiarisation avec le matériau. Si les travaux de Bartlett sont fréquemment cités en psychologie cognitive et développementale concernant sa théorie des schémas, ils ont aussi contribué à l’élaboration d’une théorie fondamentale pour la psychologie sociale sur la créativité de la mémoire dans le présent (Jodelet, 1992 ; Kashima, 2000). Plusieurs travaux psycho-sociaux ont ainsi répliqué cette étude, utilisant systématiquement des matériaux sonores ou visuels (Saito, 1996 ; Bangerter & Lehman, 1997 ; Wagoner, 2012).

Nos recherches nous ont amené à envisager la manière dont un matériel odorant pouvait, à son tour, être matérialisé et remémoré dans les communications interpersonnelles. Répliquer l’étude de Bartlett nous permettait de cerner la manière dont un groupe pouvait transmettre et représenter collectivement la perception individuelle d’une odeur.

Nous avons constitué 10 groupes composés de 4 à 6 participants (n = 51) auxquels étaient successivement proposées 2 tâches de reproductions sérielles avec deux odeurs pré-testées préalablement : le feu de bois et l’ambre. Le premier participant de chaque groupe sentait une odeur puis la décrivait à un second, reproduisant à son tour ce message à un troisième et ce, jusqu’au dernier des participants. Une analyse de contenu verticale a été réalisée sur chacune des reproductions d’une même chaine afin de saisir l’évolution du message au fil des transmissions. Elle a été complétée par une analyse horizontale visant à comparer les chaines produites en fonction de l’odeur présentée (feu de bois vs ambre).

Les deux odeurs ont fait l’objet d’une description assez semblable en termes de contenu. La source, la familiarité et le plaisir ressentis étaient souvent évoqués. L’intensité a exclusivement été citée pour décrire le feu de bois. Le recours à ce référentiel va dans le sens des travaux réalisés sur la verbalisation de l’expérience olfactive (Dubois, 2006). Si au fil des transmissions, le message n’a pas subi d’ajouts majeurs, nous constatons toutefois qu’il a fortement été simplifié. Seule la source associée est systématiquement reproduite, montrant ainsi qu’il s’agit de l’élément le plus pertinent dans la compréhension du matériau présenté. Comparant nos résultats à ceux d’autres études utilisant des matériaux sonores ou visuels, notre présentation discutera le caractère original des éléments transmis dans la cadre d’une réplication odorante des travaux de Bartlett (1932).

Bangerter, A. & Lehmann, K. (1997). Serial Reproduction as a Method for studying social Representations. Papers on social Representations, 6(2), 141-154.

Bartlett, F.C. (1932). Remembering : A study in experimental and social psychology. Cambridge: Cambridge University Press.

Dubois, D. (2006). Des catégories d’odorants à la sémantique des odeurs : une approche cognitive des odeurs. Terrain, 47, 89-106.

Jodelet, D. (1992). Mémoire de masse : le côté moral et affectif de l’histoire. Bulletin de Psychologie, 155(405), 239-255.

Kashima, Y. (2000). Recovering Bartlett’s social psychology of cultural dynamics. European Journal of Social Psychology, 30, 383-403.

Saito, A. (1996). “Bartlett’s Way” and Social Representations: The case of Zen transmitted across cultures. Japanese Journal of Experimental Social Psychology, 35(3), 1-15.

Wagoner, B. (2012). Notes on a Social Psychology of Thinking: A comparison of Bartlett and Moscovici. Papers on Social Representations, 21, 1-14.

Effet des émotions sur la mémoire à court-terme : rôle de l’attention.

Cadix, Camille (Master 1 sciences cognitives, université lumière lyon 2), Matias, Jérémy (Master 1 sciences cognitives, université lumière lyon 2), Plancher, Gaen (Maître de conférence université lumière lyon 2), Chainay, Hanna (Maître de conférence et hdr, université luimère lyon 2).

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Introduction :

Les stimuli émotionnels bénéficient généralement d’une meilleure mémorisation par rapport à leurs homologues neutres (Emotional Enhancement of Memory). L’EEM à court terme semble être déterminée par l’influence de trois facteurs cognitifs : la distinctivité, l’organisation et l’attention (Talmi et al. 2012). Parmi ces facteurs, l’attention a souvent été mise en avant dans les explications des effets des émotions sur la mémoire. En effet, l’émotionnalité d’un stimulus capture de manière automatique l’attention de l’individu (Pourtois et al. 2012). Afin de tester l’hypothèse d’une médiation par l’attention de l’EEM à court terme, nous avons choisi d’utiliser un paradigme d’Attention Divisée, tout en contrôlant les facteurs de distinctivité et d’organisation. Si en effet l’attention est automatiquement attirée par les stimuli émotionnels, et de ce fait améliore leur mémorisation, alors la reconnaissance des images émotionnelles à fort arousal ne devrait pas être influencée par la division attentionnelle. Un nombre plus élevé de HIT pour les images négatives et positives par rapport aux neutres devrait être observé uniquement en condition d’attention divisée parce que dans cette condition elles attirent plus l’attention que les images neutres. Par contre, l’effet des émotions ne devrait pas être observé en condition d’attention pleine, puisque dans cette condition tous les stimuli peuvent être traités avec la même implication attentionnelle.

Méthode :

Participants : 28 individus entre 18 et 25 ans.

Stimuli : 96 images (positives, négatives et neutres) ; 24 combinaisons alphanumériques aléatoires (Mulligan, 1998).

Procédure : Les individus ont effectué un encodage incident des images en conditions d’attention pleine (AP) et d’attention divisée (AD). Dans ces deux conditions, ils voyaient défiler 24 images sur lesquelles ils effectuaient un jugement de complexité visuelle. Lors de la tache d’encodage en AD, les participants effectuaient également une tâche secondaire de rétention de combinaisons alphanumériques (ex : L3H9G). Le jugement d’une image était précédé de l’encodage à voix haute d’une combinaison, puis suivie par sa restitution orale à l’examinateur.A l’issue de ces deux tâches, les participants étaient soumis à un test de reconnaissance. Lors de ce test, les individus devaient discriminer le caractère ancien ou nouveau des 96 images proposées.

Résultats:

Pour les HIT, une ANOVA à mesures répétées avec les facteurs Valence (positive ; négative : neutre) et Attention (pleine ; divisée) montre une interaction significative, F (2 ,54) = 4.06, p < .05. Les images négatives sont mieux reconnues en condition d’attention divisée que les images positives et neutres. Aucune différence significative n’est observée en attention pleine. Il n’y a pas d’effet principal de la Valence (p = .11) ni de l’Attention (p = .054).

 

Figure 1 : Moyennes de bonnes reconnaissances (HIT) en fonction des conditions d’encodage et de la valence (score maximum = 8). Les barres d’erreur représentent l’Erreur Standard.

Discussion :

Nos résultats montrent l’apparition d’un EEM seulement en condition d’AD pour les stimuli négatifs. Puisque l’attention est le seul facteur qui varie entre les deux conditions d’encodage, on peut penser que c’est elle qui est directement responsable de l’apparition de l’EEM. La capture automatique des ressources attentionnelles par les stimuli négatifs causerait l’apparition du phénomène d’EEM à court terme.

 

Références:

Mulligan, N. W. (1998). The role of attention during encoding in implicit and explicit memory, Journal of experimental psychology. Learning, memory and cognition, 24 (1),  27- 47.

Pourtois, G., Schettino, A., & Vuilleumier, P. (2012). Brain mechanisms for emotional influences on perception and attention: What is magic and what is not. Biological psychology, 92(3), 492-512.

Talmi, D., & McGarry, L. M. (2012). Accounting for immediate emotional memory enhancement. Journal of Memory and Language, 66(1), 93-108.

Le sommeil permet-il de faire des liens entre les différentes traces en mémoire ?

Cherdieu, Mélaine (Laboratoire emc, université lumière lyon 2), Versace, Rémy (Laboratoire emc, université lumière lyon 2), Mazza, Stéphanie (Laboratoire emc, université lumière lyon 2).

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Introduction

L’effet du sommeil sur la consolidation mnésique a fait l’objet de nombreuses études (Diekelmann & Born, 2010). Ces études ont montré que le sommeil entraine une amélioration des performances suite à un apprentissage implicite. Cette amélioration est non seulement quantitative mais aussi qualitative. En effet, le sommeil permettrait d’extraire une règle implicite et ainsi de faire émerger un savoir explicite (Fischer, Hallschmid, Elsner, & Born, 2002). Cette émergence d’un savoir explicite après une période de sommeil a été rapprochée de la notion d’insight, appuyant l’idée que le sommeil pourrait permettre de résoudre des problèmes (Wagner, Gais, Haider, Verleger, & Born, 2004). Nous tentons dans cette expérience de comprendre les processus impliqués dans ces phénomènes d’explicitation des connaissances. Le rôle du sommeil ne serait-il pas de permettre la création de liens entre les différentes traces, permettant ainsi de faire émerger de nouvelles connaissances ? (Versace, Labeye, Badard, & Rose, 2009; Versace et al., soumis.).

Méthode

Dans cette expérience, nous avons utilisé des images abstraites composées d’associations entre deux éléments sensoriels (par exemple : Forme/Couleur  ou Couleur/Son). Ces associations avaient toujours un élément en commun (ici la Couleur). Nous avons cherché à savoir si le sommeil, en renforçant les associations des éléments sensoriels, permettrait l’extraction de l’élément commun et ainsi la création de nouvelles associations (par exemple Forme/son). L’expérience était composée de deux phases : une phase d’apprentissage qui consistait à présenter aux participants les différentes associations et une phase d’amorçage durant laquelle nous avons présenté en amorce un des éléments sensoriels (la Forme ou la Fouleur) et en cible un son à catégoriser. L’amorce pouvait être le même élément qu’à l’apprentissage, un élément de la même catégorie ou un élément différent. Si les éléments sont associés en mémoire la présentation de l’un des éléments devrait faciliter le traitement de l’autre. Nous nous sommes principalement intéressés à l’influence du sommeil sur la création d’une nouvelle association par réactivation de l’élément commun. Nous avons comparé trois groupes de participants : un groupe « éveil » qui avait majoritairement de l’éveil entre la phase d’apprentissage et la phase d’amorçage, un groupe « sommeil » qui avait majoritairement du sommeil entre les deux phases, et un groupe « sans délai » qui n’avait aucun délai entre les deux phases.

Résultats

Contrairement à nos hypothèses, nous n’avons pas observé d’effet d’amorçage se traduisant par une facilitation du traitement de la cible par une amorce identique. Cependant, nous avons observé un effet de l’amorce de la même catégorie avec un ralentissement du traitement de la cible, cet effet semble plus important pour le groupe sommeil.

Discussion

Il semblerait donc que le sommeil renforce la catégorie au détriment de la spécificité, ce qui viendrait perturber le traitement lors de la phase d’amorçage. Cependant cela ne nous permet pas d’expliquer tous les résultats obtenus dans cette expérience. Un matériel plus écologique nous semble plus approprié pour observer les phénomènes de consolidation mnésique au cours du sommeil.

Bibliographie

Diekelmann, S., & Born, J. (2010). The memory function of sleep. Nature reviews. Neuroscience, 11(2), 114–26.

Fischer, S., Hallschmid, M., Elsner, A. L., & Born, J. (2002). Sleep forms memory for finger skills. Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, 99(18), 11987–91.

Versace, Remy, Labeye, É., Badard, G., & Rose, M. (2009). The contents of long-term memory and the emergence of knowledge. European journal of cognitive psychology, 21(4), 522–560.

Versace, Rémy, Vallet, G., Brunel, L., Riou, B., Lesourd, M., & Labeye, E. Act-In : An integrated view of memory mechanisms. Submitted.

Wagner, U., Gais, S., Haider, H., Verleger, R., & Born, J. (2004). Sleep inspires insight. Nature, 427(6972), 352–5.

L’apport de l’analyse du discours et des représentations sociales dans l’etude des rps

Lemoine, Jérémy (Université de reims champagne-ardenne), Roland-lévy, Christine (Université de reims champagne-ardenne).

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La prévention des Risques Psycho‐Sociaux, RPS, est un enjeu majeur pour toute organisation aujourd’hui et pour la société française dans son ensemble. Le rapport de la Direction de l’Animation et de la Recherche, des Etudes et des Statistiques (DARES), de 2010, recense les facteurs de risques psychosociaux qui sont regroupés autour de six grandes dimensions. Pour étudier les RPS dans un centre hospitalier, nous avons créé un questionnaire ayant un triple objectif : (1) identifier les facteurs de risque, (2) identifier les services les plus touchés par chacun de ces risques et (3) faire des préconisations adaptées à chacun des risques. Afin de répondre à cette problématique,  le questionnaire était composé de plusieurs outils dont le principal, construit spécifiquement pour cette étude, est basé sur les dimensions de la DARES. D’autres outils ont également été utilisés dans ce questionnaire, tels que le MBI de Maslach et Jackson (1981), la PSS10 de Cohen et Williamson (1988) et le NWI-OH de Bonneterre et al. (2010), de façon à obtenir davantage d’informations en termes de burnout, de stress et des contraintes psychologiques et organisationnelles, tout en testant la validité de contenu du questionnaire RPS spécifique. Le questionnaire contient également une épreuve d’associations libres concernant le bien-être au travail au CHU et une question ouverte dans laquelle il est demandé aux agents de décrire une situation qui a pu les toucher en tant que personne et/ou professionnel(le) et de réfléchir à des pistes d’amélioration. Ces deux questions qualitatives ont permis d’enrichir le diagnostic et d’identifier les problématiques centrales des agents. 1139 questionnaires ont été recueillis, ce qui représente 20,8% des 5465 agents hors médecins du CHU. L’analyse factorielle de l’échelle RPS créée a permis d’identifier six facteurs de risque dont quatre identiques à ceux de la DARES : l’exigence émotionnelle, l’exigence au travail, les relations au travail et l’insécurité de l’emploi. L’analyse par corrélations indique que l’échelle RPS est corrélée avec l’ensemble des autres mesures. L’analyse de la représentation sociale révèle que les agents associent le bien-être au travail au CHU a de nombreuses causes de bien-être et notamment en priorité aux « bonnes relations » et au « soutien ». L’analyse de contenu, réalisée à l’aide de la méthode Alceste, a mis en évidence quatre champs lexicaux dont deux faisant référence aux relations, un au contact avec la souffrance et le dernier au manque de moyen et à la qualité du travail. Ces deux traitements qualitatifs, l’étude des représentations sociales et l’analyse de contenu, ont permis d’identifier, pour les agents, les facteurs principaux de bien-être et de mal-être au travail. Nous avons ainsi pu cibler les préconisations à mettre en place en priorité.

Mots clés : Bien-être, Risque Psychosociaux, Travail, DARES, Hôpital

Bibliographie

Bonneterre, V., Jolivet, A., Lang, T., Caroly, S., Ehlinger, V., Sobaszek, A. et al. (2010). Évaluation des contraintes psychologiques et organisationnelles (CPO) chez les soignants : cohorte ORSOSA et applications. Archives des Maladies Professionnelles et de l’Environnement, 71(3) : 489-492.

Cohen, S., & Williamson, C. (1988). Perceived stress in a probability sample of the United States. In S. Spacapan & S. Oskamp (Eds.), The social psychology of health: Claremont Symposium on applied social psychology. Newbury Park: Sage.

Direction de l’Animation et de la Recherche, des Etudes et des Statistiques (2010). Les risques psychosociaux au travail : les indicateurs disponibles. Extrait le 12 décembre 2011, de http://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/2010-081-2-2.pdf

Maslach, C., & Jackson, S. E. (1981). The measurement of experienced burnout. Journal of Occupational Behaviour, 2(2), 99-113.

L’effet de l’integration multi sensorielle sur la perception de la taille dans l’illusion d’ebbinghaus

Brunel, Lionel (Université montpellier iii), Panis, Megane (Université montpellier iii).

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L’étude que nous avons développée se propose d’étudier la perception de la taille. Nous avons choisi d’étudier ce sujet en situation multisensorielle (audiovisuelle) avec comme support une illusion visuelle (l'illusion d'Ebbinghaus) afin de déterminer les variables qui influencent ce phénomène.

Des informations provenant de différentes modalités peuvent partager certains attributs phénoménologiques. On parle alors de correspondance cross-modal. Par exemple, dans une tâche de discrimination perceptive de la taille d'un cercle, Gallace & Spence (2006) ont manipulé la congruence audio-visuelle. Ces chercheurs ont observé que les temps de réaction en situation congruente (e.g., haute fréquence auditive et cercle cible plus petit) étaient plus rapide qu’en situation non congruente (e.g., basse fréquence auditive et cercle cible plus petit).

Le phénomène de correspondance cross-modal est largement attribué au mécanisme d’intégration. S’il a été souvent démontré que l’intégration avait des conséquences positives sur le fonctionnement en cours, cette dernière peut aussi avoir des conséquences négatives, voire illusoire (e.g., McGurk&McDonald, 1976).  Dans cette perspective, nous avons cherché à objectiver quelles pouvaient être les conséquences de l’intégration d’une source d’efficacité perceptive (i.e., correspondance cross-modal) et d’une source de biais perceptif (i.e., l’illusion d’Ebbinghaus) lors d’une tâche de discrimination de la taille.

Nous nous sommes inspirés des travaux de Gallace & Spence (2006) pour construire notre procédure. Nous avons demandé à des participants de discriminer, selon leur taille, des stimuli (i.e., cercles) présentés successivement. Ils devaient donc simplement d’un essai sur l’autre indiquer si la taille de deux cercles centraux était identique ou différente en pressant une touche du clavier. Nous avons manipulé la taille du cercle central (petit, moyen ou grand), le contexte visuel (entouré de petits ou de grands cercles) de même que le contexte auditif (son de haute ou basse fréquence ou absence de son).

Classiquement, lorsque deux cercles de tailles identiques sont placés l’un à côté de l’autre, si l’un est entouré de larges cercles il sera perçu plus petit que l'autre entouré de petits cercles (illusion d’Ebbinghaus). A noter que lors d’une première expérience, nous avons répliqué cet effet avec notre matériel. Avec cette étude nous nous attendions soit à : 1) Objectiver un effet de correspondance cross-modal entre la taille et la fréquence auditive – i.e., les participants devraient être meilleurs à discriminer la taille du 2ème  cercle lorsque le 1er était accompagné d’un son congruent avec sa taille (e.g., cercle plus petit associé à un son aigu) –  et un effet du contexte visuel – i.e., les participants devraient faire plus d’erreur en situation d’illusion d’Ebbinghaus que sans contexte visuel - ; ou à 2) Objectiver un effet d’intégration entre l’effet engendré par le contexte visuel et le contexte auditif – i.e., les participants devraient faire d’autant plus d’erreur en situation d’illusion d’Ebbinghaus, et de congruence cross-modal entre taille et fréquence auditive, qu’en situation d’illusion d’Ebbinghaus seul. 

Nos résultats sont clairement en faveur de la 2ème hypothèse et sont une évidence supplémentaire à l’aspect multisensoriel et intégré de l’évaluation de la taille.

Bibliographie :

Evans, K. K., & Treisman, A. (2010). Natural cross-modal mappings between visual and auditory features, Journal of Vision10, (Art. 6) 1–12. doi:10.1167/10.1.6

Gallace, A., & Spence, C. (2006). Multisensory synesthetic interactions in the speeded classification of visual size. Perception & psychophysics, 68(7), 1191–203. Retrieved from http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/17355042

McGurk, H., & Macdonald, J. (1976). Hearing lips and seeing voices. Nature, 264, 746-748. doi: 10.1038/2647466a0

BRUNEL Lionel (Directeur de mémoire)

PANIS Megane (Étudiante)

Université Paul Valéry - Montpellier III

Site Saint Charles
Rue du Professeur
Henri Serre
34080 - Montpellier

Dites-moi comment votre mémoire fonctionne au quotidien ?

Mazzocco, Clemence (Epsylon, université montpellier iii, france), Stephan, Yannick (Epsylon, université montpellier ii, france), Brouillet, Denis (Epsylon, université montpellier iii, france), Martin, Sophie (Epsylon, université montpellier iii; ugecam-ueros, castelnau le lez, france).

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Introduction : Praticiens et chercheurs s’accordent sur le fait que les tests diagnostiques ne prédisent pas le fonctionnement et l’efficience quotidienne des individus (Chaytor & Schmitter-Edgecombe, 2003). En effet, « Avoir des problèmes de mémoire » est différent de « faire vivre sa mémoire ». Comme le soulignent Meulemans et Seron (2004), il est donc important pour le neuropsychologue de « s’interroger sur la validité écologique des évaluations qu’il pratique » (p14). Ainsi, un déficit ne va pas forcément causer un désavantage au quotidien, notamment grâce à la mise en place des stratégies de compensation que l’individu utilisera pour s’adapter au jour le jour (Baltes, & Baltes, 1990). Il devient alors nécessaire de développer des outils pour évaluer la manière dont les personnes mettent en œuvre leur mémoire dans leur environnement. Le questionnaire de compensation mnésique (F-MCQ) s’inscrit dans cette perspective scientifique, tant sur le plan théorique que dans son application clinique. Le F-MCQ évalue les stratégies de compensation mnésique que les individus mettent en place au quotidien pour gérer leurs pertes de mémoire, qu’elles soient objectives ou perçues (Dixon, De Frias, & Bäckman, 2001).  

Problématique : En France, il existe peu d’outils comme le F-MCQ permettant de rendre compte de la mise en œuvre comportementale des stratégies de compensation mnésique. La validation et la normalisation de la version française du F-MCQ a permis de démontrer que la compensation mnésique est un processus utilisé à tout âge de la vie, et qu’elle est associée à différentes variables telles que l’anxiété et le niveau d’infirmité (Martin et al., soumis). Mais l’utilisation du F-MCQ dans un contexte de pratique clinique reste un champ à explorer au sein de nos dispositifs. Premièrement, nous présenterons le contexte d’utilisation du MCQ dans le domaine scientifique comme en pratique clinique chez les personnes cérébro-lésées et les Malades Alzheimer. Deuxièmement, nous effectuerons une présentation de l’outil et troisièmement, nous illustrerons son application clinique par différents profils de personnes cérébro-lésées dans un contexte de réhabilitation cognitive.

Matériel: Le F-MCQ a été validé sur 749 personnes âgées de 16 à 92 ans. Les études de cas ont été effectuées dans un cadre de réinsertion socio-professionnelle de personnes cérébro-lésées sur 8 adultes ayant été victimes de lésions cérébrales acquises depuis au moins deux ans, et étant sortis du secteur sanitaire.

Méthode clinique: Nous nous sommes servis des résultats au F-MCQ en réhabilitation cognitive pour travailler, d’une part, sur la différence entre la perception des stratégies que les participants pensent mettre en place et l’utilisation réelle de ces stratégies dans leur vie quotidienne, et d’autre part, sur le bénéfice des stratégies mnésiques adaptées à leur profil, afin de favoriser le comportement compensatoire personnalisé.

Résultats : les principaux résultats montrent que, dans une certaine mesure, cet outil a permis d’optimiser l’utilisation  des stratégies de compensation de manière différentielle.

Interprétation et discussion : Notre discussion concernera la pertinence de relier les stratégies de compensation mnésique aux caractéristiques cognitives, comportementales et sociales des patients, afin d’aider les individus à adopter des moyens compensatoires efficaces pour atteindre leurs objectifs socio-professionnels, et généralement, pour optimiser l’adaptation dans leur vie quotidienne.

Bibliographie

Baltes, P. B., & Baltes, M. M. (1990). Psychological perspectives on successful aging: The model of selective optimization with compensation. Successful aging: Perspectives from the behavioral sciences, 1, 1–34.

Chaytor, N., & Schmitter-Edgecombe, M. (2003). The Ecological Validity of Neuropsychological Tests: A Review of the Literature on Everyday Cognitive Skills. Neuropsychology Review, 13(4), 181‑197.

Dixon, R. A., De Frias, C. M., & Bäckman, L. (2001). Characteristics of Self-Reported Memory Compensation in Older Adults. Journal of Clinical and Experimental Neuropsychology, 23(5).

 

 

Construction d’un matériel expérimental pour la détection des troubles praxiques.

Jacquemont, Charlotte (Université lille nord de france, f-59653 lille, france), Collette, Cynthia (Université lille nord de france, f-59653 lille, france), Bartolo, Angela (Université lille nord de france, f-59653 lille, france), Bonnotte, Isabelle (Université lille nord de france, f-59653 lille, france), Kalénine, Solène (Université lille nord de france, f-59653 lille, france).

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Dans l’apraxie gestuelle, une altération de l’accès à certaines connaissances sémantiques concernant les objets peut entraîner des difficultés majeures dans leur utilisation correcte. Ainsi, Buxbaum et Saffran (2002) ont montré que les patients apraxiques présentent des connaissances perturbées à propos de la manipulation des objets alors que les connaissances sur leur fonction sont relativement préservées. En revanche, les patients non-apraxiques avec lésion hémisphérique gauche montrent le profil inverse. L’apraxie gestuelle pourrait donc être détectée en évaluant l’accès à ces connaissances. Cependant, les tâches d’appariement d’images utilisées par Buxbaum et Saffran (2002) pour les évaluer comportaient certains biais. Plusieurs facteurs essentiels n’étaient pas contrôlés comme la manipulabilité, la taille des objets ou encore leur similarité visuelle. Notre étude vise donc à sélectionner le matériel expérimental pour la construction de deux tâches d’évaluation des connaissances sur la manipulation et la fonction des objets en contrôlant strictement ces facteurs ainsi que l’accord sur le nom.

Le matériel comporte 382 dessins d’objets en noir et blanc, tous dessinés avec le même trait. Ils ont été sélectionnés par paire de telle sorte que chacune soit similaire au niveau de la fonction (i.e. utilisés dans le même but), de la manipulation (i.e. utilisés avec les mêmes gestes), au niveau visuel (i.e. même forme et/ou même agencement des parties et/ou même détails), ou non similaires (aucun lien de fonction, de manipulation ou au niveau visuel). Au total, 49 étudiants (27 femmes ; 22 hommes), de 18 à 30 ans, ont été sollicités dans une ou plusieurs études. Étude 1 : « accord sur le nom », les participants devaient indiquer, avec une réponse sur le clavier, s’ils reconnaissaient ou non l’objet et s’ils validaient ou non le nom proposé. Dans les 3 autres études, les objets étaient présentés par paires sur lesquelles les participants devaient porter un jugement sur une échelle en 7 points allant de 1 (pas du tout similaires) à 7 (très similaires). Les jugements n’ont été faits que sur une partie des images. Étude 2 : les participants devaient estimer la similarité de manipulation sur 115 paires (85 similaires au niveau de la manipulation ; 30 non similaires). Étude 3 : ils devaient estimer la similarité de fonction sur 121 paires (91 similaires au niveau de la fonction ; 30 non similaires). Les paires non similaires servaient d’items de remplissage afin de garantir l’utilisation de la totalité de l'échelle de jugement et n’ont pas été analysées. Étude 4 : ils devaient estimer la similarité visuelle sur 112 paires (60 paires constituées d'un objet de l'étude 2 ou 3 et d'un objet qui lui était visuellement similaire et 60 paires des études 2 ou 3). Le but étant de vérifier que les premières recevaient un jugement plus élevé que les secondes.

Les résultats de l’étude 1 montrent que les participants reconnaissent tous les objets et acceptent massivement le nom proposé (0.98 ± 0.06 ; 2 objets ont été remplacés). Dans les études 2 et 3, les paires sélectionnées pour être similaires sur la fonction et la manipulation reçoivent des jugements élevés (respectivement 5.44 ± 0.8 et 4.61 ± 1.27). Enfin,l’étude 4 montre un bon contrôle de la similarité visuelle puisque les paires « visuelles » (4.03 ± 1.78) reçoivent des jugements de similarité visuelle au moins aussi élevés que les paires « fonction » (2.29 ± 1.27) et « manipulation »  (4.21 ± 1.72).

Ainsi, notre matériel expérimental semble bien contrôlé du point de vue de l’identification des dessins d’objets, de la similarité de manipulation et de fonction. Aussi, les scores à l'étude 4 montrent que les paires « visuelles » assureront un bon contrôle de ce facteur. L’objectif final de notre étude est de créer un test diagnostic précoce des troubles praxiques. Elle permettra d’améliorer les connaissances et la prise en charge de ces troubles très invalidants dans la vie quotidienne.

Buxbaum, L. J., & Saffran, E. M. (2002). Knowledge of object manipulation and object function: dissociations in apraxic and nonapraxic subjects. Brain and Language, 82, 179-199.

Effet du vieillissement sur l’intelligence fluide : implication differentielle du controle et des representations

Gombart, Samantha (Umr cnrs 7295, cerca), Fay, Séverine (Umr cnrs 7295, cerca), Bouazzaoui, Badiâa (Umr cnrs 7295, cerca), Isingrini, Michel (Umr cnrs 7295, cerca).

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Introduction
Craik et Bialystok (2006) ont proposé un modèle à deux composantes : représentations (connaissances générales) et contrôle (processus exécutifs), pouvant rendre compte des performances cognitives des individus. Selon ces auteurs, examiner l’évolution de ces deux composantes tout au long de la vie pourrait permettre de mieux comprendre les changements cognitifs liés au vieillissement. Dans une étude récente, Bouazzaoui et al. (2012) ont examiné l’implication de ces deux composantes séparément chez des sujets jeunes et des sujets âgés. Les résultats ont montré des profils différents : les représentations sont impliquées dans les performances de mémoire pour les deux groupes d’âge, tandis que le contrôle n’est impliqué dans la mémoire épisodique que pour le groupe de sujets âgés. Le but de la présente étude est d’une part, de généraliser le modèle à deux composantes de Craik et Bialystok à l’intelligence fluide (Cattell, 1973) et, d’autre part, de déterminer si l’implication des représentations et du contrôle dans les performances d’intelligence fluide est fonction de l’âge des participants. Selon Salthouse (2002), un haut niveau de représentations pourrait être lié à de meilleures performances cognitives. De plus, des études ont montré que le contrôle exécutif jouait un rôle majeur dans l'intelligence fluide (Conway et al., 2002; Kyllonen & Christal, 1990). En accord avec les travaux qui montrent un plus grand recours au contrôle en vieillissant (Craik et Rose, 2012, Bouazzaoui et al., 2012), nous nous attendons à ce que les représentations soient impliquées dans l’intelligence fluide de la même manière pour les deux groupes d’âge tandis que le contrôle devrait jouer un rôle plus important dans les performances en intelligence fluide pour le groupe de sujets âgés.

Méthode
L’échantillon comprend 140 sujets : 60 participants (20-25 ans) jeunes et 80 participants âgés (60-80 ans). Deux indices (représentations et contrôle) ont été calculés pour chaque participant incluant les scores au Mill Hill et au subtest « informations » (WAIS-R) pour mesurer la composante de représentations et les scores au Stroop, TMT et N-Back pour mesurer la composante de contrôle. Trois tests ont été proposés aux sujets pour évaluer l’intelligence fluide : le Culture Fair Intelligence Test, le D48 et le BV16.

Résultats
Tout d’abord, l’étude a permis de confirmer le pattern de résultats classiquement observé : un déclin lié au vieillissement pour les mesures d’intelligence fluide et de contrôle et une préservation des performances aux épreuves permettant d’évaluer les représentations. Une analyse factorielle a confirmé l’indépendance des composantes de représentations et de contrôle. Les analyses de corrélations ont montré des patterns de résultats différents chez les sujets jeunes et les sujets âgés : le facteur de représentations est corrélé avec l’intelligence fluide de la même manière chez les sujets jeunes et les sujets âgés. Quant au facteur de contrôle, les coefficients de corrélation sont significativement plus importants pour les sujets âgés que pour les sujets jeunes. Les analyses de régression montrent que le seul prédicteur de la performance en intelligence fluide chez les sujets jeunes est la composante de représentations. En revanche chez les sujets âgés, la composante de contrôle est le premier prédicteur de la performance en intelligence fluide, suivi de la composante de représentations qui explique tout de même une part significative de la variance.

Discussion
Ces résultats permettent de confirmer le modèle de Craik et Bialystok (2006) en le généralisant aux performances d’intelligence fluide. Les représentations seraient impliquées dans l’intelligence fluide tout au long de la vie alors que le contrôle semble jouer un rôle plus important chez les sujets âgés que chez les sujets jeunes. Enfin, en montrant que les sujets âgés ont d’avantage recours au contrôle exécutif, l’étude est en accord avec l’hypothèse d’un shift général des processus automatiques vers des processus plus contrôlés avec l’avancée en âge (Craik & Rose, 2011; Bouazzaoui et al., 2012).

Le rôle de la voie réticulo-tectale dans le déplacement exogène de l’attention.

Mizzi, Raphaël (Université lyon 2, institut de psychologie, laboratoire emc), Couffe, Cyril (Université lyon 2, institut de psychologie, laboratoire emc), Vallet, Guillaume (Université lyon 2, institut de psychologie, laboratoire emc), Michael, George (Université lyon 2, institut de psychologie, laboratoire emc).

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Deux principales voies visuelles sont impliquées dans l’attention, une voie rétino-géniculo-striée et une rétino-tecto-pariétale. Au sein de cette dernière, les colliculi supérieurs seraient impliqués dans l’orientation exogène de l’attention. Une absence de mobilisation de l'attention exogène est observée lorsque des stimuli visuels n'activent pas les CS (Kraft et al. 2010 ou Leh et al. 2006). Pourtant ces effets sont remis en question par des études montrant des résultats inverses (Bompas al. 2009). Le but de cette étude est alors de tester les processus attentionnels grâce à des techniques d’isolation expérimentales des voies visuelles.

Une version modifiée du Multiple Salience Levels Visual Search Task  (MSLVST) de Michael et Galvez-Garcia (2011) est employée. Trois carrés de taille différente apparaissent brièvement et le sujet doit porter un jugement sur l’un d’eux. Dans l’étude présente, deux conditions sont comparées, la première impliquant les stimuli du protocole initial, et la seconde des stimuli n’activant que les cônes S de la rétine, cellules dont le développement ganglionnaire emprunte uniquement la voie rétino-géniculée, et donc n’innervent pas les colliculi supérieurs. Il est ainsi possible d’établir l’implication de cette voie dans les processus d’orientation attentionnelle dus à la saillance.

Matériel & Méthode : La transition exacte entre un fond gris standard et un angle de couleur qui n’affecte pas les cônes L et M varie d’un individu à un autre. Les luminances des couleurs candidates sont d’abord équilibrées grâce à la Minimum Motion Technic introduite par Antis et al. (1983). La procédure de transient trianopia développée par Smithson et al. (2003) permet ensuite d’isoler le degré de couleur n’activant que les cônes S. Enfin, l’adaptation du MSLVST est  mise en place : le dispositif de recherche visuelle contient trois carrés latéralisés différant par la taille (grand, moyen, petit), une cible et deux distracteurs, présentés pendant 100ms. Les trois stimuli peuvent être la cible (ouverture altitudinale haut/bas) avec une probabilité égale, les deux autres carrés ayant une ouverture latérale. Les facteurs manipulés sont la taille du stimulus-cible (grand, moyen ou petit) et sa couleur (Cône-S vs. noir). Les temps de réponse (TR) et les proportions de bonnes réponses (BR) sont enregistrés.

Sujets (en cours de passation) : 30 volontaires droitiers (15 hommes, 15 femmes) rapportant une vue normale ou corrigée à la normale.

Résultats : Les TR et les BR montrent une interaction significative (p < .02) des facteurs Taille * Couleur. Les TR du petit carré de la condition Noir sont plus élevés que ceux du grand. Les mesures montrent un effet principal de la Couleur (p < .01). Les performances sont plus précises pour la condition Noir que pour la condition Cônes-S.

Discussion : 

Les résultats corroborent l'hypothèse d'une implication des CS dans l’orientation exogène de l’attention. En effet, les TR montrent un effet hiérarchique basé sur la saillance avec des stimuli noirs alors qu’aucune différence ne se remarque dans les performances avec des stimuli S. Le déplacement de l'attention sur la base de la saillance serait donc un processus supporté en grande partie par les CS. Le profile hiérarchique en fonction de la Taille ne se dessine que pour les stimuli dont le traitement par la voie rétino-tectale est possible. 

Références

Kraft et al. (2010), Hum Brain Map XX

Tamietto et al. (209), J cog Neurosci, 5(22), 888-902

Bompas et al. (2009), J Neurophysiol, 102, 2387-95

Michael et Galvez (2011), Behav Brain Res, 224, 87-99

Antis et al. (1983), Col Vis, 155-166

Smithson et al. (2003), Norm Def Col Vis, 279-287

Passage du temps : une approche écologique de ses distorsions et évolutions au cours du vieillissement

Wilmann-courteau, Matthieu (Lapsco - umr 6024), Wearden, John (Université de keele), Droit-volet, Sylvie (Lapsco - umr 6024).

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Il n’est pas rare d’entendre de la part de nos ainés que « plus on vieillit, plus le temps passe vite ». Si certains auteurs attribuent cette accélération du temps qui passe à une inférence tirée du temps de vie écoulé (e.g., Joubert, 1984), d’autres évoquent des modifications profondes dans les processus perceptifs du temps, notamment des changements avec l’âge dans le fonctionnement de notre horloge interne, que ce soit au niveau des processus attentionnels ou du rythme physiologique de notre horloge interne. Plus récemment, les chercheurs évoquent le rôle déterminant de changements au cours du vieillissement au niveau du stress et des émotions négatives, avec notamment le concept de « pression temporelle » (Friedman et al., 2010). Ainsi, quelle qu’en soit la cause, l’état émotionnel ressenti et ses changements avec le vieillissement pourrait modifier notre rapport au temps. C’est également dans cette perspective que s’inscrit le paradoxe temps-émotion (voir Droit-Volet & Gil, 2009). Le but de cette étude est donc de tenter de redéfinir la réalité psychologique du passage du temps en testant au quotidien l’effet du contexte sur l’expérience et le ressenti de la vitesse du passage du temps. Ainsi, on s’attend à ce que plus l’état émotionnel est jugé positif, plus la vitesse du temps devrait être jugée comme rapide. De la même manière, plus l’activité en cours est jugée comme captivante, plus le passage du temps devrait être évalué comme rapide. Il est également attendu que plus les sujets présentent un score de dépression élevé, plus le temps sera jugé comme s’écoulant lentement.

Pour tenter de mieux cerner ce phénomène du ralentissement avec l’âge du passage du temps, 15 étudiants et 15 personnes âgées ont participé à cette étude. Dans cette étude, on a utilisé une méthode originale dite écologique basée sur  l’évaluation écologique momentanée (experience sampling method - ESM) (e.g. Schwartz, & Stone, 1998). Dans cette méthode, les participants sont interrogés sur leur sentiment de la vitesse du temps qui passe à différent moments de la journée à l’aide d’un Smartphone. Plus précisément, l’étude se déroule sur 5 jours. Les participants se sont donc vus remettre un carnet de bord et un Smartphone sur lequel a été installée une application permettant de générer des alertes, et qui les invite à répondre à une série de questions sur le carnet de bord. De plus, les participants sont soumis à une série de tests permettant d’évaluer notamment leur niveau de dépression ou leur quotient intellectuel.

L’analyse des résultats préliminaires suggère des différences entre les personnes jeunes et âgées au niveau du sentiment du passage du temps, bien que ces différences soient plus marquées quand l’horizon temporel augmente (semaine, mois, années). Cependant, on trouve également une corrélation significative entre l’état émotionnel des sujets et la vitesse subjective du temps qui passe. Le type d’activité, en termes de difficulté et de captation de l’attention, conduit également à des distorsions dans l’estimation du passage du temps. Les analyses de régressions suggèrent que les variations au quotidien dans l’état émotionnel et le type d’activité sont des prédicteurs significatifs des changements avec le vieillissement du sentiment du passage du temps. Les résultats de cette étude seront discutés d’un point de vue méthodologique mais aussi théorique.

Droit-Volet, S., & Gil, S. (2009). The time-emotion paradox. Philosophical Transactions of the Royal Society, B-Biological Sciences, 364, 1943-1953.

Friedman, W.J., & Janssen, S. M. J. (2010). Aging and the speed of time. Acta Psychologica, 134, 130-141.

Joubert, C.E. (1984). Subjective expectations of the acceleration of time with aging. Perceptual and Motor Skills, 70, 334.

Schwartz, J.E., & Stone, A.A. (1998). Strategies for analyzing ecological momentary assessment data. Health Psychology, 17, 6-16.

Les motivations à Être bénévole : validation d’un inventaire et approche socionormative

Dansac, Christophe (Équipe organisations non orientées vers le profit et gouvernance, glrpmip / iut toulouse 2 figeac), Maisonneuve, Christelle (Laureps / iut de rennes), Goutas, Nasrédine (Eso-angers / iut de cholet), Taillandier, Anne (Pav-ea 2114 / iut de tours).

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Selon Archambault & Tchernonog (2012) 32% des français, soit environ 16 millions de personnes s’impliquent bénévolement dans des associations. L’engagement associatif est un élément essentiel pour la mise en œuvre de nombre de services cruciaux. Pourtant, la psychologie française a peu investi la question du bénévolat, défini comme un comportement prosocial planifié, répété dans la durée, et qui intervient dans un contexte organisationnel. L’objectif des recherches présentées ici était de construire les bases d’une approche expérimentale de ces comportements et de la manière dont ils peuvent être soumis à des contraintes normatives.

Afin d’étudier les motivations à l’origine du comportement bénévole, nous avons choisi de procéder à la traduction et à la validation de la version française de l’Inventaire des Fonctions du Volontariat (Clary et al., 1998), qui est l’outil le plus communément utilisé dans la communauté scientifique internationale. Ce questionnaire est basé sur une approche fonctionnaliste des motivations qui considère qu’un même comportement vise à satisfaire des motivations multiples pouvant différer d’un individu à l’autre. On distingue ainsi 6 fonctions élémentaires, donnant chacune lieu à une échelle de 5 items : expression des Valeurs, Compréhension (‘Understanding’), Promotion du Soi (‘Enhancement’), Carrière, Sociale, et Protection du Soi.

Les 3 premières études (complétion en passation collective de la version traduite du questionnaire puis d’une fiche de renseignements sur les investissements associatifs) permettent de valider la version française. L’inventaire obtenu possède une structure comparable à celle de l’inventaire originel, et même si, comme le pointent d’autres auteurs, les facteurs se dégagent moins nettement que dans la recherche initiale, l’analyse factorielle confirmatoire montre que le modèle à 6 facteurs est acceptable. La consistance interne et la stabilité temporelle de l’IFV sont comparables à celles de la version anglophone. La validité prédictive a été testée par le biais de modèles de régressions (non linéaires) sur des variables qualitatives traduisant les investissements associatifs futurs. La différence de prédicteurs significatifs montre la pertinence de la distinction des différentes échelles. Ces études révèlent cependant des différences non négligeables entre les trois versions utilisées qui présentaient les mêmes items dans des ordres différents. Cette observation conduit à s’interroger sur la nature fiable de la mesure des motivations, d’autant plus que les études suivantes suggèrent sa possible contamination par la désirabilité.

Les études 4 et 5 posent la question de l’existence de normes en matière de motivation au bénévolat. En effet, le monde associatif est empreint de valeurs de gratuité et de désintéressement qui peuvent rendre certaines motivations moins acceptables que d’autres et conduire à des différences de jugement social. En utilisant le paradigme d’autoprésentation (Jellison & Green, 1981), nous montrons que la normativité est plus forte pour certaines échelles que pour d’autres : il existe un fort consensus sur le caractère socialement désirable des motivations par les Valeurs et par la Compréhension alors que les motivations carriéristes, à la protection ou à la promotion de soi font l’objet d’un consensus moindre. La comparaison d’étudiants en commerce avec des étudiants en travail social montre que ces normes diffèrent d’un public à l’autre.

Archambault, E., & Tchernonog, V. (2012, mars). Repères sur les associations en France. CPCA.

Clary, E. G., Snyder, M., Ridge, R. D., Copeland, J., Stukas, A. A., Haugen, J., & Miene, P. (1998). Understanding and assessing the motivations of volunteers: A functional approach. Journal of Personality and Social Psychology, 74(6), 1516 ‑ 1530.

Jellison, J. M., & Green, J. (1981). A Self-Presentation Approach to the Fundamental Attribution Error: The Norm of Internality. Journal of Personality & Social Psychology, 40(4), 643‑649.

La place des dysharmonies psychotiques dans les classifications et les enjeux qui y sont liés

Gwon, Jung-a (Professeur : department of youth education and counseling, soonchunhyang university, corée du sud).

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Introduction : Nous avons récemment confronté entre elles les nouvelles versions nosographiques, concernant l'autisme, du DSM-V et de la CFTMEA R-2012 dont les approches sont divergentes. Le DSM-V propose un nouveau concept, « les troubles du spectre autistique (TSA) » qui remplace celui « des troubles envahissants du développement (TED) ». Ainsi, le DSM-V rassemble le syndrome d'Asperger et les troubles autistiques du DSM-IV sous la terminologie de « troubles du spectre autistique». Les TSA incluent également les troubles désintégratifs de l'enfance, et les troubles envahissants du développement. Par opposition, dans la nouvelle version de la classification française des troubles mentaux de l'enfant et de l'adolescent (CFTMEA R-2012), la notion de psychose précoce a été conservée dans le cadre de la catégorie « Troubles envahissants du développement (TED) », définis par les classifications internationales (DSM-IV et CIM-10). Au sein des TED, les catégories diagnostiques « Psychose précoce déficitaire » (« retard mental avec troubles autistiques ou psychotiques ») et « dysharmonie multiple et complexe du développement (MCDD) – dysharmonie psychotique », restent individualisées (C. Bursztejn et al., 2011). Nous exposerons dans cet article, la place des dysharmonies psychotiques dans les classifications ainsi que les enjeux qui y sont liés, en particulier les différences internationales dans les prescriptions médicamenteuses et les traitements psychothérapeutiques. Matériel et méthode : L'approche adoptée pour aborder cette question sera l'eclairage historique et la comparaison des trois systèmes actuels de classification. Résultats : En 1943, Kanner a décrit 11 cas de troubles autistiques du contact affectif par le terme d'autisme'. La dénomination de Kanner a pris une orientation différente selon le DSM ou le CFTMEA. Aux Etats-Unis, on a reproché aux théories psychanalytiques de rendre les parents responsables de l'autisme de leur enfant. L'autisme y est donc désormais considéré comme ‘un handicap neurophysiologique' et les enfants autistes comme ayant besoin de rééducation mais pas de thérapie. Le DSM III (1981) abandonna la notion de psychose de l'enfant. Les affections classées jusque-là parmi les psychoses infantiles furent dès lors regroupées sous le terme de « pervasive developmental disorders ». En France, les recherches ont porté sur l'étude du concept de psychose de l'enfant et de ses variantes évolutives et sur les rapports entre les processus psychotiques ou autistiques et les déficiences mentales ou instrumentales. Elles ont permis de. forger les notions de psychoses déficitaires et de dysharmonies évolutives. Nous détaillerons les implications diverses des différentes évolutions historiques. Discussion : Les dysharmonies psychotiques demeurent dans la CFTMEA , et elles n'ont pas de correspondance dans la CIM-10 ni dans le DSM-V. Les enfants concernés se trouvent classés, soit dans les « autres TED » dans la CIM-10, soit dans les « TSA » dans le DSM-V. Toutes les études épidémiologiques montrent que les dysharmonies psychotiques occupent une place importante. Au plan clinique, les symptômes des jeunes patients sont tout à fait distincts et leur prise en charge thérapeutique doit être adaptée leurs caractéristiques propres. Références bibliographiques : E. Bleuler (1911), « Dementia præcox, oder die Gruppe der Schizophrenien», in Aschaffenburg, Hanbuch der Psychiatrie, Leipzig, trad. résumée d'H. Ey, Paris : Analectes, 1964 ; «Dementia præcox» ou Groupe des schizophrénie, Paris, E.P.E.L.-G.R.E.C., 1993. C. Bursztejna, J.-P. Raynaudb, R. Misés, “ Autisme, psychose précoce, troubles envahissants du développement” in Annales Médico-psychologiques, revue psychiatrique, Volume 169, Issue 4, May 2011. L. Kanner (1943), «Les troubles autistiques du contact affectif», trad. fr., Neuropsychiatrie de l'enfance et de l'adolescence, 38e année, n° 1-2, 1990, p. 65-84. P. Mazet, D. Houzel, C. Burzstejn, « Autisme infantile et psychose précoces de l'enfant », Encycl Méd Chir, Psychiatrie, 37-201-G-10, 2000.

Caractères implicites/explicites des duels du quotidien

Charles, Maxime (Aix-marseille université amu).

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Nous étudions ici les duels implicites du quotidien. Il s’agit des situations banales où la présence d’un individu A va entrainer un comportement d’un individu B que ce dernier n’aurait pas réalisé seul (Dahl, 1963). Nos précédents travaux sur ces duels nous ont renseigné que chacun des deux protagonistes va endosser un rôle, celui de Constant ou celui d’Ajusteur.  Le Constant est celui qui adopte un comportement qui aurait été le même sans la présence d’autrui comme occuper l’accoudoir commun. L’Ajusteur réagit en s’adaptant au comportement du constant, il renoncera à l’accoudoir. Les termes choisis de constant et d’ajusteur permettent de faire la différence avec une simple relation de dominé/dominant. Les comportements d’ajustement que nous étudions, sont sans enjeux, ils suivent des automatismes qui échappent à notre conscience (Bargh, 1997) ou des scripts réduisant l’effort cognitif (Schneider, 1995). Nous faisons l’hypothèse que le rôle que va incarner le participant (Constant Vs Ajusteur) aura un impact sur la structure cognitive impliquée dans la formation d’impression (Asch, 1946), ce qui entrainera une perception différente. En rapport à leur degré d’implication (Langer, 1977), les acteurs de duels devraient faire plus de rappels liés à l’influence comparativement à de simples observateurs. La position d’acteur-ajusteur  devrait venir casser la basse tension cognitive du sujet et le poussera à retranscrire plus d’éléments concernant la relation d’influence, comparativement à un participant incarnant ou observant un constant.

Pour expérimenter cela, un texte invitait les participants (N=83 ; M=19,5 ans) à vivre une journée fictive au cours de laquelle ils rencontraient trois duels : prendre versus laisser à l’autre l’accoudoir ; sortir avant versus après l’autre de l’ascenseur ; monter côté passager versus seul à l’arrière d’un véhicule. Les participants sont repartis en quatre groupes, un composé d’ajusteurs qui « subissent » l’influence de l’autre au cours des duels. Un groupe de constants où cette fois-ci le participant influence le comportement de l’autre. Les deux autres groupes incarnent un observateur témoin des comportements soit d’un ajusteur soit d’un constant. Nous mesurons la fréquence d’apparition d’unités significatives se référant aux duels, dans les résumés de texte que les participants ont eu à produire suite à leur lecture.

L’analyse statistique montre une différence entre les ajusteurs et les constants, dans la condition acteur, t(45)=2,84, p<0,01). Les ajusteurs identifient les duels plus souvent (m=6.06) que les constants (m=2.93). Les résultats ont démontré une différence de perception des duels entre les sujets ayant un rôle d’acteur ou d’observateur, t(40)= 2.48, p<0,017. Les observateurs des comportements d’un constant (m= 5,82) identifient plus les duels qui se jouent que les acteurs incarnant un constant…

Ces résultats viennent rejoindre le principe d'économie mentale (Langer): nous faisons appel à des scripts comportementaux (Schank & Abelson, 1977) sans pousser plus loin notre analyse de la situation, lorsque l’on n’a pas eu à subir l’influence de l’autre. Dans le cas contraire nous examinons plus attentivement les interactions rencontrées. Les ajusteurs et surtout les observateurs s’attachent plus fréquemment à la notion de duel que les constants qui font moins part de l’influence qu’ils ont eu sur l’autre. En effet, il peut être socialement inconfortable d’incarner le constant prenant l’accoudoir au détriment de l’autre.

BARGH, J. A. (1997). The automaticity of everyday life. In R. S. Wyer, Jr. (Ed.), The automaticity of everyday life: Advances in social cognition (Vol. 10, pp. 1-61). Mahwah, NJ: Erlbaum.
LANGER, E.J., BLANK, A. & CHANOWITZ, B. (1978). The mindlessness of ostensibility thoughtful action : The role of «placebic» information in interpersonal interaction. Journal of Personality and Social Psychology, 36(6), 635-642.

Âgisme et sexisme en contexte professionnel, entre l'explicite et l'implicite : deux types de discrimination, deux modes d'expression des préjugés.

Faure, Alice (Université de nantes), Ndobo, André (Université de nantes).

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Introduction : Cette recherche se situe dans le cadre de la psychologie sociale des discriminations modernes (Augoustinos, 2009), et s’intéresse aux discriminations sexistes et âgéistes en contexte professionnel. La littérature montre que les femmes et les seniors sont victimes de préjugés et de discriminations à l’embauche ou dans l’accès aux promotions (Derks, Van Laars, Ellemers, & de Groot, 2011 ; Kluge & Krings, 2008). Dans cette étude, il s’agit de comparer les modes d’expressions du sexisme et de l’âgisme. En effet, les dispositifs de régulation du sexisme sont assez anciens, comparativement à ceux concernant l’âgisme : le principe d’égalité sexuelle au travail apparait pour la première fois en 1919. Par contraste, ce n’est qu’en 1988 que l’expression « discrimination sur l’âge » émerge sur la scène médiatique (Caradec, Lefrançois, & Poli, 2009). Au vu de ces différents éléments, on peut considérer que les individus ont davantage intériorisé le principe d’égalité entre les hommes et les femmes que celui entre les différentes catégories d’âge. D’ailleurs, certaines recherches mettent en évidence que les individus n’expriment plus de préjugés sexistes (Foschi & Valenzuela, 2008). Mais, de notre point de vue, cette absence de préjugés sexistes reste superficielle, au regard des recherches sur les discriminations modernes : aujourd’hui, les préjugés s’expriment le plus souvent sous une forme implicite et indirecte, plutôt qu’explicite et directe (Singletary & Hebl, 2009).

Méthode : 140 professionnels du recrutement (62 femmes et 78 hommes) ont participé à cette étude. Après avoir pris connaissance d’une fiche de poste ils devaient évaluer la candidature d’un postulant (Pierre ou Marie ; 27 ou 53 ans). On postule que les participants (professionnels du recrutement), lors d’une procédure de simulation de sélection professionnelle, exprimeront davantage leurs préjugés sexistes de manière implicite (à travers leur discours) plutôt que de façon explicite (à travers un questionnaire). À l’inverse, on supposait que les participants exprimeraient leurs préjugés âgéistes de manière explicite et implicite.

Résultats : les résultats valident globalement les hypothèses. Les biais sexistes n’apparaissent pas de manière explicite, les candidats féminins et masculins étant évalués de manière similaire au niveau de leur recrutabilité. Par contre, ils apparaissent de manière implicite, à travers le discours des recruteurs (plus de doute dans les propos, accent sur les défauts). À l’inverse, les biais âgéistes apparaissent de manière explicite et implicite : les candidats seniors sont moins recrutés que les jeunes candidats. Les préjugés âgéistes sont aussi largement présents dans le discours des recruteurs, ceux-ci exprimant d’ailleurs que l’âge est un facteur déterminant dans le processus de sélection professionnelle.

Discussion : abordée selon la perspective des discriminations modernes, et du mode d’expression des préjugés. La portée pratique de l’étude est évoquée, concernant notamment la sensibilisation des recruteurs face aux préjugés sexistes et âgéistes.

Bibliographie

Augoustinos, M. (2009). Racism(s): One or many? International Journal of Psychology, 44(1), 43-45.

Caradec, V., Lefrançois, C., & Poli, A. (2009). Quand la discrimination et la diversité se déclinent selon l'âge : Emergence, appropriations, ambivalences. Cahiers internationaux de Sociologie, 127, 223-245.

Derks, B., Van Laar, C., Ellemers, N., & de Groot, K. (2011). Gender-bias primes elicit queen-bee responses among senior policewomen. Psychological Science, 22(10), 1243-1249.

Foschi, M., & Valenzuela, J. (2008). Selecting job applicant: Effects from gender, self-presentation, and decision type. Social Science Research, 37, 1022-1038.

Kluge, A., & Krings, F. (2008). Attitudes toward older workers and human resource practices. Swiss Journal of Psychology, 67(1), 61-64.

Singletary, S. L., & Hebl, M. R. (2009). Compensatory strategies for reducing interpersonal discrimination: The effectiveness of aknowledgments, increased positivity, and individuating information. Journal of Applied Psychology, 94(3), 797-805.

Evaluation d’une discrimination religieuse : l’islamophobie

Ameline, Anaïs (Laboratoire de psychologie des pays de la loire (ea 4638)), Roussiau, Nicolas (Laboratoire de psychologie des pays de la loire (ea 4638)), N'dobo, André (Laboratoire de psychologie des pays de la loire (ea 4638)).

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Introduction théorique : La recherche réalisée considère la montée en puissance des discriminations religieuses en fonction de l’appartenance à la catégorie musulmane. Des données empiriques solides ont été collectées sur la discrimination religieuse au travail et sur l’articulation entre l’orientation politique des individus, la croyance religieuse et les préjugés. Mais on dénombre peu de travaux concernant la mesure des discriminations subies en raison de la pratique de l’islam. Ainsi, depuis les attentats du 11 septembre 2001, certains chercheurs sont conduits à s’interroger sur les risques de rejet d’une population en raison de sa croyance religieuse notamment (Kunst, Tajamal, Sam et Ulleberg, 2012).En France, l’exaspération de certains segments de la population se focalise sur des différenciations inter-religieuses et interculturelles et alimente plus ou moins directement la tendance à la stigmatisation de la minorité religieuse musulmane. C’est dans cette perspective qu’il convient de considérer l’échelle élaborée par Lee, Gibbons, Thompson et Timani (2009) qui représente un outil approprié pour mesurer la discrimination en raison de l’appartenance à la catégorie « musulman ». Initialement, l’échelle américaine était composée de 41 items construits sur la base de la psychologie de la peur et d’une littérature sur le sentiment d’islamophobie. Suite à une analyse factorielle exploratoire, les auteurs ont retenu 16 items et deux dimensions ; une affective et comportementale et une cognitive. Les résultats obtenus par les auteurs sont les suivants : des scores d’islamophobie faibles pour les 2 dimensions ainsi que pour l’échelle globale (M = 1.68 ; M = 1.78 ; 1.73) ainsi que des alphas de Cronbach acceptables pour les deux dimensions (α = 0.92 ; α = 0.94).

Hypothèse générale : si les problèmes culturels posés en occident par l’islam sont de même nature que ceux posés aux Etats-Unis, alors les mêmes causes produisant les mêmes effets, on peut s’attendre à retrouver des attitudes similaires. Dans ces conditions, la réplication de l’échelle devrait conduire à observer des propriétés psychométriques équivalentes à celles constatées par les auteurs dans l’étude princeps.

Méthodologie : Cette recherche comporte deux études impliquant respectivement 141 et 185 participants à qui nous avons administré l’échelle d’islamophobie lors d’un cours magistral.

Résultats : Le niveau d’islamophobie des participants est très faible (M = 1.53). Par ailleurs, les analyses factorielles exploratoires et confirmatoires (ex. CFI = 0.95 et TLI = 0.94) ont permis de confirmer le modèle théorique sous-jacent de cette échelle. Les analyses de corrélations ont quant à elle montrée une cohérence interne satisfaisante (α = 0.87 ; α = 0.91 et α = 0.93) et une stabilité temporelle acceptable à huit mois d’intervalle (0.97 ; 0.85 ; 0.95). Ainsi, ces résultats viennent confirmer l’hypothèse générale et vont dans le sens des résultats obtenus par les auteurs dans l’étude princeps.

Discussion : Elle met en avant le caractère encourageant de cette première recherche mais insiste sur la nécessité d’effectuer d’autres analyses statistiques afin de renforcer la validité de cette échelle. De ce fait, une nouvelle étude, réalisée sur une population tout venante, est en cours. La discussion porte aussi sur les implications d’un tel outil afin de mieux appréhender la discrimination religieuse explicite et implicite, notamment dans des contextes sociaux marqués par la promotion de l’égalité intergroupe.

 

 

Bibliographies:

Kunst, J.R., Tajamal, H., Samb, D.L., &Ulleberga, P. (2012).Coping with Islamophobia: The effects of religious stigma on Muslim.International Journal of Intercultural Relations, 36, 518– 532.

Lee, A.S., Gibbons, J.A., Thompson, J.M., & Timani, H.S. (2009). The Islamophobia Scale: instrument development and initial validation. The International Journal for the Psychology of Religion, 19, 92-105.

S’approprier l’écrit en cm2 : diagnostic des compétences et profils sur l’écrit

Majaji, Sara (Lyon 2), Besse, Jean-marie (Lyon 2).

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Introduction

Notre thèse porte sur l’appropriation de l’Écrit (Besse & al., 2004), à entendre comme l’intégration et la (re-)construction active d’éléments en lien avec l’écrit, significatifs pour soi selon son vécu et ses représentations (Ferreiro, 2000). Il s’agit d’une approche dynamique de l’écrit, centrée sur le sujet, son cheminement et ses compétences, en prenant aussi bien en compte des aspects cognitifs que sociaux et affectifs. 5 axes complémentaires permettent de situer le sujet à un moment donné de son rapport à l’écrit, en fonction de ses motivations, pratiques et représentations de la langue, de sa manière de traiter l’écrit et de décrire ses conduites.

Nous nous interrogeons alors sur la façon dont des enfants de CM2 se sont –ou non– approprié l’Écrit et de façon plus générale sur ce qui caractérise un enfant de CM2 dit « en difficulté » sur l’écrit. Face à la disparité des compétences et difficultés manifestées par ces enfants, nous cherchons à dégager des profils (Guérin-Pace, 2010) pour mieux comprendre leur rapport à l’écrit et envisager des pistes de remédiation les plus adaptées à leurs besoins (Majaji & Besse, 2013).

 

Matériel et méthode

40 enfants de 2 classes de CM2 ont été rencontrés individuellement dans le cadre de la passation du Diagnostic des Modes d’Appropriation de l’écrit. Le DMA permet d’explorer les 5 axes du modèle théorique de l’appropriation de l’écrit (Besse & al., 2004). Il se compose de situations d’entretiens et d’activités sur le lire-écrire-parler, élaborées autour de supports non-scolaires, suffisammentfamiliers, adaptés et porteurs de sens pour les enfants rencontrés. Il permet d’aborder l’appropriation sous l’angle des performances (approche quantitative  donnant lieu à des scores répartis selon des niveaux de réussite) mais surtout sous l’angle des compétences (approche qualitative mettant l’accent sur les démarches, les erreurs étant considérées comme des indices du raisonnement des enfants).

Les 2 enseignants ont également répondu à un questionnaire portant sur l’utilisation de l’écrit dans leur classe, leur définition générale d’un enfant en difficulté sur l’écrit en CM2 et leurs estimations par rapport à leurs propres élèves ; leurs réponses sont ensuite croisées avec les résultats obtenus au DMA.

 

Résultats & Discussion

Les données sont traitées à plusieurs niveaux. L’analyse de cas renforce l’idée d’une appropriation de l’écrit et de ses 5 axes propre à chacun (représentation graphique radar). De plus, différents profils apparaissent selon qu’on s’intéresse aux 4 grands domaines abordés dans le DMA-CM2, au détail des 9 activités proposées, ou encore aux 2 épreuves de production écrite à partir d’un type d’erreurs majoritaire commis par les enfants.  Cette notion de profil se vérifie au niveau statistique : la classification ascendante hiérarchique réalisée sur les données propose une typologie en 4 classes que nous chercherons à mieux comprendre.

Les résultats au DMA témoignent ainsi de différences intra- et interindividuelles et indiquent généralement des compétences à l’écrit plus fines que ne l’estiment les enseignants, interrogeant l’outil et le contexte d’évaluation.

À partir de ces résultats, une démarche et des pistes de remédiation, adaptées aux profils et aux enfants, seront préconisées.

 

Références bibliographiques

Besse, J.-M., Luis, M.-H., Paire, K., Petiot-Poirson, K., & Petit Charles, E. (2004). Évaluer les illettrismes : diagnostic des modes d’appropriation de l’écrit. Paris : Retz.

Ferreiro, E. (2000). L’écriture avant la lettre. Paris : Hachette Éducation.

Guérin-Pace, F. (2010). Illettrismes et parcours individuels. Économie et Statistique, 424-425, 49-62.

Majaji, S., & Besse, J.-M. (2013). Rapport(s) à l’Écrit et profils de jeunes adultes scolarisés repérés en grande difficulté sur l’écrit : approche qualitative exploratoire. In P.-Y. Gilles & M. Carlier (Éds.), Vive(nt) les différences. Psychologie différentielle fondamentale et applications. Aix en Provence : PUP.

L’attention conjointe, vecteur d'intentionnalité chez les enfants de 6 à 18 mois.

Aubineau, Louise-hélèna (Université de picardie jules verne, crp-cpo, ea 7273), Le driant, Barbara (Université de picardie jules verne,crp-cpo, ea 7273), Vandromme, Luc (Université de picardie jules verne, crp-cpo, ea 7273).

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Dès le début de la vie, le bébé est capable de partager de l'information avec ses partenaires à l'aide du regard. Ce regard mutuel est la première forme d'attention visuelle partagée, qui en association avec d'autres comportements tels que les sourires, les gestes ou encore les vocalises, crée le premier espace déictique. Au cours des premières semaines de vie, cet échange se complexifie pour devenir une attention visuelle conjointe où l'adulte et l'enfant regardent ensemble un troisième sujet d'intérêt. Cette compétence tient une place particulièrement importante dans la construction d’un premier espace de rencontre entre sujets, nécessaire à toute communication. Elle détermine dès l’enfance les compétences à échanger avec les autres, à se décentrer, et plus largement à vivre en société.

L'objectif de notre recherche est d'étudier le développement, entre 6 et 18 mois, de la compréhension de la nature intentionnelle des échanges visuels par l'enfant normo-typique. Plus particulièrement, nous émettons l'hypothèse que c'est au cours des épisodes d'attention conjointe, que le jeune enfant comprend que la ligne du regard est porteuse d’intentions. Pour cela, nous utilisons le paradigme des barrières, développé par Caron et al. en 2000 et remanié par Moll & Tomasello en 2004.

Méthode :

Dans ce protocole, l’enfant est assis sur les genoux d’un adulte  face à l’expérimentateur. Une table les sépare d’un mètre environ, sur laquelle est posée, à 15 cm de part et d’autre de la ligne médiane, deux objets standardisés de couleur unie. L’expérimentateur regarde l’enfant et établit le contact visuel. Puis il regarde l’un des objets en disant « whaou, tu as vu le jouet ?». L’expérimentateur garde le regard sur l’objet pendant 5 secondes sans parler ni bouger mais avec une expression bienveillante, puis revient en position initiale, en contact visuel avec l’enfant. Le paradigme comporte des conditions obstruant ou non la vision de l'objet par l'expérimentateur (sans écran, avec écran transparent et avec écran opaque). Ceci permettant d'évaluer si l'enfant comprend ou non le mécanisme du regard.

Résultats :

Nos résultats obtenus auprès de 25 participants montrent une augmentation du nombre d’épisode d’attention conjointe ainsi que de leur durée entre 6 et 18 mois. La présence d’un écran opaque obstruant la vision de l’objet, entraîne une diminution du nombre d’épisode d’attention conjointe et ce quel que soit l’âge de l’enfant.

L’âge de 12 mois semble marquer une rupture dans l’évolution des épisodes d’attention conjointe en fonction de la nature de l’écran. En effet, entre 6 et 12 mois on remarque un profile similaire de temps d’attention conjointe entre les écrans opaques et translucides. Alors qu’entre 12 et 18 mois, c’est entre la condition écran translucide et sans écran, que l’on note un profile similaire.

Discussion :

Ce protocole était initialement utilisé pour comparer des enfants de 14 mois vs 18 mois (Butler, Caron, & Brooks, 2000) pour comprendre la nature intentionnelle du regard, puis pour les enfant de 12 à 18 mois avec Moll et Tomasello (2004). Nos résultats vont dans le sens des travaux antérieurs et ajoutent un volet d’observations avant 12 mois. Ainsi, dans le processus développemental de 6 à 18 mois, cette étude met en lumière une rupture comportementale à 12 mois dont la nature reste à préciser.

Bibliographie.

Butler, S. C., Caron, A. J., & Brooks, R. (2000). Infant Understanding of the Referential Nature of Looking. Journal of Cognition and Development, 1(4), 359–377. doi:10.1207/S15327647JCD0104_01

Moll, H., & Tomasello, M. (2004). 12- and 18-month-old infants follow gaze to spaces behind barriers. Developmental Science, 7(1), F1–F9. doi:10.1111/j.1467-7687.2004.00315.x

 

Le raisonnement propositionnel dans la conversation chez l’enfant d’âge scolaire

Aubry, Alexandre (Atilf, umr 7118, cnrs/université de lorraine), Touchet, Claire (Université de picardie jules verne), BocÉrÉan, Christine (Atilf, umr 7118, cnrs/université de lorraine).

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Le raisonnement est une activité mentale qui permet à l’individu de s’adapter et d’agir sur le monde qui l’entoure. Cette activité mentale utilise un ensemble d’affirmations, ou prémisses, qui sont des informations issues de l’observation d’une situation, permettant d’aboutir ou d’évaluer la justesse d’une affirmation appelée conclusion.

Le raisonnement chez l’enfant a été très étudié en psychologie cognitive. Cependant, peu d’études se sont focalisées sur le raisonnement impliqué en situation de conversation chez l’enfant. En ce sens, les tests habituels ne prennent que rarement en compte le contexte situationnel de l’interlocution (Van der Henst, 2002). L’originalité de cette étude préliminaire est d’analyser l’influence des facteurs pragmatiques sur le raisonnement dans la conversation chez l’enfant. Tout échange conversationnel entre un locuteur et un destinataire suppose un minimum d'effort coopératif (Grice, 1975). Ainsi les interlocuteurs co-construisent le contexte leur permettant de sélectionner certaines informations afin d’atteindre la pertinence optimale (Sperber & Wilson, 1989).

L’objet de cette recherche préliminaire est de déterminer les différents types d’efforts de traitement cognitif pour obtenir les effets contextuels les plus pertinents pour l’enfant. En outre, peu d’études ont tenté, comme la nôtre, de repérer ce rapport bénéfice/coût dans le raisonnement et dans une perspective développementale.

Pour susciter des échanges conversationnels les plus naturels possible avec des enfants, nous avons utilisé le protocole ELFIE qui consiste en une discussion entre un adulte et deux enfants autour d’une histoire à portée philosophique. Les enfants étaient scolarisés dans des classes de CP au CM2 de 4 écoles différentes et étaient âgés de 6 à 12 ans. Au total, 64 entretiens ont été enregistrés et retranscrits avec un logiciel alignant texte et son.

La sélection des corpus s’est opérée dès qu’un raisonnement de type «si… alors» était repéré par la logique propositionnelle. En effet, ce type de raisonnement, dit propositionnel, était matérialisé soit de manière explicite grâce aux connecteurs logiques («si»), soit de manière implicite grâce aux connecteurs non logiques («mais», «parce que»), ou encore lorsque les énoncés comportaient des fonctions argumentatives de justification ou de causalité. Puis, nous avons fait une distinction entre l’effet contextuel et l’effort cognitif employés : plus on produit d’effet avec le moindre d’effort, plus le degré de pertinence est élevé (Sperber & Wilson, 1989). Nous avons ensuite analysé les règles inférentielles issues de la Logique Mentale (Braine & O'Brien, 1998) utilisées par les enfants.

En résumé, l’analyse par la logique propositionnelle des différents corpus a montré que les enfants utilisaient préférentiellement des schémas inférentiels selon le type d’effets contextuels escomptés. Nous avons observé que les élèves de CP produisent préférentiellement un effet contextuel de type création d’hypothèses (50% des cas), les élèves de CE1 utilisent plus le renforcement d'hypothèses comme effet contextuel (50% des cas) alors que les élèves de CM1 ont tendance à ne pas privilégier le type d’effet contextuel : la création d’hypothèses (33% des cas), le renforcement d’hypothèses (44% des cas) et l’élimination d’hypothèses (37% des cas).

Il serait intéressant d’opérer sur une population plus importante afin d'obtenir des résultats statistiquement plus forts.

Braine, M. D. S., & O'Brien, D. P. (1998). Mental Logic. Routledge.

Grice, P. H. (1975). Logic and Conversation. In P. Cole & J. L. Morgan (Eds.), Syntax and Semantics : Speech Acts (Academic Press. Vol. 3, pp. 113–128). New York.

Sperber, D., & Wilson, D. (1989). La pertinence. Les Editions de Minuit.

Van der Henst, J.-B. (2002). La Perspective Pragmatique Dans L'étude Du Raisonnement Et De La Rationalité. L'année psychologique, 102(1), 65–108. doi:10.3406/psy.2002.29583

La compréhension des émotions, un pré-requis au dessin expressif ?

Vendeville, Nathalie (Université montpellier 3 (epsylon)), Brechet, Claire (Université montpellier 3 (epsylon)), Blanc, Nathalie (Université montpellier 3 (epsylon)).

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Notre étude a pour but d’observer le développement de la compréhension et du marquage graphique des émotions chez l’enfant, suite à l’écoute d’une histoire. Cette recherche s’appuie donc sur deux grands domaines d’investigation du développement de l’enfant, l’un relatif à sa capacité à se représenter les informations émotionnelles présentes dans un récit (Blanc, 2010), l’autre centré sur sa capacité à dessiner de manière expressive (Brechet, Picard & Baldy, 2007). La question soulevée au regard de ces deux domaines est de savoir si la compréhension des émotions suggérées par une histoire est un pré requis à leur marquage graphique, sachant que le genre de l’enfant et l’importance de l’évènement déclencheur de l’émotion gagnent à être considérés dans ce type d’études.

Pour les besoins de notre étude, nous avons sélectionné trois histoires du Petit Nicolas qui ont pour avantage d’être semblables en termes de longueur, de niveau de vocabulaire, de syntaxe et de nombre de personnages auxquels l’histoire fait référence. Pour chaque histoire, nous avons sélectionné deux passages cibles pour lesquels un des personnages était supposé ressentir une émotion sans qu’elle ne soit explicitement mentionnée. Nous avons également créé des modèles de dessins à compléter représentant chacun des personnages de l’histoire (le petit Nicolas, Alceste, le papa de Nicolas). Précisons que pour le visage du personnage, seuls les contours étaient dessinés de sorte que les enfants puissent le compléter. Enfin, nous avons utilisé trois smileys représentant la tristesse, la colère et la peur, ainsi que le symbole « ϕ » pour « autres » afin que les enfants puissent, en plus du marquage des émotions dans le dessin, signifier ultérieurement l’émotion représentée par l’attribution d’un des trois smileys fournis.

Nous avons interrogé des enfants âgés de 6 à 10 ans (N=354) scolarisés en primaire. Les enfants devaient écouter une histoire, sachant qu’elle serait interrompue à deux reprises. À chaque interruption, les enfants devaient compléter le visage du personnage compte tenu de la situation évoquée. Au terme du récit, la tâche d’attribution leur était proposée : les enfants devaient préciser, via l’un des smileys, l’émotion qu’ils avaient voulu marquer dans leur dessin. Pour chaque classe, trois sessions expérimentales ont été nécessaires, une seule histoire étant présentée par session. Au total, 2124 dessins ont été recueillis (6 dessins par enfant, 2 pour chaque émotion) et codés par trois juges adultes non informés des buts de l'étude.

Les résultats révèlent un effet principal de l’âge: le nombre d’attributions correctes ainsi que le nombre de dessins expressifs produits augmentent progressivement entre 6 ans et 10 ans. Toutefois, le nombre d’attributions correctes est, le plus souvent, supérieur au nombre de dessins expressifs produits. Ces résultats varient cependant suivant l’émotion considérée et le degré d’importance de l’évènement déclencheur. Outre ces résultats conformes à la littérature de référence, on observe que, lorsque les enfants ont commis des erreurs, ils ont été influencés par leur genre et les règles sociales d’expressivité des émotions : les garçons ont davantage attribué la colère à la place de la tristesse et de la peur par rapport aux filles, ces dernières ayant davantage attribué la tristesse à la place de la peur par rapport aux  garçons. Cette recherche contribue ainsi à la réflexion engagée sur la capacité à dessiner de manière expressive entre 6 et 10 ans, sachant que la compréhension des émotions suggérées par l'histoire et le genre des enfants sont deux facteurs à considérer.

Blanc, N. (2010). La compréhension de contes entre 5 et 7 ans : Quelle représentation des informations émotionnelles? Canadian Journal of Experimental Psychology64(4), 256-265.

Brechet, C., Picard, D. & Baldy, R. (2007). Expression des émotions dans le dessin d’un homme chez l’enfant de 5 à 11 ans. Canadian Journal of Experimental Psychology61(2), 142-153.


Mercredi, 16h, Grand Amphi.

Conférence : Joël Swendsen : L'apport des technologies mobiles pour la recherche et la prise en charge psychologique"


Jeudi, 08h30, AR51.

Session thématique : Neuropsychologie

Résultats au wisc iv et au cbcl chez l’enfant porteur d’un trouble neurodéveloppemental isolé ou comorbide

Biotteau, Maëlle (Inserm u825), Albaret, Jean-michel (Prissmh—ea 4561), Chaix, Yves (Inserm u825).

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Introduction : Plusieurs études soulignent la fréquence élevée des associations comorbides dans les troubles neurodéveloppementaux et leurs répercussions sur les compétences cognitives et scolaires de ces enfants (Kaplan et al., 1998 ; Nicolson & Fawcett, 2007). Parmi ceux-ci, la dyslexie développementale (DD) concerne 5 à 10 % des enfants d’âge scolaire et le trouble d’acquisition de la coordination (TAC) 5 à 6 %. L’association des deux troubles peut aller jusqu’à 60 %, en lien avec des capacités attentionnelles diminuées (Chaix et al., 2007). Pour autant, cette co-occurence impacte-t-elle les capacités intellectuelles (WISC-IV) ou la psychopathologie (CBCL) ? La réponse à une telle question a des implications théoriques sur les mécanismes neuropsychologiques communs engagés et pratiques sur la nécessité d’une analyse sémiologique étendue.

Matériel et méthode : Nous avons comparé les résultats aux tests neuropsychologiques (WISC-IV ; CPT-II - attention soutenue ; CBCL, version parents) de 65 enfants (21♀-44♂) de 8 à 12 ans répartis en trois catégories : 20 DD (8♀-12♂), 22 TAC (6♀-16♂), 23 DD+TAC (7♀-16♂). En accord avec les critères du DSM-IV-TR, le diagnostic de TAC est établi sur les résultats au M-ABC et celui de DD sur les résultats à l’Alouette et à l’ODEDYS-2. Sont exclus les enfants avec pathologie neurologique ou psychiatrique, Trouble Spécifique du Langage, TDAH ou retard mental.

Résultats : Après vérification des conditions d’application (test de Levene), les ANOVAS ne montrent des différences significatives au WISC-IV qu’entre les groupes DD et TAC en faveur des DD : Cubes (F(2, 64)=4.73; p = .012), Symboles (F(2, 64)=4.63; p=.013) et IVT (F(2, 64)=4.10; p=.021) avec des tailles de l’effet fortes (d de Cohen ≥ 0.8). On ne trouve aucune différence significative entre ces deux groupes et le groupe comorbide. Au CBCL et au CPT, aucune différence significative n’est trouvée entre les groupes.

Discussion : Les différences significatives entre les enfants atteints d’un TAC ou d’une DD s’expliquent par les difficultés connues des TAC dans le traitement visuo-spatial (Wilson et McKenzie, 1998). L’existence de corrélations entre ces indices et les résultats au M-ABC vont dans ce sens. Les résultats ne montrent pas de différence significative entre le groupe comorbide et les deux autres groupes, ce qui implique que la comorbidité ne provoque pas un écrasement des capacités intellectuelles. Ces enfants se positionnent en position intermédiaire, semblant compenser les atteintes provoquées par un des troubles par les forces de l’autre trouble. Le pourcentage d’enfants ayant un score pathologique au CBCL est très élevé dans les trois groupes mais l’association des troubles ne constitue pas un facteur aggravant. Dans la lignée des réflexions de Kaplan et al. (2001), ces résultats indiquent que le diagnostic multiple n’a pas comme conséquence inéluctable un cumul des déficits cognitifs et psychopathologiques contrairement à ce que familles et praticiens pourraient penser. La prise en compte des forces et faiblesses des enfants avec troubles neurodéveloppementaux est essentielle pour limiter les conséquences néfastes en terme d’estime de soi et de troubles internalisés.

Bibliographie

Chaix, Y., et al. (2007). Motor impairment in dyslexia: The influence of attention disorders. Eur J Paediatr Neuro, 11, 368-74.

Kaplan, B. J., et al. (2001). The term comorbidity is of questionable value in reference to developmental disorders: data and theory. J Learn Disabil, 34, 555-65.

Kaplan, B. J., et al. (1998). DCD may not be a discrete disorder. Hum Mov Sci, 17, 471-90.

Nicolson, R. I., & Fawcett, A. J. (2007). Procedural learning difficulties: reuniting the developmental disorders? Trends Neurosci, 30, 135-41.

Wilson, P. H., & McKenzie, B. E. (1998). Information processing deficits associated with Developmental Coordination Disorder: A meta-analysis of research findings. J Child Psychol Psychiatry, 39, 829-40.

Ressources attentionnelles et inhibition chez l’adulte avec trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (tdah)

Michael, George (Université lyon 2, institut de psychologie, dpt psychologie cognitive & neuropsychologie, lab emc), Chastaing, Valérie (Université lyon 2, institut de psychologie, dpt psychologie cognitive & neuropsychologie, lab emc), Truche, Anne (Clyress val rosay, st didier au mont d'or), Philippe, Neuschwander (Groupement hospitalier est, hôpital pierre wertheimer, bron).

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Introduction

Le TDAH est l’une des causes principales de retards scolaires et de comportements sociaux difficilement acceptables. Les études sur les troubles de l’attention à l’âge adulte sont peu fréquentes. Il est actuellement difficile de savoir si la capacité relativement intacte à diviser l’attention et le déficit d’inhibition rapportés souvent chez l’enfant (Qian et al., 2013 ; Sergeant, 2000) persistent chez l’adulte, et si le sexe joue un rôle. L’objectif de cette étude était donc d’investiguer l’éventuelle persistance de tels déficits chez les femmes et hommes adultes avec TDAH, et d’explorer l’état des liens entre allocation des ressources attentionnelles et inhibition.

 

Matériel & Méthodes

25 patients diagnostiqués avec TDAH (11F/14H ; 34.4±2.1 ans) et 25 sujets sains appariés (10F/15H ; 34.6±2.9 ans) ont participé à cette expérience. Les deux groupes avaient un niveau d'études équivalent. La tâche visuelle consistait à porter un jugement sur une cible  présentée parmi 6 ou 10 items. Pour faciliter sa recherche, elle était placée dans un losange saillant. Deux conditions ont été testées: (a) dans la condition de base, aucun événement particulier ne survenait ; (b) dans la condition distracteur, un autre item du dispositif était placé dans un cercle afin de le rendre saillant et de détourner l’attention de la cible. Les sujets avaient reçu comme instruction d’éviter cet item et, donc, de mettre en œuvre les processus inhibiteurs. Parallèlement, une tâche de filature auditive était réalisée pendant laquelle les sujets devaient détecter 0, 1 ou 3 cibles prédéterminées.

 

Résultats

Tâche visuelle : Une ANOVA a été menée sur les TR et les BR avec le groupe (contrôles vs. TDAH) et le sexe (hommes vs. femmes) comme facteurs inter, la difficulté de la tâche auditive concurrente (0, 1 ou 3 cibles) et la condition (absence vs. présence d'un distracteur visuel) comme facteurs intra. Dans l'analyse des TR, le facteur groupe n’a pas interagi avec la difficulté de la tâche auditive (P>0.54), mais il a interagi avec la condition (P<0.05). La présence d’un distracteur a affecté plus les performances des patients (effet : 196ms) que celle des contrôles (158ms). L’interaction groupe X sexe X condition s’est avérée significative (P<0.02). L’effet du distracteur était similaire chez les femmes et hommes du groupe contrôle, et chez les hommes avec TDAH, mais plus grand chez les femmes avec TDAH. Les BR n’ont révélé rien de particulier.

 

Tâche auditive: L'indice d' et C de la détection du signal ont été calculés et soumis séparément à une ANOVA avec le groupe (contrôles vs. TDAH) et le sexe (hommes vs. femmes) comme facteurs inter, et la difficulté de la tâche (1 ou 3 cibles) comme facteur a été menée. Pour le d’, seul l’effet de la difficulté s’est avéré significatif (P<0.01). Pour le C, l’interaction groupe X difficulté fut significative (P<0.01). Seuls les patients ont adopté un critère sévère (i.e., ont répondu que la cible était absente) lorsqu’ils devaient détecter 3 cibles auditives.

 

Discussion

Cette étude confirme la présence d’un déficit d’inhibition chez les TDAH adultes, mais ceci ne semble concerner que les femmes. Ce résultat est nouveau. Une toute autre image émerge en ce qui concerne l’attention divisée. Prise indépendamment du sexe et de la condiiton de distraction, la performance (TR et BR) des patients ne diffère pas de celle des contrôles dans la tâche visuelle, mais elle diffère dans la tâche auditive. Ceci suggère que les patients privilégient la tâche visuelle au détriment de l’auditive et, donc, il s’agit d’un problème de répartition des ressources (Roberts et al., 2012). Cependant, le retrait des ressources de la tâche auditive n’affecte pas la détectabilité des cibles mais la stratégie de réponse.

 

Références

 

Qian Y. et al. (2013). Res Dev Disabil., 34, 1434-1445.

Roberts et al. (2012). Neuropsychol., 26, 695-703.

Sergeant j. (2000). Neurosci Biobehav Rev., 24, 7-12.

L'imagerie motrice chez des adolescents paralysés cérébraux

Guilbert, Jessica (Laboratoire palm, ea 4649, université de caen basse-normandie), Jouen, François (Chart, ea 4004, ephe-paris), Molina, Michèle (Laboratoire palm, ea 4649, université de caen basse-normandie).

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Introduction

L’imagerie motrice correspond à la capacité à générer une image de soi en action au cours de laquelle les conséquences kinesthésiques de l’action sont évoquées en dehors de son exécution réelle (Jeannerod, 1994). Mutsaarts, Steenbergen et Bekkering (2007) ont révélé, à partir d’une tâche de rotation mentale, que la capacité à simuler mentalement des mouvements de la main est préservée chez des adolescents présentant une paralysie cérébrale (CP) avec une atteinte hémiplégique gauche tandis qu’elle est altérée chez des adolescents CP avec une atteinte hémiplégique droite. L’objectif de cette recherche consiste à déterminer si des adolescents CP peuvent utiliser l’imagerie motrice dans une situation qui mobilise l’ensemble du corps. Il s’agit d’étudier si les caractéristiques temporelles du mouvement pensé reproduisent celles du mouvement agi. Pour ce faire, nous avons proposé à trois groupes d’adolescents CP spastique (11 quadriplégiques (Q), 14 diplégiques (D) et 11 hémiplégiques droits (H)) le paradigme de chronométrie mentale, qui permet de comparer le temps nécessaire pour exécuter une action au temps nécessaire pour l'imaginer. La tâche des participants consistait à se déplacer et à s’imaginer se déplacer sur deux distances différentes. Si les participants sont en mesure d’utiliser l’imagerie motrice, alors nous devrions observer une invariance temporelle entre le temps de mouvement simulé et le temps de mouvement réel, quelle que soit la distance à parcourir.

Méthode

La tâche des participants consistait à se déplacer réellement (condition réelle) et à s’imaginer se déplacer (condition imaginée) à un rythme régulier sur deux distance (4m et 8m). Tous les participants commençaient par la condition imaginée, puis par la condition réelle, suivie une nouvelle fois de la condition imaginée. L’ordre de présentation des distances était contrebalancé parmi les sujets.

Résultats

Afin d’évaluer l’invariance temporelle, une analyse des corrélations entre le temps de déplacement exécuté et le temps de déplacement imaginé a été réalisée. Cette analyse révèle que la corrélation est significative pour chaque groupe de participants, aussi bien lorsqu’ils réalisaient la condition imaginée avant la condition réelle (Q: R2=.3, p<.01 ; D: R2=.25, p<.01 ; H: R2=.25, p<.05) que lorsqu’ils réalisaient la condition réelle avant la condition imaginée (Q: R2=.43, p<.00 ; D: R2=.3, p<.01 ; H: R2=.37, p<.01).

Afin d’évaluer dans quelle mesure les participants utilisent avec précision l’imagerie motrice, nous avons calculé pour chaque participant un ratio E/I entre le temps de déplacement exécuté et le temps de déplacement imaginé, sur chacune des distances. Plus ce ratio est proche de 1 plus il indique une étroite similarité entre les temps de mouvement réel et imaginé. Les résultats ne révèlent pas d’effet de l’atteinte, ni d’effet de la distance quel que soit l’ordre de présentation des conditions (imaginée avant réelle et réelle avant imaginé).

Discussion

Les résultats de notre recherche révèlent l’existence d’une invariance temporelle entre les temps de déplacement réel et imaginé pour les trois groupes de participants. Des adolescents CP peuvent donc utiliser l’imagerie motrice dans une situation qui implique l’ensemble du corps. Dans notre recherche, les participants devaient simuler une action qu’ils expérimentent quotidiennement (un déplacement), ce qui pourrait expliquer la différence observée avec l’étude de Mutsaarts et al. (2007) concernant le groupe de participants hémiplégiques. Enfin, nos résultats permettent d’envisager la possibilité d’utiliser l’imagerie motrice comme un outil de rééducation potentiel chez des enfants et adolescents CP.  

Bibliographie

Jeannerod, M. (1994). The representing brain: Neural correlates of motor intention and imagery. Behavioral and Brain Sciences, 17(2), 187-202.

Mutsaarts, M., Steenbergen, B., & Bekkering, H. (2007). Impaired motor imagery in right hemiparetic cerebral palsy. Neuropsychologia, 45(4).

La mémoire dans le syndrome de stress post traumatique. aspects théoriques

Godard, Rebecca (Université de lorraine), Tarquinio, Cyril (Université de lorraine), Barcenilla, Javier (Université de lorraine), Duvillard, Emilie (Université de lorraine).

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Dans cette revue de question, au travers de la présentation de plusieurs études nous cherchons à identifier les altérations de la mémoire observées dans la symptomatologie post traumatique ainsi que les répercutions qu’elles entrainent sur l’individu lors des manifestations dissociatives(Krans, Näring, Holmes, & Becker, 2009, 2010; Moradi et al., 2008; Rubin, Boals, & Berntsen, 2008). Dans l’état de stress post traumatique (ESPT) ce sont ces intrusions qui révèlent une altération de la mémoire. Dans le DSM-V, on observe l’apparition du terme « dissociation » au sein du critère B suggéré auparavant mais non nommé. Dans l’ESPT, les altérations de la mémoire touchent principalement la mémoire autobiographique (Conway & Pleydell-pearce, 2000) et ces altérations se caractérise par une élaboration et une contextualisation pauvre de l’évènement, une mémoire associative forte ainsi qu’une association perceptive importante. Ce qui distingue les intrusions traumatiques des autres souvenirs de la mémoire autobiographique, c’est le fait qu’elles se situent dans « l’ici et maintenant ». Dans les suites d’une exposition, l’ampleur de ce sentiment que l’événement «est encore présent» est un bon indicateur du développement d’un ESPT chronique (Ehlers & Clarke, 2000; Grey & Holmes, 2008; Hackmann, Ehlers, Speckens, & Clark, 2004). Le paradoxe de ces altérations mnésiques est que d’un côté, les personnes ayant vécu un événement traumatique ont beaucoup de mal à récupérer volontairement l’ensemble des éléments constituants le traumatisme, et d’un autre côté, ce sont des images et détails persistent qui sous-tendent les phénomènes de reviviscences. Les intrusions sont des rappels involontaires et le contenu émotionnel de ces intrusions est très fort. On note la coexistence de phénomènes d’hypermnésies et d’épisodes d’amnésies relatives à un ou plusieurs aspects du traumatisme (Tapia, Clarys, Isingrini, & El-Hage, 2007). Selon Ehlers et Clark (2000) l’altération de la mémoire autobiographique se caractérise également par le manque de conscience de l’individu au moment du rappel du souvenir. Les personnes souffrant d’un ESPT présentent un déficit de la conscience autonoétique (remémoration consciente des souvenirs) associé à la mémoire explicite (Tapia et al., 2007). La mémoire du traumatisme est intégrée de manière inadéquate aux contextes, aux temps et aux lieux englobant l’information. La non contextualisation dans le temps de l’événement provoque une perception de menace actuelle et l’absence de lien et de considération pour les informations ultérieures au traumatisme. Dans la littérature, on trouve les appellations suivantes pour caractériser ces phénomènes dissociatifs: «intrusions», «flashbacks», «reviviscences», «hotspots». Il s’agit de concepts différents caractérisants des entités différentes. Il est important de pouvoir les distinguer. Leurs différences se portent à la fois sur la nature, le contenu, et les éprouvés présents au moment de l’épisode dissociatif (Deeprose, Zhang, Dejong, Dalgleish, & Holmes, 2011; Ehlers & Clarke, 2000; Grey & Holmes, 2008; Hackmann, Ehlers, Speckens, & Clark, 2004; Hackmann & Holmes, 2004; Holmes, Grey, & Young, 2005; Holmes, 2004; Tapia, Clarys, Isingrini, & El-Hage, 2007). Les évaluations négatives des évènements faites par les individus les poussent à utiliser des stratégies adaptatives dysfonctionnelles qui ne font qu’augmenter et renforcer les symptômes d’ESPT.


Jeudi, 08h30, Amphi Fugier.

Session thématique : Psychologie Clinique

Traumatisme et violence familiale

Attard, Céline (Université de corse), Pedinielli, Jean-louis (Université de provence).

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Cette étude cherche à déveloper une visée théorique et thérapeutique de la prise en charge des situations de violences familiales.

Elle délcine ainsi l’expression traumatique de la violence au sein de la relation mère/enfant et  ses répercussions sur le développement de l’enfant. Au sein de configurations familiales marquées par la négligence, la carence et la tyrannie du lien, elle envisage une approche économique et dynamique de l'agir, considéré à la fois comme processus de décharge et comme porteur d’un sens psychique qui vient signifier un traumatisme initial dont le sens métaphorique est brouillé. (Penot, 2002. Berger, 2003; Balier, 2005).

 

Matériel et Méthode

 

Cette recherche s’est déroulée dans un Centre Maternel à partir de quatre dyades mère/enfant, admises dans le cadre d'une alternative au placement.

Cette recherche qualitative s'appuie sur 2 hypothèses opérationnelles: 

 

Þ   Dans le rapport à la réalité et dans le rapport à l'objet, l'usage répété de l'agir par la mère traduit un vécu traumatique qui figure d'un réel non symbolisé et qui désorganise les interractions mère/enfants.

Þ   La répétition d’activités autosensuelles et le maintien d’une position d’omnipotence traduisent les manifestations d’un trauma chez l’enfant.  

 

Concernant la mère, nous avons procédé à une analyse de contenu.

Concernant les interactions mère/enfant, nous avons procédé à une analyse comportementale et à une étude psychodynamique.

Concernant l’enfant, nous avons procédé à une analyse comportementale.

 

Résultats et interprétations des résultats :

Au niveau de la mère, nous retrouvons une difficulté à se voir et à se représenter elles-mêmes, leurs familles, leurs enfants et par là même certaines composantes de la réalité, comme objets différenciés (Bokanowski, 2006). Cette absence de soi contribue, par le discours et par les actes, à situer le conflit spécifiquement au regard de la réalité, soulignant la relation entre pauvreté symbolique, primat du perceptif et richesse de la réalité externe. Cette relation a pour effet de nuire à la dimension imaginaire et fantasmatique du sujet, à l’endroit même où le réel se présente, en tant que non symbolisé (Roussillon, 1999).

Au niveau de l’enfant, nous notons une absence significative du jeu avec les pairs et avec l’adulte. Parallèlement, face à l’absence de l’objet, le vécu s’assimile a une perte brutale où l’enfant est propulsé dans le registre des défenses autosensuelles (Mahler, 1972; Golse, 1999).

Nous repérons chez l’enfant une difficulté à supporter l’absence et à construire la question de la perte. Le risque se situe d’une part, dans l’installation d’un enfermement défensif au sein du monde sensoriel, considéré comme plus satisfaisant que le monde environnant, et d'autre part, au niveau de l’évolution de cette défense vers un recours à l’agir compulsif, soumis à la recherche d’excitations (Mises, 1990). 

Conclusion

Les résultats nous conduisent à prévenir du risque que l'institution se centre sur le réel, en faillite elle-même de symbolisation, et qu'elle propose à l'enfant, désorganisé par la question de la perte, des séparations et des ruptures brutales. Cette étude envisage ainsi la résonnance de la violence familiale sur les pratiques institutionnelles qui courent le risque de se teinter de violence. 

 

Bibliographie :

  1. Berger, M. (1992). Violence et échec de l’emprise. Dialogue, 3, 117, p. 3-
  2.  Berger, M. (2003). L’échec de la protection de l’enfance. Paris : Dunod, 2004.
  3. Bokanowski, T. (2002). Traumatisme, traumatique et trauma. Revue française de psychanalyse, 3, 66, p. 745-757.
  4. Mises, R. (1990).  La pathologie limite de l’enfance. Paris : Dunod.
  5. Mahler, M. (1970). Psychose infantile. Paris : Payo
  6. Penot, B. (2002). Agir au service du processus de subjectivation. Revue française de psychanalyse, 5, 66, p. 1603-1611.
  7. Roussillon, R. (1999). Agonie, clivage et symbolisation. Paris: Presses Universitaires de France. 
  8. Golse,B.(1999).Du corps à la penséeParis: Dunod.

 

Mots clés :

Traumatisme – Violence – Maltraitance familiale – Agir – Trauma – Vécu traumatique  

 

Les psychothérapies de groupe pour les auteurs d’infractions sexuelles : recherche sur l’efficience et les processus thérapeutiques

Perrot, Marion (Lppm université de bourgogne), Chahraoui, Khadija (Lppm université de bourgogne).

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Introduction

Alors que de nombreux thérapeutes estiment que le groupe est une modalité privilégiée de prise en charge des auteurs d'infractions sexuelles, les chercheurs se sont encore peu intéressés à l'efficience de ce type de thérapie. Ainsi, notre recherche a pour objectif d'évaluer l'évolution du fonctionnement psychique d’auteurs d’infractions sexuelles après deux ans de psychothérapie de groupe et de cerner certains des processus thérapeutiques en jeu.

Méthodologie

Le choix méthodologique pour cette étude exploratoire a été de croiser l’évaluation des patients, des thérapeutes et du chercheur sur la base d’un test-retest. Au regard de la littérature scientifique sur les auteurs de violences sexuelles ainsi que sur l’évaluation des psychothérapies, nous avons choisi d’évaluer certaines dimensions concernant d’une part le fonctionnement psychique des patients (profil de personnalité, caractéristiques psychopathologiques, psycho-criminologiques et psycho-sexologiques, fonctionnement défensif, profil d’attachement narratif) et d’autre part les processus thérapeutiques (alliance thérapeutique, contre-transfert et relation psychothérapeutique).

Vingt-huit hommes majeurs ont participé à la première phase et dix-sept ont effectué le retest. Ils ont été condamnés ou mis en examen pour des infractions sexuelles de différentes natures et reconnaissent au moins en partie les faits. Tous bénéficient d'une prise en charge dans un des cinq groupes sollicités et sont volontaires pour participer à une recherche sur les psychothérapies de groupe dans le cadre d’une thèse de psychologie.

Résultats

Les premiers résultats statistiques montrent un développement des capacités d'insight à la grille clinique d'évaluation remplie par les thérapeutes, une meilleure perception de la réalité d’après le Rorschach et un réaménagement défensif mesuré par le DSQ-60. Alors que les analyses statistiques indiquent une assez grande stabilité entre T1 et T2, l'approche qualitative, à travers des études de cas, révèle la complexité de la clinique des auteurs d'infractions sexuelles. En effet, il apparait que les changements s'opèrent chez les patients de manière variable. Pour certains patients, l'évolution mise en lumière peut porter par exemple sur une meilleure connaissance d'eux-mêmes, une compréhension plus approfondie de leur passage à l'acte, des relations aux autres plus épanouissantes ou encore sur le développement de leur capacité de mentalisation.   

Discussion

Cette recherche montre l’intérêt d’une évaluation approfondie pour mettre en évidence l’évolution d’auteurs d’infractions sexuelles en thérapie de groupe. Cette recherche exploratoire pose les bases d'une réflexion qui devra porter sur un nombre plus important de patients afin d'approfondir les résultats.

Bibliographie

- Ciavaldini A., & Bouchard M. (2004). Evaluation psychodynamique de l’impact du psychodrame en groupe sur des sujets pédophiles judiciarisés, Forensic, 18, 12-15.

- Coutanceau R., & Smith J. (2010) Outil clinique d’évaluation du changement chez les auteurs d’agressions sexuelles. In R. Coutanceau & J. Smith (Eds), La violence sexuelle. Approche psychocriminologique (pp. 91-104). Paris : Dunod.

- Devaud Cornaz C., & Guraiib G. (2011). Psychothérapies de groupe d’auteurs de violence sexuelle. Intérêt d’un traitement de groupe combiné avec un suivi individuel. Psychothérapies, 31(1), 27-37.

- Fédération française de psychiatrie (2002). Psychopathologie et traitements actuels des auteurs d'agressions sexuelles. Conférence de consensus. Montrouge : John Libbey Eurotext.

- Roussel V., & Savin B. (2008). Groupe de parole pour des auteurs d’agression sexuelle incarcérés. Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe, 50(1), 97-112.

- Smith J., Andronikof A., Coutanceau R., & Weyergans E. (2002). Etude longitudinale à l’aide du test de Rorschach de trois sujets présentant une problématique pédophilique, Pratiques Psychologiques, 2, 3-13.

- Thurin J.M., & Thurin M. (2007). Evaluer les psychothérapies. Méthodes et pratiques. Paris: Dunod.

*"le corps-image". asthme et photolangage : regarder, parler pour respirer.

Ughetto, Pauline (Université lyon 2).

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*

Cette recherche porte sur les prémices de prise de conscience que le dispositif du Photolangage (Vacheret) instaure chez des patients asthmatiques. Centrée sur la théorie psychanalytique des groupes etl’équation « groupe=mère=cadre » (Kaës), la problématique est : le Photolangage, ne constituerait-il pas une enveloppe psychique groupale et un espace de pensée dans lequel se rejouerait la fonction miroir maternelle, réélaborant ainsi le «corps-image»? Animé par un médecin, le groupe de Photolangage a constitué l’objet et le terrain de recherche, à Buenos Aires. Huit femmes asthmatiques (population plutôt homogène) se regroupaient une fois par mois. Trois séances significatives au niveau de la dynamique groupale composent le matériel clinique exploité après prise de notes.

Le premier outil d’investigation a été l’observation des expressions émotionnelle, comportementale et langagière. Quelles photos étaient choisies par les patientes ? Et comment ces dernières en parlaient-elles, écoutaient-elles les autres et se laissaient-elles interpeller ? L’analyse approfondie des ressentis générés chez le chercheur  (transfert/contre-transfert) a constitué le deuxième outil.

Le concept novateur de ce travail est celui de «corps-image». Il s’agit d’un corps « quasi-étranger à lui-même », se percevant difficilement de « l’intérieur » et devenu image (entendue comme les représentations, perceptions, sentiments, élaborés face à son corps). Le Photolangage amènera les patientes asthmatiques à prendre conscience qu’elles sont spécifiquement affectées par ce « corps-image », percevable, cliniquement parlant, à travers leur « retenue émotionnelle » et  la tendance fusionnelle de leur lien aux autres.

Grâce à sa fonction miroir et relationnelle, le groupe a alors révélé des failles lors des premiers échanges mère/nourrisson, plus ou moins à l’origine de ce « corps-image ». Le travail du lien a permis l’accès aux nuances dans les ressentis auparavant marqués par l’excès et « le trop » ainsi qu’un début d’ambivalence. L’étude a aussi montré comment le psychisme de chacun, semblable à une enveloppe (Anzieu) se trouve déployé dans une enveloppe groupale pare-excitante, mettant en travail la différenciation Soi/non-Soi.

Enfin, la parole et la respiration ont pu se déployer dans « le nid contenant » groupal par la photographie et la chaine associative groupale. L’aptitude à davantage de rêveries, fantasmes et prises de conscience suggère une ébauche de symbolisation grâce à « l’être ensemble ».

Souhaitant rendre compte d’une prise de conscience véritablement «mutatrice» du «corps-image», une étude à plus long terme permettrait alors d’affiner ces résultats et de mettre plus en avant l’évolution clinique de l’atteinte somatique. L’intérêt de cette recherche réside ainsi en l’instauration de thérapeutiques groupales dans le champ psychosomatique. Ces dernières semblent en effet constituer des « leviers » et permettre des transformations significatives chez les sujets dont la souffrance psychique ne parvient à s’exprimer autrement que par le biais du corps.

 

ANZIEU D., (1984), Le Groupe et l’Inconscient, Paris, Dunod

BERNARD M., (et col), (1995), Desarrollos sobre grupalidad, Buenos Aires, Lugar Editorial

COCHE B. (1972), L’asthme grave de l’adulte –de la psychologie clinique à la pathologie du narcissisme, Lyon, Thèse

KAES R. (2000), L’appareil psychique groupal, Paris, Dunod

LICHTENSTEIN H., (1976), Le rôle du narcissisme dans l’émergence et le maintien d’une identité primaire, Nouvelle Revue de Psychanalyse, Tome 13, pp.147-160

NASIO J.D., (2007), Mon corps et ses images, Paris, Payot

NERI C. (1997), Grupo-Manual de psicoanalisis de grupo, Buenos Aires, Nueva Vision

SCHILDER P. (1980), L’image du corps, Paris, Gallimard

VACHERET C (1984), Image, imaginaire et représentation de soi -Thèse de troisième cycle, Université Lumière Lyon 2-

VACHERET C. (et col), (2000), Photo, groupe et soin psychique, Lyon, PUL

WINNICOTT D. (1971), Jeu et réalité, Paris, Gallimard, 1975

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pierre ou la vie ordinaire d’un auteur de violences sexuelles pris en charge dans un dispositif thérapeutique de psychodrame psychanalytique de groupe

Smaniotto, Barbara (Université lyon 2), Reveillaud, Marie (Rapav).

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Introduction : Cette étude de cas met en lumière la contradiction entre le parcours d’un homme ordinaire et ses actes de violence sexuelle. Nous repérons dans l’histoire de Pierre, ses fragilités narcissiques en lutte avec ses conditions environnementales ; ou comment un homme « banal » peut s’engager dans des agirs sexuels violents, en lien avec la partie clivée de sa personnalité. Nous suivrons son évolution dans un dispositif de psychodrame psychanalytique.

Le dispositif : A la suite des travaux de Balier (1996), notre Service de Soins Ambulatoires Spécialisés propose des groupes de psychodrame psychanalytique (Kaës, 1999) aux auteurs de violences sexuelles. Ces groupes de 8 patients, animés par 2 psychothérapeutes, ont lieu tous les quinze jours et durent une heure et quart. Les règles de fonctionnement sont : régularité, confidentialité, non jugement, solidarité, libre association, « faire semblant » dans les scènes. Nous demandons aux patients de s’engager pour une durée minimale de deux ans ou six mois au-delà des soins contraints. Ce dispositif impliquant la création progressive de l’enveloppe groupale (Anzieu, 1984) favorise la mobilisation des affects (Ciavaldini, 2004) et l’ouverture à la capacité de sollicitude (Winnicott, 1963). Il permet l’assouplissement des défenses, parmi lesquelles le déni et le clivage, sans attaquer brutalement les résistances. Il contribue à leur levée progressive sans risquer l’effondrement psychique.

Clinique : Pierre, 32 ans, nous est adressé après deux ans de détention. Il apparaît comme un homme stable et solide ; pourtant, à 22 ans, il a agressé sa nièce mineure trois fois. Pierre nous expose avec difficulté les faits et rapporte une enfance normale. Il perçoit l’intérêt de rencontrer d’autres auteurs d’agressions sexuelles, espérant comprendre son comportement en échangeant avec les autres.

Discussion : Enfant obèse et humilié, son premier contact sexuel le rend père à 18ans avec une partenaire qu’il n’aime pas. Encore aux prises d’enjeux œdipiens, il ressent alors de la frustration et de la culpabilité. Le clivage s’est construit à travers ces différents traumatismes : une part de lui-même étant un père de famille ordinaire ; l’autre part restant cet enfant obèse attaché à la mère. Dans le groupe, sa partie clivée trouve une figuration dans les mises scènes et les affects associés sortent de l’ombre. Enfin, la règle de solidarité encourage l’empathie : l’amour prédateur et sans compassion de Pierre se transforme en préoccupation pour sa victime et son destin.

Conclusion : La vie apparemment ordinaire d’un auteur de violences sexuelles peut masquer, sous l’effet du clivage, des traumatismes infantiles enfouis éclairant la dynamique du passage à l’acte. Ces traumas ont coupé le sujet d’une part de lui-même et entravé ses capacités d’empathie. Notre dispositif stimule l’entraide entre les patients, restaurant la capacité de sollicitude et ouvre à l’exploration partagée des affects. Ce mouvement est à l’œuvre chez Pierre : de sa position de leader positif, il aide les autres dans leur cheminement, accueillant leurs difficultés… en écho à son propre travail au décours duquel il parvient à mettre des mots sur les « trous » de son histoire et reconnaître la souffrance de sa victime.

Bibliographie

Anzieu D. 1984. Le groupe et l’inconscient, l’imaginaire groupal. Dunod, Paris

Balier C. 1996. Psychanalyse des comportements sexuels violents. Une pathologie de l’inachèvement. PUF, Paris

Ciavaldini A. 2004. Mobilisation des affects par le psychodrame de groupe dans le traitement des auteurs d’agressions sexuelles. Revue de Psychothérapie Psychanalytique de Groupe 42, 69-78

Kaës R.1999. Le psychodrame psychanalytique de groupe. Dunod, Paris

Réveillaud M. Guyod F. 2008. Le psychodrame pour les auteurs de violences sexuelles : Juste ou les malheurs de la vertu. L’Evolution Psychiatrique 73(2), 305-318

Winnicott DW. 1963. Elaboration de la capacité de sollicitude et valeur de la dépression. In DW Winnicott, Processus de maturation de l’enfant. Développement affectif et environnement, Payot, Paris, 1970


Jeudi, 08h30, AR49.

Session thématique : Psychologie du Viellissement

Effet du format de prescriptions médicamenteuses présentées sur tablette multimédia chez des personnes jeunes et âgées

Heurley, Laurent (Crp-cpo ea 7273, université de picardie jules verne), Vandenbergh, Elodie (Université de picardie jules verne), Quaglino, Veronique (Crp-cpo ea 7273, université de picardie jules verne).

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Dans le domaine médical, des documents procéduraux électroniques sont utilisés comme aides à l’autonomie des patients jeunes et âgés. Leur efficacité reste cependant à prouver (Morrow, D. G., Conner-Garcia, T., Graumlich, J. F., Wolf, M. S., McKeever, S., Madison, A., Davis, K., Wilson, E. A. H., Liao, V., Chin, C.-L. & Kaiser, D., 2012). On sait que le design de notices pharmaceutiques ou de prescriptions médicamenteuses sur support « papier » a un effet sur la compréhension et l’utilisation de ces documents chez les patients âgés (Dickinson, Raynor & Duman, 2001 ; Wogalter, Barlow Magurno, David, Dietrich & Scott, 1999). Des études récentes réalisées sur le même support suggèrent que la présentation tabulaire faciliterait la compréhension et la mise en œuvre de prescriptions médicales (Morrow, Raquel, Schriver, Redenbo, Rozovski & Weill, 2008). Qu’en est-il sur support électronique ?

Pour répondre à cette question, nous avons réalisé une expérience visant à étudier, chez des adultes jeunes et âgés sains, l’effet de deux formats de présentation (tableau vs. fiche) de prescriptions médicamenteuses électroniques. Les deux hypothèses principales étaient que la présentation « tableau » devait faciliter la consultation et l’exécution des prescriptions et, que cet effet de facilitation devait être plus prononcé chez les participants âgés que chez les adultes jeunes.

Pour tester ces hypothèses nous avons demandé à 10 participants âgés sains (âge moyen : 80.3 ans) et à 10 adultes jeunes (âge moyen : 23.3 ans) de consulter deux prescriptions fictives sur une tablette multimédia sous Windows 7. Chaque prescription comprenait un diaporama de 4 pages (diapositives) sur lesquelles étaient indiquées les modalités de prise de 4 médicaments fictifs. Dans la prescription « tableau » les informations étaient présentées dans un tableau à double entrée (jours x moments de la journée) ; dans la prescription « fiche », les mêmes informations étaient présentées de manière non tabulée. Immédiatement après avoir consulté la première prescription, les participants devaient  remplir un pilulier de mémoire avec des médicaments fictifs. La même procédure était répétée ensuite pour la seconde prescription. Le temps d’exposition en lecture par page (TELp) et le nombre d’erreurs de remplissage du pilulier ont été recueillis et analysés à l’aide d’ANOVAs et de tests non paramétriques. Les analyses réalisées sur les TELp ont permis de vérifier les deux hypothèses : le TELp moyen était moins élevé dans la condition « tableau » (24.51 sec.) que dans la condition « fiche » (29.52 sec.), F(1, 18) = 6.27, p = 0.022, et l’interaction entre le format de présentation et l’âge des participants prédite par la 2ème hypothèse était significative, F(1, 18) = 7.45, p = 0.013. En revanche, les analyses réalisées sur les erreurs n’ont permis de vérifier aucune des deux hypothèses.

Les résultats de cette étude sont discutés en relation avec l’essor des gérontechnologies.

 

Références

Dickinson, D., Raynor, D.K., & Duman, M. (2001). Patient information leaflets for medicines: using consumer testing to determine the most effective design. Patient Education and Counseling, 43, 147-159.

Morrow, D. G., Conner-Garcia, T., Graumlich, J. F., Wolf, M. S., McKeever, S., Madison, A., Davis, K., Wilson, E. A. H., Liao, V., Chin, C.-L., & Kaiser, D. (2012). An EMR-based tool to support collaborative planning for medication use among adults with diabetes: Design of a multi-site randomized control trial. Contemporary Clinical Trials, 33, 1023-1032.

Morrow, D. G., Raquel, L., Schriver, A., Redenbo, S., Rozovski, D., & Weill, G. (2008). External support for collaborative problem solving in a simulated provider/patient medication scheluding task. Journal of Experimental Psychology: Applied. 14, 288-297.

Wogalter, M., S., Barlow Magurno, A., David A., Dietrich, D. A., & Scott, L. (1999). Over-the-counter medications by making better use of container surface space. Experimental Aging Research, 25, 27-48.

Quid de l’automatisation d’une nouvelle tâche avec l’âge ?

Maquestiaux, François (Université paris-sud), Didierjean, André (Université de franche-comté), Ruthruff, Eric (University of new mexico), Chauvel, Guillaume (University of nevada), Hartley, Alan (Scripps college).

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Introduction

Malgré des déclins cognitifs, les seniors réalisent avec efficacité de nombreuses activités de la vie de tous les jours en s’appuyant sur des routines (des procédures automatisées au cours de la vie). Mais les seniors peuvent-ils apprendre à automatiser de nouvelles routines ? Pour répondre à cette question, Maquestiaux, Laguë-Beauvais, Ruthruff, Hartley, et Bherer (2010) ont d’abord demandé à des adultes jeunes et âgés d’apprendre une nouvelle tâche de temps de réaction (TR) de choix en la répétant sur 5 040 essais (répartis sur 6 sessions). Ensuite, ils ont évalué le besoin en attention de cette tâche pratiquée au moyen du protocole de double tâche de la période réfractaire psychologique (PRP). Spécifiquement, la tâche pratiquée devient la tâche 2 et est appariée avec une nouvelle tâche 1 non pratiquée. Les durées séparant les stimuli des deux tâches sont variées aléatoirement d’un essai à l’autre. En cas de traitement automatique de la tâche 2 pratiquée, son TR ne devrait pas être allongé pendant l’allocation de l’attention au traitement de la tâche 1. Mais en cas de traitement non automatique, le TR de la tâche 2 pratiquée devrait être allongé de plusieurs centaines de millisecondes pendant l’allocation de l’attention au traitement de la tâche 1. L’analyse des résultats a révélé une différence qualitative du traitement entre les deux groupes d’âge : le TR de la tâche 2 est allongé en moyenne de 166 ms chez 17 des 20 adultes jeunes mais en moyenne de 541 ms chez 9 des 10 adultes âgés. Cette différence suggère une perte de la capacité d’automatisation avec le vieillissement. Pourtant, ce résultat n’apporte pas de preuve concluante puisque les seniors n’ont peut-être pas été assez entraînés : après 5 040 essais d’entraînement, leur TR moyen est plus lent de 200 ms, comparativement à celui des adultes jeunes.

Dans cette recherche, nous avons testé l’hypothèse selon laquelle, après élimination des différences d’âge sur la tâche pratiquée (en égalisant les TR entre adultes jeunes et âgés), les seniors ont une capacité d’automatisation comparable à celle des adultes jeunes.

Méthode

Dix seniors ont participé à une expérimentation comportant deux changements majeurs par rapport à l’étude de Maquestiaux et al. (2010) : deux fois plus d’essais d’entraînement (10 080 répétitions au lieu de 5 040), l’utilisation de versions simplifiées de la tâche non pratiquée et de la tâche pratiquée. Les seniors ont d’abord appris la nouvelle tâche de TR de choix au cours de 12 sessions d’entraînement (une heure par session). Le besoin en attention de cette tâche pratiquée a ensuite été évalué au moyen du protocole PRP au cours de 3 sessions.

Résultats

L’entraînement a considérablement réduit le TR des seniors, de 482 ms en session 1 à 307 ms en session 12. Cette valeur de 307 ms est comparable au TR moyen de 308 ms atteint par les adultes jeunes après moitié moins d’essais sur une tâche plus difficile (Maquestiaux et al., 2010). Malgré cette égalisation du TR sur la tâche entraînée, le TR de cette tâche est allongé de 485 ms en situation de double tâche.

Discussion

Cette recherche démontre que la capacité d’automatisation décline avec l’âge. Un ralentissement généralisé avec le vieillissement ne peut expliquer ce déclin puisqu’il a été observé dans des conditions expérimentales qui égalisent les performances de base entre adultes jeunes et âgés. Le vieillissement s’accompagnerait donc d’une perte de la capacité d’automatisation.

Références bibliographiques

Maquestiaux, F., Didierjean, A., Ruthruff, E., Chauvel, G., & Hartley, A. A.  (sous presse).  Lost ability to automatize task performance in old age.  Psychonomic Bulletin & Review.

Maquestiaux, F., Laguë-Beauvais, M., Ruthruff, E., Hartley, A. A., & Bherer, L.  (2010).  Learning to bypass the central bottleneck: Declining automaticity with advancing age.  Psychology and Aging, 25, 177-192.

Influence de l’âge et du temps inter-stimulus sur l’effet de difficulté séquentielle en mémoire

Burger, Lucile (Umr-cnrs 7295 : cerca, équipe 'vieillissement et mémoire'), Uittenhove, Kim ('université de provence, marseille, france' et 'laboratoire de psychologie cognitive, cnrs'), Lemaire, Patrick ('université de provence, marseille, france' et 'laboratoire de psychologie cognitive, cnrs'), Taconnat, Laurence (Umr-cnrs 7295 : cerca, équipe 'vieillissement et mémoire').

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Introduction

Le vieillissement entraîne un déclin de la mémoire épisodique dû en partie à des difficultés à initier des stratégies à l’encodage et/ou à la récupération. Notamment, les personnes âgées éprouvent des difficultés à mettre en place des stratégies adaptées et à alterner entre différentes stratégies. Récemment, Uittenhove et Lemaire (2012) ont mis en évidence un effet de la difficulté séquentielle (EDS) en arithmétique, montrant que les participants (jeunes et âgés) étaient moins performants avec une stratégie lorsque l’exécution de cette stratégie suivait l’exécution d’une stratégie difficile que lorsqu’elle suivait une stratégie plus facile. Cet effet peut s’expliquer par le fait que l’exécution d’une stratégie difficile mobilise fortement les ressources attentionnelles, ce qui diminue la quantité de ressources disponibles pour exécuter la stratégie sur l’item suivant (Taylor & Lupker , 2001). Cet effet a été répliqué en mémoire (Uittenhove et al., soumis).

L’objectif de la présente recherche est d’étudier la possibilité de voir diminuer l’EDS lorsque le temps inter-stimulus est augmenté, afin d’examiner le temps nécessaire pour « recharger » les ressources attentionnelles chez des adultes jeunes et âgés. Nous faisons l’hypothèse que les adultes âgés auront besoin de plus de temps pour que l’EDS disparaisse, étant données la diminution des ressources attentionnelles dans le vieillissement (Craik, 1990) et le ralentissement cognitif (Salthouse, 1996).

Matériel et méthode

80 adultes jeunes (18 - 40 ans) et 80 adultes âgés (60 ans et plus) devaient apprendre 60 mots. Les participants étaient répartis aléatoirement dans quatre groupes correspondant à 4 conditions expérimentales, en fonction du temps inter-stimulus : 500 ms entre chaque item vs. 1000 ms vs. 1500 ms vs. 2000 ms. Chaque mot était présenté pendant 3 secondes et était précédé d’une consigne d’apprentissage (facile : répétition vs. difficile : image mentale) correspondant à la stratégie à utiliser pour apprendre le mot. Ces mots étaient suivis de mots à apprendre avec une  autre stratégie (stratégie cible, intermédiaire en termes de difficulté) dont la consigne était « phrase » (faire une phrase avec le mot). On obtenait alors deux types d’essais : les essais difficiles où la stratégie cible était précédée de la stratégie difficile, et les essais faciles où la stratégie cible était précédée de la stratégie facile. La variable dépendante correspond au nombre de mots rappelés et appris avec la stratégie phrase, soit en essai facile soit en essai difficile.

Résultats

Les données montrent un effet significatif de l’âge et de la difficulté séquentielle sur les performances en mémoire épisodique à 500 ms : les sujets âgés rappellent moins de mots que les sujets jeunes, et globalement, les sujets rappellent moins de mots correspondant aux essais difficiles. L’interaction entre les deux facteurs, n’est pas significative. Nous avons observé une diminution puis une disparition (à 2000 ms) de l’EDS résultant de l’augmentation du temps disponible pour « recharger » les ressources cognitives entre deux stratégies consécutives. De plus, l’EDS ne disparaît dans cette dernière condition que chez les sujets jeunes.

Discussion

Notre étude confirme l’EDS en mémoire épisodique et suggère que la mise en œuvre de stratégies difficiles en mémoire puiserait plus de ressources attentionnelles que celle de stratégies plus faciles et interfèrerait sur l’exécution de la stratégie à l’item suivant utilisée pour mémoriser, laissant peu de ressources disponibles pour traiter l’information suivante. Cette information s’en trouverait donc moins bien encodée et par conséquent moins bien retenue. Ceci expliquerait aussi la disparition de l’effet de difficulté séquentielle lorsque le temps de récupération entre les stimuli est plus important. Etonnamment, notons également que bien que les adultes âgés rappellent moins de mots que les adultes jeunes, l’EDS n’interagit globalement pas avec l’âge.

Veillissement et compréhension des relations temporelles dans les textes narratifs

Chaulet, Sandra (Lab. epsylon ea 4556- u. montpellier iii), Maury, Pascale (Lab. epsylon ea 4556- u. montpellier iii).

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Si de nombreux travaux sur les relations entre compréhension de texte et vieillissement ont conclu à des capacités préservées avec l’âge (Maury, Besse, Martin, 2010 ; Radvansky & Dijkstra, 2007 ; Radvansky, Lynchard & von Hippel, 2009), en revanche, très peu d’études ont porté sur la compréhension des relations temporelles. Or, la désorientation temporo-spatiale caractérise de nombreuses pathologies liées à l’âge (Eustache &  Faure, 2000). Le but de cette étude est donc de déterminer si l’avancée en âge s’accompagne d’une plus grande difficulté à se représenter et à actualiser les relations temporelles décrites entre les évènements d’une histoire.

Participants : Trois groupes de participants ont été constitués (28 âgés, M = 80.45 ans ; sd = 4.71, 29 moyennement âgés, M = 41.14 ans ; sd = 2.53 et   32 jeunes, M = 20.75 ans ; sd = 2.36). Les participants âgés ont tous un MMS ≥ 27 et un score au test de l’horloge ≥ à 5 sur 7.

Matériel et Procédure : Les participants devaient lire, à leur rythme, de courts textes narratifs dont certains (textes expérimentaux) décrivent les déplacements de deux personnages. Dans la moitié des textes, la phrase cible (sixième phrase des textes) décrit des relations temporelles cohérentes avec la représentation de l’ordre de survenue des évènements construite par les lecteurs à partir de la troisième phrase des textes (ex : Marc arrive avant Claudia ….. Marc attend Claudia en phrase cible ou Marc arrive après Claudia ….Claudia attend Marc en phrase cible). Pour l’autre moitié des textes, la relation entre la troisième et la sixième phrase est temporellement incohérente (ex : Marc arrive avant Claudia ….. puis Claudia attend Marc ou Marc arrive après Claudia…. Marc attend Claudia). Enfin, l’ordre discursif (ordre dans lequel sont mentionnés les deux personnages de l’histoire) peut être le même dans les deux phrases ou inversé.

A l’issue de la lecture de chaque texte, les participants devaient répondre par VRAI ou FAUX à cinq énoncés. Deux d’entre eux étaient des énoncés inférentiels portant sur la dimension temporelle de l’histoire (ex : « Claudia et Marc arrivent à l’aube » et « Marc est le premier à la gare »), deux autres portaient sur des informations explicitement mentionnées dans les textes (Marc a voyagé en train) et un dernier concernait un évènement, non mentionné dans le texte, mais susceptible de permettre aux lecteurs de rétablir la cohérence temporelle du texte lorsque celle-ci avait été rompue (ex : « Marc a acheté des fleurs dans le hall de la gare »).

Résultats. Les temps de lecture de la phrase-cible, les temps de réponse et les erreurs aux énoncés de vérification ont fait l’objet d’une analyse de variance (Anova) avec l’âge comme facteur inter-groupe, l’ordre discursif (identique entre la phrase trois et six versus différent) et la cohérence/incohérence temporelle comme facteurs intra-groupe.

Globalement, tous les lecteurs sont ralentis lorsque la relation temporelle entre les évènements mentionnés est incohérente avec la représentation de la survenue des évènements construite par les lecteurs, F(1,86) = 15.28, p= .001. La présence de cette incohérence temporelle rallonge également les temps de réponse aux énoncés portant sur la relation de rang entre les personnages, F(1.89) = 12.55, p = .001. L’ordre discursif n’a globalement ni d’effet sur le temps de lecture la phrase cible ni sur les temps de réponse aux énoncés de vérification, Fs < 1 ;  en revanche, l’interaction entre l’âge et l’ordre discursif est significative, F(2.89) = 5.69, p = .004 :  les lecteurs moyennement âges et âgés sont gênés lorsque l’ordre discursif entre la phrase cible et la phrase trois est différent. Ce résultat suggère qu’avec l’âge les lecteurs utilisent des indices de surface (l’ordre de mention des personnages de l’histoire) pour se représenter la temporalité entre les actions. Ces résultats seront discutés en référence à la notion de Support Environnemental (Craik, 1986; Morrow & Rogers, 2008).

 


Jeudi, 08h30, AR46.

Symposium : Défauts d’attention en conduite automobile : quelques mécanismes cognitifs sous-jacents

SYMPOSIUM ORGANISÉ PAR :

Gabaude, Catherine (Ifsttar-ts2-lescot), Michael, George (Université lyon 2).

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La distraction et l’inattention expliquent environ 20% des accidents1. Leur classification permet de comprendre leurs conséquences2, mais il reste à trouver les mécanismes cognitifs sous-jacents. Ce symposium propose d’explorer certains de ces facteurs. Un effort est fait pour déterminer la façon dont les pensées non émotionnelles et non liées à l’activité de conduite modifient cette dernière. Ensuite le rôle de certaines caractéristiques inhérentes aux individus dans les stratégies de régulation de la charge cognitive au volant est abordé. La troisième présentation examine le rôle des émotions négatives sur la variation de la taille de la fenêtre attentionnelle. Enfin, à l’aide des techniques comportementales et physiologiques, la façon dont les défauts d’attention affectent le traitement de l’information en fonction de leur source.

1Galera C. et al. (2012). BMJ 2012;345:e8105.

2Regan, M. et al. (2011). Accid. Anal. & Prev. 43(5): 1771-1781.

Inattention au volant: impact des pensées distractives sur le comportement attentionnel

Lemercier, Céline (Université toulouse 2), Pêcher, Christelle (Université de bourgogne), Berthié, Gaëlle (Université toulouse 2).

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Le mind-wandering (pensées non liées à la tâche en cours) est une des causes reconnues d’inattention1. Un tel concept recouvre l’ensemble des pensées du sujet humain. Plusieurs études ont déjà montré un impact fort des pensées émotionnelles sur le comportement du conducteur au volant2. Qu’en est-il de l’impact des pensées distractives sur l’attention que le conducteur porte à son activité principale?

L’étude comprend deux phases : induction de pensées distractives (encodage d’associations image/mot et image/intention), conduite sur un parcours autoroutier simulé comportant des panneaux présentant des images, parmi lesquelles celles encodées lors de la phase d’induction. Les participants rappellent  le mot associé (rappel rétrospectif) ou l’intention associée (rappel prospectif) à l’image présentée. Des données oculaires sont enregistrées.

Les pensées distractives conduisent à une altération des micro-régulations à la fois sur la vitesse et sur la position latérale. Par ailleurs, une augmentation de la charge mentale de travail est observée. Enfin, une dégradation du comportement de balayage visuel de la scène routière est observée3. Les pensées distractives entrainent donc une altération du comportement de balayage visuel et de gestion de l’environnement de conduite.

1 Smallwood, J., et al. (2003). Consciousness and Cognition, 12, 452–484.

2 Pêcher, C. et al. (2009). Safety Sci. 47(9), 1254-1259.

3 He, J. et al. (2011). Human Factors, 53, 13-21.

Influence du flow psychologique sur la gestion des tâches cognitives en conduite automobile : approche comparée des mesures subjective et objective de l’effort mental

Gabaude, Catherine (Ifsttar-ts2-lescot), Rolland, Victor (Université lyon 2), Carrotte, Anthony (Université lyon 2), Jallais, Christophe (Ifsttar-ts2-lescot), Fort, Alexandra (Ifsttar-ts2-lescot), Baracat, Bruno (Cufr j.f. champollion, albi), Michael, George (Université lyon 2).

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Afin d’aider les conducteurs inattentifs, il est nécessaire de mieux comprendre l’effet de l’interférence cognitive sur l'activité de conduite. Des travaux indiquent que différentes stratégies de régulation de la charge cognitive existent1. Comme l’activité de conduite peut être une expérience autotélique, la prédisposition des conducteurs pour le flow psychologique pourrait influencer leurs stratégies. En effet, de nouvelles perspectives en sciences cognitives sur l’attention et l’action remettent en question certaines théories attentionnelles classiques et attestent de l’existence d’une attention sans effort2.

Une expérience sur simulateur de conduite a été réalisée auprès de 23 conducteurs (26 ans d’âge moyen) en comparant deux situations pouvant induire des distractions d’ordre cognitif à la tâche de conduite seule. La prédisposition au flow est évaluée à l’aide d’une version française du Swedish Flow Proneness Questionnaire3. L’effort mental est mesuré à l’aide du Driving Activity Load Index et de la variabilité du rythme cardiaque.

Une corrélation négative entre la propension au Flow et l’effort mental déclaré est observée. Cependant, la variabilité du rythme cardiaque n’est pas différente chez les individus ayant une forte ou faible propension au flow. Par ailleurs, les stratégies de régulation de la charge cognitive mise en œuvre sur nationale et sur autoroute semblent différentes.

 

1Gabaude, C. et al. (2012). http://hfes-europe.org.

2Bruya, B. (2010). Effortless attention.

3Ullèn, F. et al. (2012). Pers. Indiv. Differ., 52, 167-172.

Effets de la colère et de la tristesse sur le champ visuel utile des conducteurs

Jallais, Christophe (Ifsttar-ts2-lescot), Rogé, Joceline (Ifsttar-ts2-lescot), Fort, Alexandra (Ifsttar-ts2-lescot), Gabaude, Catherine (Ifsttar-ts2-lescot).

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La conduite automobile requiert un traitement en continu de l’information visuelle. Les émotions influencent l’attention visuelle tant en sélection qu’en traitement de l’information pertinente. Les états émotionnels négatifs peuvent conduire à de l’inattention et avoir un effet sur le désengagement, la flexibilité attentionnelle et le traitement des informations spatiales1.

Le CVU est la partie du champ visuel périphérique autour du point de fixation dans laquelle les informations peuvent être traitées en situation de double tâche3. Des facteurs internes, comme l’âge ou la fatigue, réduisent la taille de la fenêtre attentionnelle, pouvant engendrer un phénomène de vision en tunnel2. A ce jour, aucune étude n’a envisagé les effets d’un contexte émotionnel sur le CVU en conduite automobile.

Les effets de la colère et de la tristesse sont étudiés sur le CVU en comparaison d’un groupe contrôle. Le participant doit suivre un véhicule et repérer les changements de couleur d’un disque situé sur l’arrière de celui-ci tout en détectant des points apparaissant brièvement à différentes excentricités de leur champ visuel. Le CVU est évalué sur la base des performances obtenues dans la tâche périphérique.

Les résultats révèlent un effet positif de la colère (une meilleure détection dans la tâche centrale sans détériorer celle de la tâche périphérique) mais une dégradation du CVU en tristesse. Une classification de ces émotions dans la taxonomie de l'inattention est discutée.

 

1Pêcher, C. et al. (2009). SAFETY SCI L, 47, 1254-1259.

2Rogé, J. et al.. (2009) SAFETY SCI, 47, 1271-1276.

3Ball, K. et al. 1988. J OPT SOC AM, 5(12), 2210–2219.

Défauts d’attention en conduite automobile simulée : approche comportementale et électrophysiologique

Fort, Alexandra (Ifsttar-ts2-lescot), Gabaude, Catherine (Ifsttar-ts2-lescot), Pêcher, Christelle (Université de bourgogne), Jallais, Christophe (Ifsttar-ts2-lescot), Baracat, Bruno (Cufr j.f. champollion, albi).

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Afin de mieux comprendre comment les défauts d’attention peuvent impacter la conduite automobile1 et plus particulièrement le traitement de l’information, une expérience faisant varier la source du défaut d’attention a été réalisée sur simulateur.

Les participants conduisaient dans 4 conditions. En condition contrôle, ils n’avaient que la tâche de conduite à effectuer. Dans deux conditions de distraction, ils devaient en parallèle réaliser une tâche d’imagerie mentale visuo-spatiale (VS) ou une tâche de réflexion mentale d’ordre verbal (V). Enfin ils devaient conduire après avoir été induit dans un état émotionnel triste, l’hypothèse étant que cette induction engendre lors de la phase de conduite des ruminations pouvant dégrader le traitement de l’information2.

Des données comportementales et électrophysiologiques (potentiels évoqués et activité cardiaque) ont été recueillies. Les résultats préliminaires révèlent que les tâches VS et V augmentent chacune les temps de réaction (TR) mais affectent différemment les mesures électrophysiologiques. L’induction peut augmenter ou diminuer les TR, mais aucun effet n’a été mis en évidence au niveau électrophysiologique.

1 Klauer et al., 2006. The impact of driver inattention on near-crash/crash risk: An analysis using the 100-car naturalistic driving study data. VTTI, pp. 226.

2 Pêcher et al. ,2011. In D.A. Hennessy (Ed.), Traffic psychology: An international perspective. NY: Nova Science Publishers.


Jeudi, 08h30, AR47.

Symposium : Identification, reconnaissance, et dénomination des expressions faciales émotionnelles

SYMPOSIUM ORGANISÉ PAR :

Quaglino, Véronique (Université de picardie jules verne), Hainselin, Mathieu (Inserm-ephe-ucbn u1077).

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Ce symposium présente des études réalisées dans l’identification, la reconnaissance et la dénomination des expressions faciales émotionnelles (EFE) ou de leur contexte, chez des participants tout venants, jeunes et âgés, et des patients atteints de pathologies (alcoolisme et maladie d’Alzheimer).

L'originalité des études présentées réside dans les aspects méthodologiques, utilisant des épreuves d’amorçage affectif, ou des évaluations interrogeant l’évocation ou la reconnaissance d’EFE ou de leur situation. En effet, il semble nécessaire de  développer, dans les bilans cognitifs, une évaluation des compétences émotionnelles utilisant des paradigmes adaptés.

De plus, il est montré que l’interprétation des performances doit prendre en compte l’ensemble des facteurs cognitifs et personnels des participants. Ces altérations des traitements émotionnels seront alors importantes à considérer dans la prise en charge des patients, notamment dans l’ajustement aux signaux émotionnels en situation d’interaction. 

Reconnaissance des expressions faciales émotionnelles chez des patients alcoolodépendants : intérêts pour la prise en charge

Dewever, Elodie (Université de picardie jules verne), Quaglino, Véronique (Université de picardie jules verne).

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Des études ont montré que les alcoolodépendants (ALC) présentaient des déficits de la reconnaissance des expressions faciales émotionnelles (EFE), pour la colère, le dégoût (Townshend & Duka, 2003), ou la tristesse (Frigerio et al., 2002). De plus, les cortex orbitofrontal, cingulaire, l’insula et le striatum ventral sont des substrats neuronaux impliqués dans la reconnaissance des émotions et dans la dépendance. L’alcoolodépendance pourrait être associée à une mauvaise reconnaissance des EFE (Verdejo-García & Bechara, 2009). Toutefois, peu d’étude ont pris en considération les facteurs personnels et les performances cognitives dans l’interprétation de ces déficits.

Nous avons comparé les scores de 18 alcoolodépendants sevrés (ALC) et 18 buveurs occasionnels (BO) appariés selon l’âge (34 à 50 ans) et le niveau socioculturel. L’investigation cognitive incluait une batterie de tests standardisés et la reconnaissance d’EFE représentant cinq émotions (joie, peur, tristesse, colère et dégoût).

Les résultats ont mis en évidence que les ALC obtenaient des performances plus faibles que les BO pour les empans visuo-spatiaux, la copie de la figure de Rey, le nombre de persévération au RL/RI-16, le Modified Card Sorting Test et le Trail Making Test, ainsi que pour la reconnaissance des EFE colère, tristesse et dégoût. L’âge de début d’alcoolisation était corrélé positivement aux performances des ALC pour la reconnaissance de l’EFE de dégoût (R = 0.62). Ce déficit de reconnaissance des EFE est particulièrement important à considérer dans la prise en charge thérapeutique des patients alcoolodépendants.

Frigerio, E., Burt, D. M., Montagne, B., Murray, L. K., & Perrett, D. I. (2002). Facial affect perception in alcoholics. Psychiatry research113, 161–71.

Townshend, J. M., & Duka, T. (2003). Mixed emotions: alcoholics’ impairments in the recognition of specific emotional facial expressions. Neuropsychologia41, 773–82.

Verdejo-García, A., & Bechara, A. (2009). A somatic marker theory of addiction. Neuropharmacology56, 48–62. 

Amorçage affectif des expressions faciales émotionnelles : un traitement spécifique ?

Cerroti, Fabien (Université de picardie jules verne), Quaglino, Véronique (Université de picardie jules verne).

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L’amorçage affectif se manifeste lorsque le traitement de deux stimuli congruents (même valence émotionnelle) est plus rapide que lorsqu’ils ne le sont pas, engageant l’activation de régions cérébrales spécifiques (Zhang, Lawson, Guo, & Jiang, 2006). Hermans, De Houwer et Eelen (2001) ont mis en évidence un effet d’amorçage affectif, pour des adjectifs, avec des SOA (Stimulus Onset Asynchrony) courts (moins de 150 msec), mais pas avec des SOA longs (300 et 450 msec). Des mécanismes automatiques pourraient ainsi être activés par la présentation d’une amorce affective (Herring et al., 2013). Si de nombreuses études ont utilisé des adjectifs émotionnels, peu cependant ont manipulé des expressions faciales émotionnelles (EFE). Notre étude a pour objectif d’évaluer l’influence des SOA dans une tâche évaluative d’amorçage affectif d’EFE.

Dix-neuf étudiants ont participé à cette étude consistant à déterminer si les visages-cibles présentés, étaient « joyeux» ou « tristes ». Les cibles étaient précédées de visages-amorces joyeux, tristes ou neutres, dans deux conditions de SOA courts (100 ms) et longs (500 ms). L’indice de mesure était le temps de réponse (ms) nécessaire aux participants pour effectuer une décision évaluative lors de la présentation de la cible. Les résultats ont mis en évidence des temps de réponses plus faibles lors de la présentation de stimuli congruents pour le SOA de 100 ms, mais pas pour le SOA de 500 ms. Ces résultats vont dans le sens de la mise en jeu de mécanismes automatiques, au niveau de l’amorce, avec des EFE.

Frigerio, E., Burt, D. M., Montagne, B., Murray, L. K., & Perrett, D. I. (2002). Facial affect perception in alcoholics. Psychiatry Research, 113(1-2), 161–71.

 Hermans, D., De Houwer, J., & Eelen, P. (2001). A time course analysis of the affective priming effect. Cognition and Emotion, 15(2), 143–165.

Herring, D. R., White, K. R., Jabeen, L. N., Hinojos, M., Terrazas, G., Reyes, S. M., Taylor, J. H., et al. (2013). On the Automatic Activation of Attitudes: A Quarter Century of Evaluative Priming Research. Psychological Bulletin

Contexte et label émotionnels des émotions dans le vieillissement et la maladie d’alzheimer

Hainselin, Mathieu (Inserm-ephe-ucbn u1077), Quaglino, Véronique (Université de picardie jules verne).

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De nombreuses études ont mis en évidence des déficits dans la reconnaissance des expressions faciales émotionnelles (EFE) au cours du vieillissement normal (VN) (Keightley, Chiew, Winocur, & Grady, 2007) et dans la maladie d’Alzheimer (MA) (Klein-Koerkamp, Beaudoin, Baciu, & Hot, 2012). Cependant, ces évaluations ont souvent utilisé la dénomination des EFE, alors que les capacités langagières des participants pouvaient être déficitaires. L’objectif de notre étude a été d’étudier la reconnaissance des EFE au cours du VN et dans la MA, sans dépendre uniquement de la dénomination du label émotionnel.

Trois groupes de participants ont été inclus : 26 participants jeunes, 21 participants âgés, et 28 patients atteints de la MA. La reconnaissance des EFE a été évaluée à l’aide d’un paradigme original comprenant 4 conditions, croisant 2 tâches (évocation spontanée vs reconnaissance à choix multiple) et 2 types de réponse (label émotionnel vs contexte relatif à l’émotion). Pour la reconnaissance des contextes, des listes de phrases correspondant à une situation représentative d’une émotion, ont été testées au préalable. Les performances ont été comparées à l’aide de tests non paramétriques.

En évocation spontanée, les participants sains, jeunes et âgés, ont obtenu de meilleures performances pour décrire un contexte relatif à l’émotion que pour dénommer son label. Le pattern inverse a été retrouvé en reconnaissance. Dans la MA, les patients ont obtenu de meilleures performances, en évocation spontanée comme en reconnaissance, avec le label comparativement au contexte émotionnel. Ces résultats confirment le rôle des capacités langagières dans la reconnaissance des EFE.

Keightley, M.L., Chiew, K.S., Winocur, G., & Grady, C.L. (2007). Age-related differences in brain activity underlying identification of emotional expressions in faces. Social Cognitive and Affective Neuroscience, 2, 292-302.

Klein-Koerkamp, Y., Beaudoin, M., Baciu, M., & Hot, P. (2012). Emotional decoding abilities in Alzheimer’s disease: a meta-analysis. Journal of Alzheimer’s Disease, 32(1), 109–25. 


Jeudi, 10h30, Grand Amphi.

Conférence : Kevin O’Regan : L’approche sensorimotrice de la conscience phenomenale


Jeudi, 11h30, Grand Amphi.

Conférence : François Ric : Etudier les déterminants implicites du comportement social


Jeudi, 13h45, AR51.

Session thématique : Psychologie de l'Émotion

La présence de distracteurs sexuels dégrade-t-elle la détection d’un mot cible dans une tâche de présentation visuelle rapide sérielle ?

Didierjean, André (Université de franche-comté et iuf), Maquestiaux, François (Université paris-sud), Vieillard, Sandrine (Université de franche-comté).

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Introduction

 

Dans la vie de tous les jours, seule une portion de la multitude de stimuli qui s’offrent à nous est sélectionnée et traitée.  Dans ce processus de sélection, certaines catégories de stimuli ont, de par leur nature, la capacité d’être traité de manière prioritaire. Par exemple une personne au visage menaçant, parce qu’elle représente un danger potentiel pour l’observateur, attirera notre attention. Parmi les nombreux stimuli susceptibles d’attirer en priorité notre attention, ceux en lien avec la sexualité occupent une place importante. La publicité a ainsi très souvent recours à ce stratagème, plaçant dans beaucoup d’affiches publicitaires des photographies ou des slogans en rapport avec la sexualité : des corps dénudés, des slogans à double sens… Nous présenterons deux expériences portant sur la question de la capacité qu’a, ou non, notre attention à ignorer les stimuli sexuels, et de l’évolution de cette capacité avec l’âge.

Ces deux expériences ont recours au paradigme de présentation visuelle rapide sérielle (RSVP). Dans ce paradigme, des séries de non mots et mots sont présentées successivement toutes les 110 ms au centre d’un écran. La tâche des participants est de détecter une cible (ici un mot de couleur) apparaissant dans la succession rapide de non mots. Arnell, Killman, et Fijavz (2007, Expérience 3) montrent que si un mot appartenant à la catégorie sémantique « mots sexuels » précède la cible de 330 ms, le pourcentage de détection est moindre que lorsqu’un mot appartenant à la catégorie sémantique « musique » précède la cible. Ce phénomène est connu sous le terme d’ « involuntary attentional blink ». Ces auteurs notent que “arousing sexual words involuntarily capture attention […], at least in the context of laboratory experiments performed by young university participants for whom sexual material might have high impact and relevance”. L’objectif de notre recherche est d’une part de tenter de répliquer ce résultat, et d’autre part d’étudier si les effets de clignement involontaire de l’attention produits par les mots sexuels se limitent aux participants jeunes.

Méthode

Dans chacune des deux expériences, 25 étudiants de l’université de Franche-Comté (Expérience 1 : âge moyen = 21,7 ans ; Expérience 2, âge moyen = 21.5 ans) et 25 participants âgés (Expérience 1 : âge moyen = 64.9 ans ; Expérience 2, âge moyen = 66.2 ans) ont passé une tâche RSVP. Ces participants devaient détecter un nom de couleur (e.g., "bleu") dans une chaîne de 16 non mots (e.g., "clon"), chaque item apparaissant pendant 112 millisecondes à l’écran. La cible (le nom de couleur) était précédée plusieurs items auparavant, selon les essais, par un mot sexuel (e.g., "bite") ou un mot de musique (e.g., "rock").

Dans l’Expérience 1, la distance séparant le mot cible et le distracteur était toujours de 3 items ; dans l’Expérience 2 cette distance était soit de 3 soit de 8 items.

 

Résultats

Les résultats de l’Expérience 1 montrent que, à l’inverse des résultats de Arnell et al (2007), la détection de la cible est toujours supérieure dans les essais comportant un mot sexuel. Ce résultat est plus accentué chez les âgés que chez les jeunes.

Les résultats de l’Expérience 2 montrent que rendre variable la distance entre le distracteur et la cible fait disparaître l’effet des mots sexuels observé dans l’Expérience 1.

 

Discussion

Nous discuterons ces résultats au regard de la littérature sur le vieillissement et l’attention. Nous discuterons notamment d’hypothèses susceptibles d’expliquer ce résultat au premier abord contre-intuitif : la présence de mots sexuels améliore les performances, et davantage chez les âgés que chez les jeunes.

 

Références

Arnell, K. M., Killman, K. V., & Fijavz, D. (2007). Blinded by emotion: Target misses follow attention capture by arousing distractors in RSVP. Emotion, 7, 465-477.

Didierjean, A., Maquestiaux, F., Vieillard, S., Ruthruff, E., & Hartley, A. A. (sous presse). Sexual distractors boost younger and older adults’ visual search RSVP performance. British Journal of Psychology.

Les vertus sociales d’une émotion mal aimée : l’embarras

Maire, Hélène (Université de lorraine).

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            Nous proposons ici une revue de la littérature visant à mettre en évidence les fonctions sociales de l'embarras. Emotion de l'interaction par excellence (elle s’éprouve quasi exclusivement en présence d’autrui), il est d'ordinaire perçu négativement. Etre embarrassé ou gêné est douloureux et peu contrôlable, et la peur de l'être peut inhiber les comportements d’aide (Edwards, 1975). Cette émotion aurait ainsi tendance à "figer" la personne dans une posture défensive peu propice à l’altruisme.

            Pour autant, Goffman (1956) nous informe qu'elle est "vitale pour maintenir l'ordre social". Mais de quelle façon ? On est embarrassé lorsqu’on craint de faire mauvaise impression à autrui (Semin, & Manstead, 1982). Cette volonté de donner une bonne image de soi passe notamment par le respect scrupuleux des normes en vigueur. L’embarras pourrait-il alors avoir des fonctions bénéfiques pour les relations interpersonnelles ? Certains travaux vont dans ce sens. Chez l'enfant, la capacité à éprouver de l’embarras va de pair avec l’acquisition de normes sociales et de principes moraux, garants d’un certain ordre social et de rapports humains pacifiés (Bennett, & Cormarck, 1996). D’un point de vue expressif, les manifestations d’embarras chez l’Homme ont été comparées aux comportements visant l'apaisement observés chez les primates non humains (Keltner, & Busswell, 1997). Elles signalent aux autres notre caractère prosocial (Feinberg, Willer, & Keltner, 2012), et suite à une transgression sociale, permettent de se faire juger de façon plus favorable par un observateur extérieur, à la manière d'excuses non verbales (Edelmann, 1982). Enfin, une fois embarrassées les personnes émettent souvent dans des comportements altruistes, socialement valorisés. Ceux-ci visent à la fois à rétablir une image d'elles favorable aux yeux d’autrui et à contrecarrer le sentiment désagréable associé à l'embarras grâce à l'émotion positive que fournit l'approbation sociale (Apsler, 1975).

            En nous appuyant sur ces dernières études, notre but est ici de réhabiliter cette émotion en montrant que pour désagréable qu’elle soit, elle possède d'importantes fonctions sociales. Si son expérience, peu contrôlable, s’avère négative au point d’inhiber des comportements d'aide, son expression en public est beaucoup plus maîtrisable. En effet, suite à une situation embarrassante nous pouvons manifester notre gêne par le biais de stratégies verbales, d'expressions faciales et vocales spécifiques ou de comportements altruistes, et ce de façon plus ou moins subtile et intentionnelle. Ces manifestations peuvent ainsi prendre la valeur d'un message adressé à autrui et destiné à rétablir une image positive de l'émetteur. On peut alors concevoir l’embarras non plus comme une émotion douloureuse et paralysante, mais comme un potentiel outil de communication favorisant l’harmonie sociale.

 

Apsler, R. (1975). Effects of embarrassment on behavior toward others. Journal of Personality and Social Psychology, 32 (1), 145-153.

Bennett, M., & Cormack, C. (1996). Age and embarrassment at others' gaffes. Journal of Social Psychology, 136 (1), 113-115.

Edelmann, R. J. (1982). The effect of embarrassed reactions upon others. Australian Journal of Psychology, 34 (3), 359-367.

Edwards, J. J. A. (1975). Returning a dropped object: Effect of response cost and number of potential helpers. Journal of Social Psychology, 97, 169-171.

Feinberg, M., Willer, R., & Keltner, D. (2012). Flustered and faithful: Embarrassment as a signal of prosociality. Journal of Personality and Social Psychology, 102 (1), 81–97.

Goffman, E. (1956). Embarrassment and social organization. American Journal of Sociology, 62, 264-271.

Keltner, D. & Busswell, B. (1997). Embarrassment: its distinct form and appeasement functions. Psychological Bulletin, 122 (3), 250-270.

Semin, G. R., & Manstead, A. S. R. (1982). The social implications of embarrassment displays and restitution behaviour. European Journal of Social Psychology, 12, 367-377.

Emotions et dynamique des représentations sociales

Bouriche, Boumédienne (Aix marseille université).

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Introduction

L’étude propose une articulation théorique entre l’approche structurale des Représentations Sociales (RS) et les états affectifs. Les émotions sont envisagées comme des dispositions évaluatives individuelles basées sur la confrontation à la réalité du cadre de référence commun que constitue une RS. En tant que telles, elles peuvent être considérées comme des variables individuelles de la dynamique représentationnelle. En s’appuyant principalement sur la théorie du noyau central (Abric, 1976) et considérant une représentation sociale comme un système de pré-décodage de la réalité déterminant des attentes, la recherche teste l’effet de l’expérience affective sur la dynamique de la RS du travail en équipe.

Méthodologie

Après avoir défini leur stratégie et leurs objectifs (rentabilité, trésorerie, parts de marché, satisfaction clientèle), quarante trois sujets participent, en groupes de 6 ou 7, à une simulation de gestion se déroulant sur trois jours. Le travail de l’équipe consiste à prendre des décisions de gestion durant 9 périodes. Pour chaque période, le cycle du processus de travail en équipe est le même : analyse de la situation, prise de décision, connaissance des résultats et évaluation de l’atteinte des objectifs en rapport à la stratégie. Par la méthode propre à ce champ (associations libres, questionnaire de caractérisation, test de centralité), nous avons initialement analysé le contenu et la structure de la RS du travail en équipe dans l’échantillon retenu. A chaque fin de période, les sujets étaient invités à reporter leur expérience affective à partir d’une approche dimensionnelle des émotions (échelle SAM Self-Assessment Manikin scale, Bradley et Lang, 1994) et d’une approche discrète en sélectionnant les affects ressentis parmi une liste de 17 affects proposés. Nous avons ensuite analysé les effets de l’expérience affective sur la dynamique de la RS du travail en équipe.

Résultats

L’expérience affective entraîne un effet de dynamique représentationnelle tant sur le plan du contenu que de la structure de la représentation. Les croyances centrales se révèlent plus activées et plus stables que les croyances périphériques suite à une expérience affective en rapport à l’objet de représentation. Les résultats suggèrent que les sujets utilisent un cadre de référence commun dans l’attribution de leurs affects et ce quelle que soit la valence considérée. En revanche, l’effet de l’expérience affective s’est fait nettement plus sentir sur les croyances périphériques, très majoritairement concernées par les différences de niveau d’activation.

Discussion

Les résultats illustrent la fonction justificatrice et le rôle de la dimension symbolique portées par le système central dans l’attribution des états affectifs. Ils mettent également en évidence le rôle déterminant du système périphérique dans le rapport et l’adaptation à la réalité. Par ses fonctions de concrétisation et de régulation, la large implication de ce dernier dans la dynamique représentationnelle suite à une expérience affective constitue le signe d’une activation du processus d’ancrage. Les résultats sont discutés en référence au modèle structural et, en particulier, aux relations entre pratiques et RS sous l’angle des états affectifs.

Mots-clés : Emotions, Représentations Sociales, Théorie du Noyau Central, Ancrage, dynamique représentationnelle.

Références

Abric J.C. (Ed.) (1994a). Pratiques sociales et représentations. Paris, PUF. 4e éd. 2003.

Guimelli, C. & Rimé, B. (2009). Emotions et représentations sociales. In P. Rateau & P. Moliner (Eds.), Représentations sociales et processus sociocognitifs.Rennes : Presses Universitaires de Rennes, 165-180.

Lazarus, R. S. (1991). Emotion & Adaptation. New York : Oxford University Press.

Rimé, B. (2005). Le partage social des émotions. Paris: Presses Universitaires de France.

Weick, K. E. (1995). Sensemaking in Organizations. Thousand Oaks, CA, Sage.

Influence de l'incertitude et de l'idée de mort sur la prise de risque

Merlhiot, Gaëtan (Clermont université, université blaise pascal, & lapsco — cnrs, umr 6024, clermont-ferrand, france), Mondillon, Laurie (Clermont université, université blaise pascal, & lapsco — cnrs, umr 6024, clermont-ferrand, france), Bonin, Patrick (Université de bourgogne, lead — cnrs, umr 5022, dijon, france et institut universitaire de france), Le pennec, Jean-luc (Pres clermont, université blaise pascal, lmv, umr 6524 cnrs et ird-r163, clermont-ferrand, france), Mermillod, Martial (Lpnc (cnrs-umr 5105), université grenoble alpes et institut universitaire de france).

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Introduction

En cas de catastrophes naturelles, il est important que les individus puissent avoir les meilleures perceptions des risques et prises de décision. Celles-ci dépendent de nombreux facteurs, les émotions ressenties (1), la certitude liée à l’évaluation cognitive (2,3), la formulation (gain/perte) des choix possibles (4,5) ou l’idée de mort (6). Nous avons étudié l’effet de la certitude envers l’idée de mort, lors de la perception et de la prise de risque qui devrait impliquer un traitement systématique de l’information et davantage de prise de risque.

Méthode

Participants : 107 étudiants (92 femmes ; 15 hommes), âgés de 18 à 41 ans (M = 19.92 ± 2.6), de 1ère et 2ème année de psychologie de l’Université Blaise Pascal.

L’étude comprenait les questionnaires et tâches suivantes, dans l’ordre de passation : le questionnaire IPC (LOC)  ; les 5 types d’inductions (i.e., certitude ou incertitude de mourir ou d’une douleur dentaire, neutre) et l’enregistrement audio de la consigne ; le PANAS (émotions) ; une tâche de prise de risque avec les choix formulés en gain ou en perte ; une tâche de perception des risques pour soi ; une tâche d’association libre à partir d’une image ambiguë potentiellement associée au concept de mort.

Résultats

Idée de mort (tâche d’association libre) : L’ANOVA a montré un effet des conditions, F(4, 102)=4.97, p=.001. Seuls les participants induits par l’incertitude de mourir ont reporté plus de mots liés à la mort.

Prise de risque : L’ANOVA en mesure répétée 2 (gain/perte) X 5 (conditions) a montré un effet de la formulation, F(1, 87)=12.6, p=.001. Les items formulés en termes de gain donnaient des choix plus sûrs que ceux formulés en termes de perte. Cet effet se retrouvait pour les 3 conditions (neutre, incertitude ou certitude d’une douleur dentaire) et n’était pas présent pour les 2 conditions liées à la mort. Pour ces deux dernières, la certitude engendrait une plus grande prise de risque

Perception des risques : Le score de LOC expliquait les différences obtenues ; plus le LOC est interne plus le participant a une perception optimiste des risques ; R²=.156, F(1, 106)=19.44, p<.001.

Discussion

Seule l’incertitude de mourir rend saillante l’idée de mort. Pour la prise de risque, l’absence de « framing effect » (4) pour les sujets induits en idée de mort suggère un traitement de l’information davantage systématique (5). Les sujets induits en certitude de mourir prenaient plus de risque que les sujets induits en incertitude de mourir. Ces résultats s’accordent avec l’effet de la certitude sur les prises de décision (1,2). La perception des risques est uniquement expliquée par le LOC des sujets. Ce résultat, cohérent avec la littérature (6), nécessite d’être vérifié pour une tâche de perception plus écologique.

Ce travail ouvre des perspectives afin d’améliorer la prise de décisions lors d’événements catastrophiques via des communications auprès de populations cibles.

Bibliographie

(1)    Lerner, J. S., & Keltner, D. (2001). Fear, anger, and risk. Journal of Personality and Social Psychology, 81(1), 146‑159.

(2)    Tiedens, L. Z., & Linton, S. (2001). Judgment under emotional certainty and uncertainty: The effects of specific emotions on information processing. Journal of personality and social psychology, 81(6), 973-988.

(3)    Bollon, T., & Bagneux, V. (2013). Can the uncertainty appraisal associated with emotion cancel the effect of the hunch period in the Iowa Gambling Task? Cognition & Emotion, 27(2), 376‑384.

(4)    Tversky, A., & Kahneman, D. (1981). The framing of decisions and the psychology of choice. Science, 211, 453–458.

(5)    Cassotti, M., Habib, M., Poirel, N., Aïte, A., Houdé, O., & Moutier, S. (2012). Positive emotional context eliminates the framing effect in decision-making. Emotion, 12(5), 926‑931.

(6)    Miller, R. L., & Mulligan, R. D. (2002). Terror management: the effects of mortality salience and locus of control on risk-taking behaviors. Personality and Individual Differences, 33(7), 1203‑1214.


Jeudi, 13h45, AR49.

Session thématique : Psychologie Sociale

Effet de la familiarité sur les représentations sociales de l’obésité

Pena pena, Manuela (Université paris x & université paris 8 - laboratoire parisien de psychologie sociale (ea 4386)), Urdapilleta, Isabel (Université paris x & université paris 8 - laboratoire parisien de psychologie sociale (ea 4386)), Gaillard, Audrey (Université paris x & université paris 8 - laboratoire parisien de psychologie sociale (ea 4386)), Verlhiac, Jean-françois (Université paris x & université paris 8 - laboratoire parisien de psychologie sociale (ea 4386)).

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Mots clefs : Représentation sociale, Obésité, Stigmatisation, Contact inter groupe.

Introduction

Les personnes obèses sont parfois sujettes à la stigmatisation (Puhl & Heuer, 2009), définie comme : « le rejet et la disgrâce qui sont associés à ce qui est vu (l’obésité) comme une déformation physique et une aberration comportementale » (Cahnman, 1968, p. 293). Nous avons formulé l’hypothèse selon laquelle cette stigmatisation serait modulée par l’existence d’un contact intergroupe (Dovidio, Gaertner, & Kawakami, 2003). Ainsi, la familiarité serait la connaissance, ou non, dans son entourage d’une personne obèse.

Méthode

Deux cents étudiantes normo-pondérées (Mâge = 22.1 ; E.Tâge = 1.52 ; MIMC = 21.9 ; E.TIMC = .94) ont réalisé une tâche d’associations verbales (i.e., citer les premiers mots ou expressions leur venant à l'esprit à la lecture du mot inducteur) avec deux mots inducteurs « Obésité » et « Personne obèse ».

Afin d'analyser les données en fonction du degré de familiarité des participantes, trois groupes ont été constitués : le premier connaissait un ami obèse (N = 20), le second connaissait un membre de leur famille obèse (N = 80) et 3) et le troisième ne connaissait pas de personne obèse (N =100). Nous avons relevé les mots produits lors de la tâche d’associations verbales et les données verbales ont été soumises à une Analyse Factorielle des Correspondances (AFC). Une analyse de la variance a permis d’analyser les effets de la familiarité sur l’orientation attitudinale. 

Résultats

En ce qui concerne le mot inducteur « obésité », l’AFC ne montre aucun effet de la variable « familiarité » sur la répartition du contenu représentationnel. L’obésité est associée à la surconsommation alimentaire (e.g., « malbouffe », « excès ») ainsi qu’au domaine de la santé (e.g., « maladie », « diététicien »). Aucun effet n’a été révélé sur l’orientation attitudinale.

       L’AFC réalisée sur le mot inducteur « personne obèse » montre une opposition entre les modalités « connait un ami obèse » et « connait un membre de leur famille obèse » de la variable « familiarité ». La modalité « ne connait pas de personne obèse » n’apparaît pas. Les participantes ayant un ami obèse ont un contenu représentationnel orienté sur une thématique physique (i.e. « manque de sport » et « lourd ») et esthétique (i.e. « moche » et « laid »), alors que les participantes ayant un membre de leur famille obèse ont un contenu représentationnel axé sur le point de vue médical (i.e. « maladie » et « surpoids »). Notons que les participantes ayant un ami obèse ont une orientation attitudinale moins négative que les participantes ayant un membre de leur famille obèse et celles ne connaissant pas de personne obèse.

Conclusion

Cette étude montre que l’image des personnes obèses est construite sur deux versants : la « maladie » vs. le « physique » et l’ « esthétique » et est modulée en fonction de la familiarité. Nos résultats sont discutés au regard des théories de la familiarité décrite dans les études portant sur les représentations sociales et la stigmatisation.

 

Bibliographie

Cahnman, W.J. (1968). The stigma of obesity. Sociological Quarterly, 9, 283-299.

Dovidio, J. F., Gaertner, S. L., & Kawakami, K. (2003). Intergroup Contact: The Past, Present, and the Future. Group Processes & Intergroup Relations, 6(1), 5‑21.

Puhl, R. M., & Heuer, C. A. (2009). The Stigma of Obesity: A Review and Update. Obesity, 17(5), 941–964.

Recatégorisation dans le paradigme des groupes minimaux : le rôle d’un exogroupe maintenu.

Parant, Aymeric (Université de bordeaux segalen), Félonneau, Marie-line (Université de bordeaux segalen).

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Introduction : Il est généralement admis qu’une simple catégorisation dans un groupe social provoque un biais de favoritisme pro-endogroupe tant comportemental, qu’évaluatif ou attitudinal ((Tajfel et al. 1971). Parmi les nombreuses théories visant à réduire ce biais, le Common Ingroup Identity Model (CIIM) (Gaertner et al., 1993; Gaertner et al., 1989) propose qu’une recatégorisation de l’endogroupe et de l’exogroupe en une supra-catégorie permette une réduction du biais de favoritisme pro-endogroupe. Cette hypothèse a largement été confirmée dans la littérature pour le versant attitudinal du biais (Crisp et al., 2010; Gaertner et al., 1989). Néanmoins, très peu de travaux se sont intéressés à la réduction du biais de favoritisme pro-endogroupe comportemental. Une étude a donc été mise en place pour tester le CIIM sur ce type de variables.

Méthode : 157 étudiants ont participé à une tâche d’allocation issue du PGM dans différentes configurations groupales : 1) 2 groupes 2) 2 groupes + une supracatégorie 3) 4 groupes 3) 4 groupes recatégorisés deux à deux en 2 supracatégories. Deux types de matrices d’allocations étaient renseignés par les participants pour deux types de mesures potentielles du biais de favoritisme pro-endogroupe : 1) celles où le montant total des allocations était constant, le rapport entre les groupes variant 2) celles ou la différenciation positive d’un groupe n’était possible qu’en réduisant les bénéfices de tous. Les points distribués correspondaient à des bénéfices individuels soi-disant utilisables ultérieurement.

Résultats : Les résultats montrent un biais de favoritisme pro-endogroupe plus faible quand deux groupes sont recatégorisés, mais uniquement pour les matrices de type 1. En revanche, la réduction du biais est significative pour les deux types de matrices après recatégorisation de 4 groupes et donc en présence d’un exogroupe maintenu.

Discussion : Cette expérience confirme l’intérêt d’une stratégie de recatégorisation pour la réduction du biais de favoritisme pro-endogroupe comportemental dans un contexte de groupes minimaux, mais elle montre également des limites à cette recatégorisation. En effet, il semblerait que lorsque la différenciation n’est plus possible, la recatégorisation ne permette pas une réduction optimale des biais et que cet écueil pourrait être évité par le maintien d’un exogroupe. Ce constat qui peut-être analysé à la lumière des théories des motivations identitaires (Vignoles et al., 2006) questionne cependant sur son applicabilité à un niveau sociétal et sur ses éventuelles conséquences délétères.

Mots clés : recatégorisation, biais de favoritisme pro-endogroupe, Common Ingroup Identity Model, Paradigme des Groupes Minimaux 

Références :

Crisp, R. J., Turner, R. N., & Hewstone, M. (2010). Common ingroups and complex identities: Routes to reducing bias in multiple category contexts. Group Dynamics, 14(1), 32-46.

Gaertner, S. L., Dovidio, J. F., Anastasio, P. A., Bachman, B. A., & Rust, M. C. (1993). The common ingroup identity model: Recategorization and the reduction of intergroup bias. In W. Stroebe & M. Hewstone (Eds.), European Review of social Psychology (Vol. 4, pp. 1-26).

Gaertner, S. L., Mann, J., Murrell, A., & Dovidio, J. F. (1989). Reducing Intergroup Bias: The Benefits of Recategorization. Journal of Personality and Social Psychology, 57(2), 239-249.

Tajfel, H., Billig, M. G., Bundy, R. P., & Flament, C. (1971). Social categorization and intergroup behaviour. European Journal of Social Psychology, 1, 149 178

Vignoles, V. L., Regalia, C., Manzi, C., Golledge, J., & Scabini, E. (2006). Beyond self-esteem: Influence of multiple motives on identity construction. Journal of Personality and Social Psychology, 90(2), 308-333.

Représentations sociales culinaires et culture gastronomique : la place du goût

Boussoco, Julie (Université paris 8), Urdapilleta, Isabel (Université paris 8), Schwartz, Camille (Centre de recherche de l'institut paul bocuse), Gaillard, Audrey (Université paris 8), Dany, Lionel (Université de provence), Giboreau, Agnès (Centre de recherche de l'institut paul bocuse).

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Introduction

Le choix d’une recette est lié à de nombreux facteurs. D’une part, certains facteurs contextuels entrent en jeu, tels que le type de repas –quotidien, festif– et les contraintes matérielles –budget, temps, matériel et aliments disponibles–. D’autre part, le choix est également modulé par des facteurs individuels, tels que les caractéristiques personnelles des individus –ses connaissances, ses préférences sensorielles– et, des considérations de nature culturelle –la région, les habitudes alimentaires du foyer– (Hubert, 2000 ; Kaufmann, 2005). Ainsi, afin de mieux comprendre les mécanismes de choix d’une recette, nous nous intéressons à l’étude des représentations sociales liées à l’alimentation (Lahlou, 1998) et aux préparations culinaires de cuisiniers domestiques : croyances, connaissances, attitudes, opinions et images produites et partagées par un groupe donné

Plus spécifiquement, nous avons étudié quelle était la place du « goût » dans ces représentations sociales. Le goût est ici considéré dans son sens multimodal, englobant l’ensemble des sensations ressenties lorsqu’un plat est consommé : de sa vue à sa dégustation en bouche. Ainsi, les dimensions relatives au goût, spontanément évoquées, ainsi que les catégories de goûts qui font sens pour les cuisiniers domestiques, ont été mises en évidence.

Méthodologie

Sept groupes de 60 cuisiniers domestiques issus de 7 régions de France ont participé (Centre, Alpes et Jura / Sud-Ouest / Sud-Est / Ouest et Pays de Loire / Nord et Nord-Est / Ile-de-France/ DOMTOM, Poulain, 2002). Les participants ont complété deux tâches d’associations libres (i.e., citer les 5 premiers mots leur venant à l'esprit suite à la présentation d'un mot inducteur, Abric, 1994) sur Internet pour les expressions « Faire la cuisine » et « plat réussi ». Ensuite, leurs connaissances et pratiques culinaires ont été évaluées à l’aide de questionnaires. Une analyse de prototypique (logiciel EVOC 2000©) a permis de mettre en évidence la place du goût dans les éléments supposés centraux de la représentation sociale. L’attitude face aux différents éléments représentationnels de « Faire la cuisine » a également été mise en évidence.

Résultats

Les résultats montrent une influence de la région et des connaissances culinaires sur les représentations sociales et sur l’importance et la place du goût dans ces représentations. Les représentations sociales des sept groupes de participants réfèrent à la prise en compte de contraintes (e.g. rapidité de préparation, santé), et à des motivations  différentes (e.g. faire la cuisine par plaisir, faire la cuisine juste pour manger).

Ces données nous ont permis de construire une typologie de cuisiniers domestiques en lien avec la région gastronomique.

Mots-clés : Représentations sociales, goût, région, cuisine.

Bibliographie 

Abric, J.-C. (1994). Pratiques sociales et représentations. Paris : Presses universitaires de France.

Hubert, A. (2000). Cuisine et Politique : le plat national existe-t-il ? Revue des sciences sociales, 27, 8‑11.

Kaufmann, J.-C. (2005). Casseroles, amour et crises: ce que cuisiner veut dire. Paris : A. Colin.

Lahlou, S. (1998). Penser manger: alimentation et représentations sociales. Paris: Presses universitaires de France.

Poulain, J.-P. (2002). Manger aujourd’hui. Attitudes, normes et pratiques. Toulouse : Privat.

 

 

Validation française de l’échelle cfc-14 (consideration of future consequences) de joireman, shaffer, balliet et strathman (2012)

Camus, Gauthier (Université de reims champagne-ardennes), Berjot, Sophie (Université de reims champagne-ardennes), Ernst-vintila, Andreea (Université de reims champagne-ardennes).

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Introduction

La prise en considération des conséquences futures est un construit identifié par Strathman, et al., en 1994 qui reflète l’importance que les individus accordent aux conséquences à long terme de leurs comportements versus aux conséquences immédiates. L’intérêt psychologique de ce construit vient, du fait qu’on s’intéresse d’une certaine manière à un construit motivationnel stable (trait) qui permettrait de saisir la tendance des individus à se détacher du moment présent pour s’orienter vers l’avenir, dans le but d’atteindre des objectifs désirés. Ce construit général mesure l’extension temporelle vers le futur des personnes et diffère ainsi d’autres outils tels que la ZTPI (Zimbardo et Boyd, 1999), qui lui mesure l’orientation et l’attitude temporelle des individus dans les trois directions : passée, présente et future.

Si différentes conceptualisations de ce construit existent dans la littérature, celle de Joireman, et al. (2012), postulant une bi dimensionnalité du construit, possède certains avantages théoriques et pratiques. Leur échelle de mesure, composée des dimensions prise en considération des conséquences immédiates d’une part et futures d’autres parts, possède les meilleures qualités psychométriques et permet d’observer si un comportement donné est principalement influencé par l’une ou l’autre de ces dimensions. L’objectif de cette présentation est de proposer une traduction et validation en français de cet outil.

Méthode

Après une traduction/contre-traduction des items et de la consigne et un pré-test de la version retenue, nous avons mené trois études auprès de trois échantillons indépendants d’étudiants.

La première (N=281) a pour objectif d’évaluer la structure factorielle de la CFC-14.  La seconde (N=331) a pour objectif de confirmer la structure de l’outil et d’étudier les liens avec d’autres construits, notamment avec la ZTPI. Enfin, la troisième (N=219) a pour objectif d’analyser la fidélité test/re-test de l’outil.

Résultats

L’analyse factorielle exploratoire met en évidence une solution factorielle en accord avec celle de la version originale de Joireman et al. (2012). Chacun des items sature de 0.49 à 0.82 sur un des deux facteurs, ceux-ci expliquant 47.03% de la variance totale et sont négativement corrélés (α = -.36).

L’analyse factorielle confirmatoire montre qu’une structure a deux dimensions inter corrélées (Joireman et al., 2012) est la solution la mieux en adéquation avec nos données et possède de bons indices d’ajustement. Les résultats montrent également que la dimension CFC-Future de la CFC-14 corrèle positivement à celle de la ZTPI et négativement à la dimension « présent fataliste » de la ZTPI. La dimension CFC-Immédiate de la CFC-14 est corrélée positivement avec les deux dimensions de la ZTPI et négativement avec sa dimension « futur ». Ces résultats sont en accord avec ceux présents dans la littérature. Les corrélations test/retest sont de 0.70 pour les sous-échelles ‘présent’ (α = .84) et ‘futur’ (α = .79), indiquant une stabilité temporelle acceptable de l’outil.

Discussion

L’ensemble des résultats nous indique que la version française de la CFC-14 dispose de qualités psychométriques satisfaisantes et proches de la version initiale, autorisant son utilisation auprès de populations francophones. Cette échelle ouvre la porte à de nombreuses recherches dans des domaines tels que l’éducation, le sport, le travail ou encore l’insertion professionnelle.

Références

Joireman, J., Shaffer, M. J., Balliet, D., & Strathman, A. (2012). Promotion Orientation Explains Why Future-Oriented People Exercise and Eat Healthy: Evidence From the Two-Factor Consideration of Future Consequences-14 Scale. Personality and Social Psychology Bulletin, 38(10), 1272-1287.

Strathman, A., Gleicher, F., Boninger, D. S., & Edwards, C. S. (1994). The consideration of future consequences: Weighing immediate and distant outcomes of behavior. Journal of Personality and Social Psychology, 66, 742-752.

Zimbardo, P.G., & Boyd, J.N. (1999). Putting time in perspective: A valid, reliable individual-differences metric. Journal of Personality and Social Psychology, 77, 1271–1288.

L’effet de l’impulsivité, de la recherche de sensations et de l’illusion de contrôle dans un jeu de loto

Roland-lévy, Christine (Université de reims champagne-ardenne), Lemoine, Jérémy (Université de reims champagne-ardenne).

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Parmi les recherches effectuées sur les jeux de hasard, peu de travaux se sont centrés sur la prise de risque au cours du jeu (e.g. Ladouceur & Gaboury, 1988). La littérature indique que différents facteurs intra-individuels ont un effet sur la prise de risque dans un contexte de jeu de hasard : l’illusion de contrôle, la recherche de sensations et l’impulsivité. Pour notre expérience, nous avons programmé un jeu de hasard, de type loto avec différentes possibilités de paris. Cinquante hommes et cinquante femmes de diverses professions ont participé à cette étude composée de deux tâches. Tout d’abord, les participants devaient répondre à un questionnaire mesurant l’illusion de contrôle à l’aide des questions de Martinez et al. (2011), la recherche de sensations avec la traduction Française de l’Arnett Inventory of Sensation Seeking (Desrichard, Vos, Bouvard, Dantzer, & Paignon, 2008) et l’impulsivité en utilisant la BIS 10 validée en Français (Bayle et al., 2000). Dans la seconde tâche, les participants jouaient au jeu de hasard, leur prise de risque étant mesurée à l’aide de l’indice de risque utilisé par Martinez, Le Floch et Gaffié (2005). Durant la partie, les participants avaient 100 jetons qu’ils pouvaient miser sur cinq différents paris, chacun avec une probabilité de gain différente. A chaque tour, les participants étaient libres de miser le nombre de jetons qu’ils souhaitaient sur le ou les paris de leur choix. Pour procéder aux analyses, les participants ont été catégorisés en trois groupes à partir des centiles 33 et 67. Les résultats indiquent qu’il y a bien un effet simple des 3 variables sur la prise de risque des participants : ceux qui ont une illusion de contrôle élevée prennent davantage de risques que ceux ayant une illusion de contrôle faible. Les participants qui ont un niveau de recherche de sensations élevé prennent plus de risques que les participants qui ont un niveau de recherche de sensations faible. Les participants qui ont un niveau d’impulsivité élevé notamment sur la dimension planification de l’action prennent plus de risques que ceux qui ont un niveau faible sur cette même dimension. L’analyse par corrélation indique un lien significatif entre l’illusion de contrôle et la planification de l’action. D’autres analyses, à l’aide d’équations structurelles, sont en cours afin de déterminer la part de chacune de ces variables sur la prise de risque et de répondre à l’objectif final de ce travail : modéliser la relation de ces trois variables sur la prise de risque dans un jeu de hasard.

 

prise de risque, jeu de hasard, illusion de contrôle, recherche de sensations, impulsivité

 

Bayle, F. J., Bourdel, M. C., Caci, H., Gorwood, P., Chignon, J.-M., Ades, J., & Loo, H. (2000). Structure factorielle de la traduction française de l’échelle d’impulsivité de Barratt (BIS-10). Canadian journal of psychiatry, 45(2), 156–165.

Desrichard, O., Vos, P., Bouvard, M., Dantzer, C., & Paignon, A. (2008). The French version of the Arnett Inventory of Sensation Seeking: Internal and predictive validity. Personality and Individual Differences, 44(8), 1673–1683.

Ladouceur, R. & Gaboury, A. (1988). Effects of limited and unlimited stakes on gambling behavior. Journal of Gambling Behavior, 4, 119–126.

Martinez, F., Le Floch, V., & Gaffié, B. (2005). Lien entre perception de contrôle et prise de risque dans un jeu de hasard: Quand l’annonce d’un gain d’autrui intervient. Revue Internationale de Psychologie Sociale, 18(3), 129–151.

Martinez, F., Le Floch, V., Gaffié, B., & Villejoubert, G. (2011). Reports of Wins and Risk Taking: An Investigation of the Mediating Effect of the Illusion of Control. Journal of Gambling Studies, 27, 271–285.


Jeudi, 13h45, Amphi Fugier.

Session thématique : Psychologie Judiciaire

Audition de témoins oculaires : analyse des pratiques professionnelles

Launay, Céline (Clle-ltc, université toulouse 2), Py, Jacques (Clle-ltc, université toulouse 2), Brunel, Maïté (Clle-ltc, université toulouse 2), Demarchi, Samuel (Lapps, université paris 8).

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Audition de témoins oculaires : analyse des pratiques professionnelles

 

Résumé

Afin de rendre compte des pratiques professionnelles concernant l’audition de témoins, 42 simulations d’auditions réalisées par des policiers en formation ont été analysées. On observe que les policiers utilisent en moyenne plus de techniques délétères pour le souvenir que non délétères. Nous discuterons de l’intérêt d’appréhender ces pratiques de terrain pour adapter les méthodes de recueil du témoignage. 

 

Introduction

Les techniques d’audition pour les témoins oculaires ont été créées sur la base des principes de fonctionnement de la mémoire et ont pour objectif le recueil d’un récit exhaustif et exact (e.g., l’entretien cognitif, Geiselman et al., 1984). Ces techniques doivent aussi s’adapter aux pratiques des professionnels de la justice pour être utilisées sur le terrain (Brunel & Py, sous presse ; Kebbell & Wagstaff, 1997). Si nombre d’études ont porté sur l’analyse des auditions des enfants telles que pratiquées par la police, peu d’études ont porté sur l’audition des adultes (Schreiber Compo, Hyman Gregory, & Fisher, 2012). L’objectif de cette étude est d’analyser les pratiques professionnelles de la police quant à l’audition de témoins adultes.

 

Matériel et Procédure

Nous avons analysé 42 simulations d’audition réalisées par des enquêteurs de police lors d’une formation aux techniques d’entretien pour les témoins et victimes. Les enquêteurs (15 femmes et 27 hommes), de grades différents, provenaient de plusieurs services de la Police Nationale (e.g., Brigade de Sûreté Urbaine, Brigade Criminelle).

En début de formation, dans le cadre d’un jeu de rôle basé sur des films, les enquêteurs auditionnaient un témoin (i.e., un autre enquêteur) avec pour consigne de mener l’audition comme ils le feraient sur le terrain. Ces auditions filmées puis retranscrites, ont été analysées. Les analyses ont porté sur les types de question et autres techniques de recueil d’informations utilisés par les enquêteurs.

 

Résultats et Discussion

Les analyses montrent que les enquêteurs utilisent plus de techniques délétères pour le souvenir (e.g., questions fermées et dirigées, interruptions du discours) que de techniques non délétères (e.g., questions ouvertes et d’approfondissement). Ces résultats sont consistants avec les précédentes études (pour une revue, voir Oxburgh, Myklebust, & Grant, 2010). Outre les questions, d’autres stratégies ont été utilisées par les enquêteurs pour faire émerger des détails : demander un croquis de la scène, préciser au témoin que tous les détails sont importants mais aussi confronter le témoin à des informations déjà connues de l’enquête. Ces résultats seront discutés au regard de l’adaptation des techniques d’entretien judiciaire déjà existantes (e.g., l’entretien cognitif) aux pratiques de terrain.

 

 

Références bibliographiques

Brunel, M., & Py, J. (sous presse). Questioning the acceptability of the cognitive interview to improve its use. L’Année Psychologique.

Geiselman, R. E., Fisher, R. P., Firstenberg, I., Hutton, L. A., Sullivan, S. J.,

Avetissian, I. V., & Prosk, A. L. (1984). Enhancement of eyewitness memory: an

empirical evaluation of the cognitive interview. Journal of Police Science and

Administration, 12(1), 74-80.

 

Kebbell, M. R., & Wagstaff, G. F. (1997). Why Do the Police Interview Eyewitnesses? Interview Objectives and the Evaluation of Eyewitness Performance. The Journal of Psychology, 131(6), 595‑601. doi:10.1080/00223989709603841

Oxburgh, G. E., Myklebust, T., & Grant, T. (2010). The question of question types in police interviews: A review of the literature from a psychological and linguistic perspective. International Journal of Speech Language and the Law, 17(1), 45‑66.

Schreiber Compo, N., Hyman Gregory, A., & Fisher, R. (2012). Interviewing behaviors in police investigators: a field study of a current US sample. Psychology, Crime & Law, 18(4), 359‑375. doi:10.1080/1068316X.2010.494604

Le quartier, comment « s’en sortir » ?

Braud, Manuela (Cren).

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La question centrale de cette étude est de comprendre comment certains jeunes de banlieue, qui ont connu un épisode de délinquance voire d’incarcération, ont réussi à rebondir par une construction de savoirs transférables vers une insertion professionnelle de qualité. Cette recherche a porté sur les itinéraires hors du commun de quatre jeunes, devenus écrivains, homme d’affaire ou chercheur.

Ces parcours atypiques font écho au phénomène de résilience développé par Boris Cyrulnik et Jean-Pierre Pourtois. En effet, la résilience est un processus complexe et fragile, il désigne la capacité à se développer  dans des conditions incroyablement adverses ; c’est la manière de reprendre un nouveau développement après un traumatisme psychologique, culturel ou social. Résilier est ainsi la capacité à réussir à vivre, de manière acceptable pour la société, en dépit d’un stress ou d’une adversité qui comporte normalement le risque grave d’une issue négative.

Via une méthodologie qualitative, j’ai tenté de mieux comprendre les stratégies qui ont abouti à ces spectaculaires redressements et notamment par le bais de récits d’expériences qui ont permis aux sujets une prise de distance réflexive. Pour analyser ces textes, je me suis armée notamment des schémas narratifs et actanciels qui m’ont permis d’analyser le rôle des personnes en jeu dans ces parcours ainsi que la structure des récits et donc des parcours. De plus, une analyse du système énonciatif ainsi qu’une analyse thématique ont abouti à relever des éléments communs à ces quatre parcours.

Au cours de l’adolescence, on assiste à un premier basculement qui se traduit par la tombée dans la délinquance, ces jeunes ne se voient pas d’avenir possible à travers une insertion sociale ordinaire. On remarque la force de l’engrenage, de la spirale de la délinquance, la personne perd le contrôle des événements, elle n’est plus aux commandes de sa vie. Avec cette chute, la  personne touche le fond et peur alors rebondir (résilience). Il apparaît ensuite un rebasculement dans le parcours de vie accompagné d’une adhésion à de nouvelles valeurs. Ces nouveaux codes accompagnent de nouveaux projets de vie à travers une nouvelle orientation existentielle couplée à un projet professionnel. Des tuteurs de résilience  (soutien des mères, des enseignants), personnes ressources, personnes-clés, ouvrent les portes de sortie du quartier et d’entrée dans l’autre monde en guidant la personne qui devra emprunter le chemin de la réinsertion.

Deux mondes parallèles (la banlieue et la société ordinaire) sont mis en évidence avec une mise en tension entre ces deux univers qui revendiquent chacun ses valeurs et ses codes (vestimentaires, langagiers etc.). Pour développer un processus de résilience, ces personnes ont réalisé un transfert de compétences entre la délinquance et l’insertion professionnelle classique. Des aptitudes de discrétion, d’adaptation, d’organisation et de gestion ont notamment été développées au cours de leurs activités illicites qui vont être réinvesties, grâce à l’aide d’adjuvants, dans le monde professionnel ordinaire.

Mots-clés : banlieue, délinquance, résilience, savoirs, insertion professionnelle

 

-Avenel C. (2010). Sociologie des quartiers sensibles. Armand Colin.

-Bouteyre, E. (2008). La résilience scolaire de la maternelle à l’université. Paris : Belin.

-Cyrulnik, B. ; Pourtois J.P. (2007). Ecole et résilience. Odile Jacob.

-Pourtois J.P. ; Humbeeck B. ; Desmet H. (2012). Les ressources de la résilience. PUF.

L’acceptabilité de l’entretien cognitif, première impression par des gendarmes.

Brunel, Maïté (Université toulouse 2), Py, Jacques (Université toulouse 2), Launay, Céline (Université toulouse 2), Ginet, Magali (Université blaise pascal), Verkampt, Fanny (Université toulouse 2).

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Introduction

L’entretien cognitif (EC) est une technique d’audition des témoins et victimes qui permet d’obtenir des témoignages volumineux et exacts (Fisher, Geiselman, Raymond, & Jurkevich, 1987; pour une méta-analyse récente voir Memon, Meissner, & Fraser, 2010). Les recherches menées sur l’EC ont toutes pour vocation de promouvoir son usage (Ginet & Py, 2001). A ce jour, l’utilisation de cette technique, par les professionnels de la justice, reste sommaire (Dando, Wilcock, & Milne, 2008). Nous avons choisi de questionner l’usage de l’EC en faisant référence au modèle d’acceptabilité des systèmes de Nielsen (1993). Pour Nielsen, l’acceptabilité d’une technique renvoie à la fois à l’acceptabilité pratique, mais aussi à l’acceptabilité sociale.

En introduction, nous verrons ainsi que malgré un nombre important de recherches réalisées jusqu’alors, les études se sont essentiellement focalisées sur la mise en avant de l’utilité théorique de l’EC et à notre connaissance aucune n’a porté directement sur son acceptabilité sociale (Brunel & Py, sous presse).

Méthode

Nous avons mené une enquête par entretiens semi-directifs (viz., questions ouvertes), auprès de 15 gendarmes, visant à récolter des informations concernant la vision qu’ils ont du métier d’enquêteur, ainsi que du témoignage. Après leur avoir posé ces questions nous leur avons fait visionner la mise en œuvre d’un entretien cognitif puis nous leur avons demandé d’exprimer leurs impressions par rapport à ce type d’entretien. Cette étude a été réalisée juste après un entretien portant sur les pratiques d’audition auprès de jeunes témoins et victimes. Notons que ces deux parties de l’interview étaient distinctes et que la première partie relative à l’audition des mineurs ne sera pas traitée dans cette communication. 

Résultats et Discussion

Une analyse thématique a été faite à partir des réponses, il en est ressorti une grille d'analyse comportant 7 catégories. Les catégories identifiées sont : évaluation général de l'entretien cognitif, évaluation de certains points de l’EC, problèmes de l’EC, référence à sa propre pratique, référence à la formation, adaptation de l’EC. Les résultats principaux montrent que les impressions relatives à l’entretien cognitif sont mixtes : trois enquêteurs ont donné clairement une évaluation négative, six ont donné une évaluation positive, quatre ont également donné une évaluation positive tout en disant que la méthode est inapplicable et deux n’ont pas donné d’avis. Par ailleurs, 11 enquêteurs sur 15 ont fait référence à leur propre pratique pour argumenter leur attitude. Les résultats de cette étude seront discutés à travers le concept d’acceptabilité.

 

Références

Brunel, M., & Py, J. (sous presse). Questioning the acceptability of the cognitive interview to improve its use. L’Année Psychologique.

Dando, C., Wilcock, R., & Milne, R. (2008). The cognitive interview: Inexperienced police officers' perceptions of their witness/victim interviewing practices. Legal and Criminological Psychology, 13(1), 59 - 70.

Fisher, R. P., Geiselman, R. E., Raymond, D. S., & Jurkevich, L. M. (1987). Enhancing enhanced eyewitness memory: Refining the cognitive interview. Journal of Police Science & Administration, 15(4), 291 - 297.

Ginet, M., & Py, J. (2001). A technique for enhancing memory in eyewitness testimonies for use by police officers and judicial officials: the cognitive interview. Le Travail Humain(64), 173-191.

Memon, A., Meissner, C., & Fraser, J. (2010). The cognitive interview: a meta-analytic review and study space analysis of the past 25 years. Psychology, Public Policy, and Law, 4(16), 340-372.

Nielsen, J. (1993). Usability engineering. Boston: Academic Press.

La médiation animale en milieu pénitentiaire: réflexion autour d'une pratique à définir

Laguerre, Claire-emmanuelle (Ecole nationale d'administration pénitentiaire (enap)).

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Résumé : Depuis quelques années, l’animal est utilisé comme objet médiateur auprès des personnes incarcérées. L’un des buts visés par ce dispositif est l’amélioration de la santé psychologique de la personne incarcérée. L’objectif de cette présentation est de questionner cette pratique en proposant une problématique de recherche liée à la théorie de l’attachement.

Introduction : Aux Etats-Unis, les maisons de correction utilisent depuis plusieurs années, les animaux comme objets thérapeutiques ou de réhabilitation (Furst, 2006). Pourtant, rares sont les recherches évaluant les bénéfices de ces programmes sur les personnes incarcérées. Le but de cette communication est de se questionner sur une pratique dont les contours sont difficilement clairs et précis. Problématique : Dans ces programmes en prison, le clinicien y est absent ; les dispositifs étant assurés généralement par des intervenants spécialisés au monde animal. Il est alors difficile d’apprécier les effets de ces programmes sur la santé mentale des détenus. L’animal qui n’affiche pas de posture de jugement n’est-il pas un médiateur idéal dans la reconstruction psychologique (confiance en les autres sous-tendue par un attachement secure) des personnes incarcérées notamment lorsque l’on sait que les styles d’attachement secure chez les personnes incarcérées souffrant de troubles mentaux sont extrêmement sous représentés comparé aux individus de la population générale (Frodi, Dernevik, Sepa, Philipson & Brahesjö, 2001) ? Présentation du dispositif : La Direction Interrégionale des Services Pénitentiaires (DISP) Est a sollicité l’Ecole Nationale d’Administration Pénitentiaire (ENAP) afin d’évaluer le programme de médiation animale. Développé à la Maison d’arrêt (MA) de Strasbourg depuis septembre 2008, ce programme permettrait aux personnes détenues d’engager un travail personnel au travers de deux processus clés : la responsabilité vis-à-vis de l’animal et la confiance. Cette action permettrait également dans certains cas, de déclencher chez les détenues présentant des problématiques telles que l’angoisse, les troubles d’addiction, les troubles du comportement, une motivation à solliciter quelques services médico-psychologiques spécialisés. Le programme comprend actuellement trois volets : le travail en groupe (4 à 5 détenus) où sont abordées nombreuses thématiques (ex. addictions, violence, respect, sexualité, etc.) ; le travail personnalisé où chaque détenu, dit « référent », a à sa charge un animal ; et le travail en face à face effectué en séances individuelles. A la MA de Strasbourg, le programme, quelque soit sa forme, est assurée par un professionnel de l’association Evi’dence. Nous proposons une recherche analysant les répercussions d’un tel programme sur la santé psychologique et le bien-être des personnes détenues en évaluant entre autre, les troubles de l’attachement, du comportement et d’addiction. Il s’agit d’une étude comparative de type cas/témoins (les cas étant les détenus qui suivent la médiation animale et les témoins ceux qui ne la suivent pas) se déroulant en trois temps (au début de la médiation animale et deux fois tous les 2 mois suivants). Discussion : A ce jour, peu d’études ont travaillé sur le cadre thérapeutique de la médiation animale en milieu pénitentiaire mais elles ont montré des résultats comportementaux et psychosociaux positifs chez les détenus (Fournier, Geller, Fortney, 2007). Nous serons donc amener à réfléchir sur les effets potentiels que peuvent avoir les programmes incluant des animaux sur l’état psycho-émotionnel et social des personnes incarcérées. Quels enjeux et quelles conséquences ?

Références

Fournier, A.K., Geller, E.S., Fortney, E.V. (2007). Human-Animal Interaction in a prison setting: Impact on criminal behaviour, treatment progress, and social skills. Behavior and Social Issues, 16, 89-105.

Frodi, A., Dernevik, M., Sepa, A., Philipson, J., & Bragesjö, M. (2001). Current attachment representations of incarcerated offenders varying in degree of psychopathy. Attachment & Human Development, 3, 269-283.

Furst, G. (2006). Prison-based animal programs: A national survey. The Prison Journal, 86, 407-430.

Le témoignage judiciaire : responsabilité énonciative et polyvocalité

Batt, Martine (Universite de lorraine-interpsy-psi-ea4432), Trognon, Alain (Université de lorraine-interpsy-psi-ea4432), Coutelour, Marianne (Université de lorraine-interpsy-psi-ea4432), Vauthier, Jean-philippe (Université de lorraine-institut f. geny-inscrimed-ea7301).

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INTRODUCTION

Le témoignage judiciaire verbal est au centre du procès, et y joue un rôle essentiel, bien que la subjectivité du témoin par l’intermédiaire de la parole soit bien établie. L’entretien d’expertise psychologique est une situation interlocutoire planifiée qui vise à répondre à l’ordonnance d’une autorité de justice. Une des missions de l’expert judiciaire est le recueil d'éléments susceptibles de participer à la manifestation de la vérité. L’originalité de cette recherche exploratoire interdisciplinaire tient à la confrontation des analyses qui visent à établir les propriétés de l’entretien d’expertise pénale en tant que jeu de langage spécifique dans l’interdiscours judiciaire.

 

OBJECTIF

L’objectif principal de cette recherche est d’étudier le témoignage verbal que les plaignant(e)s-victimes d’agression sexuelle délivrent au cours de l’entretien d’expertise psychologique judiciaire.

 

METHODE

Le témoignage est abordé comme un jeu de langage spécifique dont les aspects pragmatiques et psychosociolinguistiques sont décrits.

- 30 témoignages de victimes d’agressions sexuelles recueillis dans le cadre d’expertise psycholégale ;

- Une analyse manuelle des discours met en évidence les représentations individuelles par les sujets des faits dont ils se plaignent ;

- Deux analyses automatiques (logiciel Alceste) mettent en évidence les caractéristiques sémantiques des informations rappelées et modélisent les interactions entre le sujet-témoin et l’expert (logiciel NVivo9).

 

RESULTATS

La présentation de 3 exemples de témoignage illustrera les analyses de 16 entretiens-tests choisis au hasard.

Nous observons un « dialogisme » massif dont la constante est le caractère polyphonique : est mis en scène un dialogisme baktinien, où la parole du témoin se forme au sein d’un champ social clos, formé d’une communauté d’interlocuteurs qui commentent l’agression, et s’en inspirent pour la reconstruire. La voix d’autrui circule et pénètre le témoignage du sujet dans un dialogisme passif ou s’entremêlent des récits rapportés, de façon si flagrante que l’expert est amené à rompre cette forme d’« assimilation » et à faire surgir dans le discours du locuteur la parole des énonciateurs qui y sont « enfouis ». Sur une majorité de témoignages, la place importante de la modalisation déontique dans le discours du Tiers renforce l’impression globale de forte responsabilité énonciative des énonciateurs absents, mais très présents dans le témoignage de la victime. Ces instances énonciatives incarnées, multiples et variables, font apparaître des faits amalgamés dans un même récit, duquel émerge la description de plusieurs niveaux d’états psychologiques.

 

BIBLIOGRAPHIE

Batt, M., & Trognon, A. (2010). De quelles méthodes logiques avons-nous besoin pour soutenir le projet d’une logique naturelle de l’usage du langage en interaction ? In C. Hudelot (Ed.), Sciences du langage et demandes sociales (pp. 31-53). Limoges : Editions Lambert-Lucas.

Batt, M., Trognon, A., & Vernant, D. (2004). Quand l’argument effleure la conviction. Psychologie de l’interaction, 17-18, 167-218.

Carel, M., & Ducrot, O. (2009). Mise au point sur la polyphonie. Langue Française, 164(4), 33-43.

Coutanceau, R. & Smith, J. (2010). La violence sexuelle. Paris : Dunod.

Ducrot, O. (1984). Le dire et le dit. Paris : Editions de Minuit.

Grossen, M. (2010). Interaction Analysis and Psychology: A dialogical perspective. Integrative Psychological and Behavioral Science 44(1), 1-22.

Le Floch, V. & Villejoubert, G. (2013). Il y a sans doute …In S. Abdellaoui (Ed.) L’expertise psycholégale, p. 107-117. Paris : L’Harmattan.

Loftus, E.-F., Loftus, G.-R., & Messo, J. (1987). Some facts about weapon focus. Law and Human Behavior, 11, 55-62.

Zhu, B., Chen, C., Loftus, E.,... & Dong, Q. (2012) Brief exposure to misinformation can lead to long-term false memories, Applied Cognitive Psychology, 26, 301-307.


Jeudi, 13h45, AR46.

Symposium : Conscience, Corp, Action : Quelques aspects discutés vers 1900

SYMPOSIUM ORGANISÉ PAR :

Lecocq, Gilles (Ileps-cergy, crp-ea7273-upjv), Saillot, Isabelle (Réseau janet).

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 A l’aube du vingtième siècle, des évolutions conceptuelles favorisent de nouveaux débats sur la place de la conscience par rapport à un « propre de l’homme » fuyant. Dans le même temps, une conception renouvelée du corps va être à l’œuvre au sein des gestes sportifs. Si l’expérience du corps propre favorise la création d’un geste moteur autonome par rapport à la conscience du sujet, le débat s’approfondit sur ce que doit être l’objet de la psychologie : l’expérience ou la conscience renverront respectivement aux options fonctionnaliste et structuraliste. Sur le terrain d’un naturalisme métaphysique novateur, P. Janet et J. Dewey font des phénomènes de conscience des réactions internes à nos propres conduites. Au cours de ce symposium, le théâtre incarné de la conscience sera ainsi confronté à l’inconscience qui est mise en jeu lors d’une action motrice et à la façon dont la cognition prend en compte un corps qui s’exprime en première personne.

De l’inconscience d’être sportif !

Lecocq, Gilles (Ileps-cergy, crp-ea7273-upjv).

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Quelles sont les intelligences mobilisées par un sujet sportif pour réaliser des performances ab-normales ? A quelles conditions la fatigue associée à un effort sportif devient-elle sans limite ? Que devient le rôle de la conscience lorsque le corps se décline en première personne et permet au sujet sportif de développer une motricité jusqu’alors muette ? C’est à partir de ces trois questions que nous nous proposons d’identifier de quelles façons la psychologie à développer une compréhension du phénomène sportif tout au long de la première moitié du vingtième siècle autour :

-         Des phénomènes culturels mis en scène dans le cadre d’une compétition sportive,

-         Des façons dont les gestes sportifs esquissent et assument des figures existentielles et des représentations du monde.

Deux formes d’expériences motrices seront plus particulièrement étudiées :

-         L’expérience du corps propre, ce corps en première personne qui favorise la création d’un geste moteur efficace et qui dans le même temps est autonome par rapport à la conscience d’un sujet qui produit ce geste.

-         L’expérience de la compétition qui se révèle à travers des actes psychologiques individuels qui ne peuvent pourtant se réaliser que dans la conscience de l’existence de partenaires et d’adversaires et dans l’inconscience des liens intersubjectifs qui mettent en scène ces mêmes adversaires et partenaires.

Entre inconscience corporelle et conscience psychologique, nous conclurons nos propos en précisant de quelles façons des modèles psychologiques élaborés lors de la première moitié du vingtième siècle restent intelligibles pour permettre à un sujet sportif du vingt et unième siècle de dépasser la double aliénation qui le guette : s’oublier dans l’hyper compétition ou s’oublier dans l’activité autotélique pure.

Pierre janet et « le problème de la conscience »

Saillot, Isabelle (Réseau janet).

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Reprenant à son compte la question d’A Garnier « La conscience est-elle une faculté spéciale ? » (1852), P. Janet détaille sa position dans L'Évolution psychologique de la personnalité (1929). Au sein de ce qu’il appelle « le problème de la conscience », Janet définit la conscience comme « une certaine connaissance » que l'être vivant a de ce qui se passe en lui-même ; ainsi, dans le cadre de son « primat de l’action » (Prévost, 1973), le fait psychologique étant la conduite de l'être vivant, les phénomènes de conscience commencent à un second degré quand apparaissent des réactions internes à nos propres conduites : la conscience s’y « surajoute », c’est la « conscienciation », que Janet appellera aussi, après Claparède (1916), la « prise de conscience ».

Ce « quelque chose que nous ajoutons intérieurement à nos propres conduites » n’est pas sans rappeler la définition des émotions : c'est l'absence ou la présence d’émotions qui nous permet de dire si un individu a ou n'a pas conscience. Le problème de la conscience une fois ramené à celui des émotions s’ancre alors chez Janet dans ses travaux antérieurs sur les liens entre émotion et action. En soutenant Dewey (1895) contre la théorie des émotions de James (1884), Janet anticipe de plusieurs décennies la redécouverte du rôle des émotions dans l’adaptation des actes au contexte.

Références

Dewey, J. (1895). The Theory of Emotion. (2) The Significance of Emotions. Psychological, Review, 2, pp.13-32.

Janet, P. (1926 – 1928). De l'Angoisse à l'extase. Études sur les croyances et les sentiments. Paris: Alcan.

Janet, P. (1929). L'Évolution psychologique de la personnalité. Paris: Chahine.

Garnier, A. (1852). Traité des facultés de l'âme. Paris:Hachette.

Claparède, É.. (1916).  L’École et la psychologie expérimentale», Annuaire de l’Instruction publique en Suisse, pp.71-130.

James, W. (1884). What is an Emotion?  Mind, vol. 9, pp. 188-205.

Prévost, C. (1973). La psycho-philosophie de Pierre Janet. Paris: Payot.

John dewey et le théâtre désincarné de la conscience

Camus, Thomas (Laboratoire epsylon, université montpellier iii, paul valéry.).

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Partant des considérations de J. Dewey (1896, 1899, 1903) concernant ce que doit être l’objet et le point de vue de la psychologie (l’expérience plutôt que la conscience et le fonctionnalisme plutôt que le structuralisme), j’aimerais développer ici les prérequis nécessaires à cette conception de la psychologie ainsi que certaines des conséquences qu’impliquent ces positionnements théoriques. En premier lieu, rappeler que l’adoption d’un naturalisme métaphysique visant à rétablir l’unité du sujet et de l’expérience est nécessaire pour surmonter les dualismes qui jalonnent tant l’histoire de la philosophie que celle de la psychologie. Deuxièmement, expliciter en quoi la continuité ainsi restaurée entre le sujet et l’expérience permet de redéfinir la compréhension de l’individu en terme d’actes. Enfin, proposer des liens conceptuels avec des éléments de théories plus récentes dans l’histoire de la psychologie, telle que la notion d’affordance chez J.J. Gibson (1977, 1979).

La problématique de la conscience dans les débuts de la psychologie et ses retentissements dans les sciences contemporaines de la cognition.

Gallina, Jean-marie (Psitec, lille 3).

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Les théories classiques de la conscience sont un lieu de tension que l’on retrouve aujourd’hui dans la confrontation entre neurosciences et philosophie de l’esprit. Comment la psychologie peut-elle s’inscrire dans ces débats et quel peut être son apport ?

Wundt (1832-1920) prétend faire de la psychologie une science distincte dont les « états mentaux » seraient l’objet spécifique supposant une méthode propre : l’introspection expérimentale.

Plus tard, Külpe, Titchener et Bühler, dans le sillage de l’école de Leipzig, vont s’opposer à l’élémentarisme wundtien et mettent en évidence le fonctionnement global de la conscience. Stumpf (1848-1936), élève de Brentano veut, quant à lui, s’appuyer sur l’introspection, mais dans une perspective qui se distingue à la fois de l’élémentarisme de Wundt et d’une phénoménologie transcendantale telle qu’elle se présente chez Husserl.

William James, enfin, ouvre dès la fin du 19ème siècle, une perspective qui présage des interrogations contemporaines à l’égard de la question de la conscience. Il promeut une méthode alliant l’introspection et l’expérimentation. Il défend un « empirisme radical » (1912) et propose une conception de la conscience comme un « flux », un « courant » (stream of consciousness).

La question de la conscience paraît être un enjeu central des discussions de la psychologie naissante : leur examen éclaire, nous semble t-il, les enjeux des débats contemporains dans lesquels on retrouve cette tension entre un matérialisme réductionniste très présent dans les neurosciences et une forme de dualisme « réformé » qui peut se rencontrer dans les théories de Davidson (1980) ou celle de Chalmers (1996). La psychologie d’aujourd’hui trouvera t-elle sa place dans cette configuration épistémologique ?


Jeudi, 13h45, AR47.

Symposium : L'apprentissage de la lecture dans des conditions atypiques

SYMPOSIUM ORGANISÉ PAR :

Ecalle, Jean (Lab emc, univ lyon2), Lete, Bernard (Lab emc, univ lyon2), Magnan, Annie (Lab emc, univ lyon2).

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Ce symposium porte sur l'apprentissage de la lecture chez des enfants dyslexiques, dysphasiques, sourds et porteurs du syndrome de Williams.  Leur mode d'appropriation du code écrit malgré leur différent déficit (sensoriel, génétique et cognitif) est une source précieuse d'informations pour comprendre l'acquisition normale de la lecture et proposer des remédiations. La discussion portera sur le déficit phonologique et l’impact sur la lecture (Ramus et al., 2013; Majerus et al., 2011 ; Leybaert & La Sasso, 2010). 

Bibliographie

Leybaert, J., & LaSasso, C. J. (2010). Cued speech for enhancing speech perception and first language development of children with cochlear implants. Trends in Application, 14, 96-112.

Majerus, S.,  et al. (2011). Evidence for atypical categorical speech perception in Williams syndrome. Journal of Neurolinguistics, 24, 249-267.

Ramus, F., et al.  (2013). Phonological deficits in specific language impairment and developmental dyslexia: towards a multidimensional model. Brain, 136(2), 630-645.

Dyslexie & dysphasie : les mêmes difficultés en lecture ? un même déficit phonologique ? elisabeth demont*, christelle nithart & marie-noëlle metz-lutz elisabeth.demont@unistra.fr

Demont, Elisabeth (Lpc, université de strasbourg), Nithart, Christelle (Université de strasbourg), Metz-lutz, Marie-noëlle (Université de strasbourg).

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La dyslexie développementale et la dysphasie développementale constituent deux troubles spécifiques du langage. Si la dyslexie est considérée comme une pathologie du langage écrit et la dysphasie comme une pathologie du langage oral, de nombreux dyslexiques semblent présenter des difficultés du langage oral et une majorité des dysphasiques présenterait également des difficultés massives en lecture. Nous inscrivant dans la continuité des études ayant cherché à préciser la nature de la relation entre ces deux troubles neuro-développementaux (e.g. Bishop et al., 2004 ; Catts et al., 2005 ou plus récemment, Ramus et al., 2013), notre recherche visait à déterminer si les difficultés en lecture présentées par les dyslexiques et les dysphasiques étaient liées à un même déficit phonologique. Différents composants du traitement phonologique réputés être impliqués lors de l’apprentissage de la lecture ont été simultanément évalués : discrimination phonologique, conscience phonologique, mémoire phonologique (dont la mémoire sérielle). Au-delà de l’observation chez les enfants dyslexiques et/ou dysphasiques, de difficultés notables dans la manipulation de la structure phonologique du langage, notre étude est une des premières études à mettre en évidence un déficit sévère de la mémoire sérielle. A l’instar de ce qui a été observé pour la conscience phonologique, il convient de souligner que ce déficit apparaît plus marqué chez les dysphasiques. Par ailleurs, seuls les enfants dysphasiques présentent un déficit de la discrimination phonologique (Ziegler et al., 2011). Nos résultats conduisent à conclure que le déficit phonologique à l’origine des difficultés en lecture observés chez des dyslexiques et des dysphasiques ne serait pas de même nature (Demont et al., 2010 ; Nithart et al., 2009).

 

L'apprentissage de la lecture chez des enfants sourds implantés: rôle du code lpc. stéphanie colin, jean ecalle annie magnan

Colin, Stéphanie (Ispef, université lyon), Ecalle, Jean (Lab emc, univ lyon2), Magnan, Annie (Lab emc, univ lyon2 & iuf).

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De plus en plus d’enfants sourds profonds sont munis d’un implant cochléaire (IC). Si les bénéfices sont significatifs en perception de la parole par rapport aux prothèses conventionnelles (Geers et al., 2003; Watson et al., 2006), l’IC ne fournirait qu’une information phonétique imparfaite sur le lieu d’articulation et le voisement (Leybaert et al., 2005). Les mots proches phonologiquement seraient mal perçus, d’autant plus s’ils sont nouveaux, produits rapidement et dans le bruit.

Ce constat conduit à s’interroger sur la pertinence d’une aide à la lecture labiale avec un codage LPC (Langage Parlé Complété) à ces enfants afin qu’ils construisent des représentations phonologiques précises susceptibles de faciliter l'apprentissage de la lecture. Le LPC est un système manuel qui permet une perception visuelle complète en temps réel de la parole (Leybaert et al., 1998). Il permet d’identifier une syllabe du français parlé en combinant les informations manuelle et labiale.  Son apport sur l'apprentissage de la lecture a déjà été mis en évidence  (Colin et al., 2007;  2013) mais peu de travaux portent sur le rôle conjoint de l'IC et du LPC. 

Nous avons comparé les performances d’enfants sourds implantés (précocement vs tardivement) et exposés au LPC (précocement vs tardivement) à celles d’ entendants de même âge chronologique (m = 8;7 ans; sd = 9 mois) et de même niveau scolaire (CE1-CE2) dans des épreuves de phonologie, lecture (décodage et compréhension), orthographe et vocabulaire. Les analyses de régressions révèlent une contribution significative de l’âge d’implantation sur les habiletés testées (après avoir contrôlé l’âge chronologique) et aucun apport significatif du facteur âge d’exposition au LPC. Cependant, conformément à notre hypothèse, les enfants sourds implantés et exposés tôt au LPC développent un profil de lecteur proche des entendants.

Les résultats plaident en faveur de la nécessité de compléter l'apport de l'IC par l'utilisation d'informations visuelles (LPC, lecture labiale) (Leybeart & La Sasso, 2010) pour faciliter la lecture.

Le traitement syllabique en lecture : les enfants dyslexiques y ont-ils accès ?

Maionchi-pino, Norbert (Lapsco, univ. clermont ferrant), Ecalle, Jean (Lab emc, univ lyon2), Magnan, Annie (Lab emc, univ lyon2 & iuf).

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L’une des nombreuses questions qui agite la communauté scientifique concerne la nature du déficit phonologique chez les enfants dyslexiques, alors même que celui-ci tend, progressivement, à être reconnu comme un marqueur universel de leurs difficultés en lecture. Et en français, se pose notamment la question de la taille des représentations phonologiques impliquées. Alors que la syllabe est une unité linguistique dont l’importance est avérée en français (Chetail & Mathey, 2008 ; 2009 ; Doignon & Zagar, 2005 ; 2006 ; Maïonchi-Pino, Magnan, & Ecalle, 2010a), ce n’est pourtant que récemment  certains travaux se sont penchés sur le statut de la syllabe en lecture chez les enfants dyslexiques (Maïonchi-Pino, Magnan, & Ecalle, 2010b; Doignon-Camus et al., 2013). Bien qu’encore peu nombreux, ces travaux ont montré que les enfants dyslexiques seraient capables d’accéder et de segmenter les mots écrits sur la base d’unités syllabiques. De manière surprenante, au même titre que les enfants normo-lecteurs de même âge chronologique et lexique, les enfants dyslexiques seraient sensibles aux propriétés de celles-ci, à savoir : la fréquence de la syllabe initiale, la complexité de la structure syllabique, la sonorité… (Maïonchi-Pino, de Cara, Écalle, & Magnan, 2012a; 2012b). Cette présentation tentera de faire un état des lieux des connaissances actuelles en décrivant les principaux résultats qui contribuent à alimenter le débat qui oppose les partisans de représentations phonologiques sous-spécifiées aux partisans d’un accès aux représentations phonologiques dégradé (Ramus & Szenkovits, 2008) et introduira une nouvelle perspective de recherche qu’est la « grammaire phonologique universelle ». 

Apprentissage de la lecture chez des enfants et adolescents porteurs du syndrome de williams.

Marec-breton, Nathalie (Université rennes 2, crpcc (ea1285), Bonjour, Emmanuelle (Université rennes 2, crpcc (ea1285), Lacroix, Agnès (Université rennes 2, crpcc (ea1285), Majerus, Steve (Université de liège).

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Le syndrome de Williams (SW) est une maladie génétique rare pour laquelle un profil neuropsychologique atypique a souvent été décrit. Celui-ci se caractérise par une dissociation entre la cognition spatiale considérée comme déficiente et le langage considéré comme préservé (Bellugi & al., 2000). Le langage oral des enfants et adolescents porteurs du SW a été beaucoup étudié. Les études mettent en avant des aspects structuraux préservés (le lexique par exemple) et des aspects pragmatiques plus altérés (Lacroix & al., 2007, 2010). Cependant, le langage écrit n’a été que peu exploré. Les principales recherches se sont attachées à étudier les relations existantes entre les capacités phonologiques et le niveau de lecture (Laing & al., 2001 ; Levy & al., 2003 ; Majerus & al., 2011 ; Menghini & al., 2004). L’objectif de notre étude est de caractériser les capacités en décodage et compréhension de 10 SW pour comprendre leurs relations avec leur niveau intellectuel, leurs capacités phonologiques, perceptives, visuo-attentionnelles et visuo-spatiales et leurs capacités mnésiques. Les performances des SW sont comparées à celles d’enfants typiques de même niveau de lecture. Les résultats seront discutés autour de 2 axes : (1) comment se caractérisent le profil des SW dits lecteurs et celui de ceux dits non-lecteurs et (2) comment peut-on expliquer, au regard de leurs compétences, l’accès à la lecture pour certains et le non-accès à la lecture pour d’autres.

 

 


Jeudi, 13h45, Salle des Colloques.

Table-ronde DOA


Jeudi, 16h, Grand Amphi.

Conférence : Francis Eustache : Mémoire explicite et mémoire implicite : des relations paradoxales


Jeudi, 17h, Atrium.

Session poster 2

Refus scolaire anxieux à l’adolescence et fonctionnement familial

Gallé-tessonneau, Marie (Laboratoire de psychologie,ea 4139.université bordeaux2, 3ter place de la victoire 33076 bordeaux), Grondin, Olivier (Laboratoire de psychologie,ea 4139.université bordeaux2, 3ter place de la victoire 33076 bordeaux), Daheron, Laetizia (Service universitaire hospitalier enfants et adolescents, 89 rue des sablières,33077 bordeaux cedex), Doron, Jack (Laboratoire de psychologie,ea 4139.université bordeaux2, 3ter place de la victoire 33076 bordeaux).

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Introduction : La prévalence du refus scolaire anxieux est de 1,7% de la population d’âge scolaire [1]. Les études rapportent des comorbidités de plusieurs troubles anxieux-dépressifs en lien avec ce phénomène [2].  Le repérage est important car selon les types de troubles la prise en charge est différente [1]. Les interactions entre l’enfant et les parents ont été mises en avant dans l’étiologie et le maintien du refus scolaire anxieux [3]. Lors de la prise en charge, il existe un réel enjeu à dépister les troubles associés à cette forme d'absentéisme et à approfondir les liens entre les variables individuelles et les facteurs familiaux. La présente étude porte sur les troubles psychiatriques associés au refus scolaire anxieux et sur l’existence de caractéristiques dans le fonctionnement familial.

Matériel et méthode : La recherche a été menée auprès de 25 adolescents (11 à 18 ans), et leur mère. Le groupe clinique (N = 13) a été recruté dans deux services de pédopsychiatrie. Le groupe contrôle (N = 12) provient d’associations de parents et le critère de sélection est le suivit d’une scolarité à l’école. Ce groupe a été constitué afin que l’âge moyen des deux groupes ne diffère pas significativement. Les troubles psychopathologiques ont été évalués par auto-questionnaires (CDI, STAI-Y) et entretien diagnostic (Mini-Kid). Le fonctionnement familial a été évalué par auto-questionnaire (FAD, composé de sept dimensions) complété séparément par la mère et l’enfant.

Résultats : Les patients présentent, en quasi-totalité un trouble anxieux (N = 12 ; 92,3%) et près de la moitié d’entre eux, les critères d’un trouble dépressif (N = 6 ; 46,2%). L’association la plus importante est entre le trouble panique et l’anxiété généralisée (odd ratio = 5).Sur une mesure dimensionnelle, malgré la présence d’anxiété et de symptômes dépressifs dans le groupe contrôle, le groupe clinique présente significativement plus de symptômes. Pas de différence entre les deux groupes d’adolescents au FAD. Les mères du groupe clinique évaluent le fonctionnement familial comme plus dysfonctionnel que les mères du groupe contrôle sur les dimensions « répartition des rôles », « communication » et « fonctionnement général ». Le degré d’accord mère-adolescent au FAD est plus faible dans le groupe clinique (Kappa = .54) que dans le groupe contrôle (Kappa = .92) sur la dimension « contrôle » (Khi 2 = 4,43, p < .05).

Discussion : Cette étude, bien que portant sur des échantillons restreints, offre des pistes pour l’accompagnement des patients et leur famille. Les patients avec un refus scolaire anxieux auraient un risque important de présenter des troubles anxieux et dépressifs. Le besoin d’une prise en charge renforcée doit être considéré. Les dysfonctionnements exprimés par les mères du groupe clinique appuieraient l’idée que la famille sera en difficulté pour être ressource face aux troubles. Ces mères témoignent de messages familiaux moins rassurants et de rôle de réassurance parents-enfants moins clairs. Il semblerait que mères et adolescents soient moins susceptibles de s’accorder sur la présence de problèmes. Cela va dans le sens d’associer les parents au processus thérapeutique [1], [3], [4].

Mots-clés : refus scolaire anxieux, diagnostic, fonctionnement familial, adolescence.

[1]King, N., Heyne, D., Tonge, B., Gullone, E., & Ollendick,T. (2001). School refusal: categorical diagnoses, functional analysis and treatment planning. Clinical psychology and psychotherapy, 8,352360.

[2] Mcshane, G., Walter, G., & Rey, J-M. (2001). Characteristics of adolescents with school refusal. Austral & New Zeland Jour of Psych 35, 822–826.

[3]Ginsburg, S., Siqueland, L., Masia-Warner, C., & Hedtke, K.(2004). Anxiety Disorders in Children : Family Matters. Cognitive and Behavioral Practice,11,28-43.

[4] Okuyama M., Okada M., Kuribayashi M., & Kaneko S. (1999), « Factors responsible for the prolongation of school refusal », Psychiatry and clinical neurosciences, 53, 461-469.

L'écriture de mots en dénomination d’images, en production sous dictée et en copie immédiate : différentes tâches, différentes trajectoires cognitives ?

Lagarrigue, Aurélie (Lead - université de bourgogne), Bonin, Patrick (Lead - université de bourgogne), Roux, Sébastien (Lead - université de bourgogne), Meot, Alain (Lapsco - université blaise pascal).

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Introduction:Nous produisons de l’écrit induit par différents types de stimuli, dans différents contextes, au quotidien. Les mots sont écrits à partir d'une idée, d'un objet ou d'un évènement, de mots lus ou entendus. Dans chacun de ces contextes, la production orthographique mobilise différents niveaux de traitements:sémantiques, lexicaux, sous-lexicaux, et graphomoteurs. Plusieurs travaux se sont intéressés à la dynamique de mobilisation de ces différents traitements lors de diverses tâches de production écrite. L’objectif de cette étude est de déterminer si les différents traitements sont recrutés de manière identique lors de différentes tâches de production effectuées par les mêmes scripteurs. Nous avons donc examiné la performance orthographique de participants adultes en termes de latence d’écriture, dans 3 tâches de production orthographiques de mots isolés:dénomination d’images, copie immédiate et production sous dictée. Grâce à des analyses de régressions multiples effectuées sur les latences d'écriture, nous avons examiné le poids de différents prédicteurs communs aux 3 tâches:l’imageabilité (composantes sémantiques du traitement orthographique), la fréquence lexicale (accès au lexique orthographique de sortie) et la consistance phono-orthographique (traitements sous-lexicaux orthographiques)

Méthode:Participants: 32 étudiants, de langue maternelle française, ne présentant aucun trouble langagier ou moteur. Chaque sujet a passé 3 sessions distinctes (contrebalancée):dénomination d’images:dessins en noir et blanc; copie immédiate:lettres capitales;dictée:présentation auditive. Chaque session comportait 300 noms concrets. Consigne : réagir le plus rapidement possible dès la présentation du stimulus, éviter les erreurs, et écrire le plus «naturellement» possible. Chaque mot était écrit sur une feuille fixée sur une tablette graphique, avec un stylo à bille compatible. Déroulement de l’expérience et présentation des stimuli pilotés par MovAlyzeR®

Résultats:Les analyses de régression multiple ont été conduites sur les latences d'écriture en incluant différents prédicteurs :ceux communs aux 3 tâches (eg, fréquence lexicale, consistance phono-orthographique et imageabilité) et ceux spécifiques -non détaillés ici- à chacune des tâches (eg,complexité visuelle pour la dénomination; durée acoustique des stimuli pour la dictée). Les principaux résultats ont montré que les prédicteurs communs aux 3 tâches avaient un poids différent en fonction des tâches orthographiques. Il a été mis en évidence que : 1.la fréquence lexicale jouait un rôle dans les 3 taches, son influence était plus forte en dénomination d’images qu’en copie ou en dictée; 2.l’effet de la consistance phono-orthographique n’était significatif qu’en dictée; 3.un effet significatif de l’imageabilité émergeait en dénomination d’images mais pas en copie et dictée

Discussion:Ces résultats suggèrent que la production orthographique de mots mobilise différentes trajectoires cognitives en fonction du type de tâches de production de l'orthographe. L’accès au lexique orthographique de sortie intervient dans les 3 tâches mais serait plus impliqué en dénomination d’images qu’en copie ou en dictée de mots. La trajectoire sémantico-lexicale est fortement impliquée lors de la dénomination d’images. A l’inverse, les traitements sous-lexicaux sont davantage impliqués en dictée, ils ne semblent pas mobilisés de manière déterminante en dénomination d’images et en copie. Ces résultats ont des conséquences majeures au regard des modèles de la production orthographique de mots isolés. Ils suggèrent que la dérivation de l’orthographe n’emprunte pas les mêmes trajectoires cognitives selon la tâche utilisée. Nous proposons ainsi un modèle intégratif de la production orthographique prenant en compte ces différentes trajectoires cognitives. Jusque-là, les modèles de production orthographique disponibles sont spécifiques aux tâches étudiées. Ces résultats ont aussi des conséquences méthodologiques, ils indiquent que les tâches de production orthographique ne sont pas équivalentes selon la/les variables que l’on souhaite étudier

A quel niveau de traitement les connaissances graphotactiques influencent-elles l’apprentissage de l’orthographe lexicale?

Sobaco, Amélie (Laboratoire mémoire et cognition, université paris descartes), Pacton, Sébastien (Laboratoire mémoire et cognition, université paris descartes).

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Plusieurs études ont montré une influence des régularités graphotactiques sur l’apprentissage de l’orthographe lexicale. En évaluant l’apprentissage orthographique avec une dictée après une phase d’étude où des enfants et des adultes sont exposés à de nouvelles orthographes (e.g., gupade, guppade ou gupadde), l’observation de certaines erreurs de régularisation (e.g., gupadde avec le doublet rare dd plus souvent orthographié guppade avec le doublet fréquent pp que l’inverse, Pacton Borchardt, Treiman, Lété & Fayol, en révision) suggère que les sujets orthographient les items en se fondant à la fois sur leurs connaissances orthographiques spécifiques (e.g., la présence d’un doublet) et sur leurs connaissances des régularités graphotactiques (e.g., que certains doublets sont plus fréquents que d’autres). L’évaluation de l’apprentissage orthographique, un certain temps après la phase d’étude, ne permet pas de déterminer si ces régularisations (e.g., doublet rare vers doublet fréquent) surviennent lors du test ou avant, immédiatement après la présentation des items en phase d’étude, voire dès l’encodage.

Le premier objectif de notre expérience est d’explorer la possibilité d’une influence précoce des connaissances graphotactiques en exploitant la règle graphotactique selon laquelle une consonne double peut survenir avant mais non après une consonne simple. Nous avons étudié comment des étudiants (âge moyen 20 ans) restituaient dès leur présentation l’orthographe de trois types de pseudo-mots : 1) sans doublet (noté AB, e.g., guprane), 2) avec un doublet en position légale (noté AAB, e.g., gupprane) et 3) avec un doublet en position illégale (noté ABB, e.g., guprrane). Dans une première condition (restitution immédiate expérimentale, RIE), les sujets voient l’orthographe de chaque item durant 1000 ms et la restituent par écrit dès sa disparition. Dans la seconde condition (restitution immédiate contrôle, RIC), l’orthographe de chaque item demeure visible jusqu’à ce que les sujets aient terminé de la copier. Le second objectif est d’étudier avec une tâche ultérieure de dictée le niveau d’apprentissage orthographique des pseudo-mots et la nature des erreurs commises par les participants de ces deux conditions et par d’autres participants qui devaient uniquement lire les pseudo-mots.

En restitution immédiate, si les orthographes des items AB et AAB étaient presque toujours restituées correctement (98.7% et 98.3%), certaines erreurs étaient commises pour les items ABB, de façon plus prononcée dans la condition RIE que dans la condition RIC. Les items ABB étaient souvent orthographiés AAB (e.g., guprrane orthographié gupprane) (16.2%) alors que l’inverse n’était jamais observé.

Au test final, si les performances ne variaient pas en fonction du type d’item dans la condition RIC (ps>.11), les items ABB étaient moins souvent orthographiés correctement que les items AB et AAB dans les deux autres conditions et ce de façon plus prononcée dans la condition lecture seule (72,9% vs 35.4% en lecture ; 87.5% vs 70.8% en RIE, ps<.01). Les erreurs de transposition concernaient presque exclusivement les items ABB. Parmi les sujets qui restituaient les orthographes durant la phase d’étude, ceux commettant des erreurs de transposition au test final les avaient souvent commises en phase d’étude.

L’occurrence de ces erreurs de transpositions en restitution immédiate dans les conditions RIE et RIC et lors de la dictée en lecture et RIE suggère que la régularisation ne surviendrait pas seulement tardivement (lors de la dictée finale) mais parfois très tôt, immédiatement après la présentation de l’item à copier, voire lors dès l’encodage, au moins chez certains participants de la condition RIC.

 

 

Références.

 

Pacton, S., Borchardt, G., Treiman, R., Lété, B., & Fayol, M. (in revision). Learning to spell from reading: General knowledge about spelling patterns can distort memory for specific words. Quaterly Journal of Experimental Psychology. 

Processus d’adaptation lors de la perception de la parole rapide chez l’enfant

Guiraud, Hélène (Laboratoire dynamique du langage, cnrs, lyon), Bedoin, Nathalie (Laboratoire dynamique du langage, cnrs, lyon), Ferragne, Emmanuel (Clillac-arp, ea 3967, université paris diderot, paris), Boulenger, Véronique (Laboratoire dynamique du langage, cnrs, lyon).

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Introduction. L'adaptation à la parole compressée temporellement et à la parole naturelle rapide a été décrite chez les adultes [1-2]. La perception de parole naturelle rapide est toutefois plus difficile : si la parole compressée altère la structure temporelle du signal, l'accélération naturelle induit des changements spectro-temporels et des phénomènes de coarticulation [3], rendant sa perception plus complexe. Notre étude a pour but d'étudier, pour la première fois à notre connaissance, si les enfants s'adaptent aux variations de débit de parole comme les adultes. Méthode. 18 enfants sains (8.23 ans en moyenne) ont été testés. 300 phrases dont le dernier mot était cohérent ou non avec le contexte ont été produites par un locuteur français à un débit de parole normal (6.8 syll/s) puis rapide (9.2 syll/s). À partir des phrases à débit normal, des phrases compressées temporellement ont été créées au même débit que leurs équivalents à débit rapide. Le total des 900 phrases a été réparti en 12 listes, chacune divisée en 3 blocs (25 items) correspondant aux 3 débits (ordre des blocs : normal, rapide, compressé). La tâche des enfants était d'écouter et de juger la cohérence des phrases en appuyant sur 2 touches du clavier. Les temps de réponse (TR) et les scores de bonnes réponses ont été mesurés. Afin d'étudier l'adaptation (évolution des performances en fonction du temps d'exposition aux phrases), chaque bloc a été divisé en 5 mini-blocs de 5 phrases [2]. Résultats. Les scores sont significativement plus faibles (F(2, 198) = 5.62, p = .004) pour la parole naturelle rapide que pour la parole à débit normal et la parole compressée qui ne diffèrent pas. Une adaptation à la parole naturelle rapide et compressée est observée sous forme d'une diminution des TR au fur et à mesure de l'exposition aux phrases (F(2, 25) = 3.646, p = .04). Après l'écoute de 5 à 10 phrases, les TR diminuent de 258 ms pour la parole naturelle rapide et de 351 ms pour la parole compressée ; les performances atteignent ensuite un plateau. Les TR pour les phrases à débit normal sont en revanche stables tout au long du bloc. Aucune adaptation n'est observée sur les scores. Discussion. Cette étude suggère que les enfants, comme les adultes [1-2], s'adaptent à la parole naturelle rapide et à la parole compressée. La mise en place d'une adaptation rapide pour les 2 types de parole accélérée, mais les scores inférieurs pour la parole naturelle, pourraient refléter des différences qualitatives de traitement. Pour traiter les changements spectro-temporels et le fort recouvrement articulatoire des segments dans la parole naturelle rapide [3], l'auditeur devrait utiliser un système différent de règles acoustico-phonétiques pour extraire les indices pertinents pour identifier les phonèmes [4]. Ce processus recruterait des aires cérébrales supplémentaires [5]. Dans la parole compressée en revanche, des indices temporels raccourcis doivent être traités (renforçant l'implication de l'hémisphère gauche) sans que cela implique forcément de changer de règles. De futures études permettront de tester cette hypothèse et d'examiner l'adaptation aux variations de débit de parole chez les enfants à des âges différents. Références [1] Dupoux, E & Green, K (1997). Perceptual adjustment to highly compressed speech: effects of talker and rate changes. J Exp Psychol Hum Percept Perform, 23(3):914-927. [2] Adank, P & Janse, E (2009). Perceptual learning of time-compressed and natural fast speech. J Acoust Soc Am, 126(5):2649-2659. [3] Janse, E (2004).Word perception in fast speech: artificially time-compressed vs. naturally produced fast speech. Speech Comm, 42:155-173. [4] Golomb, JD, Peelle, JE, & Wingfield, A. (2007). Effects of stimulus variability and adult aging on adaptation to time-compressed speech. J Acoust Soc Am, 121(3):1701-1708. [5] Adank, P & Devlin, JT. (2010). On-line plasticity in spoken sentence comprehension: adapting to time-compressed speech. Neuroimage, 49(1):1124-1132.

Un dispositif d’évaluation en ligne de la lecture et de ses compétences associées

Bouchafa, Houria (Uco angers), Beauvais, Lucie (Emc lyon2), Beauvais, Caroline (Emc lyon2), Magnan, Annie (Emc lyon2), Ecalle, Jean (Emc lyon2).

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La question de l'examen informatisé des compétences en lecture (Singleton et al., 2000) et de son avantage (Wang et al., 2008) est apparue il ya une quinzaine d'années. L'objectif visé ici est de développer un dispositif via le web (Tinfolec- Test Informatisé de la Lecture) qui évalue certains aspects de la composante identification de mots écrits dont on connaît le caractère essentiel en lecture (Ecalle & Magnan, 2010). Trois types de processus (alphabétique, phonologiques (habiletés phonologiques et décodage) et visuo-orthographiques) seront plus précisément examinés lors de 5 tâches qui ont pour caractéristique principale de ne faire appel à aucune réponse vocale (Ecalle, 2010).

Les cinq tâches nécessitent l'accès au web via le serveur d'un éditeur (Gerip) au cours desquelles l'évaluation de la lecture (3 tâches) et de ses compétences associées (2 tâches) est réalisée : 1/ connaissances du son des lettres (déterminer si la lettre présentée sur l'écran permet de commencer à écrire un pseudomot présenté oralement, 40 items), 2/ discrimination phonologique (comparer deux syllabes orales présentées successivement ; 24 paires), 3/ décodage (décider si deux pseudomots présentés à l’écran sont phonologiquement identiques ou non ; 24 paires), 4/ discrimination orthographique (dire si deux items présentés à l'écran sont identiques ou pas ; 40 paires), 5/ décision lexicale (décider si une suite de lettres est ou non un mot ; 40 items).

L’enfant devant l’écran, muni d'un casque lors des tâches auditives (1 et 2) recevait la consigne de répondre oui ou non le plus correctement et rapidement possible à chacun des items à l'aide des touches indiquées. L’ordre des items comme celui des tâches a été aléatorisé.

Ce dispositif a été proposé à 950 élèves d’écoles primaires équipées d'ordinateurs branchés sur le réseau internet. Ces élèves se répartissent entre les classes de CE1, CE2, CM1 et CM2 de plusieurs départements de l’ouest et du centre de la France.

Les réponses correctes et les temps mis pour répondre correctement seront pris en compte simultanément afin d’obtenir un indice de vitesse et de précision (IVP) attestant du niveau d'expertise (ou de difficultés) en lecture. On observe des coefficients de corrélation positifs significatifs entre les scores IVP aux 5 tâches. En outre, les effets attendus du niveau scolaire et des facteurs lexicaux (fréquence, longueur et régularité) sont relevés dans les tâches de traitement orthographique (4 et 5): les indices IVP progressent significativement du CE1 au CM2 et ils sont significativement supérieurs pour les mots fréquents, les mots courts et les mots réguliers.

A terme, après étalonnage, cet outil informatisé devrait fournir aux professionnels un compte rendu complet (diagnostic "on-line") du niveau de lecture et des difficultés éventuelles sur les différents processus engagés directement ou indirectement en identification de mots écrits.

Références

Ecalle, J. (2010). L'évaluation de la lecture et des compétences associées. Revue Française de Linguistique Appliquée, 1, 105-120.

Ecalle, J., & Magnan, A. (2010). L'apprentissage de la lecture et ses difficultés. Paris: Dunod.

Singleton, C., Thomas, K., & Horne, J. (2000). Computer-based cognitive assessment and the development of reading. Journal of Research in Reading, 23(2),158-180.

Wang, S., Jiao, H., Young, M.J., Brooks, T., & Olson, J. (2008). Computer-based and paper-and-pencil testing in K-12 reading assessments. A meta-analysis of testing mode effects. Educational and Psychological Measurement, 68(1), 5-24.

Liens fonctionnels entre langage et motricité : effets de l’âge d’acquisition

Roman, David (Ureca, univ lille nord de france, rue du barreau, 59653 villeneuve d’ascq, france), Delevoye, Yvonne (Ureca, univ lille nord de france, rue du barreau, 59653 villeneuve d’ascq, france), Perre, Laetitia (Ureca, univ lille nord de france, rue du barreau, 59653 villeneuve d’ascq, france).

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Introduction:

De nombreuses évidences existent en faveur de liens entre langage et motricité chez l’humain (pour une revue, voir Willems & Hagoort 2007 ; et Roby-Bramy, Hermsdörfer, Roy & Jacobs, 2013). Le développement du langage étant étroitement lié au développement de la motricité fine lors de la phylogénèse, ces deux habiletés sont liées comme en témoignent les données neuropsychologiques chez les aphasiques et apraxiques, ainsi que le partage de réseaux neuronaux communs entre langage et motricité. Au niveau phonologique, la manipulation de variables acoustiques montre que les aires corticales motrices et prémotrices seraient impliquées dans la perception de la parole. Au niveau sémantique, l’activation de ces mêmes aires corticales lors du traitement de matériel verbal dont on manipule la signification – par exemple nom ou verbe – montre que la motricité fait partie intégrante de la signification des mots. Mais à notre connaissance, aucune variable lexicale – niveau intermédiaire entre la perception phonologique de la parole et l’accès à la signification du mot – n’a été utilisée pour tester les liens entre langage et motricité.

En linguistique, l’âge d’acquisition d’un mot (AoA) est une variable lexicale qui influence le traitement des mots, comme la latence de dénomination de mots (Morrison, Ellis & Quinlan, 1992; Barry & Hirsch 2001). Nous nous demandons alors si cet âge d’acquisition aura un impact sur la latence d’initiation de pantomimes lors de présentations d’images, en plus d’influencer la latence de dénomination d’images. En se basant sur l’existence de cette variable en langage, nous proposons de créer une variable lexicale pour le geste qui est l’AoA du geste, pour en déterminer les effets dans les deux tâches susmentionnées.

Méthode :

La variable d’AoA du geste a été recueillie auprès de 10 adultes. Les tâches ont été réalisées par deux groupes indépendants de 24 et 26 adultes. 76 images ont été sélectionnées dans deux bases d’images validées (Alario & Ferrand, 1999). Les objets devaient être manipulables et facilement nommables.

Tâche 1 : dénommer le plus rapidement les objets présentés sur ordinateur.
Tâche 2 : réaliser le pantomime associé à l’objet.

Les temps de réaction sont enregistrés grâce à un micro et un bouton sous la main des sujets.

Résultats :

Les premières analyses statistiques montrent que l’AoA lexical est fortement corrélé à l’AoA du geste (r=.56 ; p<.0001). Les deux variables ont les mêmes effets significatifs. Plus l’AoA est précoce, plus l’objet est dénommé rapidement et le pantomime initié rapidement.

Discussion :

Ces premiers résultats révèlent un lien fonctionnel potentiel entre langage et motricité. Une discussion est apportée au regard des modèles de traitements langagier et praxique, et des diverses études à ce sujet. L’étude du locus des AoA dans le système de traitement pourra être réalisée en utilisant les techniques d’EEG et EMG.

Références:

Alario, F.X., Ferrand, L. (1999). A set of 400 pictures standardized for French : Norms for name agreement, image agreement, familiarity, visual complexity, image variability, and age of acquisition. Behavior Research Methods, Instruments, & Computers, 31(3), 531-552.

Barry, C., Hirsh, K. W., Johnston, R. A., & Williams, C. L. (2001). Age of Acquisition, Word Frequency, and the Locus of Repetition Priming of Picture Naming. Journal of Memory and Language, 44(3), 350‑375.

Morrison, C. M., Ellis, A. W., & Quinlan, P. T. (1992). Age of acquisition, not word frequency, affects object naming, not object recognition. Memory & Cognition, 20(6), 705‑714. 

Roby-Brami A., Hermsdörfer J., Roy A. C.& Jacobs S. (2013) A neuropsychological perspective on the link between language and praxis in modern humans. Philos Trans R Soc Lond B Biol Sci., 367(1585), 144-60

Willems, R. M., & Hagoort, P. (2007). Neural evidence for the interplay between language, gesture, and action: A review. Brain and Language, 101(3), 278‑289.

 

Inhibition de réponse en audition et traits phonologiques : etude en potentiels évoqués

Bedoin, Nathalie (Laboratoire dynamique du langage, umr 5596 – cnrs, université lyon 2), Krzonowski, Jennifer (Laboratoire dynamique du langage, umr 5596 – cnrs, université lyon 2), Ferragne, Emmanuel (Clillac-arp, ea 3967, université paris 7).

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Introduction. L’inhibition de réponse permet de refréner des comportements inadaptés. Quand elle est perturbée, l’impulsivité qui en découle affecte la qualité de vie et peut participer à certaines pathologies. Les épreuves de Go/Nogo permettent de détecter les anomalies de l’inhibition. Le participant répond à des stimuli standards fréquents (condition Go), mais s’en abstient devant les rares stimuli déviants (condition Nogo). En potentiels évoqués (ERPs), l’amplitude des ondes N2 et P3 augmente en condition Nogo. Même lorsque les fausses alarmes sont rares, l’impulsivité se traduit par l’atténuation de ces deux phénomènes, indice précieux d’un déficit modéré de l’inhibition.

Bien que les tests de Go/Nogo portant sur des stimuli auditifs soient utiles, ils ne produisent qu’une faible augmentation de l’amplitude des N2 et P3 [1], ce qui conduit à s’en détourner. Quelques études ont cependant montré une accentuation de la N2 à condition que des sons très difficiles à distinguer soient présentés ou qu’une simple différence de lieu d’articulation soit manipulée entre des consonnes [2].  

Méthode. En respectant cette contrainte de difficulté, une expérience en EEG (N=15) visait à répliquer cet effet en français dans 3 blocs présentant le standard /yty/ (80% des stimuli) et, soit le déviant /ydy/ (différence de voisement), soit le déviant /ypy/ (différence de lieu),  soit le déviant /ysy/ (différence de mode d’articulation). L’objectif était de découvrir le trait phonologique le plus adapté à ces tests, et connaître l’onde la plus sensible au degré de difficulté imposé à l’inhibition. L’hypothèse était qu’une différence d’un seul trait, quel qu’il soit, suffirait à l’augmentation des N2 et P3 en cas d’inhibition. De plus, l’amplitude de la P3 serait modulée par la saillance perceptive du trait.

Résultats. Les résultats comportementaux montrent peu de fausses alarmes et pas de variation significative des temps de réponse selon le trait. Par contre, l’augmentation d’amplitude de la N2 en condition Nogo, corrélat de l’inhibition de réponse, est significative quel que soit le trait manipulé. L’augmentation de la P3 constitue un corrélat encore plus net de l’inhibition ; elle est de plus très sensible au trait manipulé. Significativement plus ample pour une différence de mode que pour une différence de voisement, elle l’est aussi davantage pour le voisement que pour le lieu, conformément à une hiérarchie proposée par [3] et à des arguments acoustico/phonologiques sur la prépondérance du mode. En outre, une différence d’amplitude de la P3 entre le voisement et le lieu sur l’hémisphère droit (HD) confirme l’implication plus forte de cet hémisphère pour le voisement.

Discussion. Cette étude montre qu’il est possible d’évaluer l’inhibition de réponse avec des tests auditifs de Go/Nogo en EEG, comme il est classique de le faire en vision. Cela suggère que les mécanismes d’inhibition ne sont pas radicalement différents dans ces deux modalités. Il est cependant recommandé de faire varier le mode d’articulation pour recueillir des indices nets de ce processus. La sensibilité de l’amplitude de la P3 à la difficulté d’exécution de l’inhibition (sensibilité à la saillance perceptive des traits) encourage à observer particulièrement la P3. Enfin, les résultats nous renseignent sur les traitements cognitifs des traits phonologiques (ils dégagent une hiérarchie des représentations phonologiques et confirment l’implication de l’HD dans le traitement du voisement), ce qui encourage à utiliser ce paradigme jusqu’ici peu employé dans ce domaine de recherche.

Références

[1]    Falkenstein, M, Hoormann, J, & Hohnsbein, J, (1999). ERP components in Go/Nogo tasks and their relation to inhibition. Acta Psychol, 101(2-3), 267-291.

[2]    Nieuwenhuis, S, Yeung, N, & Cohen, JD, (2004). Stimulus modality, perceptual overlap, and the go/no-go N2. Psychophysiology, 41(1), 157-160.

[3]    Peters, RW, (1963). Dimensions of perception of consonants. J Acoust Soc Am, 35,1985-1989.

Traits de personnalité et intention de poursuivre ou d’abandonner un projet de thèse : quelles actions préventives pour la santé et la réussite des doctorants ?

Osanna jacolin, Florence (Université lyon 2), Tatu petric, Ofelia (Université d'artois), Marassot, Jenifer (Université lyon 2), Ait-maten, Roumaissa (Université lyon 2).

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La réussite à l’université n’est pas prédéfinie. En effet des facteurs externes et internes interagissent pour favoriser la réussite ou l’échec universitaire (Bonin et Bujold, 2007 ; Gérard, 2010 ; Pirot et de Ketele, 200 ; Romainville, 2002). Dans la première partie de cette étude, nous avons interrogé l’influence des facteurs internes, et notamment des traits de personnalité des doctorants, sur l’intention de poursuivre ou d’abandonner le projet de thèse. Ensuite, dans la deuxième partie nous nous sommes intéressés au vécu des doctorants pendant la préparation de leur thèse, à leurs difficultés et aux ressources disponibles et accessibles, ainsi qu’à l’impact du projet de thèse sur leur santé et leur bien-être. Nous avons uniquement interrogé des personnes en cours de thèse.

A partir d’un questionnaire construit sur la base de l’échelle d’affectivité positive et négative (PANAS) (Bruchon-Schweitzer, 2002) et des questions ouvertes (élaborées suite à des entretiens exploratoires avec des doctorants), 70 doctorants ont été sollicités pour  répondre sur les difficultés qu’ils pouvaient rencontrer pendant leur thèse, sur l’accessibilité et la disponibilité des ressources, sur l’intention de continuer ou d’abandonner le projet de thèse et en fin sur l’impact du projet de thèse sur leur santé. Des donnée sociologiques ont été aussi recueillis (année de thèse, activité professionnelle parallèle à la thèse, arrêts des études antérieurs à la thèse).  Les résultats mettent en évidence plusieurs aspects. Tout d’abord nous pouvons constater effectivement l’impact des traits de personnalité sur l’intention de poursuivre ou d’abandonner la thèse. Les interactions entre différentes personnalités (d’affects négatifs versus affects positifs), pourraient jouer un rôle dans la réussite ou l’abandon d’une thèse. Cependant, pour la majorité des doctorants les deux types de facteurs (internes et externes) coexistent et les facteurs externes viennent amplifier les facteurs internes. Ensuite, nous pouvons noter que parmi les difficultés rencontrées les doctorants évoquent : l’incertitude sur l’avenir professionnel, la précarité financière, la place sociale du doctorant et sa non-reconnaissance. De plus les résultats montrent différentes phases selon le nombre d’années d’engagement dans la thèse. Il semble que plus celle-ci est longue, plus il est difficile pour un doctorant d’abandonner. Paradoxalement cela ne garantit pas que le doctorant aime encore ce qu’il fait mais il ne veut pas avoir l’impression d’avoir fait tout ce chemin pour rien. En ce qui concerne les ressources disponibles et surtout accessibles, les doctorants évoquent le soutien social (émotionnel, instrumental et informationnel) surtout de la famille et des amis.  Tous les doctorants affirment que le projet de thèse à un impact négatif sur leur santé et considèrent que des actions doivent être mises en place en terme de prévention des risques pour leur santé.

Cette étude s’inscrit dans une démarche exploratoire et ne concerne que les sciences humaines et sociales. De plus l’échantillon de notre recherche n’est pas suffisamment important pour généraliser ces résultats à l’ensemble de la population des doctorants. Cependant, elle confirme les résultats des études déjà existantes (Haag, 2012 ; Moguérou, 2003), s’intéresse aux ressources disponibles et propose une réflexion sur des actions préventives de l’abandon et des impacts négatifs sur la santé.

 

Bonin, S. & Bujold, J. (2007). Profils des étudiants et facteurs de réussite aux cycles supérieurs : le projet ICOPE à la rescousse. Québec.

Bruchon-schweitzer, M. (2002). Psychologie de santé, modèles, concepts et méthodes. Paris : Dunod.

Gérard, L. (2010). La supervision de mémoire en master : l’étudiant comme principal acteur de sa réussite. Revue Internationale de Pédagogie de l’Enseignement Supérieur. Nancy.

Haag, P. (2012). Anxiété-traits, stress perçu et symptômes somatiques chez les doctorants. Université Paris-Ouest-Nanterre : Mémoire de Master 1.

Le diagnostic du burnout : un enjeu pour la recherche et pour l’intervention

Girault-lidvan, Noëlle (Université paris descartes), Amoura, Camille (Université de reims champagne ardenne), Berjot, Sophie (Université de reims champagne ardenne).

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Introduction. Cette étude s’inscrit dans le cadre d’une recherche longitudinale auprès d’étudiants en ostéopathie en dernière année de formation initiale (5ème année), afin de mettre en évidence la relation entre les attentes professionnelles, la motivation et le bien-être psychologique (stress, burnout, affects).

La population des étudiants ostéopathes en fin de formation se trouve à une période décisive d'apprentissage de la pratique en responsabilité clinique supervisée, qui constitue une préparation directe à l’exercice professionnel, et dont la validation conditionne l'entrée dans la vie active à brève échéance. On mesure l’évolution des étudiants entre T1 (3 mois de pratique) et T2 (8 mois de pratique) (phase 2 en cours).

Se pose donc la question de savoir comment ces étudiants perçoivent le début de leur pratique clinique, et comment la façon dont elle se déroule peut avoir des incidences sur leur motivation, ainsi que sur leur niveau de stress et de burnout, juste avant l’entrée sur le marché du travail et la confrontation à la vie professionnelle.

Objectifs spécifiques. Nous nous interrogeons ici plus particulièrement sur le caractère adéquat de l’évaluation du burnout : 1. selon son objectif (visée diagnostique / de recherche) ; 2. selon les modalités de son apparition éventuelle (visée de recherche) ; 3. selon le niveau de vulnérabilité au burnout qu’elle permet d’établir dans un contexte donné (visée d’intervention).

Méthode. Population : 93 étudiants de 5ème année d’ostéopathie (phase 1 après 2 à 3 mois de pratique).

Outils : Mesure du stress (EVA) et du burnout (MBI) ; PANAS ; Mesures de motivation et de perception de la supervision.

Résultats. L’analyse des scores aux 3 dimensions du burnout, selon les cut-offs proposés par Dion et Tessier (1994), Maslach et al. (1996), Cathébras et al. (2004), et selon le tiercilage sur notre population, montre une incidence de burnout de respectivement 0% à 3,2%, et 9,7%. Par contre l’analyse en clusters met clairement en évidence un groupe avec burnout avéré (21,5%). De plus, les catégorisations par cut-off ne permettent pas de prédire (ANOVA) d’autres variables associées au burnout (stress, motivation au travail, affects). Enfin, les deux autres groupes dégagés par cette analyse, l’un avec très peu d’épuisement émotionnel (EE) et de dépersonnalisation (DP), mais un accomplissement personnel (AP) très faible, l’autre avec un niveau moyen d’EE et de DP, mais un niveau élevé d’AP, indiquent des voies différentes d’entrée en burnout.

Discussion. L’analyse en clusters met en évidence une discordance importante entre le diagnostic de burnout établi d’après des cut-offs (y compris sur la population de référence) et celui résultant de cette analyse. Est ainsi posée la question de l’usage des cut-offs (contre-indiqué par les principaux auteurs, mais couramment appliqué aussi bien en recherche qu’en pratique clinique), avec les conséquences qui s’ensuivent : évaluation incorrecte du burnout effectif dans une population donnée ; pas de compréhension des modalités d’entrée dans le burnout ; ciblage inadapté des interventions de prévention secondaire et tertiaire. Outre des interventions liées à l’aspect motivationnel (qui seront développées d’après les résultats de l’étude globale), sont envisagées dès à présent des interventions ciblées de soutien vis-à-vis du burnout (en fonction des profils dégagés) auprès des étudiants ostéopathes en dernière année de formation.

Références bibliographiques

Dion, G. et Tessier, R. (1994). Validation de la traduction de l’Inventaire d’épuisement professionnel de Maslach et Jackson. Revue canadienne des sciences du comportement, 26 (2), 210-227.

Maslach, C., Jackson, S. E., & Leiter, M. P. (1996).  The Maslach Burnout Inventory (MBI). Palo Alto, CA: Consulting Psychologists Press. 3rd edition.

Validation d’une classification des jeux de hasard et d’argent sur une cohorte de 628 joueurs français

Bouju, Gaëlle (Institut fédératif des addictions comportementales, chu de nantes et ea4275, université de nantes), Hardouin, Jean-benoit (Ea4275 sphere, université de nantes), Renard, Noëlle (Institut fédératif des addictions comportementales, chu de nantes et ea4275, université de nantes), Legauffre, Cindy (Service de psychiatrie et addictologie, hôpital louis mourier (ap-hp), colombes), Valleur, Marc (Centre médical marmottan), Magalon, David (Département de psychiatrie adulte, chu sainte marguerite, marseille), Fatseas, Mélina (Laboratoire de psychiatrie / sanpsy cnrs usr 3413, université victor segalen, bordeaux), Chereau-boudet, Isabelle (Département de psychiatrie, chu de clermont-ferrand), Gorsane, Mohamed-ali (Département de psychiatrie et d'addictologie, chu paul brousse, villejuif), Guilleux, Alice (Ea4275 sphere, université de nantes), Venisse, Jean-luc (Institut fédératif des addictions comportementales, chu de nantes et ea4275, université de nantes), Grall-bronnec, Marie (Institut fédératif des addictions comportementales, chu de nantes et ea4275, université de nantes).

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Introduction :

La littérature internationale sur l’étiologie du jeu pathologique est principalement axée sur les facteurs individuels ou environnementaux. Ainsi, l’objet même de l’addiction est souvent oublié et reste peu étudié, alors même que la distinction des différents jeux choisis par les joueurs semble déterminante à la fois en termes de prise en charge et de prévention. Ce manque de recherche sur le sujet pourrait tenir à l’absence de classification claire et pertinente des jeux de hasard et d’argent (JHA).

En 2010, Bjerg (1) a proposé de distinguer les jeux de hasard en 4 catégories, en fonction de deux caractéristiques:
- la présence ou non d’adresse dans le jeu
- l’adversaire du joueur : un opérateur (espérance de gain toujours nulle) ou d’autres joueurs (jeux dits sociaux) (espérance de gain nulle ou positive)

Cette classification a été en grande partie corroborée dans l’ouvrage de Boutin (2). Toutefois, aucune validation scientifique n’a pour le moment vérifié sa pertinence. C’est ce que nous nous proposons de faire dans ce travail. 

Matériel et méthode :

Cette étude est basée sur une cohorte de 628 joueurs de JHA (cohorte JEU), recrutés dans des lieux de jeu, des centres de soins et par voie de presse.

La première étape consistait à décrire les caractéristiques associées à chacun des jeux de prédilection pratiqués dans la cohorte JEU, notamment selon les classifications existantes.

La seconde étape consistait à vérifier la pertinence d’un regroupement de ces différents jeux dans les classifications existantes, en déterminant notamment si les groupes de joueurs formés sont homogènes au sein des classifications ou si un autre regroupement pourrait être plus pertinent.

Les variables étudiés comprenaient les variables socio-démographiques, les habitudes de jeu, la sévérité des problèmes de jeu, les distorsions cognitives, les comorbidités psychiatriques et le profil de personnalité.

Résultats :

Treize dossiers ont été exclus a posteriori de l’analyse car il a été impossible de déterminer avec certitude leur jeu de prédilection. Les 9 activités de jeu ont pu être réparties dans 3 des 4 catégories de la classification de Bjerg (1):

- jeux de hasard pur contre opérateur: jeux de grattages (n=78), machines électroniques (machines à sous et vidéopoker) (n=164), roulette (n=24), tirages avec résultats instantanés (Rapido, Bingo) (n=16), tirages avec résultats différés (Loto, Euromillion, Kéno) (n=70)

- jeux de hasard et d’adresse contre opérateur: paris hippiques (n=134), paris sportifs (n=48), Black Jack (n=3)

- jeux de hasard et d’adresse sociaux: poker (n=78).

La catégorie des jeux de hasard pur sociaux n'était pas représentée dans la cohorte.

Seules les analyses descriptives étaient disponibles au moment de soumettre ce résumé. Elles permettaient d’observer que la présence ou non d’adresse impactait plutôt le ratio hommes/femmes (à prédominance masculine pour les jeux avec adresse et équilibré pour les jeux sans adresse) et les troubles associés (addictifs pour les jeux avec adresse et anxio-dépressifs pour les jeux sans adresse). Par ailleurs, le fait de jouer contre un opérateur semblait associé à une sévérité des problèmes de jeu plus importante, et à un profil de « chasing » plus marqué.

Nous reviendrons plus en détail dans le poster sur la validation de la classification.

Discussion :

Les classifications des jeux de Bjerg (1) et de Boutin (2) semblent proches et pertinentes d’un point de vue clinique. Elles semblent permettent de regrouper des joueurs qui se ressemblent sur un ensemble de caractéristiques de pratique de jeu et de psychopathologie des joueurs. Nous discuterons plus précisément dans le poster ces classifications selon les résultats de la seconde partie de l’analyse.

Références bibliographiques :

1. Bjerg, 2010. problem gambling in poker : money, rationality and control in a skill-based social game. International gambling studies, 10(3) : 239-254.

2. Boutin, 2010. Le jeu: chance ou stratégie? (Les Editions de l'Homme ed.). Montréal.

Déterminants de l'expérience positive et négative des usagers des transports en commun : une étude exploratoire.

Grison, Elise (Ifsttar-lpc et paris descartes-lmc), Gyselinck, Valérie (Paris descartes-lmc), Burkhardt, Jean-marie (Ifsttar-lpc).

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Introduction

Cette étude a été réalisée afin de mieux comprendre les facteurs influençant le choix d'itinéraires en transports en commun (TC). La littérature montre que lorsque doivent identifier les facteurs qu'ils prennent en compte dans leur choix de mode de transport, ils évoquent trois types de facteurs: contextuels (objectif du trajet, état psychologique); personnels (le temps de trajet, le confort); et l'attitude (pro-environnementale, avoir de fortes habitudes). D'autres études ont porté leur attention sur des situations réelles rencontrée par les usagers et indiquent qu'une expérience satisfaisante vis-à-vis d'un mode de transport (notamment en TC) pourrait conduire à changer de mode. Toutefois, ce qui définit l'expérience de satisfaction lors des trajets en TC ne semble pas encore établi. Cette étude vise à combler cette lacune en explorant les facteurs liés à l'expérience concrète des usagers des transports en commun.

Méthode

Participants: 19 adultes de 19 à 50 ans, utilisant les TC de la région Ile-de-France ont été recrutés.

Entretien: La grille d'entretien a été conçue selon la technique des incidents critiques et propose au participant d’exposer en détail des incidents critiques (IC) répondant à quatre situations: un itinéraire habituel, ou une alternative, qui a été soit regretté, soit satisfaisant. Les participants pouvaient raconter un nombre variable d’incidents dans chaque situation.

Analyse des données: Après retranscription des IC, nous avons associé à chacun les caractéristiques suivantes : Valence des incidents, Fréquence d'utilisation du trajet, Lieu, Moment de la journée, But, Type d’itinéraire (direct ou non), Facteur critique (Problème du système de transport, Ignorance du réseau, Bien-être, Efficacité temporelle ou Evénement inhabituel) et Motivation.

Résultats

94 IC ont été recueillis. Nous avons effectué une analyse des correspondances multiples spécifiques avec 5 variables actives: Lieu, Moment de la journée, But, Type d’itinéraire, Facteur critique et  3 variables supplémentaires: Valence de l’incident, Fréquence d’utilisation du trajet et Motivation. Deux axes résument 80,4% de la variance. Nous avons retenu pour les axes les modalités dont la contribution était supérieure au critère de 5,55% (100/18 modalités).

L'axe 1 oppose des trajets intra-muros, uni-modaux effectués le matin pour se rendre au travail et des trajets extra-muros, multi-modaux davantage le soir pour rentrer chez soi, auxquels est associé un événement inhabituel.

L'axe 2 oppose des trajets effectués le matin pour se rendre sur le lieu d'étude associé à l'efficacité temporelle et des trajets directs pour se rendre à une activité de loisirs à Paris durant lesquels les problèmes de transport affecte la satisfaction du trajet.

Pour la Valence de l’incident, il n'y a pas de différence entre les deux modalités sur les deux axes. Pour la Fréquence d’utilisation du trajet, ses deux modalités s’opposent sur l’axe 1 (différence de 0,5), les trajets habituels sont plutôt emprunté le matin et les alternatives pour le retour chez soi. Enfin pour la variable Motivation, nous observons une opposition sur l’axe 1 (différence de 1,79) entre les modalités Fiabilité pour les trajets le matin et Condition exceptionnelle pour les trajets le soir.

Discussion

Les résultats montrent différents patterns de trajets décrivant des contextes spécifiques qui se différencient selon les modalités des facteurs révélés dans l'étude: but du trajet, moment de la journée, type d'itinéraire, fréquence et criticité. Il n'apparaît pas de déterminant permettant d'attribuer une valence au trajet, elle résulterait de la combinaison de multiples facteurs. Ceci suggère que les modalités du facteur critique peuvent avoir un impact positif ou négatif selon le contexte dans lequel elles interviennent. En revanche, on remarque que les alternatives sont plutôt prises le soir pour rentrer chez soi, dans un contexte, à priori plus flexible et pour des raisons liées aux affects.

Evaluation du transfert d’apprentissage d’une procédure en environnement virtuel à une situation réelle

Hoareau, Charlotte (Lab-sticc), Ganier, Franck (Lab-sticc), Querrec, Ronan (Lab-sticc), Buche, Cédric (Lab-sticc), Le corre, Frédéric (Lab-sticc).

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INTRODUCTION

La question du transfert est fondamentale pour les environnements virtuels (EV) de formation. Si leur objectif premier est l’acquisition de nouvelles connaissances exécutables, ils ne sont réellement utiles que si ces connaissances sont réutilisables dans un autre contexte que celui du virtuel, le contexte réel (Butterfield et Nelson, 1989 ; Laliberté, 1990 ; Toupin, 1993, 1995). Plusieurs chercheurs se sont penchés sur cette question du transfert du virtuel au réel en comparant les effets de différents types d’entraînement (réel, virtuel ou absence d’entraînement) sur le transfert d’habiletés perceptivo-motrices. Kozak et al. (1993) ont montré que les performances des participants après un « entraînement virtuel » étaient inférieures à celles des participants ayant bénéficié d’un « entraînement réel ». A l’inverse, les résultats de Rose et al. (2000) montrent un transfert d’habiletés du virtuel au réel puisque les conditions « entraînement réel » et « entraînement virtuel » ont des résultats significativement similaires et supérieurs à la condition « sans entraînement ». Dans ce domaine, une comparaison rigoureuse des travaux existants est difficile puisqu’ils ne se basent pas sur les mêmes critères et n’utilisent pas le même matériel. Les recherches sont encore plus rares dans le domaine de l’apprentissage de procédures complexes.

L’objectif de cette étude est d’étudier le transfert d’une procédure acquise en EV à une situation réelle. Pour ce faire, nous avons réalisé une expérience comparant deux types de formation (une formation traditionnelle et une formation en EV) à une situation contrôle.

 

METHODE

Matériel

Cette étude a utilisé Virtual Analyser (Le Corre et al. 2012), un environnement destiné au lancement de tests sanguins d’analyses médicales. Cet EV, affiché sur un ordinateur portable, est complété par une tablette tactile qui reproduit le logiciel couplé à l’automate d’analyse biologique réel. Par ailleurs,  deux automates d’analyses médicales réels accompagnés de leur interface tactile ainsi que tout le matériel nécessaire pour exécuter la procédure étaient utilisés pour les manipulations en situation réelle.

Procédure

L’expérimentation se déroulait de la manière suivant :

 

 La formation théorique correspondait à la présentation d’un diaporama par une formatrice sur le principe de l’hémostase et sur les différentes étapes de la procédure. La présentation du matériel était réalisée par la formatrice, sans le manipuler. La formation pratique différait pour le groupe « formation traditionnelle » et « formation en environnement virtuel ». Pour les 1ers, il s’agissait d’une démonstration de la procédure faite par la formatrice sur l’automate d’analyses biologiques réel puis d’une manipulation par les apprenants. Pour les 2nd, il s’agissait d’un entraînement sur l’environnement virtuel.

 

RESULTATS ET CONCLUSION

Les résultats montrent que la durée de réalisation de la procédure est significativement plus courte lorsque les participants ont suivi la formation traditionnelle (m = 1178 sec ; s = 155,4) que lorsqu’ils ont suivi la formation en environnement virtuel (m = 1791 sec ; s= 496,4), elle-même significativement plus courte  lorsqu’ils n’ont suivi aucune formation (m = 2338 sec ; s = 346,7). Cette différence peut s’expliquer de plusieurs manières. Les participants du groupe « formation en EV » ont parfois souffert d’un manque de similitude entre le logiciel réel de lancement de tests et sa modélisation sur tablette. Elle pourrait également provenir de la conception de l’EV. Modifier l’environnement virtuel permettra d’améliorer la situation de formation. Ces pistes d’amélioration sont multiples. Elles peuvent toucher à l’utilisabilité de l’interface en modifiant le guidage, la présentation des instructions, etc. Mais ces améliorations peuvent aussi aller vers une prise en compte des différences interindividuelles en adaptant l’environnement à chaque utilisateur et à sa progression au cours de son apprentissage.

Etude longitudinale de l’influence de la satisfaction/menace des besoins psychologiques fondamentaux sur le burnout sportif

Moiret, Sophie (Centre de recherche et d’innovation sur le sport, université claude bernard lyon 1), Guillet descas, Emma (Centre de recherche et d’innovation sur le sport, université claude bernard lyon 1), Isoard gautheur, Sandrine (Laboratoire sport et environnement social, université joseph fourier grenoble 1), Martinent, Guillaume (Centre de recherche et d’innovation sur le sport, université claude bernard lyon 1).

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INTRODUCTION

Le burnout sportif se caractérise par la diminution de l’accomplissement, l’épuisement physique et mental/émotionnel, et la dévalorisation du sport (Raedeke, 1997). Un athlète en burnout a le sentiment qu’il ne parvient plus à faire face aux exigences de la pratique sportive. Les athlètes féminines seraient plus sujettes à des burnout élevés que les athlètes masculins (Abrahamson, 1997). Dans le cadre de la présente étude, l’épuisement émotionnel et la dévalorisation du sport sont considérés comme appartenant à la même dimension : la lassitude cognitive, en lien avec les travaux de Shirom (2003) dans le milieu du travail. Afin de déterminer les antécédents de ce syndrome, la théorie de l’autodétermination (TAD ; Deci et Ryan, 2008;) constitue un cadre d’analyse heuristique. En effet, la TAD suppose l’existence de trois besoins psychologiques essentiels pour la santé et le bien-être, qui sont considérés comme nécessaires au processus d’internalisation des actions (Deci, Eghari, Patrick, & Leone, 1994) : les besoins d’autonomie, de compétence et de proximité sociale. Il a été mis en évidence que le burnout sportif apparaît quand ces trois besoins sont chroniquement frustrés dans les efforts sportifs. Cependant, il existe peu d’outils permettant de mesurer la satisfaction et la menace de ces trois besoins. Le premier objectif de cette étude était de mesurer l'influence de la satisfaction/menace des besoins sur chacune des dimensions du burnout sportif à l’aide d’un protocole longitudinal. Le second objectif était de mesurer l’influence du genre sur l’évolution du niveau de burnout.

 

MATERIEL ET METHODE

Cent vingt sportifs (74 garçons et 46 filles) âgés en moyenne de 16.2 ans (ET = 1.07) s’entraînant en moyenne 11.3 heures par semaine (ET = 3.6) ont participé à cette étude. Ils ont complété un questionnaire deux fois au cours d’une saison compétitive (octobre 2012 : T1 ; février 2013 : T2) mesurant (1) la satisfaction des besoins : i.e., Echelle de Satisfaction des Besoins Psychologiques en contexte sportif (Gillet, Rosnet, & Vallerand, 2008) ; (2) la frustration des besoins : traduction française de l’Echelle de Menace des Besoins Psychologiques (Bartholomew, Ntoumanis, Ryan, & Thogersen-Ntoumani, 2011) ; et (3) une version révisée du Questionnaire du Burnout Sportif (Isoard-Gautheur, Oger, Guillet, & Martin-Krumm, 2010).

 

RESULTATS ET DISCUSSION

Deux profils de burnout ont été identifiés, par le biais d’analyse de clusters: B faible (n=115) et B élevé (n=57). Les résultats des analyses de régressions multiples montrent que la satisfaction du besoin d’autonomie est la seule variable à prédire le burnout global à T2 (i.e., moyenne des trois dimensions), la lassitude cognitive à T2 et la diminution de l’accomplissement à T2 lorsque ces variables à T1 sont contrôlées. Autrement dit, seul l’épuisement physique n’est pas significativement prédit par la satisfaction du besoin d’autonomie. Il est possible que celui-ci soit plus lié à des aspects physiques de l’entraînement. Hypothèse à confirmer dans de futures études. De plus, l’échelle de frustration demanderait une procédure de validation complète. Par ailleurs, la seconde analyse a permis de montrer que le burnout global à T2 est prédit par le sexe lorsque l’on contrôle le burnout global à T1. Autrement dit, les filles ont plus de risques d’avoir des niveaux de burnout élevés à T2 que les garçons.

 

BIBLIOGRAPHIE

Bartholomew, K. J., Ntoumanis, N., R.M. Ryan & Thorgersen-Ntoumani, C. (2011). Psychological Need Thwarting in the Sport Context: Assessing the Darker Side of Athletic Experience. Journal of Sport & Exercise Psychology, 33, 75-102.

Isoard-Gautheur, Oger, Guillet & Martin-Krumm (2010). Validation of a French version of the Athlete Burnout Questionnaire: Le questionnaire du Burnout Sportif (QBS) in competitive sport and physical education context.European Journal of Psychological Assessment, 26, 203-211.

Raedeke, T. D. (1997). Is athlete burnout more than just stress? A sport commitment perspective. Journal of Sport and Exercise Psychology, 19, 396-417.

 

L’entretien cognitif : une aide au rappel d’un événement émotionnel chez les adolescents ?

Dodier, Olivier (Lapsco, université blaise pascal de clermont-ferrand), Verkampt, Fanny (Clle-ltc, université toulouse ii - le mirail).

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Fin juin 2012, un adolescent rennais de 13 ans meurt des suites d’une altercation avec un élève de 16 ans, sous les yeux de leurs camarades. Ce drame souligne une préoccupation grandissante dans notre société qu’est la hausse des faits de violence impliquant les adolescents, qu’ils soient auteurs ou victimes. Ces derniers étant de plus en plus représentés dans les affaires judiciaires, la question de la richesse et de la qualité de leur témoignage pose un défi auquel les chercheurs en psychologie tentent de répondre. C’est dans cet objectif qu’a été développé l’Entretien Cognitif (EC) (Fisher & Geiselman, 1992). Si cet outil s’est avéré bénéfique auprès de différentes populations (e.g., personnes âgées, adultes, et enfants ; voir Memon, Meissner, & Fraser, 2010), très peu de recherches ont toutefois été conduites auprès des adolescents. De plus, parmi les facteurs impactant la qualité des témoignages (e.g., émotion, répétition des évènements), peu de recherches ont porté sur l’impact que pouvait avoir la charge émotionnelle d’un évènement sur un témoignage ultérieurement recueilli au moyen de l’EC. Il s’agit là précisément des objectifs de la présente recherche. Pour ce faire, 35 adolescents de 12 à 15 ans ont visionné, par groupe de dix environ, une vidéo retraçant une scène d’agression verbale en deux adolescents, se déroulant dans une rue peu fréquentée de Toulouse. Immédiatement après, les participants remplissaient une échelle visant à mesurer l’émotion suscitée par la vidéo (voir Ginet & Verkampt, 2007). Sept jours plus tard, ils étaient individuellement invités à rappeler le contenu de la vidéo à l’aide soit d’un EC modifié (MEC) (voir Verkampt & Ginet, 2010), soit d’un entretien (contrôle) structuré (ES). Il était attendu que les collégiens ayant ressenti une plus forte émotion concentreraient davantage leur rappel sur les éléments centraux de la scène au détriment des éléments périphériques. Toutefois, ces effets négatifs sur le rappel devraient être limités avec l’EC. Ce protocole d’entretien devrait par ailleurs conduire à des témoignages plus riches, en termes d’informations correctement rappelées, et exacts que l’ES. Les résultats de cette recherche montrent que, d’une façon générale, les adolescents entendus avec le MEC ont fourni plus d’informations correctes que les adolescents entendus avec l’ES, et ce quel que soit le niveau d'émotion ressenti durant le visionnage de la vidéo. Ce gain ne s’est pas accompagné d’une hausse des erreurs ou des affabulations produites par les adolescents, rendant de fait leurs témoignages plus riches et tout aussi exacts que ceux recueillis avec l’ES. En outre, avec le MEC les adolescents ont davantage fait part de détails périphériques corrects, à nouveau sans hausse conjointe des erreurs et des affabulations. L’impact de l’émotion sur les comptes rendus est en revanche moins clair que ne l’est celui de l’entretien. En effet, les résultats montrent que plus l’émotion ressentie par les adolescents au moment des faits (visionnage de la vidéo) était élevée, plus ils restituaient ultérieurement d’informations périphériques correctes. Si ce résultat est positif, il n’en demeure pas moins qu’il entre en contradiction avec les effets traditionnellement relevés dans la littérature traitant de l’impact de l’émotion sur les rappels. Les résultats de cette étude seront discutés d’un point de vue méthodologique et théorique.

 

MOTS-CLÉS

Entretien cognitif, adolescents, émotion, témoignage, fiabilité

 

BIBLIOGRAPHIE

Fisher, R. P. et Geiselman, R. E. (1992). Memory-enhancing techniques for investigative interview : The cognitive interview. Springfield, IL : Thomas.

Ginet, M., & Verkampt, F. (2007). The cognitive interview: Is its benefit affected by the level of witness' emotion? Memory, 15(4), 450-464.

Memon, A., Meissner, C. A., & Fraser, J. (2010). The cognitive interview: A meta-analytic review and study space analysis of the past 25 years. Psychology, Public Policy, & Law, 16, 340-372.

Verkampt, F., & Ginet, M. (2010). Enhancing children's testimonies using cognitive interview: Which of its variations is the most efficient? Applied Cognitive Psychology, 24, 1279-1296.

Les indices de tromperie diffèrent selon le sexe seulement lorsque la personnalité est prise en compte

Bet, Romain (Université lyon 2, institut de psychologie, dpt psychologie cognitive & neuropsychologie, lab emc), Brossat, Élodie (Université lyon 2, institut de psychologie, dpt psychologie cognitive & neuropsychologie, lab emc), Ducamp, Célia (Université lyon 2, institut de psychologie, dpt psychologie cognitive & neuropsychologie, lab emc), Graziano, Chloé (Université lyon 2, institut de psychologie, dpt psychologie cognitive & neuropsychologie, lab emc), Michael, George (Université lyon 2, institut de psychologie, dpt psychologie cognitive & neuropsychologie, lab emc).

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Introduction : Il est difficile de différencier les hommes et les femmes sur les indices de tromperie, telle la fréquence de pauses dans le discours. Pourtant, les « facettes obscures » de la personnalité, associées à une tendance à mieux cacher les indices de tromperie (Book et al., 2006), sont plus marquées chez les hommes (Furnham et al., ss presse). Ces facettes incluent la psychopathie et le narcissisme subcliniques, ainsi que le machiavélisme. La difficulté de mettre en évidence des différences de sexe provient-elle de la non prise en compte de ces facettes ? L’objectif était d’investiguer un tel éventuel lien.  

 

Matériel & Méthodes : 28 femmes et 28 hommes ont participé à la présente étude. Le participant devait explorer seul un objet contenu dans une boîte et le décrire à l’examinateur qui entrait par la suite. Il devait soit en dire la vérité, soit mentir. 4 questions étaient posées : les 3 premières concernaient la description détaillée de l’objet, la 4e un récapitulatif de tout ce qui avait été dit auparavant. À la fin, chaque participant complétait l’échelle évaluant les 3 « facettes obscures » de la personnalité (Jonason & Webster, 2010).  

 

Résultats : Des analyses de régression linaire ont été menées sur le score obtenu pour chacun des traits de personnalité comme variable explicative et la différence entre la condition vérité et la condition mensonge pour 6 indices (nombre des mots prononcés et temps de parole en réponse aux 3 premières questions, nombre des mots et temps de parole pour la 4e question, fréquence des pauses et des hésitations) comme variable expliquée. Les pentes des deux groupes (hommes vs. femmes) étaient comparées. 

 

Le degré de Machiavélisme explique différemment selon le sexe le nombre des mots (P<0.043) et le temps de parole associé (P<0.003) pour les 3 premières questions. Chez les hommes, plus le score de machiavélisme est élevé, moins vérité et mensonge se différencient. Chez les femmes, le pattern est inversé.

 

La degré de Psychopathie explique différemment selon les sexes la fréquence des pauses (P<0.003) et la fréquence des hésitations (P<0.009). Plus leur score de psychopathie est élevé, moins vérité et mensonge se différencient. Chez les femmes aucun pattern n’a été trouvé.

 

Aucun résultat n’a été mis en évidence concernant le Narcissisme.

 

Discussion : Le degré de machiavélisme semble expliquer la quantité d’information donnée lors de la description précise d’un objet. Les hommes tentent à effacer les différences entre vérité et mensonge alors que les femmes montrent l’effet inverse, elles tentent à accentuer ces différences. Ce point devrait faire l’objet d’études plus approfondies puisque cela indique la possibilité qu’elles n’arrivent pas à dissimuler. Une autre différence entre les sexes est retrouvée expliquée par la psychopathie. Seulement chez les hommes il a été trouvé que plus le score de psychopathie est élevé, moins la vérité et le mensonge sont différenciables à travers la fréquence des pauses et des hésitations.  

 

La psychopathie, et à moindre degré, le machiavélisme, expliquent une partie des différences entre les sexes dans les indices de tromperie. Les études menées sur le mensonge n’ont pas examiné le rôle de ces facettes, et ceci serait la raison pour laquelle il a été difficile à mettre en évidence des différences de sexe.

 

Références :

Book A et al., (2006). Personal Indiv Diff, 41, 601-608

Furnham A et al. (ss presse). Social-Personal Psychol Compass

Jonason P, Webster G (2010). Psychol Assess, 22, 420-432

La fapq-12 : adaptation française de l’aggressive provocation questionnaire

Akel, Alexandre (Université lyon 2, institut de psychologie, dpt psychologie cognitive & neuropsychologie, lab emc), Hoyer, Roxane (Université lyon 2, institut de psychologie, dpt psychologie cognitive & neuropsychologie, lab emc), Lambert, Aurélie (Université lyon 2, institut de psychologie, dpt psychologie cognitive & neuropsychologie, lab emc), Melih, Sarah (Université lyon 2, institut de psychologie, dpt psychologie cognitive & neuropsychologie, lab emc), Pepin, Guillaume (Université lyon 2, institut de psychologie, dpt psychologie cognitive & neuropsychologie, lab emc), Sansorgne, Thibaut (Université lyon 2, institut de psychologie, dpt psychologie cognitive & neuropsychologie, lab emc), Michael, George (Université lyon 2, institut de psychologie, dpt psychologie cognitive & neuropsychologie, lab emc).

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Introduction : Les échelles autorapportées d’agressivité ont été développées car il est très difficile d’évaluer les comportements agressifs en temps réel. L’Aggressive Provocation Questionnaire (APQ-12 ; O’Connor et al., 2001) est l’un de ces outils. Il a l’avantage de demander au sujet de s’imaginer dans des situations provocantes, et de décrire ses ressentis et ses actions éventuelles. Cet outil a été traduit, les catégories de comportements ont été modifiées et une première étude de validité a été menée.  

Matériel & Méthodes : Le participant doit s’imaginer dans 12 scénarios et (a) évaluer sa colère, frustration et irritation pour chacun d’eux (i.e., ressenti), et (b) choisir parmi 5 types de comportements (agressivité, colère muette, approche avec assurance, évitement, passivité) celui qui correspondrait au mieux à ce qu’il ferait (i.e., action). Après traduction, nous avons modifié les items afin de distinguer l’agressivité réactive et proactive. Un choix de 6 comportements est donc présenté. Une traduction en anglais a été faite par 2 bilingues avant de confronter l’échelle à la version originale et d’apporter des corrections mineures. La fAPQ-12 a été administrée à 94 participants (âge 21±1 ans ; 62F/32H ; nombre d’années d’étude 14±2). Afin d’évaluer sa validité, des échelles classiques d’agressivité, de colère-trait et d’impulsivité ont également été complétées, ainsi que deux échelles concernant les facettes sombres de la personnalité.

Résultats : L'alpha de Cronbach était de .82, .76 et .87 pour la colère, la frustration et l’irritation, respectivement (.94, .93 et .89 pour l'échelle originale). Ceci n’a pas pu être évaluée pour les 6 types de comportement à cause de leur nature catégorielle. La validité externe a été évaluée grâce aux corrélations avec les échelles d’agressivité, de colère-trait, d’impulsivité et de personnalité.

Échelles de ressenti : Le degré de colère corrèle avec le degré de machiavélisme (p<0.03), la colère-trait (p<0.001) et le degré d’agressivité (p<0.001). L’irritation corrèle avec le machiavélisme (p<0.02), la psychopathie (p<0.03), la colère-trait (p<0.02) et l’agressivité (p<0.002). La frustration ne corrèle avec aucune échelle. L'échelle originale avait été comparée uniquement au degré d'agressivité et les corrélations strouvées étaient modérées. 

Types de comportement : Alors que les réponses d’agressivité réactive et proactive corrèlent avec l’impulsivité (pagressivité proactive corrèlent avec le machiavélisme (p<.001). La colère muette corrèle négativement avec la psychopathie (p<.002) et le sadisme (p<0.008). L’évitement corrèle négativement avec la psychopathie (p<.03). La passivité corrèle négativement avec le machiavélisme (p<0.004), la colère-trait (p<0.0001) et le degré d’agressivité (p<0.001). Enfin, aucune corrélation n’a été trouvée avec l’approche avec assurance.

Discussion : La fAPQ-12 semble avoir de bonnes propriétés psychométriques et proches de celles de l'échelle originale. Les échelles de ressenti ont une consistance interne acceptable. Tant les échelles de ressenti et la catégorisation des actions semblent expliquées par un ensemble de variables liées aux comportements agressifs: le degré d’agressivité, la colère-trait et les facettes sombres de la personnalité (machiavélisme, psychopathie, narcissisme et sadisme). Il est d’intérêt de noter que des combinaisons de ces variables expliquent différemment les différents scores de la fAPQ-12, suggérant que ce qui est mesuré ici est multidéterminé. Enfin, la distinction de deux types de comportements agressifs a porté ses fruits puisque des prédicteurs différents expliquent chacun d’eux.

Références :

O’Connor et al.  (2001). Aggressive Behavior, 27, 79-101.

La consommation de protoxyde d'azote : une conduite ordalique et une recherche de sensations vers une assuétude psychique. Étude dans le milieu étudiant.

Agnes, Albin (Crp-cpo ea 7273 - amiens), Bernoussi, Amal (Crp-cpo ea 7273 - amiens), Schauder, Silke (Crp-cpo ea 7273 - amiens).

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Résumé :

Notre étude porte sur l’installation d’une assuétude pour les sujets consommant du Protoxyde d’Azote. 20 sujets ont été rencontrés lors de deux entrevues. Lors de la première rencontre, il leur a été dispensé un entretien semi-directif et la Sensation Seeking Scale (Zuckerman, 1964). Lors de la deuxième rencontre, ils ont été confrontés à un deuxième entretien semi-directif et au Questionnaire de Fonctionnement Ordalique (Cardénal, Sztulman, 2001). Notre objectif est de savoir si la consommation de Protoxyde d’Azote, considérée comme une conduite ordalique, est liée à une recherche de sensations brève afin de ne pas subir les longs effets de sevrage des autres drogues.

Introduction :

L’utilisation de vapeurs xénobiotiques à des fins psychodysleptiques existe depuis très longtemps (Angel, Richard, Valleur, 2000). Dès l’Antiquité, l’oracle de Delphes respirait des vapeurs sortant de la terre afin de se griser et d’annoncer ses prophéties. Quand Priestley découvre le Protoxyde d’Azote en 1772, des réunions regroupant différentes catégories de populations (chimistes, professeurs, médecins et étudiants) consommaient récréativement ce solvant. Toujours d'actualités, ces consommations sont pratiquées à l'aide d'un siphon de cuisine. Avec les sujets remplissent les ballons de baudruches de gaz qu’ils inhalent ensuite. Les effets débutent 15 secondes après le début de l'inhalation et s'estompent cinq minutes après arrêt. Nous nous sommes donc interrogés sur l’installation d’une assuétude psychique lors d’une consommation de Protoxyde d’Azote.

Perçue comme une conduite ordalique (répétition d’une épreuve comportant un risque mortel : Charles-Nicolas, Valleur, 1982), la consommation de Protoxyde d’Azote concorde avec une recherche de sensations et de stimulations importantes ainsi qu’une préférence pour la brièveté de ses effets.

Méthodologie :

Population : 20 étudiants âgés de 18 (âge de la majorité) à 30 ans (âge moyen de fin d’études) rencontrés lors de deux entrevues.

Matériel :

o Deux Entretiens Semi-Directifs d’optique anamnestique et d’évaluation d’une installation d’une assuétude au Protoxyde d’Azote (HO1 et HO3).

o SSS de Zuckerman, 1964 (échelle de Recherche de Sensations, composé de 40 items dans sa forme V) pour objectif d’estimer l’importance que prend la recherche de sensations pour les sujets étudiés dans cette étude (HO2).

QFO de Cardénal, Sztulman, 2001 (Questionnaire de Fonctionnement Ordalique, composé de 71 items) pour objectif de déterminer le degré d’ordalisation des sujets de cette étude (HO4).

Résultats Attendus :

- Les entretiens mettraient en exergue que les consommateurs de Protoxyde d’Azote utilisent ce produit car la rapidité d’action et d’élimination leur serait préférable contrairement aux effets plus longs du cannabis ou de l’héroïne (entretien semi-directif 1).

- L’utilisation du Protoxyde d’Azote correspondrait à une recherche importante de sensations et de stimulations de la part de nos sujets (SSS).

- Une fois le processus de consommation commencé, une assuétude s’installerait rapidement conduisant les sujets dans une frénésie de consommation, les amenant à user de plus en plus de Protoxyde d’Azote. Une fois l’arrêt de la consommation, cette dépendance disparaîtrait rapidement sans signes de sevrage physique apparent contrairement à d'autres drogues comme l'héroïne (entretien semi-directif 2).

 - Dans leurs consommations les sujets se mettraient en anoxie cérébrale : leur degré d’ordalisation est élevé (QFO). 

Conclusion :

Les consommateurs de Protoxyde d’Azote auraient la particularité d’utiliser ce produit afin de bénéficier tant des effets que de l’élimination rapides du solvant pour avoir l’économie de la descente après la consommation et le sevrage qui suit.

Sa vente libre et légale serait rassurante pour les sujets car ils n’outrepassent pas les lois contrairement aux consommateurs d’autres drogues, ainsi dans leurs représentations sociales le Protoxyde d'Azote ne serait pas une "vraie drogue".

Personnalité limite addictive mariholique: élaboration verbale des affects des événements de vie et appréhension des traumatismes

Gibot, Fannie (Crp-cpo (ea7273)), Bernoussi, Amal (Crp-cpo (ea7273)), Schauder, Silke (Crp-cpo (ea7273)).

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RESUMÉ

L’objectif est d’appréhender chez la Personnalité Limite Addictive (PLA) le niveau de mentalisation des affects se référant aux événements de vie.Notre population est constituée de 6 femmes présentant une PLA Mariholique (Bernoussi, 1999). Notre méthodologie est basée sur des entretiens cliniques semi-directifs et d’un outil d’analyse du discours (GÉVA, Lecours 1995) permettant d’objectiver le niveau de mentalisation à travers un score allant de 0.25 à 4.Les résultats montrent que l’ensemble de nos 6 sujets font référence à des vécus traumatiques associés à un niveau de mentalisation correspondant à celui de l’impulsion modulée, relatif à l’expression cathartique des affects. En conclusion, cette étude permet de démontrer, à l’aide d’un outil d’analyse fiable (GÉVA,Lecours 1995), des difficultés d’élaboration verbale d’affects liés à des vécus traumatiques chez des femmes présentant une PLA mariholique (PLA.Ma).

INTRODUCTION La PLA postule le regroupement en un seul ensemble clinique de la personnalité limite et des conduites addictives(Sztulman, 2001 ; 2010). L’organisation limite de la personnalité, tout comme l’addiction mariholique sont très souvent sous-tendues par la présence d’événements de vie traumatiques(McDougall, 1982 ;  2004 ; Estellon, 2011 ;  Widom et al, 1995 ; Van-pelt & Courtois, 2007).La PLA présente un défaut de mentalisation (Sztulman, 2010),et le recours à un agir addictif est souvent associé à des carences de mentalisation et de fantasmatisation de type « phobie du penser » (Catteeuw, 2002) ou « démantèlement toxique » (Soldati,2009).Aucune étude n’a objectivé à l’aide d’un outil spécifique et fiable le niveau d’élaboration verbale des affects de la PLA en se centrant sur le discours autour des vécus traumatiques.

MÉTHODOLOGIE

Participants : 6 femmes,24 ans ±2, présence d’une PLA Ma.

OUTILS

OBJECTIFS

ESD « anamnèse de la consommation »

Diagnostiquer la présence d’une addiction et appréhender l’installation du contexte et du fonctionnement addictif

ESD « Personnalité Limite »

Diagnostiquer la personnalité limite (critère d’inclusion)

ESD « événements de vie et appréhension des vécus traumatiques »

Repérer cliniquement la présence ou l’absence de vécus traumatiques,

Grille de l’Elaboration Verbale de l’Affect (GÉVA), Lecours (1995)

Mesurer empiriquement le niveau de mentalisation des affects verbalisés lors de l’entretien « événements de vie » .

 Résultats

On retrouve dans l’histoire de nos 6  sujets, des événements de vie vécus comme traumatiques.Tous présentent un score global d’élaboration verbale des affects associé à l’expérience de vécus  traumatiques correspondant au niveau 2 de l’impulsion modulée(Cf. Figure1).Le contenu est présent, mais il n’est pas  approprié, ni évoqué directement.L’affect est exprimé avec une impulsivité  modulée. Ce niveau renvoie à la spontanéité ou à l’expression cathartique des affects.On repère une homogénéité des résultats.

 

Figure1:Score globale d’élaboration verbale des affects lié à l’expérience traumatique

DISCUSSION
Ces résultats confirment la présence d’événements de vie vécus comme traumatiques chez des femmes présentant une addiction mariholique. Ils rejoignent l’observation d’une carence de mentalisation et de fantasmatisation de type « phobie du penser »(Catteeuw, 2002).Ainsi le défaut de mentalisation de la PLA, avancé par Sztulman (2010) est ici confirmé de façon objective par un outil d’analyse fiable (GÉVA).

CONCLUSION
Notre étude a montré, pour 6 femmes présentant une PLA mariholique la présence d’événements de vie traumatiques associée à des difficultés de mentalisation.Ces difficultés de mentalisation s’expriment par une impulsivité cathartique des affects. Ces résultats ne sont pas généralisables à l’ensemble de la population étudiée, en raison du nombre restreint de sujets, mais fournissent toutefois une tendance qui demande à être vérifiée par la reproduction de cette étude avec un plus grand nombre de sujets.

La médiation jeu vidéo dans la clinique avec l’enfant. pourrait-elle devenir l’instrument privilégié du psychologue ?

Duvillard, Emilie (Université de lorraine), Tarquinio, Cyril (Université de lorraine), Godard, Rebecca (Université de lorraine).

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Jouer c’est décider, c’est une activité qui rend la décision visible et centrale. Le jeu-vidéo est un objet mouvant, il met le joueur à l’épreuve. A l’épreuve de ses décisions influencées par ses émotions, par ses capacités d’adaptation et par ses stratégies de raisonnement.  Ils nous paraissaient intéressants d’utiliser cette nouvelle technologie comme médiation thérapeutique dans la clinique de l’enfant. Plus encore dans la clinique de l’enfant maltraité, où l’émotion n’a pas de mots, où l’agir est souvent violent et où le raisonnement n’a pas de place. L’enfant objet pourrait devenir sujet, sujet de ses décisions et de ses actions par son lien à l’avatar. L’objectif de l’étude était d’analyser les effets de l’utilisation d’une médiation virtuelle (jeu vidéo) sur des enfants dits « difficiles ». Les  enfants inclus dans l’étude présentaient des conduites agressives, de l’agitation motrice et de l’instabilité émotionnelle. La médiation jeu-vidéo était pratiquée en groupe de quatre enfants maximum.  Méthode : Une évaluationdes capacités intellectuelles, cognitives, sociales et émotionnelles a été pratiquée avant la mise en place du groupe à visée thérapeutique et s’est réitéré au bout de quatre mois. Les échelles utilisées sont la WPPSI-III et le PSA. L’étude a été réalisée auprès de sept enfants âgées entre six et huit ans et placés sous protection judiciaire. L’analyse des résultats s’est décomposée en deux phases.La première phase fut consacrée aux variables liés aux hypothèses de la sphère intellectuelle et cognitive puis de la sphère émotionnelle et sociale. Par une comparaison interindividuelle des échelles en T1 et T2. La deuxième phase fut portée sur l’analyse du contenu des séances enregistrées. Elle fera l’objet d’une prochaine publication. L’analyse fine du contenu des séances s’orientera vers les capacités narratives et vers le développement de l’expressivité de l’enfant. Aussi, nous nous intéresserons aux projections des parts non-acceptées de soi du sujet, de la permanence des parties, des actes symboliques et de la dynamique groupale. Les résultats présentés dans cette étude, montrent que les capacités cognitives et intellectuelles des enfants ont augmentés. Aussi, nous observons une capacité de régulation émotionnelle mieux contrôlée lors de l’atelier à médiation jeu-vidéo.La narration du psychologue s'est portée essentiellement sur l'interprétation des états émotionnels des enfants et sur la demande de mise en sens des actions dans le jeu de celui-ci. L’étayage des émotions a permis aux enfants d’exercer un contrôle sur la nature et l’intensité de celles-ci dans la tentative de renforcer leur capacité de traitement de l’information émotionnelle.Nous devions faire pour ses enfants en manque de sens, une connexion de nouveaux sens. Nous avons privilégié la narration apportée, d’une part par le psychologue (donneur de sens des actions et émotions) et d’autre part, par celle apporté par le jeu lui-même. L’ensemble des nouvelles acquisitions d’habilités sociales et émotionnelles valorisées par le groupe et le psychologue a permis une amélioration de la confiance et de  l’estime de soi des enfants. Discussion : Le jeu-vidéo comme médiation thérapeutique pourrait donc être à la fois un outil de remédiation cognitive et émotionnelle et à la fois un objet de médiation au sens où il constitue un processus de symbolisation permettant une condition de changement en soi.  

MOTS CLES : Jeu-vidéo, protection de l’enfance, maltraitance, conduite agressive, médiation thérapeutique.

Tisseron, S., Psychanalyse de l’image, Paris, Dunod, 1997.

Tisseron, S., Missonnier, S., Stora, M., L’enfant au risque du virtuel, Paris, Dunod, 2006.

Leroux Y., Le jeu vidéo comme support d'une relation thérapeutique, Adolescence, 2009, n°27, 3, 699-709.

Coté S., Bouchard., La réalité virtuelle, un outil novateur en psychothérapie, Psychologie, 2006, Québec.

Genvo, S., Réflexions ludologiques, Médiamorphoses, 2008, n°22, 95-101.

Virole B., Psychothérapie et réalité virtuelle, Le carnet PSY, 2007, n°121, 37-38.

Effet de l’âge sur les corrélats neuronaux des processus de remémoration et de familiarité

Angel, Lucie (Centre de recherches du cyclotron, université de liège, belgique;université de tours, umr cnrs 7295), Bastin, Christine (Centre de recherches du cyclotron, université de liège, belgique), Genon, Sarah (Centre de recherches du cyclotron, université de liège, belgique), Salmon, Eric (Centre de recherches du cyclotron, université de liège, belgique), Collette, Fabienne (Centre de recherches du cyclotron, université de liège, belgique).

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Introduction

Les travaux comportementaux suggèrent que les processus de remémoration et de familiarité sont affectés de manière différentielle par le vieillissement. Alors que la reconnaissance basée sur un sentiment de familiarité est relativement préservée, la capacité à se remémorer le contexte spatio-temporel décline fortement avec l’âge. Parmi les études qui se sont intéressées aux corrélats neuronaux des processus de récupération en mémoire épisodique au cours du vieillissement, très peu ont dissocié les processus de remémoration et de familiarité. De plus, les différences liées à l’âge au niveau des performances mnésiques rendent l’interprétation de ces résultats délicate, puisque les différences au niveau des patterns d’activation cérébrale peuvent être attribuées à l’âge mais également aux différences de performance entre les groupes d’âge. Cette étude vise donc à explorer les différences liées à l’âge dans les corrélats neuronaux des processus de familiarité et de remémoration, lorsque la performance est maintenue constante entre les groupes d’âge, en faisant varier la difficulté de la tâche.

 

Matériel et méthode

Vingt sujets jeunes et vingt sujets âgés ont réalisé une tâche de mémoire épisodique selon un paradigme d’IRMf évènementielle. Lors de la phase d’encodage, des images étaient présentées aux participants, soit une seule fois (Condition difficile), soit deux fois (Condition facile). Les participants n’étaient pas informés de la tâche ultérieure de mémoire, mais, afin d’améliorer l’encodage incident des items et réduire la variabilité entre les groupes au niveau des stratégies d’encodage, une tâche sémantique leur était proposée (décider si l’objet représenté pouvait tenir dans une boîte à chaussures). Ils réalisaient ensuite la tâche de reconnaissance, avec un paradigme Remember/Know. Pour chaque item, trois réponses possibles étaient proposées : Remémoré (item étudié associé à la récupération de détails contextuels), Connu (item étudié récupéré sur la base d’un sentiment de familiarité), ou Nouveau (item non étudié).

 

Résultats

La performance mnésique était équivalente entre les deux groupes d’âge, dans la condition facile pour la remémoration et dans la condition difficile pour la familiarité. Les différences d’activation cérébrale entre jeunes et âgés ont donc été analysées dans ces conditions respectives. Les données ont révélé un ensemble de régions activées à la fois chez les sujets jeunes et les sujets âgés, qui correspondent aux réseaux de remémoration et familiarité classiquement décrits. De plus, les régions associées à la remémoration (gyrus frontal gauche, gyrus temporal gauche, gyrus pariétal gauche, gyrus parahippocampique gauche) et à la familiarité (gyrus cingulaire antérieur bilatéral, gyrus frontal droit and gyrus temporal supérieur gauche) étaient moins activées dans le groupe de sujets âgés que dans le groupe de sujets jeunes. Cependant, pour la remémoration seulement, les sujets âgés recrutaient en plus une région située dans le précuneus droit, et cette activité était positivement corrélée à la performance mnésique.

 

Discussion

En conclusion, cette étude a permis de montrer pour la première fois que les corrélats neuronaux des processus de remémoration et de familiarité sont modifiés avec l’âge, lorsque l’on rend équivalent le niveau de performance pour chaque processus entre les groupes d’âge. L’activité cérébrale associée à la remémoration et à la familiarité était réduite chez les sujets âgés. Cependant, pour les processus de remémoration spécifiquement, les sujets présentaient une activation supplémentaire, ce qui pourrait leur permettre de compenser leurs difficultés.

Saillance et distinctions hémisphériques : entre progression attentionnelle et conscience

Couffe, Cyril (Université lyon 2, institut de psychologie, lab emc), Mizzi, Raphaël (Université lyon 2, institut de psychologie, lab emc), Michael, George a. (Université lyon 2, institut de psychologie, lab emc).

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Introduction : La saillance semble diriger notre attention visuelle, qui progresse selon une hiérarchie préétablie (Koch & Ullman, 1985). Ce phénomène peut être mis en évidence grâce au paradigme du Multiple Salience Levels Visual Search Task  (Michael et Galvez-Garcia, 2011) dans lequel trois carrés de taille différente apparaissent brièvement et le sujet doit porter un jugement sur l’un d’eux. Indépendamment de tout effet sensoriel et oculaire, les performances suivent un pattern hiérarchique attribuable à la saillance. Seulement, il n’existe pas de consensus sur l’implication de chaque hémisphère dans ce déploiement attentionnel. De plus, selon Vermersch (2000), attention et conscience sont les extrêmes d’un même continuum. Peut-on retrouver une latéralisation du phénomène de conscience en lien avec l’attention ? Deux axes sont investigués, le rôle spécifique de chaque hémisphère et la conscience et sa latéralisation hémisphérique, en manipulant le champ visuel (CV) et la main de réponse comme de potentiels discriminateurs hémisphériques, et exploité des échelles subjectives d’évaluation des performances comme des marqueurs de la conscience.

Méthode : 36 volontaires (16H/21F ; âge 19.5 ± 1.7 ans) droitiers (QL 0.83 ± 0.15) ont été recrutés. Le dispositif contenait trois carrés blancs latéralisés différant par la taille, dont une cible et deux distracteurs, présentés pendant 100ms. Chacun d’eux avait une ouverture, altitudinale (haut/bas) pour la cible et latérale (droite/gauche) pour les distracteurs et les sujets devaient indiquer le coté d’ouverture de la cible le plus rapidement possible. Les trois carrés pouvaient être la cible avec une probabilité égale. Nous avons manipulé trois facteurs, la taille du carré-cible (grand, moyen ou petit), le CV (CVG ou CVD) et la main utilisée (gauche ou droite). Les temps de réponse (TR) et les proportions de bonnes réponses (BR) ont été enregistrés. Puis les sujets remplissaient une échelle d’autoévaluation concernant leurs pourcentages estimés de BR pour chaque taille.

Résultats : Une ANOVA a montré un effet hiérarchique de la taille : les TR sont plus lents et les BR moins élevées pour les carrés les moins saillants (p < .01). L’interaction taille X CV (p < .01) montre une hiérarchie pour les BR dans le CVG et pas dans le CVD du fait de meilleurs performances pour l’item le moins saillant. Aucun autre effet n’a été retrouvé. Deux analyses de régression multiples (TR et BR) ont été faites avec pour variable à expliquer l'estimation subjective des performances selon la taille des carrés et comme variables prédictives celles des quatre conditions Main (gauche et droite) X CV (CVG ou CVD). Recevoir l’information dans le CVG et répondre avec la main gauche est la seule variable prédictive de l’estimation subjective (TR p < .05 ; BR p < .05).

Discussion : Les TR et BR ont montré la hiérarchie attentionnelle selon la saillance des stimuli. Les BR vont dans le sens de certaines études (Bardi et al., 2013 ; Couffe et al., 2012) selon lesquelles l’HG serait impliqué dans le traitement de l’item le moins saillant. Concernant la latéralisation du phénomène de conscience en lien avec l’attention, nos données semblent montrer que l’HD a joué un rôle prépondérant. Serait-ce dû à une spécialisation hémisphérique ?

Bibliographie

Bardi, L., Kanai, R., Mapelli, D., Walsh, V. (2013). Direct current stimulation (tDCS) reveals parietal asymmetry in local/global and salience-based selection. Cortex, 49: 850-60.

Couffe, C., Em, S., Mizzi, R., Alba, M-C., Michael, G.A. (2012). Asymétries hémisphériques et hiérarchisation de la saillance visuelle. Présenté au 54ème meeting annuel de la Société Française de Psychologie (Septembre 2012, Montpellier).

Koch, C., Ullman, S. (1985). Shifts in selective visual attention: towards the underlying neural circuitry. Human Neurobiology, 4 : 219-27.

Michael, G.A., Gálvez-García, G. (2011). Salience-based progression of visual attention. Behavioural Brain Research. 224 : 87-99.

Vermersch, P. (2000). Husserl et l’attention : Les différentes fonctions de l’attention. Expliciter, 33 : 1-17.

Perception d’actions dirigées vers les objets vs. actions non-dirigées vers les objets : etude en eeg

Wamain, Yannick (Udl3, ureca, f-59653 villeneuve d'ascq cedex, france), Pluciennicka, Ewa (Udl3, ureca, f-59653 villeneuve d'ascq cedex, france), Coello, Yann (Udl3, ureca, f-59653 villeneuve d'ascq cedex, france), Kalenine, Solène (Udl3, irhis, f-59653 villeneuve d'ascq cedex, france).

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 Introduction :

Alors que les données neuropsychologiques (e.g., Roy, Square-Storer, Hogg, & Adams, 1991; Ham, Bartolo, Corley, Swanson & Rajendran, 2009) suggèrent que des processus distincts seraient impliqués dans la perception ou l’exécution d’actions transitives (dirigées vers les objets) et intransitives (non-dirigées vers les objets), le peu d’études menées en imagerie cérébrale comparant directement les réseaux cérébraux impliqués dans la perception de ces deux types d’actions, n’ont pas mis à jour de différences marquantes (Villarreal et al., 2008; Agnew, Wise & Leech, 2012). Une possibilité est que cette distinction serait plus visible dans le temps. Dans le présent travail, nous avons donc étudié la dynamique temporelle des traitements cérébraux impliqués dans la perception d’actions dirigées vers les objets ou non, à l'aide des potentiels évoqués (PEs).

Méthode :

Participants : 20 volontaires droitiers (âge moyen : 24.3 ans)

Procédure : Les participants devaient observer des vidéos d’actions présentées sous la forme de Point-Light Display et réaliser deux tâches distinctes : L’une impliquant un traitement explicite de l’action (identification d’action) ; l’autre, un traitement implicite (tâche de détection d’un changement de couleur). Quatre types de vidéos ont été utilisés (ORA: Actions Dirigées vers les Objets, NORA: Action Non-Dirigées vers les Objets et 2 vidéos contrôles: Points décrivant des mouvements sans signification). Les PEs par l’apparition de la vidéo ont été analysés en fonction du type d’actions présentées ainsi que du type de tâche.

Résultats :

L’amplitude des PEs diffère entre les deux types d’actions (ORA et NORA) seulement pour deux composantes. Sur la P300, on observe une plus grande amplitude pour les ORA par rapport aux NORA et cette différence est indépendante de la tâche réalisée. Le même type de différence est observé entre ORA et NORA pour la composante N400, mais seulement lorsque la tâche implique un traitement explicite de l’action.

Discussion :

Nos résultats révèlent que le traitement visuel d’actions dirigées vers les objets diffère de celui des actions non-dirigées vers les objets à deux stades : Sur les processus de reconnaissance tardif (P300) et sur les processus liés au traitement sémantique (N400). Ces composantes sont connues pour être sensibles aux connaissances sur la manipulation d’un objet respectivement lors de sa perception visuelle (Proverbio, Adorni & D’Aniello, 2011; van Elk, Bousardt, Bekkering & van Schie, 2012) mais également lors de tâche impliquant une reconnaissance explicite d’action (Kiefer, Sim, Helbig & Graf, 2010). Les différences observées entre les deux types d’actions pourraient donc refléter le recrutement « automatique » (P300) ou non (N400) de différents types de connaissances motrices sur les objets lors de la perception d’action.

Bibliographie :

Agnew, Z.K., Wise, R.J.S., Leech, R. (2012). Dissociating Object Directed and Non Object Directed Action in the Human Mirror System; Implications for Theories of Motor Simulation. PLoS ONE, 7(4), e32517.

Ham, H.S., Bartolo, A., Corley, M., Swanson, S., Rajendran, G. (2009). Case report: selective deficit in the production of intransitive gestures in an individual with autism. Cortex, 46(3), 407-9.

Kiefer, M., Sim, E.J., Helbig, H. & Graf, M. (2010). Tracking the time course of action priming on object recognition: Evidence for fast and slow influences of action on perception. J Cogn Neurosci, 23(8), 1864-74.

Proverbio, A.M., Adorni, R., D’Aniello, G.E. (2011). 250 ms to code for action affordance during observation of manipulable objects. Neuropsychologia, 49(9), 2711-7

Van Elk, M., Bousardt, R., Bekkering, H., van Schie, H.T. (2012). Using goal- and grip-related information for understanding the correctness of other's actions: an ERP study. PLoS ONE, 7(4), e36450.

Villarreal, M., Fridman, E.A., Amengual, A., Falasco, G., Gerscovich, E.R., Ulloa, E.R., Leiguarda, R.C. (2008). The neural substrate of gesture recognition. Neuropsychologia, 46, 2371-2382.

Vieillissement et organisation en mémoire épisodique: une étude en oculométrie.

Taconnat, Laurence (Univesrité de tours et cnrs), Frasca, Mikael (Université de poitiers et cnrs), Vibert, Nicolas (Université de poitiers et cnrs).

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Introduction :

Les déficits liés au vieillissement sur la mémoire et les stratégies d’encodage en mémoire ont été maintes fois confirmés (eg., Froger et al., 2012). L’étude de la fixation des informations visuelles, grâce à des mesures oculométriques peut être un bon moyen pour étudier les stratégies en mémoire (Hannula et al., 2010). Cependant, à ce jour, aucune étude utilisant cette technique n’a examiné si les différences jeunes âgés sur les stratégies d’encodage pouvaient être confirmées par des mesures oculométriques.

Objectifs:

Avec un protocole utilisant des mesures oculométriques, nous avons étudié les différences liées à l’âge dans le rappel de mots issus de liste organisable (O) et non organisable (NO) en lien avec le nombre et la durée des fixations faites sur ces mots au moment de l’encodage. Il s’agissait aussi de déterminer les performances de rappel des adultes jeunes et âgés étaient liées à des fixations plus longues ou plus nombreuses à l’encodage.

Méthode:

- 20 participants jeunes et 20 participants âgés

- Deux listes de 20 mots (O et NO) répartis sur un écran d’ordinateur (à mémoriser) + tâche de rappel

- Les données oculométriques ont été enregistrées durant la présentation de ces listes.

- Le nombre et la durée des fixations faites sur chaque mot, ainsi que le nombre de mots rappelés pour chaque liste étaient les principales mesures.

 

Resultats:

Performances au test de rappel :

Les adultes jeunes ont rappelé plus de mots que les plus âgés

Les mots de la liste organisable étaient mieux rappelés que les mots de la liste non organisable. Interaction NS.

 

Données oculométriques:

- Les adultes jeunes font plus de fixations sur chaque mot que les adultes âgés

Les mots de la liste organisable sont davantage fixés que les mots de la liste non organisable.

Interaction NS.

- Les effets de l’âge sont significatifs, les adultes jeunes fixent au total plus longtemps les 20 mots que les adultes plus âgés.

- La différence liée à l’âge sur la durée moyenne de fixation n’était pas significative (F<2)

La durée moyenne de chaque fixation était plus importante pour la liste NO que pour la liste O. L’interaction Age x Type de Liste était significative [F(1,37) = 5.04, P<.05], indiquant que seuls les adultes jeunes fixaient les mots de la liste NO plus longtemps.

 

Analyse corrélationelle

Pour la liste organisable, le nombre de mots rappelés était positivement corrélé au nombre de fixations faites sur les mots et négativement corrélé avec la durée moyenne des fixations. La corrélation positive entre rappel et durée totale de fixation des 20 mots était marginalement significative. Quand les corrélations ont été étudiées séparément chez les adultes jeunes et âgés, aucune d’entre elles n’était significative pour le groupe âgé. Aucune corrélation n’est apparue significative entre la performance de rappel pour la liste NO et les données oculométriques.

 Conclusion

Ces données confirment un déficit lié à l’âge dans le rappel en mémoire épisodique.

Pour la première fois, on a mis en évidence une différence entre les stratégies utilisées pour apprendre une liste organisable et une liste non organisable. Dans le cas d’une liste organisable, il est important de fixer plusieurs fois chaque mot, ce qui aide probablement les individus à les organiser. Toutefois, les données présentes ne précisent pas la stratégie utilisée pour apprendre les mots.

Les différences de patterns de corrélations entre les adultes jeunes et âgés suggère que contrairement aux adultes jeunes, les adultes âgés n’utilisent pas de stratégie de façon efficace pour apprendre les mots de la liste O. Cela pourrait expliquer les différences liées à l’âge dans les performances de rappel.

Froger C. et al., (2012). Study-time allocation deficit of older adults: the role of environmental support at encoding. Psychology and Aging.

Hannula, D. E. et al. (2010). Worth a glance: using eye movements to investigate the cognitive neuroscience of memory. Frontiers in Human Neurosciences, 4, ArtID 166.

 


Vendredi, 09h, AR51.

Session thématique : Psychologie Clinique

L'intérêt clinique d'une prise en charge groupale pour les auteurs d'infractions sexuelles en détention.

Kalouche, Stéphanie (Centre de détention de montmédy).

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Les sujets qui participent au groupe sont tous condamnés pour "agressions sexuelles" et ont un suivi socio judiciaire prononcé. Ce groupe fait partie d'un dispositif de soin psychiatrique proposé par l'UCSA du centre de détention, tout comme le suivi individuel. Il s'agit d'un mode d'approche psychothérapeutique particulièrement efficace en terme de prévention et qui peut être une bonne indication dans le cas où le suivi individuel n'est pas ou plus fructueux.

Le groupe permet d'aborder plusieurs thématiques: des aspects psycho criminologiques (rapport aux faits, contrainte, loi) psychopathologiques (symptômes, personnalité), psychosociologiques (pathologies de la relation, milieu social), psycho sexologiques (conflits, fantasmes).Les patients apprennent tout au long des séances à contrôler leurs pulsions, à respecter les limites du cadre imposé, à comprendre leurs schémas de distorsions cognitives, à se mettre à la place de l'autre, à reconnaître les faits...

Le groupe est constitué d'Auteurs d'Infractions Sexuelles, leur nombre varie entre 6 et 12. 2 thérapeutes, un psychologue et un infirmier les encadrent. Suite à un entretien d'évaluation en binôme, une proposition d'indication de groupe est émise en fonction des résultats obtenus à la grille. Cette évaluation est basée sur la grille de CONTANCEAU dans "La Violence Sexuelle" qui inclut 7 critères permettant de définir dans quel groupe se situe le patient. (Les critères sont : Reconnaissance des faits/ Reconnaissance de la contrainte lors de l'acte/ Vécu Surmoïque /Retentissement psychique pour la victime/Positionnement face à la loi/Adhésion au soin/ Transfert Contre transfert).

Selon Coutanceau, les sujets qui répondent majoritairement favorablement aux 7 critères appartiennent au groupe 1 dit "Immaturo névrotique", les sujets qui n'ont qu'une reconnaissance partielle de ces critères font partie du groupe 2: "Immaturo egocentrique", enfin les sujets qui ne répondent pas ou peu à ces 7 critères appartiennent au groupe 3 dit: "Immaturo pervers".L'inclusion au groupe est essentiellement basée:-Sur la grille de Contanceau (7 critères/3 groupes) (appartenir surtout au groupe 2 voire au groupe 1, moins au groupe 3) et -Sur le rapport aux faits (reconnaissance à minima).

Nous faisons l'hypothèse qu'une névrotisation des sujets A.V.S aura comme conséquence une diminution de la récidive. En effet, d'après les travaux de Bergeret sur "la Violence fondamentale" et de Freud sur la métapsychologie (3 instances: Ca, Moi, Surmoi), la mentalisation des actes entraînant une meilleure gestion des pulsions, une intégration symbolique de l'interdit, un vécu surmoique plus important empêchera par là même le passage à l'acte sexuel violent.

Si les patients sont intégrés au groupe, un contrat thérapeutique est signé par eux même, après lecture des règles de fonctionnement. Ces règles définissent le cadre (respect des horaires, présence, confidentialité des propos, respect de l'autre, groupe ouvert sans quotas de séance déterminées) En fin de session de groupe, les sujets sont réévalués sur la même base qu'à l'entrée, à travers la grille d'évaluation de Coutanceau, l'objectif étant qu'ils se "névrotisent" et qu'ils intègrent le gpe 1 pour éviter d'autres passages à l'acte.

Pendant les séances, le rôle des thérapeutes est de favoriser la circulation de la parole, de n'omettre personne, de susciter des réactions, d'encourager l'élaboration psychique. Après la séance, un débriefing a lieu entre les intervenants. Une supervision a lieu une fois par mois pour ces derniers et des réunions cliniques sont organisées régulièrement avec le psychiatre. Les thérapeutes sont ammenés à élaborer un travail spécifique de réflexion sur le cadre de soin, sur le discours de chaque participant, sur le contenu des séances, sur leurs propres interventions et sur leurs mouvements transfero contre transférentiels. Biblio: "La violence sexuelle", Coutanceau 2006, "La prise en charge pénitentiaire des auteurs d'agressions sexuelles" Alvarez, 2007, "Psycho-criminologie, Senon, 2008.

 

 

 

Les infirmiers psychiatriques face à la violence du suicide des patients

Granados, Marina (Master 2 recherche, interpsy (ea 4432), paris-ouest nanterre - université paris x), Banovic, Ingrid (Maitre de conférence, interpsy (ea 4432), université de bourgogne), Andronikof, Anne (Professeur des universités, interpsy (ea 4432), paris-ouest nanterre), Gilibert, Daniel (Professeur des universités, université de lorraine).

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Introduction Les infirmiers en psychiatrie font face à une population suicidante car 4% des suicides ont lieu en séjour psychiatrique (1). Le suicide du patient aurait un impact émotionnel fort sur le personnel (2) car il constitue un facteur de stress (3), de traumatisme (1), voire un stress post-traumatique (4). Alors que l’intervention des patients suicidants s’appuie sur le maintien d’une relation thérapeutique (5), peu d’études ont repéré les répercutions de cet acte sur les investissements perdus de cette relation et sur la santé mentale des infirmiers. A partir du modèle transactionnel (6) et considérant la distance professionnelle comme un mode de défense (7), on se demande comment un infirmier, travaillant en psychiatrie, utilise la relation soignant/soigné pour limiter l’impact de la violence que peut lui renvoyer l’acte suicidaire (suicide/tentative de suicide) d’un patient ?

 

Objectifs: A/préciser l’impact d’un acte suicidaire d’un patient sur la perception de la relation thérapeutique de l’infirmier; B/comprendre l’impact d’un acte suicidaire d’un patient sur la santé mentale de l’infirmier; C/décrire les stratégies défensives, utilisant la relation thérapeutique, développées par l’infirmier pour restaurer une image positive de lui-même.

 

Hypothèses: A/Conformément à ce qui a été observé (3), les croyances des infirmiers en l’aspect protecteur d’une relation thérapeutique toute puissante seraient ébranlées, dans le sens où elle protégerait le patient de tout passage à l’acte; B/On s’attend à trouver un fort état de stress post traumatique chez l’ensemble des infirmiers ayant vécu le suicide d’un patient; C/Selon à la théorie de la gestion de la terreur (8), plus l’estime de soi professionnelle serait forte, plus le niveau des troubles de l’Etat de Stress Post Traumatique est faible; D/Au regard du modèle transactionnel (6), l’infirmier parviendrait à se défendre du contexte hostile émanant du suicide en désinvestissant la relation soignant/soigné pour se centrer sur les défauts d’organisation institutionnelle.  

 

Méthode: 200 infirmiers (travaillant dans des unités qui accueillent, pour au moins six mois, des adultes atteints de troubles psychiatriques) seront recrutés. Deux groupes de 100 sujets, appariés en sexe et ancienneté, seront comparés : contrairement au groupe contrôle, le groupe expérimental a connu le suicide d’un patient au cours de l’année. Un entretien semi-directif sera analysé (par la théorisation ancrée) pour évaluer les attributions causales de la représentation de la relation thérapeutique et celles des déterminants du suicide. Nous évaluerons aussi le niveau d’estime de soi (SEI), le stress post-traumatique (IESR) et les stratégies de coping (WCCR).

 

Bibliographie (1)Terra, J.L.(2010). Suicide et tentatives de suicide : état des lieux en France. Bulletin épidémiologique hebdomadaire,47,487-510; (2)Proulx, F., Grunberg, F. (1994). Le suicide chez les patients hospitalisés. Santé mentale au Québec,19,2,131-143; (3)Henry, M., Seguin, M. & Drouin, M-S.(2008). L’impact du suicide d’un patient chez les professionnels en santé mentale: différences entre les femmes et les hommes. Frontières,21,53-63; (4)Hendin, H., Haas, A.P.,  Maltsberger, J.T., Szanto, K. & Rabinowicz, H. (2004) Factors Contributing to Therapists’ Distress After the Suicide of a Patient, American Journal of Psychiatry,161,1442-1446; (5)Canevascini, M.(2009). Accompagner un patient suicidaire. Pensée Plurielle, 22,3,99 109; (6)Lazarus, R.S., & Folkman, S.(1984).Stress, appraisal, and coping. New York: Springer; (7)Pravez, P.(2003). Distance professionnelle et qualité du soin: distance et affectivité, distance et déshumanisation, enjeux individuels et collectifs. France:Worlters Kluwer; (8)Pyszczynski, T., Greenberg, J., Solomon, S., Arndt, J., & Schimel, J. (2004). Why do people need self-esteem?A theoretical and empirical review. Psychological Bulletin 130,435-468

Approche générationnelle des phénomènes de maltraitance au québec : enjeux cliniques de la prévention et horizons thérapeutiques

David, Lafortune (Université du québec à montréal), Gilbert, Sophie (Université du québec à montréal).

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En 1998, on estimait à plus de 135 000 le nombre d’enquêtes menées au Canada sur la maltraitance des enfants et à 45% la proportion de cas corroborés (Trocmé et al., 2001). Seulement au Québec, 27 259 signalements ont été retenus entre 2010 et 2011, ce qui représente une hausse de 8,2% par rapport à l’année précédente (Association des Centres jeunesse du Québec, 2011). Les cliniciens concernés témoignent de leur impuissance à prévenir les abus et la négligence, mentionnant leur besoin d’être plus outillés face à certains défis cliniques, notamment la répétition générationnelle des comportements maltraitants ou à risques dans ces familles en difficulté (Kim, 2009; Wats, 2005). Une situation d’autant plus préoccupante que les effets délétères de ces comportements, tant au plan de l’attachement que du développement neurologique, cognitif, social et affectif de l’enfant sont largement documentés (Bonneville, 2010; De Bellis, 2005; Perry, 2009).

Par ailleurs, ces parents en difficulté confrontent régulièrement les professionnels par leur embarras à aborder leur souffrance psychologique (Gilbert et Lussier, 2007); une souffrance souvent reliée à des traumatismes relationnels qui ont ponctué très précocement leur propre histoire familiale (Lacharité et Éthier, 2007). S’additionnent à cela leur difficulté à passer par la parole (préférant l’agir ou le déni) et l’absence d’une demande manifeste de suivi (Lafortune et Gilbert, 2013), bousculant les repères habituels du cadre en psychothérapie.

Une recension des écrits pointe une lacune dans la littérature quant aux approches d’intervention qui intègrent à la fois la donne générationnelle et les obstacles majeurs au processus thérapeutique spécifiques à cette clientèle, notamment le passage par la parole entravé sur une histoire en souffrance et l’engagement lacunaire dans la relation thérapeutique. Cette communication poursuivra deux visées : 1) décrire les manifestations des enjeux cliniques susmentionnés, eut égard aux défis qu’ils posent au psychologue ; 2) rendre compte des motifs pour lesquels la prise en charge actuelle de ces familles au Québec s’en trouve limitée, pour identifier, en substance, des pistes fertiles pour la recherche et la clinique.

Association des Centres jeunesse du Québec. 2011. Bilan des directeurs de la protection de la jeunesse/Directeurs provinciaux : la violence change l’enfant (Publication n°978-2-89394-085-4).

Bonneville, E (2010). Effets des traumatismes relationnels précoces chez l’enfant. La psychiatrie de l'enfant53(1)31-70.

De Bellis, M. (2005). The psychobiology of neglect. Child Maltreatment10(2), 150-172.

Gilbert, S., Lussier, V. (2007). Déjouer l’impasse du lien et de la parole : d’autres repères pour l’aide en itinérance.Nouvelles pratiques sociales20(1), 128-150.

Kim, J. (2009). Type-specific intergenerational transmission of neglectful and physically abusive parenting behaviours among young parents. Children and Youth Services Review, 31(7), 761-767.

Lacharité, C., Éthier, L. (2007). Traumatisme et maltraitance. La revue internationale de l'éducation familiale21(1), 13-28.

Lafortune, D., Gilbert, S. (accepté, 2013). Défis cliniques dans l’intervention auprès de jeunes parents en situation de précarité psychosociale : éclairage psychodynamique sur un mode relationnel paradoxal. Bulletin de psychologie.

Perry, B. (2009). Examining child maltreatment through a neurodevelopmental lens: clinical applications of the neurosequential model of therapeutics. Journal of Loss and Trauma14, 240–255.

 Trocmé , N., MacLaurin, B., Fallon, B.,..., McKenzie, B. (2001). Étude canadienne sur l'incidence des signalements de cas de violence et de négligence envers les enfants : Rapport final (Publication n°0-662-85403-9).

Wats, N. (2005). Travail en réseau et maltraitance. Médecine et Hygiène26, 7-18.

Religion et sida: le coping religieux peut-il conduire à moins d’observance?

Mambet doué, Constance (Doctorante. université de nantes, laboratoire de psychologie des pays de la loire, upres ea 4638), Roussiau, Nicolas (Professeur. université de nantes, laboratoire de psychologie des pays de la loire, upres ea 4638), Bourdon, Marianne (Chercheur postdoctoral, centre de psychologie de la religion, université catholique de louvain).

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Bien que plusieurs études aient été menées sur le sida en psychologie de la santé, très peu d’entre elles impliquent la dimension religieuse et encore moins la dimension culturelle et religieuse des patients séropositifs d’origine africaine. Les travaux de Pargament et al. (2004), soutiennent que la religion grâce au sens donné à la maladie, protège contre les épisodes dépressifs, améliore le soutien social et favorise un coping positif. Cependant, Meredith, Jeffe, Mundy, et Fraser (2001), rapportent une influence négative de la prière sur les décisions relatives aux traitements antirétroviraux. Aussi,  peut se poser un problème par rapport à la stabilité de l’observance thérapeutique, surtout que celle-ci doit être maximale, c’est-à-dire supérieure à 95%, pour garantir une efficacité sur le plan virologique. On se demande alors si le coping religieux essentiellement basé sur la prière et les croyances religio-thérapeutiques, en faisant espérer au patient une guérison surnaturelle et en lui attribuant une origine mystique, ne va pas conduire à une diminution de l’observance.

Cette étude aura donc pour but d’étudier les liens entre le coping religieux et l’observance thérapeutique. On suppose qu’il n’y aura pas de lien direct entre le coping religieux et l’observance thérapeutique. En revanche, lorsque le coping religieux induira des croyances magico-religieuses, il diminuera l’observance thérapeutique.

Quatre-vingt-un patients séropositifs, migrants africains, asymptomatiques, ont été rencontrés dans le service de maladies infectieuses, de l’Hôpital Lariboisière à Paris. On leur a proposé après consentement éclairé, un entretien individuel, au cours duquel était renseigné un ensemble de questionnaires. Ont été évalués dans cet ordre : la satisfaction du soutien social (Goodger, Byles, Higganbotham, & Mishra, 1999),  la dépression avec la version française de l'échelle CES-D (Center Epidemiologic Studies-Depression Scale) de Führer et Rouillon (1989), les croyances magico religieuses sur le sida avec une échelle élaborée pour cette recherche, l’échelle d’observance de Tarquinio, Fischer et Grégroire (2000) , les stratégies de coping, à l’aide du Brief COPE (Carver, 1997). Les données ont fait l’objet d’analyses de régressions multiples à l’aide du logiciel SPSS© et de la macro PROCESS (Hayes, 2013). On a effectué 5000 ré-échantillonnages (bootstrapping).

Toutes les variables incluses dans le modèle, ont été préalablement centrées. Les variables soutien social (r = .44, p < .01) et dépression (r = .24, p < .05) ont été contrôlées puisqu’elles sont corrélées avec l’observance thérapeutique. Comme attendu, le lien direct entre le coping religieux et l’observance thérapeutique n’est pas significatif (t = .94, p = .35), mais, on observe bien un lien indirect significatif entre le coping religieux et l’observance thérapeutique (IE = -.36, SE = .16, 95% confidence interval [CI] = [-.73,-.08]). Pour finir, on s’est assuré de la validité de notre modèle en testant les modèles alternatifs.

Dans cette étude on met en évidence que dans le cas où le coping religieux induit des croyances magico-religieuses, un lien indirect négatif apparaît entre ce dernier et l'observance thérapeutique. Ces résultats montrent qu’il importe d’aborder avec le patient, ses croyances concernant la guérison et de renforcer le soutien à l’observance.

 

Références bibliographiques.

Meredith, K. L., Jeffe, D. B., Mundy, L. M., & Fraser, V. J. (2001). Sources influencing patients in their HIV medication decisions. Health Education & Behavior, 28, 40-50.

Pargament, et al., (2004). Religion and HIV: A review of the literature and clinical implications. Southern Medical Journal, 97, 1201-1209.


Vendredi, 09h, AR49.

Session thématique : Psychologie Cognitive

Modèle mnésique et faux souvenirs : contribution d’un processus d’appariement global.

Hamon, Alexandre (Laboratoire epsylon université montpellier 3), Brunel, Lionel (Laboratoire epsylon université montpellier 3).

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Depuis Bartlett (1932), les erreurs de mémoires sont de plus en plus considérées comme la conséquence du fonctionnement normal du système mnésique. Dans cette optique, Roediger, Watson, McDermott & Gallo (2001) ont développés la théorie activation-monitoring (TA-M) afin d’expliquer les faux souvenirs (Roediger & McDermott, 1995). Selon cette théorie, le faux souvenir d’un mot critique (e.g., reconnaître un mot que l’on a pas appris) nécessite sont activation par l’apprentissage des mots qui lui sont reliés sémantiquement. Le mot critique serait associé aux caractéristiques d’encodages (e.g., contexte). Sur la base de celles-ci, le processus de monitoring attribuerait au mot critique la même source que les mots effectivement appris aboutissant à sa fausse reconnaissance.

Néanmoins, les modèles d’appariement global (MAG) (e.g., Hintzman, 1988) proposent un processus unique pour expliquer les faux souvenirs. Selon ces modèles, l’item testé est comparé en termes de similarité avec toutes les traces en mémoire (i.e., mots appris). Plus la similarité est élevée, plus la probabilité de reconnaître l’item testé est grande.

Afin d’opposer ces deux approches, nous avons utilisé des non-mots (e.g., NOBZUV). Nous avions une condition ancien (i.e., non-mots appris), une condition nouveau + (i.e., non-mots similaires à ceux de l’apprentissage) et une condition nouveau - (i.e., non-mots faiblement similaires). En accord avec les MAG le taux de réponse ancien était significativement supérieur dans la condition nouveau + F(1,17) = 8,28 ; p < .05 que pour la condition nouveau -. Ces résultats sont en désaccord avec la théorie activation-monitoring car elle ne prédisait pas plus de fausses reconnaissances dans l’une des deux conditions  nouveaux  car un non-mot de l’apprentissage n’activait pas à priori un non-mot nouveau + ou -.

Dans une seconde expérience, le contexte entre l’apprentissage et la reconnaissance était différent (CTX -) contrairement à la première expérience ou le contexte était similaire (CTX +). En désaccord avec les MAG l’effet du facteur similarité du contexte était significatif pour la condition  ancien  F(1,39) = 10.62 ; p<.05 mais non significatif pour les items  nouveau + et -.

L’expérience 1 affaiblie la nécessité d’un processus d’activation en apprentissage pour expliquer les faux souvenirs. En effet, non seulement des faux souvenirs étaient créés mais en plus ils étaient fonction de la similarité des items testés. En revanche, l’expérience 2 n’écarte pas le processus de monitoring concernant le facteur contexte. En effet, par l’utilisation des non-mots, ce processus ne pouvant pas se baser sur les caractéristiques d’encodage, les faux souvenirs ne pouvaient pas être supérieur dans la condition CTX + pour les items  nouveaux + et – que dans la condition CTX -. Cependant, cette différence non significative pourrait-être due à une trop faible intégration des items  nouveaux + et -  avec le contexte d’apprentissage, contrairement aux items  anciens  dont la différence était significative entre CTX + et -.

Au final, l’explication par un processus d’appariement global ne serait pas suffisante mais pourrait être complétée par un processus d’intégration à l’apprentissage.

Bibliographies

Arndt, J. (2010). The role of memory activation in creating false memories of encoding context. Journal of experimental psychology. Learning, memory, and cognition, 36(1), 66–79.

Bartlett, F. (1932). Remembering: A study in experimental and social psychology.

Hintzman, D. L. (1988). Judgments of frequency and recognition memory in a multiple-trace memory model. Psychological Review, 95(4), 528–551.

Roediger, H. L., Watson, J. M., McDermott, K. B., & Gallo, D. a. (2001). Factors that determine false recall: a multiple regression analysis. Psychonomic bulletin & review, 8(3), 385–407.

Roediger III, H. L., & McDermott, K. B. (1995). Creating False Memories: Remembering Words Not Presented in Lists. Journal of Experimental Psychology, 21(4), 803–814.

Quand canari amorce jaune : effet sur l’orientation de l’attention

Léger, Laure (Université paris ouest), Chauvet, Elodie (Université paris ouest).

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Introduction théorique

L’objectif de cette étude est d’explorer l’effet d’un amorçage sur l’orientation de l’attention. Orienter son attention est un processus qui nous permet d’acquérir et de traiter de l’information lorsque nous interagissons avec notre environnement. Plusieurs facteurs influencent cette orientation. Ces facteurs peuvent être liés aux caractéristiques même du stimulus  ou aux connaissances qu’on a sur cet objet  (Wolfe, 1994). Par ailleurs, certaines études ont montré que lors de l’audition d’un mot particulier le regard des observateurs était dirigé préférentiellement vers des objets qui faisaient partie de la même catégorie sémantique  (mot entendu : Piano, image regardée : violon) ou qui avaient des propriétés visuelles communes comme la forme (Serpent -  Tuyau) ou la couleur (regarder des objets de couleur verte après l’écoute du mot grenouille) (Huettig & Altman, 2005, 2007, 2011). Le but de cette recherche est de compléter l’étude de l’effet de l’amorçage de propriétés visuelles des objets sur l’orientation de l’attention. L’hypothèse de cette étude est que la couleur amorcée par la lecture d’un mot (« jaune » pour « canari ») va orienter l’attention des participants vers les mots écrits dans cette couleur.

Expérience

Les mouvements oculaires de 27 participants, de langue maternelle française (Age : m= 21.22 ; s = 2.48) ont été enregistrés pendant qu’ils effectuaient une tâche de recherche lexicale. Cette tâche consistait à trouver un mot particulier dans un écran contenant 12 mots (dont le mot cible) répartis aléatoirement dans une matrice 5x5 cellules. Chaque planche de mots présentait la moitié des mots écrits dans une certaine couleur et l’autre moitié des mots dans une autre couleur. Trois conditions expérimentales ont été construites : (1)  « contrôle » où aucun mot à l’écran n’est écrit dans la couleur amorcée par la lecture du mot cible, (2)  « cible » où la moitié des mots de l’écran dont la cible est écrite dans la couleur amorcée par la lecture du mot cible et (3)  « distracteurs » où la moitié des mots à l’écran, sauf la cible, est écrite dans la couleur amorcée la lecture du mot cible. L'ordre de présentation des planches était aléatoire et l'exploration oculaire sur chacune d'elle commençait par le centre de l'écran.

L’analyse des performances nous indique que la condition « distracteurs » présente des temps de réponse significativement plus longs que les conditions « contrôle » et « cible ». Les analyses concernant les localisations des fixations oculaires nous indiquent que la première fixation effectuée lors de la recherche était plus souvent orientée vers un mot écrit dans la couleur amorcée par la lecture du mot cible que sur une autre couleur. De plus, les mots écrits dans la couleur amorcée par la lecture de la cible sont plus souvent fixés que les mots écrits dans une autre couleur.

Discussion-conclusion

Ces résultats viennent conforter des études antérieures (Huettig & Altman, 2005, 2007, 2011) et suggèrent fortement que l’attention peut être orientée par des propriétés visuelles amorcées par la lecture d’un mot, même si celles-ci ne sont pas pertinentes pour réaliser la tâche. Cette étude est un premier pas pour étudier plus finement les processus non conscients sur l’orientation de l’attention dans la recherche d’information. 

Bibliographie

Huettig, F., & Altmann, G. T. M. (2005). Word meaning and the control of eye fixation: Semantic competitor effects and the visual world paradigm. Cognition, 96, B23–B32.

Huettig, F., & Altmann, G. T. M. (2007). Visual-shape competition during language-mediated attention is based on lexical input and not modulated by contextual appropriateness. Visual Cognition, 15, 985–1018.

Huettig, F., & Altmann, G.T. M. (2011). Looking at anything that is green when hearing "frog": How object surface colour and stored object colour knowledge influence language-mediated overt attention. The Quarterly Journal of Experimental Psychology, 64, 122-145.

Wolfe, J.M. (1994). Guided search 2.0: A revised model of visual search. Psychonomic Bulletin & Review, 1, 202–238.

Représentation sémantique probabiliste et associations verbales

Leveau, Nicolas (Equipe chart - cognition humaine et artificielle (paris) - scientific brain training (lyon)), Denhiere, Guy (Equipe chart - cognition humaine et artificielle (paris) - cnrs), Jhean-larose, Sandra (Laboratoire eda (paris) - université d'orléans).

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Une propriété des modèles néo-connexionnistes de la mémoire tels l’Analyse de la Sémantique Latente (Landauer et Dumais, 1997) et Topic (Griffith, Steyvers & Tennebaum, 2007) est de rendre compte des associations verbales (Ferrand & Alario, 1998 ; Ferrand, 2001). Une caractéristique de ces associations est la non-commutativité : alors que Ancre est associé à Bateau pour 39.3 % des réponses, Bateau n’est associé à Ancre que pour 1.1 % des réponses. LSA et Topic prétendent rendre compte des associations verbales, mais seul Topic, de par sa nature probabiliste, peut être capable d’en traduire l’asymétrie (Denhière, Leveau, Jhean-Larose, 2010). L’objet de cette communication consiste à examiner si Topic rend compte des normes d’association et, à la différence de LSA, de l’asymétrie de ces associations.

Dans le modèle Topic, un corpus de documents est transformé en une matrice de cooccurrences mots x documents. Cette matrice est ensuite soumise à l’Allocation Latente de Dirichlet (LDA) avec pour paramètre le nombre de thèmes à extraire du corpus. Chaque mot est caractérisé par sa probabilité dans chaque thème et chaque thème est caractérisé par sa probabilité dans le corpus. La similitude entre deux mots mot1 et mot2 revient à évaluer la probabilité conditionnelle p(mot2|mot1) qu’un mot mot1 soit présent dans un texte sachant que le mot mot2 y est déjà. A la différence du cosinus utilisé dans LSA pour calculer la similitude, les propriétés de non commutativité et de non déterminisme de la probabilité conditionnelle permettent de rendre compte de l’asymétrie de la force de liaison et de la variabilité intra individuelle des associations.

Dans le premier test, pour évaluer la capacité du modèle Topic à prédire l’association entre 2 mots, nous avons sélectionné des normes de Ferrand les 1er et 3ème associés de 235 mots test dont les 3 mots réponse sont présents dans le corpus, et dont l’entropie des réponses associatives est minimale. Nous avons calculé la probabilité p(mot réponse|mot test) - que l’on peut exprimer par « la probabilité d’avoir pour réponse “mot réponse” sachant que le mot inducteur est “mot test” ». La prédiction selon laquelle la probabilité conditionnelle sera significativement plus élevée pour le 1er que pour le 3ème mot associé est vérifiée (m = 131.10-6 vs 112.10-6 ; t(235)=2.75 ; p<.01).

Dans le second test, nous avons retenu des normes de Ferrand les paires pour lesquelles les pourcentages d’associations sont disponibles dans le sens direct et dans le sens inverse soit 2x65 paires de mots concrets et 2x32 paires de mots abstraits. L’hypothèse selon laquelle la probabilité conditionnelle P(mot réponse|mot test) sera significativement plus élevée dans le sens direct que dans le sens inverse est vérifiée (m = 185.10-6 vs 94.8.10-6 ; t(97)=3.84 ; p<.01).

En conclusion, les résultats des 2 tests effectués illustrent la capacité du modèle Topic à rendre compte des relations associatives et de leur asymétrie, ce qui rend crédible son emploi dans la modélisation de la compréhension de textes pour activer l’acception pertinente d’un mot en mémoire de travail selon le contexte (Kintsch, 2008 ; Jhean-Larose & Denhière, 2010).

Bibliographie

Denhière, G., Leveau, N., & Jhean-Larose, S. (2010). Mémoire, représentation sémantique probabiliste et extraction automatique de thèmes. Communication orale au 52ème Congrès de la Société Française de Psychologie, Lille, 7- 9 septembre.

Ferrand, L., & Alario, F.-X. (1998). Normes d’associations verbales pour 366 noms d’objets concrets. Année Psychologique, 98, 659-670.

Ferrand, L. (2001). Normes d'associations verbales pour 260 mots abstraits. Année psychologique, 101, 683-721.

Griffiths, T. L., Steyvers, M., & Tenenbaum, J. B. (2007). Topics in Semantic Representation. Psychological Review, 114, 211-244.

Leveau, N., Denhière, G. & Jhean-Larose, S. (2011). Does TOPIC really extract topics of a text? Communication au 21ème Colloque de la Society for Text and Discourse, Poitiers, 11-13 Juillet.

Impact d’une odeur non consciemment perçue sur des choix alimentaires

Gaillet, Marie (Umr centre des sciences du goût et de l'alimentation, f-21000 dijon, france), Sulmont-rossé, Claire (Umr centre des sciences du goût et de l'alimentation, f-21000 dijon, france), Issanchou, Sylvie (Umr centre des sciences du goût et de l'alimentation, f-21000 dijon, france), Chabanet, Claire (Umr centre des sciences du goût et de l'alimentation, f-21000 dijon, france), Chambaron, Stéphanie (Umr centre des sciences du goût et de l'alimentation, f-21000 dijon, france).

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Bien qu’il ait été longtemps considéré que nous étions pleinement conscients des motivations guidant nos comportements, les recherches actuelles en psychologie et en économie suggèrent qu’en matière de choix, nous ne sommes pas les êtres rationnels que nous pensons être (Dijksterhuis et al., 2006; Kahneman & Tversky, 2000). Les choix correspondent en fait à des processus complexes d’intégration, qui ne sont pas seulement rationnels, mais surtout basés sur des sentiments, des émotions et des souvenirs (Loewenstein et al., 2001). En outre, il est maintenant bien établi en psychologie qu’une part significative des comportements et choix sont influencés par des processus non-conscients (Greenwald, & Banaji, 1995). Afin d’étudier les mécanismes non-conscients, impliqués dans les choix alimentaires, nous avons utilisé le paradigme d’amorçage. Dans une précédente étude, nous avons montré que des odeurs de fruits non-consciemment perçues pouvaient avoir un impact sur des intentions de choix alimentaires (sur un menu), guidant les participants vers des plats à base de fruits et/ou légumes (Gaillet et al., under review). La présente étude vise à montrer que l’exposition incidente à une odeur de poire peut impacter les choix alimentaires, dans une situation de consommation réelle.

Cent quinze participants ont été assignés aléatoirement soit dans un groupe contrôle soit dans un groupe amorcé. A leur arrivée, les participants patientaient dans la salle d’attente du laboratoire qui était soit inodore pour le groupe contrôle ; soit odorisée avec une odeur de poire, diffusée 30 minutes avant l’arrivée des participants pour le groupe amorcé. L’odeur était ainsi présente à une intensité à peine perceptible, de sorte qu’elle ne soit pas consciemment perçue par une personne non avertie de sa présence. Après avoir passé dix minutes dans cette salle, les participants étaient invités à rejoindre une autre salle, inodore, où un « buffet » les attendait. Ils devaient alors individuellement choisir une entrée, un plat et un dessert, qu’ils consommaient ensuite lors du déjeuner, pris au laboratoire.

Les résultats ont montré que les participants du groupe amorcé choisissaient plus fréquemment le dessert à base de fruits (compote de pommes) que les participants du groupe contrôle, qui se tournaient plutôt vers le dessert à haute densité énergétique (brownie).

Dans la lignée des résultats obtenus dans nos précédents travaux, ces résultats renforcent l’idée d’effets d’amorçage dits « amorce spécifique ». Pour la première fois, cette étude apporte la preuve scientifique qu’une odeur de fruit non-consciemment perçue peut influencer des choix alimentaires réels, guidant les personnes vers des desserts à base de fruits. Etant donné la difficulté de la plupart des gens à consommer leur part quotidienne recommandée de fruits et légumes (World Health Organization, 2006), on peut penser que l'utilisation d'approches implicites telles que celles utilisées dans cette étude pourraient potentialiser l’action des interventions explicites existantes.

 

Références

Dijksterhuis, A., Bos, M. W., Nordgren, L. F., & van Baaren, R. B. (2006). On making the right choice: the deliberation-without-attention effect. Science, 311, 1005-1007.

Gaillet, M., Sulmont-Rossé, C., Issanchou, S., Chabanet, C., & Chambaron, S. (under review). Priming effects of an olfactory food cue on subsequent food-related behaviour. Food Quality and Preference.

Greenwald, A. G., & Banaji, M. R. (1995). Implicit social cognition: attitudes, self-esteem, and stereotypes. Psychological Review, 102, 4-27.

Kahneman, D., & Tversky, A. (2000). Choices, values and frames. In. Cambridge University Press.

Loewenstein, G. F., Weber, E. U., Hsee, C. K., & Welch, N. (2001). Risk as feelings. Psychological Bulletin, 127, 267-286.

World Health Organization (2006). Comparative analysis of nutrition policies in the WHO European Region. WHO: Copenhagen, Denmark.


Vendredi, 09h, Salle des Colloques.

Session thématique : Langage

Les enfants utilisent-ils les repères dans les itinéraires virtuels? le rôle du langage.

Nys, Marion (Lmc, université paris descartes, laboratoire sfl, cnrs & université paris 8), Gyselinck, Valérie (Laboratoire mémoire et cognition, université paris descartes), Mores, Célia (Laboratoire structures formelles du langage, cnrs & université paris 8), Orriols, Eric (Laboratoire mémoire et cognition, université paris descartes), Hickmann, Maya (Laboratoire structures formelles du langage, cnrs & université paris 8).

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Introduction. Si de nombreux travaux ont été consacrés aux représentations spatiales chez le jeune adulte, la nature des modèles spatiaux, les processus qui président à leur construction et la façon dont ils évoluent tout au long de la vie sont loin d’être compris. Quelques études en réalité virtuelle se sont intéressées à l’utilisation des repères (informations spécifiques et saillantes) chez l’enfant. Certaines impliquant des labyrinthes virtuels montrent un rôle des repères dans une tâche de navigation (Jansen et Fuch, 2006). Cependant, peu de recherches ont étudié l’influence de l’encodage linguistique des repères. L’objectif de cette étude est de déterminer, dans une situation expérimentale écologique, à partir de quel âge les enfants mémorisent et utilisent les informations spécifiques liées aux repères pour construire une représentation spatiale d’itinéraires urbains. En particulier, l’étude met en relation des mesures verbales et non verbales permettant d’examiner l’hypothèse d’une influence de la sémantisation des repères à travers le développement du langage.

Méthode. 18 enfants monolingues scolarisés en CE1 et 18 en CM1 ont été comparés à 18 jeunes adultes. Trois itinéraires virtuels complexes leur sont présentés deux fois sous forme vidéo. Chaque itinéraire a deux versions différentes et contrebalancées suivant la position des repères dans le parcours (5 repères décisifs et 5 confirmatoires). Diverses tâches sont ensuite administrées dans un ordre contrebalancé pour évaluer la représentation spatiale construite :

1) description verbale de l’itinéraire ;

2) reconnaissance visuelle des repères: cibles ; entités semblables sur le plan sémantique (« fontaine ») mais pas sur le plan visuel ; distracteurs différents sur les deux plans;

3) reconnaissance verbale des repères;

4) choix de directions à prendre sur des photographies des carrefours de l’itinéraire.

Enfin, un ensemble de tests standardisés évalue l’attention, la perception des directions, la flexibilité/inhibition, la mémoire de travail, la mémoire épisodique, ainsi que des capacités de compréhension et de production du langage.

Résultats. On observe une amélioration de la reconnaissance visuelle des repères avec l’âge (F(2,55)=37,07 p<0,001). Alors que les items cibles sont de mieux en mieux reconnus et les distracteurs différents de plus en plus rejetés, les distracteurs sémantiquement similaires sont de moins en moins rejetés (fausses reconnaissances), ce qui conforte l’hypothèse que le langage joue un rôle dans la mémorisation des repères. La reconnaissance verbale des repères augmente également avec l’âge (F(2,55)=52,84 p< 0,001). Pour la tâche de décision des directions, les performances augmentent avec l’âge (F(2,55)=30,43 p<0,001), montrant une capacité croissante à reproduire un itinéraire vu précédemment. Enfin, l’ensemble des résultats aux tests concernant l’itinéraire corrèlent positivement entre eux. Quant aux tests standardisés, les performances aux épreuves d’attention, de perception des directions et de mémoire épisodique sont corrélées positivement avec la capacité à choisir les directions à prendre et à reconnaître des repères. Les capacités de compréhension sont également liées à la qualité du choix des directions.

Discussion. En conclusion, les capacités de représentation spatiale sont liées au développement d’habiletés cognitives et linguistiques. Toutefois, dès 7 ans, les participants sont capables de mémoriser et utiliser des informations spécifiques de type repères, afin de reproduire un itinéraire. L’utilisation de ces repères devient de plus en plus précise et efficace au cours du développement. Cette efficacité semble néanmoins liée à une sémantisation des repères par le biais du langage et non à un meilleur souvenir de l’élément visuel spécifique.

Jansen-Osmann, P. & Fuchs, P. (2006) Wayfinding behavior and spatial knowledge of adults and children in a virtual environment: the role of landmarks. Experimental Psychology, 53[3], 171-181.


Effets du changement de langue et du changement de tâche chez les multilingues

Aparicio, Xavier (Université paris descartes - laboratoire vision action cognition eau01), Lavaur, Jean-marc (Université montpellier 3 - laboratoire epsylon ea 4556).

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Introduction
Connaître plusieurs langues implique de reconnaître leurs formes écrites et sonores et d’accéder rapidement à leur signification. Les temps de reconnaissance dépendent de la fréquence relative des mots, de l'influence mutuelle des langues (explicitement présentes ou non), et de leur maitrise relative1. Les interférences ou facilitations observées sont en général liées au degré de proximité formelle entre les mots des deux lexiques, aux changements de langue éventuels et aux exigences de la tâche.

En situation de décision lexicale, des études ont montré que les mots identiques en deux langues3 (TAXI en français et en anglais) sont reconnus plus vite que ceux dits spécifiques (MOON en anglais/LUNE en français). En décision de langue (décider à quelle langue A ou B appartient le mot présenté), les participants décident plus lentement de la langue d’un mot si sa forme est proche de son équivalent de traduction (CLASSE/CLASS, mots cognats), comparé aux mots spécifiques (JUPE/SKIRT, non-cognats).

Pour expliquer cette inversion, l’objectif de notre étude est de comprendre comment plusieurs niveaux de traitement (lexical, sémantique, et lié à la langue) peuvent faciliter ou ralentir les réponses portant sur le statut lexical ou sur la langue de l’item.

Méthode

Dans une 1ère étude, nous avons examiné les effets liés à la proximité formelle entre équivalents de traduction en décisions lexicale et de langue, en manipulant leur fréquence (mots rares/fréquents) pour deux groupes de 24 bilingues français/espagnol de niveau équivalent.

Dans une 2ème étude, nous avons observé le traitement du même type de mots chez 24 trilingues français/anglais/espagnol qui effectuaient ces deux tâches en comparant les langues 2 à 2.

Résultats

Dans la 1ère expérience, on observe un effet lié à la proximité entre les équivalents de traduction. Les cognats sont reconnus plus vite que les non-cognats en décision lexicale sans interaction avec la fréquence des mots. L’appartenance à la langue est par contre plus lente pour les cognats quelle que soit leur fréquence. En décision de langue, nous observons des coûts élevés liés au changement de langue, ainsi qu’à la proximité formelle dans les deux langues.

Dans l’étude trilingue, nous obtenons également un effet facilitateur accru pour les cognats en décision lexicale dû à la ressemblance en trois langues, sans interaction avec la fréquence des mots. En comparant les trois langues 2 à 2 en décision de langue, les mêmes effets inhibiteurs sont obtenus pour les cognats en 3 langues. Les effets liés au changement de langue de la 1ère expérience sont répliqués et concernent les 3 langues.

Discussion

Nos résultats sont interprétés en termes de compétition entre le niveau sémantique et le niveau langue, et d’activations renvoyées au niveau lexical tel que décrit dans le modèle de traduction de mots2. Lorsqu’un mot spécifique est présenté au système, il active très rapidement sa langue mais lentement sa signification dans la mesure où les deux systèmes restent en compétition. Mais, lorsqu’un mot est proche de sa traduction, le niveau sémantique est plus rapidement atteint et une indécision demeure quant à sa langue d’appartenance. Les effets du changement de langue sont similaires chez les bilingues et les trilingues (mêmes coûts du changement) et rejoignent ceux obtenus récemment lors de tâches de décisions lexicales généralisées1.   

Bibliographie

1Aparicio, X., & Lavaur, J-M. (2013). Recognizing words in three languages: Effects of language dominance and language repetition. International Journal of Multilingualism, InPress.

2Roelofs, A., Dijkstra, T., & Gerakaki, S. (2013). Modeling of word translation: Activation flow from concept to lexical items. Bilingualism: Language and Cognition, 16, 343-353

3Peeters, D., Dijkstra, T., & Grainger, J. (2013). The representation and processing of identical cognates by late bilinguals: RT and ERP effects. Journal of Memory and Language, 68(4), 315-332.

Les capacités linguistiques chez les sw : une histoire sans fin ?

Touchet, Claire (Crp-cpo, ea 7273, université de picardie jules verne), Ibernon, Laure (Crp-cpo, ea 7273, université de picardie jules verne), Vandromme, Luc (Crp-cpo, ea 7273, université de picardie jules verne).

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Décrit en 1961 par Williams, Barrat-Boyes et Lowe et en 1962 par Beuren, Apitz et Harmjanz, le syndrome de Williams (SW) présente trois caractéristiques principales : anomalies cardiaques, dysmorphie faciale et retard mental. Avec les travaux de Bellugi, Bihrle, Marks et Sabo (1988), l’étude du SW connaît un regain d’intérêt. Ils décrivent le cas de 3 SW présentant un langage « complexe en termes de structures morphologiques et syntaxiques » en dépit d’un retard mental moyen à modéré (p. 183). Suite à ces travaux, le profil cognitif du SW a été utilisé comme preuve des théories modulaires. En réponse à ces dernières, les théories neuroconstructivistes avancent que la modularité ne tient pas compte du processus de développement et postulent que les facultés cognitives des SW sont le fruit de contraintes pesant sur le développement (i.e. modularisation). Même si le langage est un domaine relativement robuste, des déficits résiduels seraient toujours présents.

De nombreuses recherches ont depuis été menées afin d’étudier les différents aspects du langage chez les SW. Si, dans l’ensemble, les aspects structuraux du langage apparaissent de relativement bon niveau, cela n’est pas le cas pour les aspects pragmatiques. Ils n’ont cependant été que très peu étudiés, et essentiellement dans des tâches en production évaluant les capacités de narration (e.g., Bernicot, Lacroix, & Reilly, 2003).

La synthèse de Brock (2007) démontre que même si le langage reste un point fort par rapport à d’autres pathologies, les capacités linguistiques des SW ne sont pas meilleures que ce l’on pourrait prédire compte tenu de leur déficit cognitif. Par ailleurs, si l’on dispose d’un certain nombre de résultats concernant les capacités linguistiques des SW, on ne sait que peu de choses sur leur mise en place. Quel est l’effet de leur hyperacousie sur la perception et la segmentation des sons de parole ? Quel est l’impact de leur mémoire phonologique à court terme sur le développement lexical ? Certaines anomalies semblent également exister au niveau des précurseurs du développement linguistique : l’attention conjointe et le pointage référentiel seraient retardés et atypiques mais remplacés par des stratégies compensatrices (e.g., Laing et al., 2002). Sachant que ces éléments sont aussi déterminants dans la mise en place de la théorie de l’esprit, un domaine également considéré comme préservé (Tager-Flusberg & Sullivan, 2000), il semblerait que le profil cognitif des SW soit bien plus complexe que ce qui a jusqu’alors été décrit.

En résumé, les résultats des travaux menés depuis 25 ans sont contradictoires, le mystère plane donc toujours sur les réelles capacités linguistiques des SW. Une meilleure connaissance du SW est pourtant primordiale pour leur proposer un accompagnement adapté.

Bellugi, U.,Marks, S., Bihrle, A., & Sabo, H. (1988). Dissociation between language and cognitive functions in Williams syndrome. In D. Bishop and K. Mogford (Eds.), Language development in exceptional circumstances (pp. 177–189). London: Churchill Livingstone.

Bernicot, J., Lacroix, A., & Reilly, J. (2003). La narration chez les enfants atteints du syndrome de Williams : aspects structuraux et pragmatiques. Enfance, 55(3), 265.

Beuren, A. J., Apitz, J., & Harmjanz, D. (1962). Supravalvular Aortic Stenosis in Association with Mental Retardation and a Certain Facial Appearance. Circulation, 26(6), 1235–1240.

Brock, J. (2007). Language abilities in Williams syndrome: a critical review. Development and Psychopathology, 19(1), 97–127.

Laing, E., Butterworth, G., Ansari, D., Gsödl, M., Longhi, E., Panagiotaki, G., et al. (2002). Atypical development of language and social communication in toddlers with Williams syndrome. Developmental Science, 5(2), 233–246.

Tager-Flusberg, H., & Sullivan, K. (2000). A componential view of theory of mind: evidence from Williams syndrome. Cognition, 76(1), 59–90.

Williams, J. C. P., Barratt-Boyes, B. G., & Lowe, J. B. (1961). Supravalvular Aortic Stenosis. Circulation, 24(6), 1311–1318.

Explorer les dynamiques de traitement durant la production manuscrite conceptuellement dirigée : l’apport de l’eeg

Perret, Cyril (Fpse - uni. genève), Laganaro, Marina (Fpse - uni. genève).

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Même si les productions orale et écrite sont utilisées fréquemment dans nos sociétés industrialisées, nos connaissances sur les processus cognitifs et neurophysiologiques portant sur la seconde modalité sont relativement restreints. Dans cette étude, nous nous proposons de spécifier le décours temporel des étapes de traitement cognitif de la production manuscrite en utilisant les potentiels évoqués (ERPs) et les analyses de segmentations spatio-temporelles.

Dans un premier temps (Perret et Laganaro, 2012), des enregistrements EEG à haute densité ont été réalisés chez 21 participants dénommant 120 images à l’oral et à l’écrit. Des analyses de traces (waveform analysis) et de segmentation spatio-temporelle ont été réalisées à la fois sur les ERPs alignés sur le stimulus et ceux alignés sur la réponse, et ce afin de couvrir l’ensemble des processus de préparation de la réponse verbale (Laganaro & Perret, 2011). Des corrélats électrophysiologiques communs aux deux modalités de production apparaissaient jusqu’à environ 260 ms après la présentation du stimulus. Ensuite, l’écriture manuscrite divergeait de l’oral. Deux configurations topographiques stables apparaissaient de façon spécifique pour chaque modalité, i.e., une débutant environ à 260 ms et se terminant à 400-450 ms et une seconde s’entendant de 400-450 ms à 600 ms.

Dans un deuxième temps (Perret et Laganaro, soumis), nous avons réalisé deux expériences visant à associer les deux fenêtres temporelles décrites spécifiquement à l’écrit avec des étapes de traitement cognitif. En se fondant sur les modèles de production manuscrite (e.g., van Galen, 1991), nous pouvons faire l’hypothèse que la première configuration topographique stable (de 260 ms à 400-450 ms) peut être associée avec l’encodage de la forme verbale graphémique alors que la seconde (de 400-450 ms à 600 ms) peut être reliée aux processus post-graphémiques (e.g., accès aux codes allographiques, récupération des programmes moteurs). Deux expériences de potentiels évoqués ont été effectuées avec chacune 20 participants. Des enregistrements EEG de haute densité ont été réalisées durant des tâches de dénomination d’images. Dans la première expérience, nous avons manipulé la consistance du première graphème du nom du dessin. Nous faisions l’hypothèse que si la première configuration électrophysiologique spécifique de l’écrit peut être associée au processus de récupération de la forme verbale graphémique, les effets d’inconsistance initiale devraient être observés durant cette fenêtre temporelle. Dans la seconde expérience, les participants devaient dénommer par écrit des noms d’images en majuscule et en minuscule. L’association entre la seconde configuration stable spécifique de l’écrit et les processus post-graphémiques suggèrent qu’une différence d’activité électrophysiologique devrait être observée durant la fenêtre temporelle s’étendant de 400-450 ms à 600 ms. Les données sont en accord avec les deux hypothèses. Pris ensemble, les résultats de ces études sont discutés pour leur apport concernant le décours temporel de préparation de la réponse verbale manuscrite.  

 

Laganaro, M. & Perret, C. (2011). Comparing electrophysiological correlates of word production in immediate and delayed naming through the analysis of word age of acquisition effects. Brain Topography, 24, 19-29

Perret, C., & Laganaro, M. (2012). Comparison of electrophysiological correlates of writing and speaking: A Topographic ERP analysis. Brain Topography, 25, 64-72.

Perret, C. & Laganaro, M. (soumis). Exploring the dynamics of processing during handwritten picture naming : A Topographic ERP Analyses study.

Van Galen, G.P. (1991). Handwriting: Issues for a psychomotor theory. Human Movement Science, 10, 165-191.


Vendredi, 09h, Amphi Fugier.

Session thématique : Psychologie du Travail

La réorganisation d’un centre de contact spécialisé et ses incidences sur l’activité

Ianeva, Maria (Université lumière lyon 2), Vacherand-revel, Jacqueline (Ecole centrale de lyon).

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Introduction

De nombreuses études en psychologie du travail soulignent les incidences négatives que les changements organisationnels sont susceptibles d’avoir sur l’expérience des salariés et les modalités de fonctionnement des collectifs professionnels (Caroly & Clot, 2004). Au travers des évolutions externes aux individus (règles, outils etc.), se transforment le rapport des professionnels à leur activité et les valeurs associées au métier (Clot, 2006). Aussi la transformation de l’infrastructure sociotechnique inhérente à l’activité productive constitue à la fois un risque de détérioration des conditions de travail et une opportunité pour repenser les termes de ce qui fait métier (Engeström, 2000). L’objectif de cette communication est double. Nous présentons d’abord les principaux résultats d’une étude ethnographique de deux ans au sein d’un centre d’appels (Santé Info) chargé d’informer et d’orienter les adhérents de trois mutuelles. Notre étude cherche à saisir les incidences de la restructuration du service social de Santé Info sur les pratiques des salariés et la manière dont ces reconfigurations nourrissent le développement de l’activité. Dans un deuxième temps, nous portons un regard critique sur le dispositif de gestion de la recherche mis en œuvre et interrogeons la façon dont notre travail a été exploité par le terrain. 

Matériel et méthodes

Afin de documenter le travail, nous avons mobilisé plusieurs techniques : observation des pratiques, enregistrements audiovisuels de situations d’interaction, autoconfrontations, entretiens et analyse de documents internes. Notre stratégie observationnelle était celle du suivi (de personnes, d’affaires et d’évènements). Nous avons choisi comme unité d’analyse le cas afin d'inscrire les pratiques en situation dans le contexte de l’activité. Ainsi ont été analysés des situations de réception et d’émission d’appels ainsi que des réunions d’équipe comme occasions de négocier les règles du métier. En parallèle du recueil des données sur le terrain, nous avons mis en place un dispositif de gestion de la recherche (accès au terrain, comité de suivi et de pilotage, restitutions). Son but était de développer le sens de notre démarche pour les acteurs-partenaires et de faciliter l’exploitation de nos résultats par le terrain.

Résultats

Les résultats de cette étude mettent en évidence que l’évolution de la division du travail au travers de la création d’une équipe de télé-opérateurs spécialisés (émission d’appels) contribue à la consolidation d’une nouvelle figure du métier de téléconseiller centré autour du conseil aux adhérents et enrichi de ses propres exigences. Les spécificités de l’émission d’appels (connaissance de l’adhérent, position d’expert, temps de préparation etc.) crée les conditions pour que les salariés réinvestissent l’objet de leur travail (de l’information au conseil).

Discussion

La coexistence de perspectives différentes sur le travail (téléconseillers généralistes et spécialisés) témoignent des incidences de la restructuration sur l’activité collective. L’analyse critique du dispositif de gestion de l’investigation souligne le rôle de notre travail de recherche comme révélateur de la dynamique collective propre à l’activité. Toutefois cette étude n’est pas mobilisée par l’organisation comme ressource épistémique pour le développement du travail. Nous en analysons les raisons et les conséquences pour notre étude.

Références bibliographiques

Caroly, S., Clot, Y. (2004). Du travail collectif au collectif de travail : développer des stratégies d’expérience.  Formation Emploi, n°88, 43-55.

Clot, Y. (2006). L’activité entre l’individuel et le collectif: approche développementale. In G. Valléry & R. Amalberti (Eds.). L’analyse du travail en perspectives : influences et évolutions, 148-157. Toulouse : Octarès.

Engeström, Y.(2000). Activity theory as a framework for analysing and redesigning work. Ergonomics, 43, pp. 960- 974.

Entre coopération et collaboration : favoriser la professionnalisation et la construction des capacités collectives chez les acteurs de la santé au travail

Tatu, Ofelia (Université d'artois/ vte), Lourel, Marcel (Université d'artois).

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 La construction des capacités est une approche développementale qui favorise le pouvoir d’agir des personnes, des groupes et des organisations pour s’engager de manière proactive dans le processus de construction de la santé (Eade, 1997; Hoffmann, Jenny & Bauer, 2011). La construction des capacités s’inscrit dans la perspective de la salutogènese (Antonovsky, 1996 ; Hoffmann, Jenny & Bauer, 2011), car elle identifie et valorise les ressources existantes et s’appuie sur la collaboration des acteurs et la participation des salariés. A partir des modèles théoriques de l’activité collective (Vaxevanoglou , 2002 ; Hatchuel, 2005, cité par Gronier et Valoggia, 2009) et du modèle des étapes du développement des groupes (Tuckman, et Jensen, 1977), cette recherche se propose d’analyser le processus de construction de la capacité collective des acteurs de la santé au travail.

 

Les données ont été recueillies dans le cadre d’un travail avec un groupe de dix acteurs de la santé au travail (direction, responsable sécurité, responsable ressources humaines, manager, membres CHSCT, délégués du personnel, médecin du travail, infirmière). Ce groupe a été constitué dans le cadre d’une intervention pour la prévention des risques psychosociaux au travail. Ainsi, six sessions de travail collectif ont été réalisées sur une période de huit mois. Chaque séance de travail a été d’une durée de trois heures. 

Le recueil des données qualitatives, par l’observation (dirigée et participante) et leur analyse nous a permis de proposer un modèle de construction des capacités collectives pour les acteurs de la santé au travail qui permet d’identifier et de développer les ressources et les pratiques de prévention existantes. Ainsi, le groupe va passer par quatre phases de maturation : une première phase qui se caractérise par un travail et des relations informels, ainsi que des pratiques de prévention « personnalisées » ou mal identifiés ; une deuxième phase qui se caractérise par un travail de coordination, avec des rôles et des relations qui sont plus formalisés, mais un partage limité, encore indéfini sur les connaissances et le « faire ensemble » ; une troisième phase qui se définit par un travail de coopération entre les acteurs, une bonne compréhension et appropriation des connaissances et un partage des rôles et des responsabilités ; une quatrième phase caractérisée par un travail de collaboration entre les acteurs et d’intégration des informations, avec un processus de prévention qui se transmet dans la durée au-delà des personnes.

Cette recherche longitudinale nous a permis d’analyser le processus de construction des capacités collectives des acteurs de la santé au travail.A travers les six séances nous avons constaté que l’activité collective, a rendu possible le développement d’un référentiel opératif commun (Terssac, et Chabaud, 1990) et de la coopération entre les acteurs.

Antonovsky, A. (1996). The salutogenic model as a theory to guide health promotion; Health promotion international, 11 (1), 11-18.

Eade, D (1997). Capacity-Building: An Approach to People-Centered Development, Oxfam: UK and Ireland

Gronier, G. et  Valoggia, P. (2009). Proposition d’analyse des activités collectives : un outil d’aide à la décision pour les organisations.  44ème congrès de la Société d'Ergonomie de Langue Française

Hatchuel, A. (2005). Pour une épistémologie de l'action. L'expérience des sciences de gestion. In R.

Teulier & P. Lorino (Eds.), Entre connaissance et organisation : l'activité collective (pp. 72-92).

Paris : Editions La Découverte.

Terssac, G. de, & Chabaud, C. (1990). Référentiel opératif commun et fiabilité. In J. Leplat &

G. de Terssac (Eds.), Les facteurs humains de la fiabilité dans les systèmes complexes (pp.

111-139). Toulouse, France : Octarès.

Vaxevanoglou, X. (2002c). Les déterminants organisationnels et psychosociaux du stress des

équipes soignantes. In M. Neboit & M. Vézina

Utilisation d’une approche méthodologique mixte dans l’évaluation des résultats de l’intervention d’un conseiller-psychologue

Jacquin, Philippe (Laboratoire de psychologie, santé et qualité de vie. université de bordeaux 2), Juhel, Jacques (Centre de recherches en psychologie, cognition et communication, université de rennes 2).

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L’objectif de cette recherche est de présenter une démarche d’évaluation quantitative et qualitative des résultats de l’intervention d’un conseiller de carrière-psychologue. Cette démarche d’évaluation basée sur des données probantes s’inscrit dans le courant de la Psychologie Fondée sur la Preuve (PFP) (APA Presidential Task Force, 2006). Son développement répond à une « demande croissante de clarification des activités du psychologue praticien tant du point de vue des méthodes utilisées, des actions engagées que des bénéfices retirés par le bénéficiaire » (Juhel, 2008, p. 358).

L’échantillon expérimental est composé de six personnes en bilan de compétences. Toutes sont de sexe féminin et ont été accompagnées par le même conseiller-psychologue.

Les effets du bilan de compétences sont évalués à l’aide d’une version brève du questionnaire d’auto-perception de Ferrieux et Carayon (1998). Le questionnaire est composé de cinq items en lien avec le sentiment de capacité à : i) construire un projet professionnel ; ii) identifier ses savoir-faire professionnels ; iii) identifier ses savoir-être professionnels ; iv) définir ses objectifs professionnels ; v) parler de sa situation à des professionnels. En réduisant le temps de passation, l’emploi de cette version brève permet une auto-évaluation quotidienne effectuée à 43 reprises dans cette étude. Un regard qualitatif est également porté à la variabilité intra-individuelle en recueillant le récit de vie associé aux changements quantitatifs observés. Cette approche idiographique qui combine les deux axes d’analyse quantitative et qualitative vise à appréhender plus complètement la complexité de la situation (Creswell & Plano-Clark, 2007).

La recherche a deux objectifs. Le premier objectif est de décrire l’évolution au cours des différentes occasions de mesure du niveau de réponse aux items liés à l’élaboration d’un projet. Le second objectif est d’évaluer l’intérêt de la démarche mise en place par le conseiller-psychologue en analysant l’éclairage fourni par le récit biographique du bénéficiaire à la compréhension du changement de son auto-perception au cours du temps.

Les données quantitatives recueillies sont analysées à l’aide de modèles non-linéaires mixtes. Les résultats montrent que l’intervention du conseiller-psychologue dans le cadre du bilan s’accompagne chez chaque participant d’une évolution positive de la capacité perçue à construire un projet professionnel, à identifier ses savoir-faire et ses savoir-être professionnels, à définir ses objectifs professionnels, à parler de sa situation à des professionnels. L’analyse individuelle croisée des séries temporelles et des verbatim permet d’identifier certaines des actions du conseiller-psychologue susceptibles de contribuer à la construction d’un projet professionnel. Ces premiers résultats montrent selon nous l’intérêt d’une approche méthodologique centrée sur l’individu et mixte c’est-à-dire utilisant conjointement des données idiographiques de nature quantitative et qualitative.

 

Références bibliographiques

APA Presidential Task Force (2006). Evidence-based practice in psychology. American Psychologist, 61, 271–285.

Creswell, J. W., & Plano-Clark, V. L. (2007). Designing and conducting mixed methods research. London: Sage.

Ferrieux, D., & Carayon, D. (1998). Évaluation de l’aide apportée par un bilan de compétences en terme d’employabilité et de réinsertion de chômeurs de longue durée. Revue Européenne de Psychologie Appliquée, 48(4), 251–259.

Juhel, J. (2008). Les protocoles individuels dans l’évaluation par le psychologue praticien de l’efficacité de son intervention. Pratiques Psychologiques, 14, 357-373.

Nouveaux métiers : evaluer les dispositifs de formation. l’exemple de l’appropriation et du développement des acquis de formation chez les agents de sûreté aérienne

Megemont, Jean-luc (Laboratoire pdps - université de toulouse le mirail), Dupuy, Raymond (Laboratoire pdps - université de toulouse le mirail).

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Introduction

Les activités et métiers du transport aérien font actuellement l'objet de profondes transformations liées, notamment, aux enjeux de sûreté aérienne et aéroportuaire dont l'acuité s'est considérablement accrue à la suite des attentats du 11 septembre 2001. Ces changements donnent lieu, depuis quelques années, à l'expérimentation de nouvelles méthodes de prévention qui visent à renforcer les dispositifs existants de sûreté aérienne. Dans ce cadre, la mise en place d'Agents de Détection Comportementale (ADC), dans certains aéroports du territoire national, a donné lieu à une demande d'évaluation d'une action de formation  destinée à un échantillon d'Agents De Sureté (ADS) pour les préparer à l'exercice de ce nouveau métier. Le traitement de cette demande a débouché sur la réalisation d'une recherche, dont l'un des objectifs principaux est d'étudier les modalités et conditions d'application des connaissances acquises en formation. En référence au modèle de Kirkpatrick (1976), ce niveau d'évaluation est centré sur l'analyse du transfert de ces acquis en situation de travail. Nombre de recherches ont mis en lumière l'existence de différents facteurs susceptibles de faciliter le processus de transfert (Colquitt, LePine & Noe, 2000 ; Dierdorff, Surface & Brown, 2010). A partir d'une analyse critique de ces modèles d'évaluation et, en particulier, de la notion de transfert des acquis de formation, vous supposons que la mise en œuvre des apprentissages dans les situations de travail donne lieu, chez les sujets formés, a des stratégies d'appropriation que notre étude exploratoire vise à décrire et expliquer.   

Dispositif méthodologique

Le recueil de données s'est appuyé, d'une part, sur des entretiens réalisés auprès d'un échantillon de 29 ADC nouvellement formés, d'autre part, sur l'exploitation de 70 fiches d'activité qui ont été traitées à l'aide du logiciel Alceste (Analyse des Lexèmes Co-occurents dans les Enoncés Simples d'un Texte). Ces fiches correspondent à des comptes rendus standardisés que les ADC doivent systématiquement remplir lorsqu'un passager est suspecté d'avoir une intention malveillante. L'analyse de ces données a été complétée par une série d'observations portant sur l'activité des ADC en situation de travail.  

Résultats

Le traitement des données recueillies révèle que les connaissances apprises en cours de formation ne sont pas appliquées de manière mécanique par les ADC. Ceux-ci se les approprient par le recours à différentes stratégies de régulation qui consistent, d'une part, à développer ou modifier ces connaissances de manière à les rendre plus opérantes, d'autre part, à agir sur les conditions de leur application. Nos résultats montrent, en particulier, que ce processus d'appropriation met en jeu des activités de coordination entre les ADC qui donnent lieu à une construction collective des compétences requises par l'exercice du métier.

Discussion

Notre étude contribue à une meilleure compréhension des processus psychosociaux à l'œuvre dans la phase d'application des connaissances acquises en formation. Elle souligne l'importance d'un suivi "ex post" des stagiaires permettant une formalisation et un meilleur partage des compétences qui se développent, en dehors du moment de la formation, dans la pratique même de l'activité en situation de travail.

Références bibliographiques

Colquitt, J. A., LePine, J. A., & Noe, R. A. (2000). Toward an integrative theory of training   motivation: A meta-analytic path analysis of 20 years of research. Journal of Applied        Psychology, 85, 678–707.

Dierdorff, E.C., Surface, E. A., & Brown, K.G. (2010). Frame-of-Reference Training           Effectiveness: Effects of Goal Orientation and Self-Efficacy on Affective, Cognitive, Skill-Based and Transfer Outcomes.  Journal of Applied Psychology, 95(6), 1181-1191.

Kirkpatrick, D. L. (1976). Evaluation of training. In R. L. Craig,(Ed.), Training and     development handbook (2nd Ed., pp. 301-319). New York : McGraw-Hill.


Vendredi, 09h, AR47.

Symposium : Entraînement aux apprentissages scolaires

SYMPOSIUM ORGANISÉ PAR :

Magnan, Annie (Lab emc, univ lyon2), Ecalle, Jean (Lab emc, univ lyon2), Lete, Bernard (Lab emc, univ lyon2).

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Liste des Participants et Affiliation
 
Michel Fayol, Pr, LAPSCO-CNRS, Université Blaise Pascal, Clermont -Ferrant. 
Héléne Labat, MCF, Laboratoire Paragraphe, Université Paris 8. 
Anna Potocki, Dr en psychologie, ATER, Laboratoire EMC, Université Lyon2. 
Christophe Quaireau , MCF, CRPCC, Université Rennes 2. 
 
 Présentation du symposium
L'objectif  est de  rendre compte de l'apport de travaux en psychologie cognitive dans le domaine des apprentissages scolaires. Les résultats de recherches fondamentales  ont permis  de développer des outils ou des situations d'aides aux apprentissage. Il s'agira de présenter des recherches novatrices dans le domaine des entraînements aux apprentissages scolaires. Plusieurs domaines  seront explorés, l'entraînement multi-sensoriel à la  connaissance des lettres (H. Labat, Paris 8), l'entraînement à la compréhension en lecture chez les jeunes enfants (A. Potocki, Lyon2) et chez les collégiens (C. Quaireau, Rennes 2) et l'entraînement aux activités numériques (M. Fayol, Clermont-Ferrant). 

 

Effets d’entraînements informatisés adaptés aux profils des faibles lecteurs

Potocki, Anna (Laboratoire emc, université lumière lyon 2.), Kleinsz, Nina (Laboratoire emc, université lumière lyon 2.), Ecalle, Jean (Laboratoire emc, université lumière lyon 2.), Magnan, Annie (Lab emc, univ lyon2 & iuf).

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Selon la formule classique L = R * C de Gough et Tunmer (1986), la lecture (L) est le produit de l’interaction entre des processus spécifiques de reconnaissance des mots écrits (R) et des processus plus généraux de compréhension du langage (C). Cette formule rend interdépendantes ces deux composantes et la lecture experte ne saurait d’ailleurs les dissocier. A l’inverse, on observe que les difficultés des enfants faibles lecteurs peuvent touchées de manière relativement spécifique l’une ou l’autre de ces capacités. Les enfants faibles identifieurs présentent ainsi des difficultés au niveau de l’identification des mots écrits alors que les enfants faibles compreneurs connaissent des difficultés récurrentes au niveau de la compréhension du langage, à l’oral comme à l’écrit. Pour chaque profil de faibles lecteurs, il convient donc de proposer des aides qui soient adaptées c’est-à-dire qui visent spécifiquement la composante de lecture déficitaire (Aaron et al, 2008). Cette étude se propose de présenter les effets différenciés de deux entrainements informatisés visant l’un, l’identification de mots écrits (Ecalle et al, 2013) et l’autre, la compréhension (Potocki et al, 2013). La validité de ces logiciels a été éprouvée auprès d’enfants faibles identifieurs et faibles compreneurs scolarisés en CP et CE1 dans le cadre d’un paradigme classique pré-test/entraînement/post-tests avec groupe expérimental et groupe contrôle. Le suivi longitudinal de ces enfants a de plus permis de tester le maintien à long-terme des bénéfices observés dans des épreuves de lecture de mots pour l’un et de compréhension orale et écrite de récits pour l’autre.

Aide à la maîtrise de la compréhension implicite des textes : tacit, un logiciel d’évaluation et de remédiation

De la haye, Fanny (Crpcc & iufm saint brieuc, université bretagne ouest), Le bohec, Olivier (Crpcc, université rennes 2), Noël, Yvonnick (Crpcc, université rennes 2), Quaireau, Christophe (Crpcc, université rennes 2), Nogues, Jérémie (Nogues).

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Un enfant sur cinq présente des difficultés de compréhension (INSEE, 2011) qui peuvent persister jusqu’à l’âge adulte. La compréhension de l’implicite des textes, qui correspond à la capacité à effectuer des inférences (Cain, Oakhill & Bryant, 2004), est particulièrement cruciale : elle est spontanée et instantanée chez les normo-lecteurs mais peut poser problème pour certains lecteurs. Cain, Oakhill, Barnes et Bryant (2001) ont montré qu’il s'agirait essentiellement d'un problème de mise en place de stratégies d'intégration des éléments. L’analyse des pratiques pédagogiques (Benoit & Boule, 2001 ; Goigoux, 2000) montre que les élèves sont généralement très peu sollicités sur le registre de la compréhension implicite, quand ils ne sont pas simplement encouragés à penser que toute réponse à une question sur le sens est présente explicitement dans le texte.

L’apprentissage des stratégies de compréhension ne fait pas suffisamment l'objet d'un enseignement spécifique systématique - même si quelques outils papier-crayon existent (Cèbe, Goigoux & Thomazet, 2003)-, des recherches montrent pourtant que des entrainements permettent de développer les stratégies inférentielles (Bauman, 1986, Yuill & Joscelyne, 1988, Fritschmann & al. 2007). La compréhension de l’implicite doit donc faire l’objet d’entrainements spécifiques, au même titre que le décodage graphèmes-phonèmes (Bianco, 2003).

TACIT (Testing Adaptatif de la Compréhension de l’Implicite des Textes) est un logiciel en ligne (http://www.tacit.fr), développé pour permettre aux enseignants d’évaluer la compréhension de l’implicite et de construire des séances d’apprentissage différenciées. L'évaluation est basée sur la méthodologie des modèles de réponse à l'item. Les premiers résultats suggèrent des effets positifs de l’usage de cet outil, notamment chez les sujets initialement les plus en difficulté.

Comment aider les adolescents porteurs de retard mental à apprendre à lire et à écrire ?

Labat, Hélène (Laboratoire paragraphe, equipe compréhension, raisonnement et acquisition des connaissances, ea 349), Karakaya, Gonul (Lab emc, univ lyon2), Bussy, Gérald (Ove-ime rousseau – vénissieux et service de génétique, chu nord saint etienne.), Ecalle, Jean (Lab emc, univ lyon2), Magnan, Annie (Lab emc, univ lyon2 & iuf).

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La lecture constitue un socle fondamental aux apprentissages scolaires et l'étude de son acquisition dans des populations atypiques font l'objet d'un certain nombre de travaux. Les personnes porteuses de retard mental (RM) sont particulièrement en grandes difficultés dans cet apprentissage (Ratz & Lenhard, 2013). Celles-ci seraient notamment reliées au faible niveau de conscience phonologique (Channel et al., 2013). La remédiation cognitive (basée sur les habiletés phonologiques et les correspondances audio-visuelles ; Cohen et al., 2006) s’avère efficace pour améliorer la lecture. Par ailleurs, une étude pilote suggère que l’exploration haptique (i.e., toucher actif de la forme de la lettre) facilite l’apprentissage des lettres chez l’enfant RM (Labat et al., sous presse). Notre objectif est ici d’examiner l’impact d’un entraînement phonologique et multis ensoriel à la connaissance des lettres sur les capacités d’identification et de production de mots écrits chez les adolescents RM ? Un paradigme niveau de base / remédiation / niveau +1 est utilisé. Nous comparons l’amélioration de lettres entraînées et non entraînées. Des analyses de cas sont menées (N=7) avec le test Q’2*k afin d’évaluer l’effet de l’entraînement. De plus, la sensibilité à l’entraînement en fonction du profil cognitif est étudiée. Les résultats seront discutés dans le cadre de la théorie multisensorielle de l'encodage des traces mnésiques (i.e., Modèle Act-In de Versace et al., 2009).

 

 

Des entraînements pour améliorer les performances arithmétiques ?

Fayol, Michel (Université blaise pascal, clermont-ferrant & cnrs), Gendre, Nathalie (Université blaise pascal, clermont-ferrant & cnrs), Pautonnier, Lisa (Université blaise pascal, clermont-ferrant & cnrs).

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L’importance sociale et scolaire de la réussite en arithmétique a conduit à s’intéresser à la fois à l’évolution des performances, aux indicateurs susceptibles de les prédire et aux dispositifs pouvant les améliorer. Parmi ces derniers, deux ont fait l’objet de recherches préliminaires : les connaissances perceptivo-tactiles (Fayol et al., 1998 ; Noël, 2005) et la ligne numérique (Ramani & Siegler, 2008, 2011). L’objectif de la recherche est de comparer les effets respectifs de chacun de ces entraînements sur une population de 56 enfants de 5 ans scolarisés dans 3 classes de GSM. Un plan Pré-test – Entraînement – Post-test a été conduit en classe par les enseignantes elles-mêmes à partir d’un protocole précis.

Les 3 classes ont été pré-testées à l’aide d’une batterie d’épreuves portant à la fois sur l’arithmétique et les capacités cognitives générales. Des entraînements ont ensuite été mis en place avec deux d’entre elles d’une durée égale (6 semaines) avec alternance : Doigts puis Ligne pour G1 ; Ligne puis Doigts pour G2 ; activités usuelles pour G3 (Groupe Contrôle). Des post-tests ont été organisés à la fin des premiers (avril PT1) puis second (juin PT2) entraînements (6 et 12 semaines respectivement) et enfin, au retour des vacances d’été (PT3) sur des épreuves directement concernées par les entraînements et sur d’autres visant à évaluer les effets induits sur des performances arithmétiques non directement entraînées (dénombrement, comparaison de quantités, opérations).

L’exposé présentera et comparera les effets de ces entraînements à court et moyen terme.


Vendredi, 09h, AR46.

Symposium : Psychologie interculturelle et consciences

SYMPOSIUM ORGANISÉ PAR :

Molleron, Antoine (Sfp).

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Le DAIP a le plaisir cette année d’accueillir des intervenants provenant de différents champs de la psychologie, chercheurs et/ou praticiens, qui travaillent ou ont travaillé avec des populations migrantes. Cette diversité des approches paraît de plus en plus indispensable pour élargir la compréhension de la conscience et de ses différents niveaux possibles en fonction des Cultures et de nous-mêmes. Nous voyagerons de la psychologie du développement (C. Sabatier, Université de Bordeaux2- Segalen), à l’ethnopsychanalyse (A. Cherif, MSK, Paris), à la psychanalyse du Centre Primo Levi avec S. Agrali, en passant par les pratiques appliquées dans le champ social avec l’exposé de J. Costa-Lascoux (CNRS, ADRIC), et aussi via l’anthropologie médicale clinique (A. Molleron, SFP, J. Cotxet, ETSUP). La discussion portera notamment sur les (in)compatibilités des grilles de lectures théorico-pratiques et conceptuelles qui se révèlent plus ou moins applicables in situ quand et là où nous les utilisons.

Conscience de soi, conscience de l’autre, les perceptions mutuelles des adolescents et de leur mère de leurs attitudes d’acculturation.

Sabatier, Colette (Université bordeaux segalen), Sabatier et avezou-boutry, Colette et virginie (Universités bordeaux segalen et paris ouest), Avezou-boutry, Virginie (Université paris ouest).

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L’acculturation est au cœur de la famille dans le cas des minorités culturelles et des populations qui ont immigré. Les perceptions mutuelles ainsi que les attributions font partie intégrante de la dynamique familiale et des processus d’adaptation au long cours des groupes qui ont immigré. La psychologie des relations familiales montre à la fois des différences générationnelles de l’endossement des valeurs et de l’identité et la transmission d’une génération à l’autre d’un grand nombre de valeurs assurant ainsi la continuité culturelle. Les travaux sur la transmission culturelle soulignent l’importance de l’adéquacité de la perception des attitudes et valeurs des autres. Pour qu’il y ait transmission, il faut que les valeurs à transmettre soient repérées par le sujet apprenant. Nous avons exmainé la questiion de la transmission des attitudes et de la transmission des attitudes d'acculturation en interrogeant  75 adolescents de 12 ans d’origine marocaine et leurs mères sur leurs attitudes d’acculturation ainsi que sur la perception de chacun des membres des attitudes de l’autre.  Les résultats montrent des justesses de perceptions différentes selon la saillance sociale des attitudes à percevoir. Ainsi mères et adolescents ont des perceptions mutuelles relativement justes des attitudes d’intégration et de séparation alors qu’il n’y a pas de correspondance entre les attitudes d’assimilation de chaque membre et la perception par l’autre. Nous discuterons ces résultats en fonction de la conscience de soi et la conscience de l’autre dans les processus interculturels au sein de la famille.

Pratique de psychologie clinique dans le champ socio-éducatif et prise de conscience des cultures autres.

Molleron, Antoine (Sfp/ association jean cotxet/etsup).

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Des exemples concrets tirés de  notre pratique clinique mettront en lumière  des obstacles observés dans la compréhension et la prise en charge  d’enfants et/ou de parents ayant migré. Les vignettes  cliniques seront tirées d’une pratique en Action Educative à Domicile et  d’un récent mémoire de DU en anthropologie médicale clinique auprès d’une dizaine d’adolescents accueillis dans l’Association Jean Cotxet.

         La prise de conscience du mal-être  de certains adolescents et/ou de certains parents se  heurte parfois à des incompréhensions des Services. Allusion sera faite  aux différentes méthodes et concepts pour mieux appréhender  ces réalités relationnelles, d’un projet humaniste de base (« accueillir au mieux »), à l’analyse du transfert psychanalytique, à la proposition de de B. Xipas jusqu’au «management interculturel »de S. Hall. L’ampleur fréquente du sickness et les trajectoires traumatiques seront évoquées.                                                                                                                              Articuler différents modèles explicatoires de ces situations complexes paraît de plus en plus important, obligeant à leurs confrontion pour mieux accueillir, ce que chaque professionnel est amené à faire selon ses  places et fonctions et selon les Ebalissements .   

La prise en charge des personnes victimes de torture, exilées en france : pluridisciplinarité, psychologie clinique et psychanalyse comme réponses adaptées

Agrali, Sibel (Centre de soins primo levi de paris).

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La pratique du centre de soins Primo Levi repose sur le constat que les effets de la violence politique sur la personne sont multiples, profonds : la démarche de soins s'inscrit dans le temps.

Ces effets étant complexes et durables aussi, la démarche de soin est pluridisciplinaire(médecins généralistes,kinésithérapeute,psychologues-psychanalystes,Assistants sociaux,juriste,Directrice) ce qui permet aussi d’éviter aux patients la dispersion sur plusieurs lieux d’accueil et de soins et faire face à la diversité des problématiques. La torture et la violence politique, donc institutionnelle, s’attaquant aux liens sociaux -la capacité à faire confiance aux institutions, à l’autre et à soi-même est atteinte. Cette violence intentionnelle doit trouver un espace institutionnel pour  les accueillir et reconnaître leur souffrance. Les patients reçus au centre de soins ont traversé une expérience hors du commun, issue de la violence politique, au carrefour du singulier et du collectif.  Cette violence a provoqué une effraction telle dans le corps et la psyché, que le sujet ne peut l’intégrer dans ses représentations, ni l’abstraire de son champ de conscience. Le sujet est fixé sur la scène traumatique, privé de sa parole et de son intimité. Chosifié et rendu muet par l’horreur irreprésentable, il tend alors à disparaître au profit d’un statut de victime via la répétition incessante d’une scène traumatique qui parasite ses pensées et obture toute temporalité. En s’appuyant sur la psychanalyse,Le psychologue clinicien au Centre tente de permettre au patient qu’une parole singulière s’énonce et que le Symbolique et l’Imaginaire reprennent leurs droits pour qu’une nouvelle temporalité s’instaure. S’ouvre ainsi au patient la possibilité de sortir du silence. La destruction des liens sociaux consécutifs à la violence politique nécessite que le travail du clinicien s’étaye sur la pluridisciplinarité.

4 différents niveaux de conscience en afrique de l’ouest

Cherif, Alassane (Msk paris).

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Le concept de conscience dans le champ ethnopsychanalytique se conçoit dans quatre dimensions exclusives : le visible est constitué comme le conscient (conscience), se définissant comme ce qui se voit, se touche .le rêve, dans ce cas, s’interprète par l’image du rêve, c’est le rêve manifeste. L’interprétation ici sera exclusivement prémonitoire. L’invisible aura un lien avec l’inconscient : il sera le réceptacle de toutes les survenues morbides ou pathologiques .les symptômes névrotiques ainsi que les étiologies en sorcellerie se construisent sur ce même modèle cde niveau d’inconscient. Le sacré est le niveau qui accorde une sacralité  toutes les actions métaphysiques .les soins et la guérison se négocient principalement ici. Le profane enfin, résume la synthèse de toutes les actions liées aux trois premières dimensions.

Conscience de soi, conscience l’autre dans une démarche interculturelle : l’expérience de l’adric.

Costa-lascoux, Jacqueline (Adric).

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Les familles immigrées sont contraintes d’adopter des stratégies d’adaptation à des codes sociaux qu’elles ne connaissent pas ou, parfois, qu’elles ne comprennent pas. Mais elles sont aussi conduites à des stratégies de reconnaissance de leur identité, de leurs aspirations et de leur demande. Le travail social, la pédagogie, le soutien psychologique sont confrontés à ces contradictions. Les professionnels expriment souvent leur désarroi : certains recourent à des interprétations culturalistes en fonction de l’origine des personnes, d’autres veulent imposer un modèle culturel préétabli.

L’ADRIC traite les situations dans une démarche interculturelle qui donne à chacun une parole, des outils de  compréhension, des éléments de réponse au cas par  cas tout en offrant des clés de lecture plus générales sur la diversité de la société française.


Vendredi, 10h30, Atrium.

Session poster 3

Les « baianos » de l’umbanda du sud-est du brésil: une approche ethnopsychologique

Macedo, Alice costa (Universidade de são paulo), Bairrão, José francisco miguel henriques (Universidade de são paulo).

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L’Umbanda est un culte de possession communément présenté comme une “religion authentiquement brésilienne” due à une mélange de traditions africaines, indiennes et européennes. Parmi ces personnages sacrés, on peut citer les “Baianos”: selon la tradition umbandiste, ce sont des esprits des migrants provenant du Nord-Est du Brésil. Le “Baiano” de l’Umbanda représente le contradictoire dans la scène religieuse. Il est associé, à la fois, à la festivité, à la bonne humeur et au ton plutôt dramatique de ses récits mythiques. Les Bahianais sont apparus dans le panthéon umbandiste pendant les années 1950 et 1960, lors d’une forte affluence des Brésiliens du Nord-Est vers l’état de São Paulo (au Sud-Est du pays) qui se sont installés dans les banlieues des villes de l’état. Cette étude a eu pour but caractériser cette catégorie spirituelle et de dévoiler comment le panthéon incorpore des expériences humaines et des types sociaux. C’est-à-dire, contribuer pour dévoiler comment par le moyen de la posséssion spirituelle la mémoire social modéle et se personifie en types spirituels. Dans cette recherche des médiums et des dirigeants de “terreiros” [Maisons de culte afro-brésilien] de l’État de São Paulo (Brésil), y ont participé. Pour le faire, on a utilisé la littérature académique, l’observation participante et des entretiens avec des médiums en transe. On a écouté les narratives des “baianos” à propos d’eux-mêmes et les lettres des musiques rituelles afin de déchiffrer leur sens dans le contexte du rite et ses signifiés psychologiques. La recherche s’insère dans le champ de l’ Éthnopsychologie, qui préssupose l’établissement de dialogues entre les conceptions psychologiques académiques et éthnotéories natives. Pour l’interprétation des narratives il a été utile la notion de significant de la psychanalyse lacanienne, parce qu’elle permet comprendre le rituel et toute l’action humaine comme un dire. Comme résultats on a identifié des signifiants que se repétent dans les narratives des bahianais e dans le rituel. Sa combinatoire a révélé des juxtapositions avec des aspects de la géographie et de la culture du Nord-Est brésilien, qui se transmutent en métaphores et méthonymies capables de présérver la mémoire social et de l’utiliser pour proumovoir une espèce de cognition social produite colectivement, dans un langage assez poétique. Ces signifiants se matérialisent non seulement dans les rituels, mais aussi dans des récits riches en oxymores, afin de permettre l’expression du contradictoire et de fournir des symboles religieux avec lesquels l’être humain – paradoxal et conflictuel – puisse s’identifier.

 

Aubrée, M. (2006). Brésil: santé mentale et sphère magico-religieuse. Tiers-Monde 47(187), 547-556. 

Capone, S. (1999). La Quête de l`Afrique dans le Candomblé: Pouvoir et Tradition au Brésil. Paris: Karthala.

Connerton, P. (1989). How Societies Remember. New York: Cambridge University Press.

Bairrão, J. F. M. H. (2005). Escuta Participante como Procedimento de Pesquisa do Sagrado Enunciante. Estudos de Psicologia,10 (3), 441-446.

Halbwachs, M. (1997). La Mémoire collective. Paris: P.U.F.

Lacan, J. (1966). Écrits. Paris: Éditions du Seuil. 

Laplantine, F. (2002). Ethnopsychiatrie psychanalytique. Paris: Beauchesne, 2002.

Lutz, C. (1985). Ethnopsychology compared to what? Explaining behavior and consciousness among the Ifaluk. In G. M. White, & J. Kirkpatrick (Eds.), Person, self and experience exploring pacific ethnopsychologies. Berkeley, United States of America: University of California Press.

Macedo, A. C., & Bairrão, J. F. M. H. (2011). Estrela que vem do Norte: os baianos na umbanda de São Paulo. Paidéia,21(49), 207-216.

Mageo, J. M. (1996). Spirit girls and marines: ethnopsychiatry as historical discourse in Samoa. American Ethnologist, 23(1), 61-82.

Negrão, L. N. (1996). Entre a cruz e a encruzilhada: Formação do campo umbandista em São Paulo. São Paulo: Ed. USP.

Pagliuso, L. & Bairrão, J. F. M. H. (2010). Luz no Caminho: Corpo, Gesto e Ato na Umbanda. Afro-Asia, 42, 195-225.

Le jugement esthétique musical : personnalité & potentiel créatif

Tavani, Jean louis (Laboratoire adaptations travail - individu), Berlin, Noémi (Paris school of economics), Besançon, Maud (Université paris ouest nanterre la défense), Caroff, Xavier (Laboratoire adaptations travail - individu), Levy-garboua, Louis (Paris school of economics), Lubart, Todd (Laboratoire adaptations travail - individu).

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Dans un contexte de crise des biens culturels, la question des déterminants de la satisfaction envers la musique est particulièrement importante, en effet elle permet d’identifier les freins à la consommation et les leviers existants permettant de la favoriser. Dans cette optique, on s’intéressera aux déterminants de la satisfaction vis-à-vis d’une musique.

Les études antérieures ont permis d’identifier les dimensions de personnalité influençant le jugement esthétique. Ainsi, il apparaît que l’ouverture, l’extraversion et la conscience l’influencent (Chamorro-Premuzic, Gomà-i-Freixanet, Furnham, & Muro, 2009; Chamorro-Premuzic & Furnham, 2007; Furnham & Walker, 2001). Il apparaît également que la créativité des juges influence l’évaluation d’un stimulus (Caroff & Besançon, 2008).

Ici, nous cherchons donc à préciser ces résultats, en identifiant l’effet de la personnalité et de la créativité sur les jugements d’œuvres musicales effectué par des collégiens (N = 93, issus de plusieurs classes de 3e). Les participants effectuaient d’abord la tâche de jugement musical, puis ils complétaient un test de personnalité, et une mesure du potentiel créatif (Lubart, Besançon, & Barbot, 2011). Les participants écoutaient 24 extraits de musiques, dont 20 étaient issus d’un style en rupture avec les habitudes d’écoutes des participants (les 4 premiers permettaient de familiariser les participants au paradigme expérimental). Pour chaque extrait, ils exprimaient leurs satisfactions, l’intensité et la valence de l’affectivité associée à la musique. Les extraits étaient présentés (1) sans information (condition contrôle), (2) avec une information haute (en terme de satisfaction) ou enfin (3) une information basse.

Un score composite (notes Z) a été calculé pour chaque écoute (α = .76 à .93). De même, un coefficient de variation a été calculé pour rendre compte de la variabilité intra-individuelle au sein des 20 écoutes d’extraits alternatifs.

Les informations données sur la satisfaction des morceaux influencent les réponses des participants, mais pas la variabilité de ces réponses. Lorsque l’information donnée est haute, les extraits sont moins bien évalués (M = -0.0838, ET = 0.731) que lorsqu’aucune information n’est donnée (M = 0.0264, ET = 0.698,  β = -6.214, t(39) = -3.228, p = .003). De même, lorsque l’information donnée est basse, les extraits sont mieux évalués (M = 0.1542, ET = .673), que lorsqu’aucune information n’est donnée (β = 2.924, t(39) = 2.095, p = .043). La pensée intégrative verbale influence la satisfaction musicale (β = .403, t(39) = 2.433, p = .002), tout comme la pensée intégrative graphique (β = -.449, t(39) = -2.09, p = .0432). L’extraversion et l’ouverture influencent la variabilité du jugement (β = .431, t(39) = 3.292, p = .002, β = -.378, t(39) = -2.729, p = .009). Les résultats seront discutés dans une optique psychologique : notamment à travers l’importance des facteurs de personnalité et du potentiel créatif sur le jugement esthétique, mais également à travers l’attente que crée une information donnée sur une musique. Les résultats seront également mis en perspective avec la théorie de l’identité sociale, et des possibles façons de s’affiler et de se différencier qui peuvent se manifester à travers le jugement musicale.

Caroff, X., & Besançon, M. (2008). Variability of creativity judgments. Learning and Individual Differences, 18(4), 367–371.

Chamorro-Premuzic, T., & Furnham, A. (2007). Personality and music: can traits explain how people use music in everyday life? British journal of psychology, 98(Pt 2), 175–85.

Chamorro-Premuzic, T., Gomà-i-Freixanet, M., Furnham, A., & Muro, A. (2009). Personality, self-estimated intelligence, and uses of music: A Spanish replication and extension using structural equation modeling. Psychology of Aesthetics, Creativity, and the Arts, 3(3), 149–155.

Furnham, A., & Walker, J. (2001). Personality and Judgements of Abstract, Pop Art, and Representational Paintings. European Journal of Personality, 15(1), 57–72.

Lubart, T., Besançon, M., & Barbot, B. (2011). Evaluation du Potentiel Créatif (EPoC). Paris: Hogrefe.

 

L’indiçage contextuel temporel inter-essais et certaines de ses limites.

Thomas, Cyril (Université de franche-comte), Didierjean, Andre (Université de franche-comte), Maquestiaux, Francois (Université paris sud 11), Goujon, Annabelle (Université de provence).

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Introduction : L’environnement visuel dans lequel nous évoluons est riche et complexe, mais l’utilisation d’indices visuels permet aux processus attentionnels de guider nos actions. Ainsi, au volant, lorsque nous arrivons à un carrefour, des indices visuels permettent à notre attention de guider rapidement notre regard vers la zone où est susceptible de se trouver un panneau. Depuis la recherche de Chun et Jiang (1998), de nombreux travaux ont étudié comment ces régularités sont apprises. Ces travaux ont montré que les mécanismes d’apprentissage en jeu sont essentiellement de nature implicite. A ce jour, l’approche utilisée consiste essentiellement à examiner l’apprentissage de régularités intra-essais. C’est au sein d’une même scène visuelle qu’une régularité du contexte prédit la position d’une cible. Dans la vie courante cependant, ce sont très souvent les régularités présentes dans le contexte N-1 qui prédisent la position d’une cible dans le contexte N. Au volant par exemple, nous guidons notre attention à partir d’éléments rencontrés les secondes d’avant sur la route. L’objectif de notre recherche est d’étudier l’effet d’indiçage contextuel inter-essais. L’Expérience 1 vise à répliquer la seule recherche à ce jour sur ce thème (Ono, Jiang et Kawahara, 2005). L’Expérience 2 teste la robustesse de cet effet, en plaçant un contexte interférent entre chaque association.

Expérience 1 : 24 étudiants devaient rechercher le plus rapidement possible la lettre « T » parmi un ensemble de 12 « L ».  L’Expérience comportait 3 phases : - Phase d’entrainement : elle comportait 25 blocs de 18 essais. Chacun des blocs était composé de 6 essais N-1, de 6 essais N (qui succédaient aux essais N-1) et de 6 essais de « remplissage » (placés avant les essais N-1 et après les essais N). La position des distracteurs L de chaque contexte N-1 était prédictive de la position de la cible T au contexte N qui lui succédait. - Phase test : elle comportait 5 blocs de 18 essais. Les participants étaient répartis en deux groupes. Le groupe 1A était confronté durant ces 5 blocs aux mêmes régularités contextuelles que celles rencontrées dans la phase d’entrainement. Pour le groupe 1B par contre, les contextes N-1 n’étaient plus prédictifs de la position du T à l’essai N. - Enfin, à l’issue des deux premières phases, une tâche de repositionnement de cible était proposée pour mesurer du caractère implicite ou explicite des apprentissages.

Résultats : les résultats de L’Expérience 1 répliquent ceux obtenus par Ono et al (2005). Notamment, dans les essais N les participants détectent plus vite la cible en présence d’une régularité à l’essai N-1.

 Expérience 2 : Cette Expérience menée sur 24 nouveaux étudiants visait à tenter  d’étendre le résultat de l’Expérience 1 à un écart plus important (N-2/N).

Procédure : la procédure est la même que celle utilisée dans l’expérience 1, excepté que ici les contextes « N-2 » étaient associés à la position de la cible dans les contextes « N ». Les essais de remplissages étaient ici placés entre chaque paire N-2/N, c'est-à-dire en position N-1.

Résultats : es résultats ne montrent aucun effet significatif d’apprentissage des régularités « inter-essais ».

Discussion Générale : les résultats de l’Expérience 1 montrent qu’il est possible d’apprendre des régularités contextuelles « inter-essais ». Cependant, les résultats de l’Expérience 2 montrent que la présence d’un contexte interférent semble empêcher l’apprentissage de cette association. Nous discuterons dans le poster de ce résultat et son implication sur le domaine de l’apprentissage implicite de régularités et plus généralement sur la perception visuelle en situation « naturelle ».

Référence : Chun, M. M., & Jiang, Y. (1998). Contextual cueing: Implicit learning and memory of visual context guides spatial attention. Cognitive Psychology, 36, 28-71. // Ono, F., Jiang, Y., & Kawahara, J. (2005). Intertrial temporal contextual cueing: Association across successive visual search trials guides spatial attention. Journal of Experimental Psychology: Human Perception and Performance, 31, 703-712.

Le bonheur au travail. impact de quelques variables psycho-environnementales

Morice, Marguerite (Paris x), Moffat, Eva (Paris x), Rioux, Liliane (Paris x).

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La psychologie positive est définie comme « l’étude des conditions et processus qui contribuent à l’épanouissement ou au fonctionnement optimal des gens, des groupes et des institutions » (Gable et Haidt, 2005, p.104). Le bonheur, en tant que concept se structurant autour de trois dimensions (émotions positives, engagement et sens), y occupe une place centrale (Seligman, 2002), pourtant il est encore actuellement assez peu étudié dans le cadre organisationnel.  Dans ce travail, nous avons choisi de le confronter à deux variables issues du champ de la psychologie environnementale appliquée au travail (la satisfaction envers les espaces de travail et l’attachement au lieu de travail) dont la littérature nous apprend qu’elles entretiennent des liens avec certaines composantes du bonheur au travail (par exemple, Rioux, 2005).

Plus précisément, notre recherche a pour objectif de :

(a) cerner le bonheur au travail, globalement et dans ses dimensions (émotions positives, engagement et sens)

(b) évaluer l’impact des variables psycho-environnementales (la satisfaction envers les espaces de travail et l’attachement au lieu de travail) sur chacune des dimensions de l’échelle de bonheur au travail.

Méthode :

114 professionnels venant de différents secteurs d’activités  (sciences humaines, santé, droit, finance, art) ont répondu à un questionnaire composé en 4 parties :

- une partie signalétique permettant de relever les variables socio-démographiques et socio-organisationnelles

- le questionnaire de bonheur au travail de Morice (2013, en cours). Ce questionnaire est composé de trois dimensions (émotions positives au travail, engagement au travail et sens du travail) et présente des caractéristiques psychométriques satisfaisantes.

- l’échelle de satisfaction envers les espaces de travail (Bahi-Fleury & Marcouyeux, 2011).

- l’échelle d’attachement au lieu de travail (Rioux, 2006).

Les items s’évaluent sur une échelle de Likert en cinq points.

Tous les participants ont été sollicités via les réseaux sociaux professionnels et par mailing.

Résultats :

Les résultats descriptifs aux échelles composant le bonheur au travail font apparaitre des moyennes modérées (de 2,04 à 4,15) associées à des écart-types relativement élevés (de 0,83 à 1,27) soulignant ainsi l’hétérogénéité des opinions. Nous retrouvons la structure factorielle postulée par Morice (2013, en cours).

Les corrélations calculées entre les dimensions du questionnaire de bonheur au travail et celles de l’échelle de satisfaction envers les espaces de travail et l’échelle d’attachement au lieu de travail sont toutes positives et significatives à .05. L’analyse de régression multiple montre que les variables psycho-environnementales constituent des prédicteurs du bonheur au travail ou de certaines de ses dimensions. Enfin, l’intérêt de ces résultats pour les DRH et les gestionnaires est discuté.

Références :

Bahi-Fleury, G., Marcouyeux, M., (2011). Évaluer la satisfaction envers l'espace de travail : développement d'une échelle et 1ère validation, Revue de Psychologie du travail et des organisations, 17.

Fischer, G. N., Vischer, J. C., (1997). L'évaluation des environnements de travail : la méthode diagnostique, Montréal : De Boeck Université.

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Martin-Krumm, C., & Tarquinio, C. (2011), Traité de Psychologie Positive : Fondements théoriques et implications pratiques, Bruxelles, De Boeck.

Rioux, L. (2005). L’attachement au lieu de travail. Etude dans une administration française [CD-Rom]. In A. Battistelli, M. Depolo, & F. Fraccaroli (Eds.), La qualité de la vie au travail dans les années 2000. Bologna : CLUEB.

Rioux, L. (2006). Construction d'une échelle d'attachement au lieu de travail. Une démarche exploratoire. Revue Canadienne des Sciences du Comportement, 38, 325-336.

Seligman, M. (2002), Authentic Happiness, New York, Free Press.

 

Les valeurs du développement durable. validation française de la « sustainable development values » de shepherd & al. (2009).

Nanda, Naelle (Université paris ouest nanterre la défense), Rioux, Liliane (Université paris ouest nanterre la défense), Morice, Marguerite (Université paris ouest nanterre la défense).

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Actuellement, le développement durable occupe une place centrale dans tous les domaines de l’activité humaine. Les organisations l’affichent, les médias en parlent, une semaine lui est dédié par le gouvernement depuis plus d’une décennie, des écoles et universités en proposent des formations qui lui sont spécifiquement dédiées, les collectivités en font la base de leurs projets d’action par des agendas 21 locaux…

Dès la publication du Rapport Brundtland (1987), les recherches autour de ce thème se sont développées mais leur nombre s’est accéléré depuis septembre 2000, date à laquelle la déclaration des Nation Unies identifie pour la première fois les valeurs fondamentales du développement durable (Leiserowitz, 2006). Cependant alors qu’il existe un nombre conséquent de questionnaires visant à évaluer les valeurs en général (par exemple, l’inventaire des valeurs de Kyhle, celui de Rocheach et l’échelle des valeurs universelles de Schwartz), rares sont ceux qui se sont centrés spécifiquement sur les valeurs du développement durable et aucune, à notre connaissance, en langue française.

Ce travail se propose donc de répondre à un double objectif : (a) adapter et valider en langue française le questionnaire de valeurs de développement durable « Sustainable development values » de Shepherd, Kuskova & Patzelt (2009) et (b) en vérifier les qualités psychométriques.

195 étudiants ont participé à ce travail de validation, mené à l'aide de quatre études se proposant d'adapter le questionnaire en français (étude 1), de repérer la structure unidimensionnelle de chacune des échelles qui le composent, d'étudier leur degré de cohérence interne et de mesurer les corrélations entre échelles (étude 2), d'évaluer la stabilité temporelle du questionnaire et des échelles qu’il comprend (étude 3) et enfin de cerner leur validité convergente (étude 4). Plus précisément, la validité convergente a été évaluée en comparant la mesure du construit produit par chaque échelle à celles obtenues à l’aide des deux outils: (a) l’échelle des valeurs de Stern, Dietz, Abel, Guagnano et Kalof (1999) et (b) l’échelle de comportements écologiques de Kaiser (1999).

Les résultats de ces quatre études sont encourageants même si des études complémentaires, en particulier de convergence et de discrimination, s'avèrent nécessaires afin de cerner de manière plus précise la validité de construit de l'outil.

 

 

Références

Kaiser, F., Wolfing, S., & Fuhrer, U. (1999). Environmental attitude and ecological behaviour Journal of Environmental Psychology, 19, 1-19.

Shepherd, D. A., Kuskova, V., & Patzelt, H. (2009) measuring the values that underlie sustainable development: the development of a valid scale. Journal of economic psychology 30 (246- 256).

Stern, P., Dietz, T., & Guagnano, G. (1998). A brief inventory of values, Educational and psychological measurement, 58(6), 984-1001.

 

Parle moi de tes souvenirs d’enfance, je te dirai qui tu es… influence du partage de souvenirs sur la similarité perçue, la sociabilité perçue et la catégorisation sociale.

Tavani, Jean louis (Lati - univ. paris descartes), Roger, Laura (Univ. paris descartes), Sarah, Guened (Université paris descartes), Collange, Julie (Lati - univ paris descartes).

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Il existerait au moins quatre fonctions identitaires de la mémoire collective : elle permet de  définir et de valoriser l’identité, de mobiliser les groupes et de justifier leurs actions (Licata, Klein, & Gely, 2007; Licata & Klein, 2010). Ici, nous nous intéressons à la fonction de définition de l’identité, et plus particulièrement au processus de catégorisation sociale par le biais d’un critère de partage ou non d’un ensemble de souvenirs.

Cent vingt-quatre étudiants d’une université parisienne (107 femmes et 17 hommes ; Mâge = 20.16, ET = 1.44) ont participé volontairement à cette étude.

Les participants prenaient connaissance d’une prétendue copie d’un protocole de réponse complété par un individu dont la tâche était de choisir 3 images sur 6 qui lui évoquaient le plus de souvenirs. Les images représentaient des objets du quotidien de l’enfance des participants. Elles étaient pré-testées afin de correspondre pour moitié aux souvenirs des participants et pour l’autre moitié ne pas correspondre aux souvenirs des participants. Le choix de l’individu fictif variait afin de créer une condition « partage des souvenirs » et une condition « non partage des souvenirs ». Un contrôle de manipulation vérifiait que les participants choisissaient les images attendues dans la condition « partage de souvenirs ».

24 affirmations étaient présentées afin d’évaluer la cible (i.e. Cette personne est une personne qui a bon caractère, Cette personne est une personne cultivée), les participants devaient donner leur niveau d’accord sur une échelle en 7 points allant de Pas du tout d’accord à tout à fait d’accord.

Dans la condition « partage des souvenirs »,  la cible est perçue comme étant plus similaire (M = 2.730, ET = 1.33) que dans la condition de non-partage (M = 4.40, ET = 1.16), F(1,123) = 55.679, p < .0001, η2p = .560. De même, la cible est jugée comme plus sociable dans la condition « partage des souvenirs » (M = 4.77, ET = 0.93), que dans la condition « non partage de souvenir » (M = 4.29, ET = 0.90), F(1,123) = 8.218, p = .005 η2p = .063. Pour finir, la cible est davantage considérée comme étant un membre de l’endogroupe (étudiante) dans la condition « partage de souvenir » (M = 4.61, ET = 1.57) que dans la condition de « non partage » (M = 3.63, ET = 1.82), F(1,122) = 10.12, p = .002 η2p = .077.

Des analyses de médiation précisent ces effets. Ainsi, il apparaît que les  différences en termes de catégorisation de la cible (étudiant ou non) sont expliquées par la similarité (mais le test du Sobel n’est que tendanciel, z = 1.87, p = .06). De plus, les différences en termes de sociabilités sont eux aussi expliquées par la similarité (z = 2.09, p = .03).

Il apparaît d’une part que le partage de souvenir va influencer le jugement social d’une cible, et d’autre part qu’il peut servir de base pour la catégorisation sociale des individus. Ainsi, il apparaît que les souvenirs qu’un groupe entretient avec son passé vont être stockés dans le prototype et pourrait entrer dans la définition du groupe. La question du statut de ces souvenirs dans le prototype sera discutée, notamment en se posant la question de la possibilité qu’ils soient une forme de norme sociale. Ces résultats seront discutés en les rapprochant des travaux sur l’effet brebis galleuse (Marques & Yzerbyt, 1988). On s’intéressera également aux possibles effets différenciés en fonction des objets de souvenirs utilisés (événements historiques).

 

Licata, L., & Klein, O. (2010). Holocaust or Benevolent Paternalism ? Intergenerational Comparisons on Collective Memories and Emotions about Belgium’s Colonial Past. Conflict, 4(1), 45 – 57.

Licata, L., Klein, O., & Gely, R. (2007). Mémoire des conflits, conflits de mémoires : une approche psychosociale et philosophique du rôle de la mémoire collective dans les processus de réconciliation intergroupe. Social science information, 46(4), 563–589.

Marques, J., & Yzerbyt, V. Y. (1988). The “black sheep effect”: Judgmental extremity toward ingroup members in inter- and intra-group situations. European Journal of Social Psychology, 18, 287–292.

Comment les femmes voient-elles la nourriture? Étude exploratoire de l’influence du sentiment de faim, de la masse corporelle et du type d’aliment.

Postal, Virginie (Université bordeaux segalen, bordeaux, france), Chevalère, Johann (Université bordeaux segalen, bordeaux, france).

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Introduction Comment expliquer l’attrait pour la nourriture ? En psychologie, l’accent a depuis longtemps été mis sur la réaction comportementale (consommation de nourriture) consécutive à des affects négatifs comme l’anxiété et le stress [1;2] et particulièrement dans le cas de l’obésité [3;4]. Pourtant moins d’études ont porté sur l'inverse, i.e. les réactions psychologiques engendrées par la confrontation à la nourriture. Notre étude vise à évaluer l'effet de l'exposition à des images de nourriture en termes de valeur hédonique (valence) et d'arousal, en fonction du sentiment subjectif de faim (SSF) et de l’IMC (Indice de Masse Corporelle) chez des femmes. La confrontation à la nourriture est considérée ici comme une induction émotionnelle faisant naître une expérience subjective particulière. Nous nous attendons à ce que le SSF, l’IMC et le type d’aliments présentés influencent le jugement de la valence et de l’arousal des images.

Méthode  Quarante-neuf participantes (âgés de 17 à 41 ans, m= 22,5 ; ET= 4,07) ont rempli un questionnaire en ligne dans lequel elles devaient juger la valence émotionnelle et l'arousal d'images d’aliments dits sains (riches en nutriments et faibles en calories), et d’aliments dits malsains (faibles en nutriments et riches en calories) ainsi que des objets. Le SSF et l’IMC ont été mesurés.

Résultats Des analyses (ANOVA) dans lesquelles le SSF a été dichotomisé (faim vs. Pas faim) et où l’IMC a été décliné en trois groupes [souspoids (14,2 %), vs. poids normal (75,5 %) vs. surpoids (10,2%)] ont d’abord montré que les aliments ont une valence plus élevée que les objets. Cet effet est modifié selon l'IMC. Dans le groupe souspoids, les aliments malsains sont évalués de manière plus positive que les aliments sains, eux-mêmes évalués de manière plus positive que les objets. Dans le groupe poids normal, l'évaluation s'inverse ente les aliments sains et malsains. Pour les participantes en surpoids, les aliments sains sont jugés plus positifs que les objets, eux-mêmes jugés plus positifs que les aliments malsains. De plus, cette interaction varie selon le SSF. Il tend à majorer les différences entre les aliments sains et malsains chez les participantes n'ayant pas un IMC normal, alors que ce même SSF tend à réduire les différences entre les types d'aliments pour un IMC normal. Des analyses en sous plan ont permis de montrer de façon surprenante que les participantes dans le groupe  « faim »  avec un IMC normal jugeaient les objets plus négativement que celles du groupe « pas faim ». Concernant l’arousal, les aliments malsains sont jugés de manière plus intense que les aliments sains, eux-mêmes jugés plus intenses que les objets.

Conclusion Les données montrent chez les femmes, l'exposition à la nourriture provoque des réactions psychologiques différentes selon le type de nourriture, cela de façon différenciée selon l’IMC, et que ces effets sont modulés par le SSF. Ces résultats suggèrent que la valeur hédonique attribuée à la nourriture pourrait être une fonction régulatrice du comportement alimentaire en guidant les choix relatifs à la consommation de tel ou tel type d’aliment. De plus, l’impact du SSF sur la valence ne semble pas circonscrit aux seuls aliments. En effet, le SSF est possiblement vecteur d’émotions négatives influençant le processus général d’attribution de valeur hédonique.

Références [1] Herman, C. P., & Polivy, J. (1980) Retrained eating. In A. J. Stunkard (Ed.),Obesity (pp.208–225). Philadelphia: Saunders.

[2] Macht, M., Haupt, C. & Ellgring, H. (2005) The perceived function of eating is changed during examination stress: a field study. Eating Behaviors, 6, 109-112.

[3] Herman, C. P., & Polivy, J. (1984) A boundary model for the regulation of eating. In A. J. Stunkard & E.Stellar (Eds.), Eating and its disorders (pp. 141–156). NewYork: Raven Press.

[4] Gelieber, A., & Aversa, A. (2003) Emotional eating in overweight, normal weight, and underweight individuals. Eating Behaviors, 3, 341–347.

Traitement explicite et implicite des émotions : l’effet de compatibilité stimulus - réponse

Sava, Alina-alexandra (Laboratoire emc, université lyon 2), Chainay, Hanna (Laboratoire emc, université lyon 2).

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Introduction:

Un lien de compatibilité entre la nature émotionnelle des stimuli et le comportement d’approche/évitement a été suggéré (Chen et Bargh, 1999). Cette compatibilité a été aussi observée pour des mouvements de flexion - stimuli positifs et extension - stimuli négatifs (Rotteveel et Phaf, 2004). Toutefois, le phénomène est encore discuté. En particulier, résulte-t-il de traitements automatiques ou conscients des émotions et dépend-il du niveau d’éveil (arousal) du stimulus ? Pour apporter de précisons à ce sujet nous avons manipulé le type de traitement émotionnel (explicite vs implicite) et l’arousal des stimuli (modéré vs élevé). Dans l’Exp 1 et 3 nous testions l’effet de compatibilité lors de traitements explicits des émotions en fonction du niveau modéré et élevé d’arousal. Dans l’Exp 2 nous testions l’effet de compatibilité lors de traitements implicites des émotions.

Méthode : Sujets : 22, 19 et 16 sujets respectivement pour les trois expériences, droitiers et étudiants à l’Université Lyon 2.

Stimuli : Exp.1 : 64 images avec arousal modéré (32 négatives et 32 positives). Exp. 2 : Mêmes stimuli que dans l’Exp 1 plus 32 stimuli neutres tous appartenant aux catégories naturelles ou manufacturées. Exp. 3 : 64 nouvelles images avec arousal élevé (32 négatives et 32 positives). Dans chaque expérience la moitié de stimuli négatifs et positifs nécessitait une réponse de type flexion et l’autre moitié de type extension.

Dispositif: une planche verticale avec trois boutons permettant de faire de mouvements de flexion et d’extension, similaire à celle utilisée par Rotteveel et Phaf, 2004) : un central (point de départ du mouvement,  permet l’enregistrement de TR) et deux placés l’un en dessous et l’un au dessus du bouton central (point d’arriver - enregistrement des temps de mouvement – TM). On a choisi l’orientation verticale du dispositif pour éviter l’approchement du stimulus lors d’un mouvement d’extension et l’éloignement du stimulus lors d’un mouvement de flexion.

Tâche: Exp 1. Evaluation des stimuli comme négatifs ou positifs en utilisant le bouton situé en dessous (flexion) ou au dessus (extension) du bouton central. Exp 2. Evaluation des stimuli comme naturels ou manufacturés. Exp 3. Même tâche que dans l’Exp 1.

Résultats :

ANOVA à mesures répétées sur les TM et les TR avec les facteurs Mouvement et Emotion a été réalisée dans toutes les expériences.

TM : Dans les trois expériences, seuls les effets du Mouvement (p<.05) et de l’Emotion (p<.01) étaient significatifs. Dans les trois expériences les participants effectuaient plus rapidement des flexions que des extensions. Dans l’Exp 1 ils répondaient plus vite aux stimuli positifs que négatifs, alors que dans l’Exp 2 et Ex 3 ils répondaient plus vite aux stimuli négatifs que positifs.

TR : Dans l’Exp 1 et 3 seul l’effet du Mouvement (p<.05) était significatif, avec les extensions initiées plus rapidement que les flexions. Dans l’Exp 2 aucun effet ni interaction n’étaient significatifs.

Discussion: Nous avons utilisé le paradigme de compatibilité stimulus-réponse et nous avons manipulé le type de traitement (implicite vs explicite) du caractère émotionnel des stimuli, ainsi que l’arousal des stimuli. Nos résultats ne confortent pas l’idée de l’existence d’une compatibilité entre la nature émotionnelle du stimulus et le mouvement de flexion/extension. Il est possible que ces résultats soient explicables par le fait que notre dispositif expérimental ne permet pas de faire de mouvement d’approche et d’évitement. L’effet de l’Emotion sur les TM observé dans les trois expériences suggère que la valence émotionnelle des stimuli a été traitée. L’inversion des patterns de données entre les TR et TM en ce qui concerne les mouvements de flexion et d’extension nous semble difficilement explicable à la lumière de la littérature.

Quand les dimensions mnésiques modifient la perception : influence d’une amorce visuelle sur le jugement gustatif

Rey, Amandine (Laboratoire emc - université lyon 2), Riou, Benoit (Laboratoire emc - université lyon 2), Versace, Rémy (Laboratoire emc - université lyon 2).

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Introduction. Perception et mémoire résultent de l’activation de composants de traces multimodales de même nature sensorielle1 2. Il semble difficile de séparer mécanismes perceptifs et mnésiques si ce n’est par la présence (traitement perceptif) ou l’absence (traitement mnésique) des propriétés sensori-motrices en jeu dans les traitements. Riou et al. (soumis) ont mis en évidence que l’activation de la propriété sensorielle gustative « sucrée » à un niveau perceptif (en faisant goûter un yaourt sucré) perturbe le traitement simultané de cette même propriété à un niveau mnésique (catégorisation d’images de produits sucrés ou non sucrés)3. L’objectif de la présente étude était de montrer que l’activation mnésique d’une propriété (e.g., propriété gustative sucrée) devrait perturber le traitement simultané d’un stimulus perceptif s’il active cette même propriété (e.g., goûter un yaourt sucré).

Matériel. En phase d’étude, deux types de patterns visuels (motifs continus vs. discontinus), composés de quatre exemplaires, et des images de produits comestibles (huit sucrés et huit non sucrés) ont été utilisés. En phase de test, 16 pots de yaourt étaient présentés avec une concentration équivalente en sucre (40g de sucre pour 1kg de produit ont été ajoutés à des yaourts sans sucre).

Procédure. 24 participants sans trouble alimentaire ont été sélectionnés. La phase d’étude consistait en une association entre un pattern visuel et la propriété sucrée. Pour la moitié des participants, les exemplaires du premier pattern étaient présentés quatre fois chacun avec des images de produits sucrés et les exemplaires du second pattern avec des images de produits non sucrés (pendant 1500 ms), et inversement pour l’autre moitié des participants. Les participants indiquaient avec quelle facilité ils pouvaient imaginer le goût du produit sur une échelle de 1 à 4 (afin qu’ils simulent mentalement les propriétés gustatives), puis à quelle catégorie appartenait le pattern. En phase de test, 16 couples de yaourts étaient présentés. Pour chaque couple, un yaourt portait le pattern associé à la propriété sucrée et l’autre portait le pattern non associé. Les participants étaient informés qu’un yaourt était plus sucré que l’autre (alors qu’ils avaient la même concentration en sucre) et devaient choisir quel était le yaourt le plus sucré (tâche de jugement gustatif). Nous faisions l’hypothèse que l’activation simultanée de la propriété sucrée par le pattern visuel (mnésique) et par le goût du yaourt (perceptif) devrait perturber le jugement du niveau de sucre du yaourt portant le pattern associé à la propriété sucrée. Ainsi les yaourts choisis comme étant les plus sucrés devraient être ceux dont le traitement n’aura pas été perturbé (i.e. yaourts portant le pattern non associé à la propriété sucrée).

Résultats. Une analyse de la variance à mesures répétées et un test de Wilcoxon pour échantillons appariés ont été effectués. Lorsque les participants devaient juger quel était le yaourt plus sucré, les résultats montrent qu’ils choisissaient significativement plus souvent le pot présentant le pattern non associé à la propriété sucrée (en moyenne 10.11 fois sur 16), (analyse de la variance (ANOVA) : F(1,23) = 6.6, p<.05, n2p = 0.22 ; test de Wilcoxon pour échantillons appariés : z = 18,36, p<.001).

Discussion. L’objectif de ce travail était de mettre en évidence que l’activation d’une propriété sensorielle à un niveau mnésique peut perturber une tâche de jugement perceptif portant sur cette même propriété. Cet effet souligne la nature similaire des composants qui entre en jeu et proviendrait de la simultanéité des processus perceptifs et mnésiques.


  1. Versace, R., Labeye, Badard, G., & Rose, M. (2009). The contents of long-term memory and the emergence of knowledge. The European Journal of Cognitive Psychology, 21(4), 522-560.
  2. Barsalou, L. W. (1999). Perceptual symbol systems. Behavioral and Brain Sciences, 22, 577-660.
  3. Riou, B., Rey, A., Cuny, C., & Versace, R. (soumis). Perceptual processing affects the reactivation of sensory dimension during categorization task.

 

 

Compatibilité stimulus-réponse dans la perception de la distance: une étude développementale

Richez, Aurélien (Ureca, université lille 3, villeneuve d'ascq), Coello, Yann (Ureca, université lille 3, villeneuve d'ascq).

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Introduction 

L’étude des effets de compatibilité stimulus-réponse (SRC) ont mis en évidence chez l’adulte des liens forts entre perception et action. En effet, il a été montré que certaines propriétés intrinsèques non pertinentes pour la réalisation d’une tâche influencent la sélection et l’exécution d’une réponse motrice ultérieure [1]. On observe en général un avantage des situations de compatibilité par rapport aux situations d’incompatibilité sur les temps de réaction (TR) mais également sur les temps de mouvement (TM) et sur les paramètres cinématiques de la réponse motrice [2]. Nous avons étudié l'aspect développemental de l'effet de compatibilité sur une population d’enfant de 8 à 12 ans. Cette période se caractérise en effet par une réorganisation perceptivo-motrice générale et par la mise en place de capacités d’intégration multisensorielle plus précise [3,4].

Méthode 

Participants : 163 enfants au développement normal ont été recrutés dans des établissements scolaires publics. La population a été divisée en 4 groupes d’âge : 8 ans (n=33 ; âge moyen 8 ans 8 mois) ; 9 ans (n=59 ; âge moyen= 9 ans 6 mois) ; 10 ans (n=36 ; âge moyen=10 ans 6 mois) ; 11 ans (n=35 ; âge moyen= 11 ans 6 mois).

Design et Procédure : Nous avons utilisé un paradigme SRC classique [5]. Les stimuli visuels étaient des pions d’échecs présentés à une distance proximale ou distale. La tâche des sujets était d’effectuer une catégorisation sur la couleur des pions (noir vs blanc) à l’aide de clés de réponse placées à une distance proximale ou distale. L’angle de prise de vue des stimuli présentés ainsi que la configuration du dispositif de réponse permettait de manipuler la compatibilité entre une propriété extrinsèque non pertinente de la cible et une réponse motrice ultérieure. L’analyse de résultats (TR et TM) a été réalisé sur la base des paramètres d’une régression ex-gaussienne, à même de rendre compte de la distribution des données temporelles.

Résultats

Un effet de compatibilité stimulus-réponse classique (avantage pour les situations congruentes vs incongruentes) est observés, mais uniquement chez les enfants les plus âgés, et ce pour les TR (F(3,155)=2.89, p=.037) comme pour les MT (F(3,155)=2.89, p=.037). Avant cet âge, l’avantage pour les situations congruentes n’est observé que sous forme de tendance statistique chez les enfants de 10 ans et est complètement absent chez les enfants de 8 et 9 ans.

Discussion 

La compatibilité stimulus-réponse, témoignant de liens fonctionnels forts entre les systèmes perceptif et moteur, se met en place progressivement au cours de l’enfance pour aboutir à une influence des propriétés non pertinentes à la fois sur la sélection (effet sur les TR) et l’exécution (effet sur les TM) de la réponse après l’âge de 10 ans. Ces résultats sont interprétés en relation avec la théorie du codage événementiel et les résultats de Gori et. Al comme témoignant d’une réorganisation fonctionnelle des capacités d’intégration des informations perceptives et sensorimotrices dans la planification motrice [4,6].

Bibliographie

[1] Tucker, M., & Ellis, R. (1998). Journal of Experimental Psychology: HPP, 24, 830-846.

[2] Buetti, S., & Kerzel, D. (2009). Journal of Experimental Psychology: HPP, 35, 816-834.

[3] Thibaut, J. P., & Toussaint, L. (2009). Journal of Experimental Child Psychology, 105, 116-129.

[4] Gori, M. et al. (2008). Current Biology, 18, 694-698.

[5] Olivier, G. (2006). Brain Research, 1124, 81-85.

[6] Hommel, B. et al. (2001). Behavioral and Brain Sciences, 24, 849-878.

La construction culturelle de l'objet-livre chez le jeune enfant

Ignacchiti, Sophie (Institut de psychologie, université lumière lyon 2).

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L'écrit est fortement présent socialement et culturellement en France, quel que soit le milieu culturel de l'enfant, le milieu socio-économique des parents et l'enfant se forme des hypothèses très tôt sur ce qu'est l'écrit (Ferreiro, 2000). L'enfant entre dans l'écrit par la voix d'un autre, notamment au travers des livre jeunesse, support de la communication et objet de culture (Bruner, 2008). L'enfant doit construire l'objet livre en lien à son usage culturel, l'utilisation pour laquelle il a été créé.

Moro et Rodriguez (2005) établissent trois stades dans le développement de la construction culturelle d'un objet par l'enfant: les actions non canoniques, oscillatoires et canoniques. Ces auteurs ont étudié la construction canonique de l'utilisation du téléphone évaluée aux alentours de 13 mois de l'enfant. Toutefois, la particularité du livre est que l'enfant ne peut pas accéder à son sens sans l'interaction de l'adulte, détenteur du code écrit et de sa finalité d'utilisation. comment alors, l'enfant construit-il canoniquement l'objet-livre?

Afin de répondre à cette question, notre étude a porté sur 17 dyades ou triades enfants/parents, fréquentant les sections petite enfance des bibliothèques sur trois territoires différents. L'échantillon est composé de 17 enfants, dix garçons et sept filles, âgés de 15 mois 13 jours à 36 mois 15 jours, ce qui représente une étendue de 21 mois 2 jours. L'âge moyen est de 29 mois 28 jours. Nous avons proposé aux enfants et aux parents une situation libre autour de plusieurs livres et une situation de lecture imposée. Ces situations ont été filmé, puis retranscrite afin de pouvoir en faire ressortir de sdonnées analysables. Afin de traiter les données, nous avons défini les comportements selon leur niveau de construction culturelle : non canonique, oscillatoire et canonique.

Les résultats montrent que le passage à un usage exclusivement canonique est repéré aux alentours des 30 mois de l'enfant. Cette limite de 30 mois correspond à l'âge auquel l'enfant parvient à faire une distinction entre le dessin et l'écriture (Besse, 2000; Ferreiro, 2000). Il semble donc exister un lien entre la construction canonique et la différenciation sus-citée. L'imitation apparaît comme un processus important dans la construction canonique de l'objet par la transposition de comportements observés chez le parent au vu d'une appropriation par l'enfant.

Besse, J.-M. & ACLE (2000). Regarde comme j’écris ! Paris : Magnard.

Boulanger, F. (2010). A la découverte de la lecture : premiers apprentissages, pratiques et théories. Auxerre : Ed. Sciences Humaines.

Bruner, J. (1996). Savoir faire, savoir dire. Paris : PUF.

Ferreiro, E. (2000). L’écriture avant la lettre. Paris : Hachette Education.

Moro, C., Rodriguez, C. (2005). L’objet et la construction de son usage chez le bébé : une approche sémiotique du développement préverbal. Berne : P. Lang.

 

Position séquentielle et apprentissage implicite de dépendances adjacentes et non-adjacentes

Sobaco, Amélie (Laboratoire mémoire et cognition, université paris descartes), Perruchet, Pierre (Laboratoire d'étude de l'apprentissage et du développement, université de bourgogne), Pacton, Sébastien (Laboratoire mémoire et cognition, université paris descartes).

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Selon Pacton et Perruchet (2008), l’attention est une condition nécessaire et suffisante à l’apprentissage implicite de dépendances adjacentes et non-adjacentes. Les participants de leur étude, qui étaient confrontés à un matériel comprenant des relations entre des éléments adjacents et des relations entre des éléments non-adjacents, n’apprenaient que les relations qu’ils étaient amenés à traiter activement pour effectuer la tâche (les relations adjacentes lorsqu’ils effectuaient un calcul sur les deux chiffres suivant une cible ; les relations non adjacentes lorsqu’ils effectuaient un calcul sur les deux chiffres entourant une cible).

L’objectif de la présente étude était de confirmer le rôle du traitement attentionnel dans l’apprentissage implicite de ces deux types de dépendances non pas en manipulant la tâche demandée aux sujets mais en manipulant la position des éléments adjacents et non-adjacents.

Quarante-huit jeunes adultes (âge moyen = 20 ans) lisaient à voix haute 36 séquences de cinq chiffres, 18 incluant une dépendance adjacente (e.g., entre 6 et 4 dans des séquences comme 86421, 25164) et 18 incluant une dépendance non-adjacente (e.g., entre 3 et 7 dans des séquences comme 53172, 81327). Pour les 24 participants de la condition interne,les éléments des deux types d’association ne survenaient jamais aux extrémités des séquences (e.g., X64XX, X3X7X) alors que pour les 24 participants de la condition extrémité, ils survenaient dans un tiers des séquences en position interne et dans les deux autres tiers aux extrémités (e.g., X64XX, 64XXX, XXX64 pour les dépendances adjacentes ;  X3X7X, 3X7X, XX3X7 pour les dépendances non-adjacentes). L’apprentissage des deux types d’associations était évalué avec un test de reconnaissance à choix forcé (e.g., 317 / 371 ; 327 / 723).

Les résultats ont montré deux effets simples du type de dépendances et de la condition ainsi qu’une interaction entre les deux variables. Alors que les dépendances adjacentes étaient aussi bien apprises dans la condition extrémité que dans la condition interne, les dépendances non-adjacentes étaient apprises seulement dans la condition extrémité. Dans cette dernière condition, les scores de reconnaissance étaient identiques pour les dépendances adjacentes et non-adjacentes.

Ces résultats confirment que l’apprentissage de dépendances non-adjacentes est possible mais dans des conditions beaucoup plus restrictives que celles requises pour l’apprentissage de relations entre des éléments adjacents (e.g., Gómez, 2002, 2006). Le rôle des traitements attentionnels dans l’apprentissage de dépendances adjacentes et non adjacentes est discuté.

 

 

Références.

Gómez, R. L. (2002). Variability and detection of invariant structure. Psychological Science, 13, (5), 431-436

Gómez, R. L. (2006). Dynamically guided learning. In Y. Munakata & M. Johnson (Eds.) Attention & Performance XXI: Processes of change in brain and cognitive development. (pp. 87-110). Oxford, England : University Press.

Pacton, S., & Perruchet, P. (2008). An attention-based associative account of adjacent and nonadjacent dependency learning. Journal of Experimental Psychology: Learning, Memory, and Cognition, 34,(1), 80-96.

Développement du traitement conceptuel chez l’enfant : etude en oculométrie

Pluciennicka, Ewa (Udl3, ureca, f-59653 villeneuve d'ascq cedex), Coello, Yann (Udl3, ureca, f-59653 villeneuve d'ascq cedex), Kalenine, Solène (Udl3, irhis, f-59653 villeneuve d'ascq cedex).

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 Introduction :

On a longtemps supposé que le traitement conceptuel de l’enfant était d’abord sous-tendu par le traitement de la complémentarité entre objets puis progressivement remplacé par le traitement de la similarité. Or nous savons actuellement que ces deux types de traitement peuvent coexister (Waxman & Namy, 1997; Lin & Murphy, 2001) et que leur implication relative dépend du type de relation à traiter.Les relations thématiques (e.g. scie-bois) reposent principalement sur la complémentarité alors que les relations fonctionnelles générales (e.g. scie-couteau) reposent principalement sur la similarité. Des résultats récents suggèrent en outre que les relations fonctionnelles spécifiques (e.g. scie-hache) impliquent les deux types de traitement (Kalénine, Mirman, Middleton, & Buxbaum, 2012). L’objectif de cette étude était d’évaluer chez les enfants de 6, 8 et 10 ans, le traitement implicite de 3 types de relations sémantiques, les relations thématiques (scie-bois), fonctionnelles spécifiques (scie-hache), et fonctionnelles générales (scie-couteau), lors de l’identification d’objets.

Matériel et Méthode :

Participants : 39 enfants de langue maternelle française : 13 enfants de CP (M=6 ans 6 mois, ET=4 mois), 13 CE2 (M=8 ans 4 mois, ET =4 mois) et 13 CM2 (M=1